Parenthèse jurasienne: la flamboyante fête des Fayes

Depuis le 21 décembre, nous gagnons des heures de soleil, ça c’est une bonne nouvelle…

Pour fêter le solstice, je ne résiste pas à vous emmener faire un tour dans le Jura, histoire de changer d’air …

Il était une fois une région habitée par les descendants des Séquanes, vaincus par César en – 60 avant JC. Une poignée de villages des « Hauts » et « Bas » de Seille perpétue la célébration du solstice d’hiver, lié à Noël.

Le principe est de s’arracher au coin du feu pour rejoindre à 20 heures, par une nuit glaciale et souvent neigeuse, une bande de zazous qui se donnent rendez-vous sur l’un des points culminants de la commune pour « tourner les Fayes ».

« Une faye est un long morceau de bois qui va en grossissant et qui se termine en une énorme massue fendue de toutes parts ; dans les fentes sont introduites des lames de bois sec. La préparation des fayes débute un an à l’avance puisqu’elles sont sculptées. Elles doivent s’enflammer vite et facilement, et se consumer lentement. Lors de la fête des fayes, qui est la fête du solstice d’hiver en terre vigneronne, les villageois se retrouvent autour d’un grand brasier où les fayes sont allumées, puis, chacun à son rythme, trace des cercles dans la nuit, c’est ce qu’on appelle tourner les fayes. La fête est célébrée le soir de Noël à Château-Chalon (Jura) et la veille de l’Epiphanie à Mouthier-Haute-Pierre (Doubs). Du latin facula»

Les fagots sont dressés en pyramide, attendant sagement qu’on y mette le feu. Dès que les flammes jaillissent, c’est le signal.

Il n’y a pas que le brasier qui réchauffe, il y a aussi le vin blanc chaud à la cannelle touillé dans des grandes bassines et qu’on vous sert tout fumant à la louche, des manchons croustillants farcis de saucisses grillées, et par-dessus tout, la chaleur humaine, les rires, les « que deviens-tu », « ton fils, c’est ce grand là ? », « tu te souviens de mon cousin ? »…

On se retrouve tous là : qu’on soit restés au village ou expatriés, que l’on soit du coin ou de passage, que l’on soit fidèle ou « perdus de vue ». Pas question de jouer les « fiers-en-culs », on est tous unis par cette envie de perpétuer la fête, réunis par la curieuse et agréable sensation de saluer nos ancêtres, par delà 2000 ans d’histoire.

Parfois surgit un accordéoniste. Il a fait la tournée des popotes et nous raconte comment se passent les autres fayes. Car il y a de la concurrence. En face, à l’est, à l’ouest, d’autres feux sont allumés dont on aperçoit les mouvances. La fierté tient au fait d’être dernier site allumé et les pieds dans la neige, de continuer de tourner à bout de bras le bois enflammé, à dessiner dans la nuit les cercles lumineux de la vie qui renaît.

« Tout dit dans l’infini quelque chose à quelqu’un »

Victor Hugo