Du petit lait sur un tas de fumier

Symptômes d’une chronique clientéliste annoncée ou quand le népotisme ordinaire est devenu normatif. Les médias d’information locale, avec leurs dépêches entourées de grandes photos, contribuent par l’esquive à la banalisation d’un favoritisme de comptoir.

Mais au PMU, au fond, on trouve cela normal aussi. Mieux, on attend son tour.

Heureux qui comme Robert Badinter a sa place publique en face de la statue du maréchal Bugeaud, quel hommage !
Soutenir et honorer un homme qui s’est rendu coupable, (en le revendiquant), de crime de guerre, pour en parallèle louer celui qui a fait abolir la peine de mort, relève d’un cynisme politique insaisissable : l’opportunisme aveugle de la circonstance. L’adjoint à la culture de Périgueux, ayant sa part dans la consécration du criminel de guerre en son propre village d’Excideuil alors qu’il en était le maire, ne saurait en disconvenir.

(Attention. « Criminel de guerre » est ici un affreux anachronisme. Les actuelles commémorations algériennes qui ont encore cours à la mémoire de leurs compatriotes « enfumés » ne saurait atténuer cette qualification douteuse. Du moment que l’on parle de l’histoire de France produite sur le territoire national bien sur.)

Le principal, c’est de bien manger et de bien dormir. En cela Périgueux offre une vitrine d’une qualité remarquable et les médias locaux s’emploient du mieux qu’ils peuvent à le faire savoir, ou en tout cas à le communiquer. Mais quittons Périgueux et le clientélisme de quartiers.

:: Lait concentré ::
Au matin du 24 septembre 2009, (Sud Ouest 24/09/09) les 4 députés périgourdins ont trouvé des tas de fumiers devant leurs permanences. Signe de colère manifeste, sinon de dépit, de la part d’une profession et d’un mode de vie qui se sent sacrifié.

Ils préviennent, via la FDSEA et producteurs de lait, les représentants de l’Assemblée Nationale :

Toutes les filières agricoles du département sont en grande difficulté. Sans réponse concrète et rapide de nos députés, le mouvement va se durcir.

Le syndicat rajoute qu’il demande un « soutien inconditionnel » des élus pour relayer leur message.

Mais pour toute réponse, la députée PS Colette Langlade déclare que ces derniers se trompent, qu’ils se trompent de cible, la preuve :

Je suis avec eux, toujours près d’eux et je ne cesse de relayer leur message. Je suis donc un peu en colère car je pense que les agriculteurs auraient mieux fait de déposer le fumier aux portes des mairies UMP du département.

Comprenons par là qu’il eut été plus juste, ou plus efficace, selon la députée, de déposer le fumier aux portes de l’UMP. Comme devant celles de la mairie de Périgueux par exemple.
Non, enfin à peu de chose près en terme de système politique. Bref, en tant que députée, elle n’a aucune responsabilité, a fait tout ce qu’elle a pu et fait porter l’entière responsabilité de la situation à la formation politique qu’elle combat, (dont elle aimerait prendre la place).

:: Le lait et le fumier ::
L’engrais que forme le fumier, en état post digestif de notre bovidé le plus sincère, est donc aussi une économie politique à peu de frais. De même qu’il fertilise les champs, il inspire tout autant la communication politique de madame Colette Langlade.

Nul ne saurait départir l’hypocrisie de la pratique politique. Pourtant il y a du vrai dans ce que dit madame Langlade. N’a-t-elle pas le 26 mai 2009 alerté le ministre de l’agriculture et de la pêche « sur la situation extrêmement grave que connaissent les producteurs de lait français » ?
Si, c’est incontestable.

Mais justement, les producteurs de lait (ne sachant ignorer cette unique intervention) semblent demander davantage de mobilisation et d’activité publique que ne le laisse entendre une question écrite à l’Assemblée Nationale en mai 2009. Car si en cela madame la députée a épuisé la totalité de son action et de ses possibilités, c’est un peu court. Un peu court pour se targuer d’une représentativité efficace.

:: L’Europe la vache à lait à l’échine de porc ::
Par ailleurs, en répondant sur le fumier à déposer devant les mairies UMP, elle n’ignore pourtant pas la réponse qui lui fut faite par le ministre :

La réponse à ces difficultés est avant tout européenne.

Ah, revoilà ce mal français qui botte en touche européenne dès qu’il doit s’abstenir de ses responsabilités nationales. Ironie du sort, le 16 septembre 2009, Emmanuel Barroso, malgré un bilan dit « calamiteux », est réélu par 382 voix contre 219 et 117 abstentions. Contrairement à leurs engagements de campagne, les socialistes européens s’abstiennent, et c’est avec leur complicité que ce « néolibéral atlantiste » est reconduit pour un nouveau mandat.

Nous sommes déjà loin des mairies UMP devant recueillir le fumier injustement destiné selon madame la députée. Et si l’on entend bien selon la formule consacrée que le racisme consiste à se tromper de colère, cela n’est pas si évident pour les producteurs de lait de la Dordogne. La députée n’y est pour rien et a déjà fait tout ce qui était en son pouvoir en somme. Idem pour le gouvernement français dans la réponse du ministre. Tout incombe à l’Europe, comme si l’on parlait d’un Conseil de l’Union européenne et d’un Parlement européen que la France subirait passivement comme un Etat colonisé.

:: La Noiraude et son docteur ::
Elle fait tout ce qu’elle peut nous dit-elle en guise d’ultime sacerdoce rural ?
On la croit sur parole mais nous n’en voyons pourtant toutes les traces. Déjà, en terme d’activité parlementaire.

En voici le graphique pour témoin

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Questions au gouvernement

• 7 juillet 2009 : Fermeture par albany international du site de ribérac
• 31 mars 2009 : Stock-options
• 24 mars 2009 : Situation de l’hôpital à wallis-et-futuna
• 7 janvier 2009 : Projet de loi de finances rectificative pour 2009
• 24 juin 2008 : Perspectives du fret ferroviaire en dordogne

Questions écrites

• 30 juin 2009 : Ministère de l’Alimentation (retraites)
• 30 juin 2009 : Ministère du Budget
• 23 juin 2009 : Ministère de l’Agriculture (commerce et artisanat)
• 23 juin 2009 : Ministère du Commerce (entreprises)
• 9 juin 2009 : Ministère de l’Éducation (enseignement)

Derniers dossiers

• Dérogations au repos dominical (10 interventions)
• Développement et modernisation des services touristiques (5 interventions)
• Projet de loi de finances rectificative pour 2009 (3 interventions)
• Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2009 (2 interventions)
• Revenus du travail (2 interventions)

Les amendements ? C’est par là
Confirmant les informations fournies par le site Nosdéputés.fr, le site de l’Assemblée Nationale ne montre pas un travail particulier sur la question. Le bilan de la députée en faveur de son activité parlementaire comme de son engagement pour la filière du lait est loin d’être si patent qu’elle ne l’affirme. Dans le cadre de son activité parlementaire, au 15 avril 2009, elle se classait 153ème sur 557 parmi les députés les moins actifs. Sur le plan départemental, elle se place haut la main en tête de cette inactivité. Visiblement il y a eu un rebond cet été pendant les vacances.

Notez, un député, c’est comme ils le disent dans l’obsession de la proximité, du terrain du terrain du terrain. Comme le 19 septembre à la Fête de la Rose périgourdine, aussi.

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Crédit photo:  colettelanglade.fr

 Un sénateur président d’EPCI, deux députés, un président de Région lancés dans une vaste opération de terrain.

:: La trop facile conclusion du lait sur le feu ::
Il reste donc trois possibilités.
Ou bien c’est un dossier qu’elle suit dans les couloirs et on ne le voit pas. Façon étonnante alors d’exercer le mandat comme un lobbyiste. Ou bien elle ne s’était pas penché sur le dossier avant qu’il n’explose, ce qui, en zone rurale, n’est pas un signe remarquable d’anticipation, (hormis en mai 2009 pour la question).
Ou bien la proximité affichée au banquet des chasseurs ne suffit pas à en faire une représentante acharnée une fois introduite dans les ors parisiens.

On peut donc croire sur parole madame la députée quand elle déclare en communiquant :

La vie est pour moi un formidable terrain d’action

Mais l’action se suffit elle à elle-même en dehors de ses causes et de ses fins ?

Car si causes et fins ne se réduisent qu’à un clivage politique, par lequel tout ce qui provient et tout ce qui advient s’explique par un affrontement binaire, répétitif et systématique, idéologique et communicationnel, alors, la réalité complexe ne se divise qu’en deux couleurs, en noir et blanc.

La députée plaide l’irresponsabilité parlementaire et accuse l’UMP, (les mairies UMP plus précisément). Comme si les agriculteurs s’adressaient à un parti politique et non aux représentants du peuple et aux institutions. Ce qu’ils ont fait savoir d’ailleurs le lendemain 25 septembre (SO):

Nous avons besoin des instances nationale et européenne mais aussi des élus du département 

D’ailleurs finement, le quotidien place cette réponse des agriculteurs gersois s’adressant aux conseillers généraux comme réponse aux déclarations de la veille:

Il ne suffit pas d’adresser des courriers au gouvernement pour faire changer les choses, nous attendions et nous attendons toujours de vous que vous mouillez la chemise.

Ah ben non elle sort du pressing.

Et franchement: « C’est pas moi c’est sa faute à lui« . Pour que lui puisse dire « C’est pas moi c’est son eurofaute« …

Et on dit Bravo ! avec les deux fesses !