Michel Moyrand présente sa cité idéale

Michel Moyrand propose à 25 000 exemplaires une brochure appelée 2008/2010 Point d’étape. Dans la transparence et l’efficacité, il fait distribuer une plaquette publicitaire dédiée entièrement à la gloire de ses actions municipales.

Le message est plus que clair et insistant. Michel Moyrand-est-un-maire-extraordinaire, dévoué au bonheur des périgourdin(e)s qu’il chérit comme un berger aime son troupeau. Il inonde ainsi la ville de son auto-satisfaction tant dans son cas, l’on est jamais mieux servi que par soi-même.

Confinant à l’excellence et à la perfection, ce point d’étape nous projette tout droit dans un type de propagande de régime africain. Il ne manque plus au maire qu’une casquette militaire et de grandes lunettes noires.

Non seulement cette élection était juste, nécessaire même, mais il faudrait l’élire à vie sur le champ, question de salubrité publique si l’on en croit la brochure.

Communication idyllique vs réalité politique

Cette campagne de communication intervient à un moment critique de sa gestion. Il doit prouver aujourd’hui qu’il réalise les engagements qui l’ont porté au pouvoir, car c’est loin d’être une évidence.

  • Au rayonnement économique de Périgueux, il oppose la fermeture des commerces de proximité et la désertification.
  • A l’animation de la ville, il oppose de nombreuses fermetures de bars qui dégradent la vie culturelle.
  • A la prépondérance naturelle de Périgueux dans l’agglomération, il oppose son inexistence politique dans les décisions de la CAP.
  • A ses promesses de gestion rigoureuse, il oppose le dérapage financier du déplacement de la mairie pour 10 millions d’euros.

Il oppose ainsi à une réalité difficile, ce qui est le lot de toute politique, une version idyllique, idéale même, nous propulsant dans un monde où ses volontés se réalisent au fur et à mesure de leur formulation, pour le bien de tous, du peuple, de votre bonheur.

Les meilleures recettes dans les vieux pots

Les éléments de langage déployés montrent qu’il mise sur ce qui a fait son succès électoral.

  • Le clivage de Périgueux en quartiers mis en concurrences pour la promotion d’un discours misérabiliste.
  • Une politique paternaliste et intrusive qui diabolise la sphère privée au nom d’un intérêt général aux contours circonstanciels.
  • Un marketing politique axé sur la proximité et l’omniprésence avec pour postulat la faiblesse intrinsèque de l’individu en besoin d’une écoute quasi psychanalytique.
  • Une méthode de gestion en « bon père de famille » qui fait du budget (60M/an) un reliquat de fonds de commerce d’une épicerie quelconque pour « parler aux gens ».
  • La bureaucratisation de la ville pour une administration hypertrophiée, non en volume mais en pouvoirs et compétences afin d’optimiser le service public mais aussi le contrôle sur la cité.
  • Enfin des thèmes à la mode, comme la transparence politique toujours à l’état de projet, ou le développement durable dont aucun parti politique ne fait aujourd’hui l’économie.

Réponse habile dans un contexte global difficile

Sur le plan national, il surfe sur deux séismes qui pour certains sont susceptibles d’ébranler la société. La crise internationale d’une part, que l’on finira bien par qualifier correctement: un transfert de richesses des Etats vers les agents financiers qui affaiblissent les Nations proportionnellement à leurs créances.

Et de l’autre le sarkozysme qui révèle un Etat plus dangereux pour les citoyens que les citoyens eux-mêmes, fussent-ils européens. Sarkozy ne cache pas sa lutte des classes en défenseur d’une minorité (La France est vice championne mondiale du nombre de millionnaires) qui accapare les richesses et fusionne ses intérêts avec ceux d’un Etat serviteur.

Les bankster et le Président de Neuilly suffisent à Michel Moyrand pour se poser en maire protecteur et garant de ce qu’il martèle 14 fois en 24 pages: le « vivre ensemble ». La crise ouverte par la réforme des retraites est ici du pain béni.

« Vivre ensemble », une tautologie dès lors qu’on vit en société et par surcroit dans un Etat de droit, une expression valise qui veut tout et rien dire en même temps, il n’en fallait pas plus pour qu’il conclue que cela plairait aux périgourdins.

Le maire fait tout ce qu’il peut localement pour vous sauver de la crise mondiale et de la brutalité gouvernementale: embrassez sa bague.

Passer la réalité au karcher de la communication politique

Sur le plan local c’est différent. Les difficultés de son administration et des décisions hasardeuses (l’antenne relai à côté de la crèche, les tribunes très amovibles, la mairie à 10 millions, les postes planqués pour les copains, l’absence de vision globale, l’échec économique des commerces, les déboires juridiciaires de son adjointe Gatienne Doat, son impuissance à l’échelon intercommunal, etc.), exigeaient qu’il tente de reprendre la main.

Car dans les bistrots (ceux qu’il n’a pas encore torpillé) le ton monte et dans la rue ça grogne. Depuis son aveu d’avoir mis 18 mois à comprendre quelle était vraiment sa fonction, beaucoup ont trouvé là l’explication de ses échecs dans la presse:

Aujourd’hui, je reconnais que j’ai mis dix-huit mois pour appréhender la fonction et affiner ma connaissance de la ville et de sa gestion.

En somme l’élection n’avait changé la vie de personne sauf la sienne, avec ses immeubles défiscalisés et ses 11 000 euros par mois.

Alors que les périgourdins avaient fait du modeste retraité des PTT un vrai notable, il les remerciait par son aveu d’incompétence.

Il fallait bien 24 pages pour remédier à l’incurie. Cela se passe entre le maire et ses brebis. Car localement, l’opposition est pourfendue. En proie à des guerres intestines pour la désignation du candidat de 2014, elle ne peut que distiller quelques remarques en se détachant d’un National Sarkozysme qu’elle devra assumer jusqu’à la lie.

Grâce à Michel Moyrand, les périgourdins sont heureux

Pas une fausse note en 24 pages. Tout est bien, rond, parfait, exemplaire. On n’y parle que de social, solidarité, efficacité, transparence, environnement, patrimoine, humain, proximité: l’administration Moyrand y excelle en tout.

C’est une action publique parfaitequi est décrite sous les yeux ébahis du lecteur, une administration idéale qui réussit tout ce qu’elle entreprend sous la houlette d’un maire qui se présente in fine comme un thaumaturge de la gestion publique.

Le message est bien celui-là: pour vous les périgourdin(e)s, Michel Moyrand fait des miracles.

Pour réussir dans son entreprise surhumaine, le maire passe tout en revue. Mais vraiment tout (même le DGS avec son projet pervers de catéchisme administratif). Il ne manque que les économies de budget sur les petites cuillères dans les cantines.

Si la délinquance est si basse, c’est même grâce à la police du maire, comme si la police nationale avait disparu des écrans radars. Il rend tous les bâtiments accessibles aux handicapés tellement le fonds de commerce électoral est juteux, oubliant de préciser que c’est une contrainte légale.

Ses volontés tant vantées lui sont dictées à 95% par le législateur, qu’importe, le Parlement n’est pas en Dordogne mais à Paris là-bas, où demain grâce à lui nous irons en 3 heures.

Voilà bien l’art de transformer Chuck Norris en transsexuel brésilien.