Michel Moyrand ouvre les portes de la mairie. Merci qui ?

En préambule à ce long billet, vous pouvez vous détendre en écoutant ICI  une très belle chanson intitulée :Poussez les murs, interprétée sauf erreur par une classe du collège Jules Verne de Rivery. Cette chanson serait l’hymne de la journée portes ouvertes à Périgueux, nous dit ont dans l’oreillette sans que nous osions le croire.

Cette année, méfiance. Ne pensez pas que la Journée du Patrimoine a été avancée au 10 mars. Il s’agit exclusivement de la mairie de Périgueux qui ouvre ses portes. La « maison » des périgourdins qui ne leur est par définition jamais fermée leur sera bien ouverte pour la journée.
Cette journée extraordinaire fera l’objet de visites guidées par grappes de 10/12 personnes et sera agrémentée d’un jeu, sous forme de questions palpitantes, pour gagner des bonbons, des images, des places de cinéma.
On regrette d’ors et déjà que ces cadeaux ne ciblent qu’un jeune public, car après tout, un bon gros jambon comme au concours de belote de Mensignac aurait assuré une fréquentation historique.

Là, comme ça, le béotien se demande bien pourquoi le maire organise un jeu de piste dans la mairie à travers une visite guidée des bureaux. S’il avait besoin de se détendre, il aurait pu faire ça chez lui, avec ses amis. Au pire, s’il manquait de place à la maison, il aurait pu organiser son jeu à la Dodie, y a déjà les maillots jaunes et verts pour faire les équipes. Laissons de côté pour l’instant cette énigmatique entreprise.

:: Concours de notes de services ::
Dam, le DGS (Directeur Général des Services), a eu toutes les peines du monde à organiser cette petite sauterie. Opiniâtre, le dirlo  (surement fan de 1984) a réussi à faire un choix dans une date en mars.

En effet, le 28 janvier 2009, il émet une note de service –ICI– fixant la date de l’évènement au jeudi 12 février 2009, qu’il appelle simplement Opération portes ouvertes.
Dans le but de montrer aux visiteurs le plus de personnel possible, plus on est de fous plus on rit, il demande expressément aux salariés municipaux d’annuler les congés, les RTT et les déplacements.
Dans la foulée, il recrute quelques volontaires pour assurer les visites. Au cas où ils n’auraient pas trop de boulot, il serait bien vu par la direction qu’ils se transformassent de plein gré en GO de Club Med pour l’occasion.
Ne vous étonnez donc pas si, en rentrant dans la mairie, on vous passe un collier de fleurs autour du cou.

Y a du soleil y a des nanas, la-latirlalala,
A la mairie on est fada, la-latirlalala,
On va vous fourrer jusque là, la-latirlalala,
Et on y ira au cinéma, la-latirlalala…

Bref, on a compris. Mais c’est alors que survient, le 29 janvier, le lendemain, une nouvelle note de service du DGSICI– reportant l’évènement prévu le 12 février 2009 au 17 mars 2009. Cette note est plus concise et ne précise plus que l’essentiel. A savoir qu’il faut annuler les RTT, congés et déplacements afin qu’il y est vraiment le plus de monde possible.

Cela ne convenait toujours pas. Une dernière note de service est émise le 04 févrierICI– non pour reporter, mais pour avancer la date des festivités au 10 mars 2009. Sauf que cette fois, la journée portes ouvertes a un nom :

Opération « Poussez les murs »

Tiens, il est drôle ce jeu, on va faire des équipes pour pousser les murs.

:: Opération Fear Factor à la mairie ::
Du coup, le maire a immédiatement relayé l’information sur sa page Facebook –ici-.
Il nous révèle, magnanime, la raison de cette opération « poussez les murs », qu’il a renommé pour l’occasion, en un grand jeu intitulé :

Poussez les murs

Alors il faut répondre aux 3 questions suivantes du maire:

Quels sont les services municipaux ?

Que l’on se rassure, il existe des organigrammes à la disposition des habitants sur ce sujet ou sinon, vous trouverez la réponse sur le site de la mairie.

Dans quelles conditions travaillent-ils ?

On serait tenté de répondre que le repère c’est le code du travail ou les conventions collectives, ou quelque chose dans le genre, simple.
Il doit y avoir un piège, c’est trop facile.
Peut-être que ces conditions s’apparentent elles à celles d’une usine de charbon dans une province chinoise reculée? Qui sait ce que l’on va découvrir. Suspens.
Dernière question :

Les locaux de la mairie sont-ils encore adaptés à un service public moderne et performant ?

Celui qui répond « oui » à cette question va être lynché en place publique, que ce soit clair pour tout le monde. En effet, les locaux actuels ne sont pas modernes, (XVIIè s.), et donc le service public ne peut y être qu’à cette image. C’est logique.
Ensuite il ne peut pas être performant non plus, ce qui implique que depuis des dizaines d’années, à cause des locaux, les services municipaux sont nazes, ou encore qu’il n’est pas permis aux services de donner la pleine puissance de leurs capacités. Encore logique. Les salariés apprécieront mais toute remarque sera notifiée dans le carnet de surveillance. Au bout de trois, il recevraient ludiquement 01h00 de colle.

Ainsi, comme des enfants, nous apprendrons par le jeu comment les locaux sont nuls, exigus, comment il faut se « faufiler » de bureaux en bureaux, (un peu comme Dans la Peau de John Malkovitch).
Enfin, les « joueurs » braveront même le danger, puisqu’il leur faudra « éviter les pièges menaçant leur tête ». Ce jeu promet d’être palpitant et il est déjà conseillé de se refaire Indiana Jones et le Temple Maudit afin de se préparer. Au pire un épisode de Fort Boyard fera l’affaire.

Alléchant n’est-ce pas ?

Pourtant, l’adulte que vous êtes, travaillant en semaine à l’instar des salariés municipaux, peut s’interroger sur la justification de prendre un jour de congé un mardi, pour aller emmerder les fonctionnaires municipaux en plein boulot. Drôle d’idée que de transformer la mairie en espace de jeux, pour observer ces laborieux bravant quotidiennement le danger au-dessus de leurs têtes.

La vérité est ailleurs.

:: Transparence de proximité ::
On ne saurait pousser la naïveté jusqu’à croire que l’objectif de l’opération « Poussez les murs » n’a pour finalité que de faire un jeu et observer les services municipaux au travail.
Ce n’est sûrement pas juste pour déranger les salariés municipaux et distribuer des cadeaux que le maire se démène ainsi.
Pourtant, il ne nous dit pas POURQUOI il organise ce grand jeu « Poussez les murs ».
Alors essayons de deviner.
Hum, c’est pas facile. Je cherche, je cherche. Pourquoi donc… 

J’aurais bien une idée mais bon. La CCI et le Déménagement-De-Sa-Mairie ?
Non, cela n’a rien à voir avec la CCI, la preuve, le maire n’y fait aucune référence, pas un mot. Transparent qu’il est et honnête homme, il nous l’aurait dit si cette opération avait un lien avec la CCI, non ?
C’eut été si transparent que l’on y aurait vu au travers alors ?
Que l’évidence était telle que l’on se dispense de le verbaliser ?
La prochaine étape de la sainte transparence municipale sera la télépathie, c’est sur.

:: Opération Rubicube ::
La finalité de cette journée est de montrer à quel point les services municipaux sont entravés dans leur mission en raison du manque de surfaces des bureaux actuels.
Cette opération de communication a pour objectif de préparer la population au déménagement de la mairie à la CCI, autrement dit « d’attendrir la viande », en présentant les locaux de l’actuelle mairie dans la pire configuration possible.
A savoir, via des notes de services qui demandent aux salariés d’être tous présents, afin de caractériser l’argument d’exiguïté servant à justifier le déménagement.

Souvenons nous la phrase du maire :

Chacun pourra constater la réalité, sans fard ni mise en scène, simplement au quotidien.

Confrontons maintenant cette déclaration avec la note de service du 28/01/09 :

Il est demandé autant que possible aux agents et chefs de service d’être présents dans les bureaux ce jour là et donc de limiter au maximum les congés, RTT et déplacements extérieurs.

Cette demande est par définition exceptionnelle et ne relève pas, évidement, du simple quotidien, à moins sinon, de froisser un tantinet la législation sur le travail.
C’est pourquoi dire qu’il n’y aucune mise en scène, alors que tout est préparé en amont pour faire observer le plus de salariés possible, en vue d’accroître le sentiment d’exiguïté, est pour le moins douteux.
Alors que tout le monde sait par quoi cette opération est justifiée, sa finalité et son but, le maire s’imagine transparent en n’y faisant aucunement référence. Pire, il organise un jeu de questions/réponses avec cadeaux à la clé, comme si, satisfaits de la place de cinéma, nous le satisferions en retour, en pensant que les locaux de cette mairie ne sont vraiment pas adaptés. Aussi viendrait-il ensuite nous dire qu’il a trouvé une solution à notre observation, ayant de quoi nous satisfaire encore avec l’idée de déménager la mairie.

N’évoquant pas l’objectif réel de cette opération, le maire s’oblige à une dissimulation étonnante. Car à travers cette opacité sur les buts inavoués de ce genre d’opération de communication, il prend le risque de traiter les périgourdins comme des naïfs, n’étant pas capables de faire le lien entre le projet à la CCI et un QCM débile sur la mairie actuelle.

Comme si les grosses ficelles du maire et ses places de cinéma devaient suffire à infantiliser les habitants pour mieux influencer leur opinion et orienter leur comportement en faveur de ses projets, a fortiori les plus contestables.

De toute façon, nul n’est dupe à propos du caractère « urgent et prioritaire » de ce projet, état renforcé par le contexte actuel. Que l’on soit pour ou contre, chacun a pris connaissance du caractère éminemment symbolique de ce geste. Il n’a jamais fait illusion sur son aspect politicien, que l’on tente vainement de rendre politique, en dramatisant méthodiquement une situation, cela a fait ses preuves croit-on. Autrement dit de produire une illusion, afin de se persuader – plus que de persuader – de l’appui de la population.

:: De la production de légitimité ::
Ici naît la faille entre information et communication, dans le fruit juteux de la chronique et du roman.
D’une réalité malléable au bricolage de ses éléments, selon le maire, il faudrait visiter la mairie pour visiter la mairie, redondance confondant le sujet et l’action ou la fin et le moyen.

La nuit tous les chats sont gris
Or il fait nuit
Donc les chats sont gris

Or on le sait, la finalité de l’évènement consiste à générer un sentiment – non à développer une analyse, un jeu sous forme de QCM n’aurait pas suffit – et ce sentiment doit être négatif sur les conditions de travail, c’est pour cela qu’il faut un taux de présence maximal en salariés.
Moins il y aurait de salariés, moins le sentiment négatif aurait de chance de s’imposer.
Quant à la carotte ludique, elle ne saurait prétendre à un caractère pédagogique, pas en douze questions. Elle se contente d’être une carotte – aller au cinéma – afin d’éviter autant que possible, une surreprésentation d’un 3ème âge aux après-midi tranquilles.

Bref, il y en assez pour mettre au jour une mise en scène dont le scénario n’est pas dévoilé d’une façon publique, ni transparente, c’est certain. On ne peut pas donner d’un côté des instructions modifiant le déroulement habituel de la mairie et de l’autre, prétendre qu’il s’agisse d’un jour banal et quotidien, fait de ses congés, RTT et déplacements.

La réalité est qu’il s’agit de visiter une dernière fois la mairie avant qu’elle ne soit déménagée, sans donner aux périgourdins la possibilité de choisir ou non le projet. Au lieu de leur laisser le choix, on essai de les persuader par une mise en scène que le projet de déménagement est légitime. Le seul but de cette communication est de créer (en miroir du sentiment négatif sur la mairie actuelle), une légitimité pour l’action future du maire.

Cela permettra le temps venu de mettre en avant sa transparence, sa transparence de proximité, faisant valoir des portes ouvertes et une visite guidée.
Fabriquer de la transparence avec de l’opacité, c’est là où je voulais en venir. Il fallait forcément un peu de temps. Mais nous y sommes.

L’alchimie est une manipulation et la transparence opaque ou l’opacité transparente, c’est une alchimie.

Sauf qu’il y a deux sortes d’alchimistes. Les enchanteurs et les autres…