Mode doux, drogue dure

Vélo, boulot, dodo

D’accord, c’est pas facile de s’y remettre ; c’est comme la natation : on trempouille un doigt de pied en se demandant ce qu’on fait là. Finalement, on se décide à plonger, l’air décontracté, tout en maugréant. Une fois lancé, on oublie tout. C’est une autre planète.

Le vélo, c’est pareil. On regarde l’engin de torture qui attend bien sagement, on se dit qu’il est à plat, qu’il fait trop froid et qu’on ferait mieux d’y aller à pied ou en bus, on se souvient avec angoisse de la première sortie … Et puis on se pousse.

On installe le panier, on évite les sacs en bandoulière, on range le chat, on ouvre la porte et c’est parti pour la magie. La ville, les gens, les rues ont soudain une autre allure. On ouvre les yeux et les narines, on part à la chasse aux sensations, on oublie qu’on va travailler !

Au retour, on prend le temps de flâner, d’observer… Et à 22 heures, pas besoin de nous bercer pour tomber dans les bras de Morphée.

Voie verte, my love

Frisquet ce matin de presque été à vélo le long du canal… Le matin, je ne croise pas la même population que le soir. Le matin, c’est la sortie des chiens chiens à son pépère, le cancanage de la famille cols verts (tiens, il manquait un petit), le potin du cosmonaute chargé de l’entretien des berges qui balance à l’eau l’herbe et ses locataires, pour le grand régal des poissons.

Le soir, c’est le peuple des accros du footing, des mamies qui font leur balade de santé en papotant, des grappes d’enfants désœuvrés ou armés de cannes à pèche. Le soir, c’est aussi le chant des oiseaux, des merles surtout, et les odeurs mêlées encouragées par la chaleur du soleil déclinant.

L’aventure en ville

Et si j’allais directement en centre ville en passant par les arènes, un extra… ? Chiche. Je traverse la rue Claude Bernard (le médecin) j’enfile la rue Paul Bert (l’élève de Claude), et là, je m’énerve. Je vous explique :

La rue Paul Bert descend en sens unique. Elle est équipée d’une (rare) bande cyclable en contre sens. Mais en haut de la côte, il y a une école… Et il semblerait que les parents n’aient absolument pas compris « qu’on-ne-peut-pas-stationner-sur-une-voie-cyclable ».

Ils s’étonnent même qu’on puisse râler (je râle d’autant qu’il y a, plus bas, des places de parking…) parce que tout de même il faut faire 50 mètres à pied, les enfants sont fatigués et à quoi sert d’avoir un 4×4 si on ne peut plus escalader les trottoirs ?! (Tant pis je l’ai dit)…

Au bout de la rue Paul Bert : RIEN. Il faut que je traverse la rue Chanzy (un Zouave je crois) mais comment ? Descendre de mon vélo au feu rouge et remonter à pied jusqu’aux arènes ? Me lancer à vélo, en serrant les fesses, pour remonter le sens interdit d’en face ? (ô la vilaine) . Et là, soit je fais le tour du jardin, soit je le traverse à pied. J’opte pour les Arènes à vélo (en mode trottinette).

A la sortie, je ne peux pas emprunter la rue des Gladiateurs (Maximus..) ni la rue Duguesclin (ah ! Tiphaine) toutes deux en sens interdit. Il faut que je fasse un crochet une rue plus loin et que je remonte par la rue Lafayette (le copain de Washington). Vous me suivez toujours ? J’atteins la rue Wilson (« Seul au Monde », le ballon)

La galère continue : je rejoins le flot de voitures qui m’ignorent absolument, serrent le trottoir, démarrent au feu en me frôlant. Puis la rue Taillefer, la bien nommée : un vrai coupe jarret jusqu’à la cathédrale, des trottoirs immenses et une voie de circulation étroite en pente (ce n’est pas un puy pour rire) qui interdit le dépassement…

Mais méfiance ! Pour décourager les plus pressés, je roule au milieu, de quoi vous former les mollets lorsqu’on vous marque à la culotte en vrombissant d’énervement…

Quant à garer sa petite reine, macache. Rien n’est prévu et comme on nous interdit de l’attacher à un mobilier urbain…

De quoi décourager les drogués du mode doux non ? Car il faut être un brin mordu pour continuer à pédaler à Périgueux dans ces conditions : pas d’itinéraires protégés, quelques bandes cyclables (parfois tracées sur les trottoirs), pas de code de la rue (et pas de prunes aux indélicats), pas de sas de sécurité aux feux… A croire qu’on le fait exprès : on attend notre extermination sans lever le petit doigt comme comme pour le thon rouge.

Au secours Green Peace !

Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins,
à bicyclèèètteueueu

Pierre Barouh