Marchés dans le vent

Depuis quelques jours, un débat s’amplifie autour d’un projet municipal, porté pendant la campagne électorale, les marchés de pleins vents dans les quartiers. Le projet consiste à implanter des marchés dans les différents quartiers de Périgueux, sur le modèle de ce qui existe places de la Clautre et du Coderc.

De la bouche d’un conseiller municipal, Cf. article de la Dordogne Libre du 05 05 08, l’objectif est de « …revitaliser la vie de certains quartiers et apporter des services nouveaux à la population« .

La réaction a été rapide. Une partie des commerçants et marchands de la Clautre et du Coderc appellent à la vigilance sur la mise en place du projet de multiplication des marchés de pleins vents, Cf. article de Sud-Ouest du 10 05 08. Une autre partie s’inscrit directement contre ce projet appelé de « délocalisation », en faisant circuler un tract indiquant les risques économiques qu’engendreraient la multiplication des marchés dans Périgueux.

Dans l’article du 12 05 08, l’article de Sud-Ouest relate l’intervention de la mairie pour apaiser les esprits échauffés et inquiets des bourrasques suscitées.
Le conseiller municipal en charge du dossier ainsi que le maire interviennent, enfin, diront certains…

Ce qui est intéressant, au delà du problème des marchés de pleins vents, de leur « délocalisation », « multiplication », de leur cohérence ou de leur futur échec, c’est le traitement de l’information et la communication de la mairie.

Les titres des journaux sont éloquents:

Dordogne Libre du 05 05 08: « Les marchés de quartiers ont-ils un intérêt ? »
Sud-Ouest du 10 05 08: « Grogne au Coderc »
Sud-Ouest du 12 05 08: « Le Coderc se rebiffe »

Les références aux Tontons Flingueurs sont entre les lignes, dans l’éparpillement du marché, entre les tomates et les navets…

« J’m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévère ! J’vais lui montrer qui c’est Raoûl. Aux quatre coins de Périgueux (Paris) qu’on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse, j’ventile… »

C’est plus Raoul qu’on l’appelle, c’est Michel, Michel Audiard bien sûr.

Dans le dernier article de Sud-Ouest, qui fait comprendre que le Maire a été forcé de préciser sa position, ce dernier s’en remet pour toute justification à une demande des riverains en sous-entendant des manœuvres politiques pour dramatiser et plomber le projet. A défaut de plein vent, le projet est vent de face.

Ce qui est frappant, dans le cadre des préoccupations de La Chouette, c’est que l’annonce de la réalisation de ce projet par un conseiller municipal, en mai 2008 pour septembre 2008, fut faite sans aucune préparation avec les habitants, les marchands et commerçants concernés. On comprend aisément la volonté municipale de réaliser son programme et de répondre à la demande de certains riverains.

Mais où sont donc les concertations préalables, le travail de communication et d’échanges en amont avec les principaux intéressés, les rencontres délibératives, le recours à l’intelligence collective si âprement cantonné?
Il n’y en a aucune trace, c’est en l’état, un modèle de démocratie anti-participative. Pourtant, cette démocratie participative était dans le projet de campagne, au même titre que les marchés de quartiers.

Informations et concertations préalables, communication précise du projet et sensibilisation des intéressés par une étude d’impact économique et social, auraient surement évité ce tollé, ce plantage de communication politique et ce pain béni pour l’opposition qui n’a plus qu’à surfer le sujet.

Que ne faudra-t-il pas déployer maintenant pour que le projet ne soit pas vécu comme un passage en force municipal? Comment ne plus patauger dès lors en pleine symbolique de 49-3?

Tout va s’arranger par le dialogue, nous dit le Maire.
– Mais, Monsieur le Maire, et si tout commençait par le dialogue?

Espérons donc au final que cet épisode ne soit que la bavette mal taillée d’un conseiller enthousiaste; l’erreur est humaine.