Michel Moyrand et sa conception congolaise de l’information périgourdine

La municipalité de Périgueux a sorti (à vos frais bien sur) sa dernière publication, appelée « journal d’information de la ville de Périgueux ». Véritable force de frappe, ce journal trimestriel est tiré à 92 000 exemplaires par an. Le directeur de publication en est Michel Moyrand et les rédacteurs sont rattachés au service de communication.

La question commence à germer de savoir si cette municipalité a le droit de nommer sa publication trimestrielle « journal d’information ».

Il faudra bien qu’un jour un magistrat tranche cette question. Elle n’est pas neutre et pourrait remonter au Conseil d’Etat. Car qu’est-ce que l’information supportée par un « journal » ?

Est-ce un message qui a pour unique finalité de mettre en valeur une action politique, d’exclusivement en vanter les mérites afin d’influencer le comportement électoral ?

Est-ce un message produit par des fonctionnaires (anciens journalistes) totalement dépendants de leur hiérarchie (politique) à laquelle ils doivent la plus totale obéissance ?

Leo Burnett http://www.leoburnett.de/flash/index.htm

Moyrand, directeur de publication d’un « journal d’information »

Prenons au mot ce que prétend cette publication, à savoir produire, en tant que journal, de l’information.

Si ce qu’on appelle habituellement « journal d’information » répondait aux critères de dépendance au pouvoir politique, nous ne serions plus en démocratie. Si la technique par laquelle cette plaquette de communication était étendue à l’ensemble du territoire national, pour s’imposer comme la norme en matière d’information, nous serions alors en dictature. Ni plus, ni moins.

Celui qui produit l’information serait exclusivement financé par le pouvoir politique, servile et dévoué à sa cause (en tant que fonctionnaire). Il n’aurait plus le pouvoir d’informer, mais le devoir de flatter.

Ce qui n’est aujourd’hui qu’une dérive sémantique, consistant à usurper le terme d’information pour donner l’illusion de l’objectivité, peut s’avérer, dans les faits, bien plus dangereux.

Cette figure du « journaliste-fonctionnaire » au service d’un pouvoir politique n’est rien moins que l’antithèse du statut de l’information dans la législation. C’est pourquoi le nom par lequel on désigne la chose est ici fondamental.

S’il s’agit, comme cela est prétendu, d’un journal d’information, alors ceux qui le rédigent sont des journalistes. Quelle est la liberté de ces journalistes ? Quel est leur statut ?

Le journaliste-fonctionnaire, de Périgueux à Brazzaville

On citera alors la thèse de Diankouika C. « Le journaliste-fonctionnaire au Congo : statut et conditions d’exercice de la profession » 1987 :

La situation socio-professionnelle du journaliste-fonctionnaire en République populaire du Congo. Le journaliste n’est pas protégé par un statut particulier comme dans les pays industrialisés mais est engagé comme agent de la fonction publique soumis au lien de subordination de l’Etat, son employeur. La nécessité de définir ses droits, obligations et responsabilités.

Nous en sommes donc au niveau de la République du Congo avant 1987, sous la présidence de Denis Sassou-Nguesso, peu réputé pour son souci démocratique.

En l’absence de législation pertinente, voilà où nous a conduit la décentralisation sur cette question. Chaque élu, dans son fief, peut s’attacher les services de journalistes-fonctionnaires tout en faisant passer pour de l’information ce qui est en réalité de la propagande. Oui, exactement comme dans le Congo des années 80.

Il faut alors un certain culot, pour, comme le maire de Périgueux dans son édito du 3ème trimestre 2009, s’adonner à une leçon de démocratie et déclarer :

La démocratie ne se morcelle pas. Du moment – fondateur – de l’élection, jusqu’aux débats du conseil municipal, en passant par les commissions et les rencontres avec la population, c’est une chaîne.

Une chaîne brisée, piétinée et violée tous les trimestres par un journal d’information à la congolaise dont les journalistes-fonctionnaires n’ont pour choix que la soumission et la servilité.

Je suis sidéré que les journalistes laissent passivement proliférer cette confusion, de même que l’on se permette cette duperie lorsqu’on prétend servir l’intérêt général. Cette forfaiture relève de la pure malhonnête intellectuelle et ne sert que la manipulation des consciences.

Un exemple (parmi d’autres) de désinformation

Le journal d’information de ce trimestre nous dit :

« En 2008, le constat était clair : la ville, en perte de vitesse commerciale, économique et démographique, avait besoin d’un nouvel élan. Le maire Michel Moyrand et son équipe se sont donc mis à la tâche afin d’élaborer des mesures et de les mettre en pratique ».

Comprenez, le déclin démographique (autrement dit le déclin tout court) est une responsabilité des opposants de Michel Moyrand. Depuis des années, oppositions et majorités, quelles qu’elles soient, se balancent ça à la tronche. Avec un peu de recul…

http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9rigueux

Pourtant Périgueux est en déclin démographique depuis les années 50, de manière constante et structurelle. La population est aujourd’hui arrivée au niveau de la fin du XIX° siècle. Tout journaliste normal évoquerait d’abord cette tendance, réelle, nette, neutre, objective, avant d’en attribuer la responsabilité à un maire ou un parti politique.

D’ailleurs la plus grosse chute de la population se situe entre 1950 et 1970. En 20 ans, Périgueux avait perdu environ 5 000 habitants, du fait de son dépeuplement volontaire via la destruction du quartier des Rues Neuves, action conjointe entre municipalités de droite et de gauche.

Mais non. Le journal d’information de Michel Moyrand instille l’idée que ce déclin serait de la responsabilité de son prédécesseur (ce qui n’est pas faux mais en partie seulement). Instrumentaliser ce problème majeur à des fins de marketing électoral tout en prétendant informer la population est juste énorme.

Ce foutage de gueule est lassant et n’engage que ceux qui y croient.

La propagande comme cancer de l’information

Mais il y a pire. L’usurpation du terme d’information est une usurpation de la démocratie même. Non, Michel Moyrand n’est pas directeur de publication d’un journal d’information. Il dirige des journalistes-fonctionnaires réduits à la servilité qui ne sont rémunérés que pour servir les intérêts électoraux du maire de Périgueux.

En réalité, cette usurpation devrait être strictement interdite et même punie de sanctions pénales. Laisserait-on sans la moindre sanction, le rédacteur en chef d’un journal écrire des arrêtés municipaux au nom d’un maire qu’il n’est pas ?