A Périgueux la mairie de Moyrand ne connait pas la crise

A l’heure où les collectivités locales, (comme tout le monde serait-on tenter de dire), sont contraintes à une certaine rigueur budgétaire, Michel Moyrand s’éclate.

Le maire de Périgueux vient de lancer l’appel public à candidature pour désigner le maître d’œuvre de la rénovation du bâtiment de la CCI pour y implanter la mairie, le 30 juin exactement.

A chaque fois que Michel Moyrand parle de ce projet, son coût augmente. La pompe à fric est en marche et elle ronronne.

En septembre 2008, le maire déclarait officiellement un coût total ne devant pas dépasser 4 M€ ((Sud Ouest, 11/09/08)). Car comme il le disait un mois plus tôt, le 05 août ((Dordogne Libre, 05/08/08)) :

On fera une analyse budgétaire et un état des lieux très précis.

Pour mémoire ce projet est Le symbole de la mandature Moyrand. C’est Son bébé le Déménagement de la Mairie ©, même si le 02 juin dernier, il rappelait avec ambiguïté que ce projet était une connerie trouvée en son temps par la droite… Qu’il est donc aujourd’hui heureux de concrétiser.

Mais vous allez voir, ce n’est pas si simple de suivre le budget de Moyrand à la trace…

C’est ce qu’il vous en coutera (temporairement) pour une nouvelle mairie excentrée, en biais, face à une barre de logements et sans place publique.

Y a qu’à leur dire que c’est pas cher…

Banco, dans le Plan Prévisionnel d’Investissement de 2009, l’achat du bâtiment était de 2.576 M€ et la rénovation d’1M€, soit 3.576 M€.
Rigueur budgétaire et précision de l’analyse permettaient au maire d’envisager des économies.

Bref, de quoi nous rappeler cette phrase d’un ministre des finances en 1828 ((Comte de Villèle commentant le budget de 1 milliard)):

Saluez ce chiffre, messieurs, vous ne le reverrez plus

… Mais que ça a augmenté

Car soudain, dans le Plan Prévisionnel d’Investissement de 2010, le projet subit une inflation de 62,5%, le propulsant à 5.715 M€ !
Erreur d’estimation des travaux, ces derniers se voient majorés de plus de 2 M€.

Qu’on se rassure, le maire n’est pas stupide. Il a toujours su que les travaux couteraient bien plus qu’un simple million d’euros. Il fallait toutefois attendrir la viande électorale avant de passer aux choses sérieuses.

Moyrand victime d’une emphytéose aiguë

Nous pensions que notre rigoureux analyste s’en tiendrait là pour l’année 2010. Car entre temps il cherchait de subtiles solutions de financements en rendant les périgourdins locataires de leur mairie.

Cette idée originale alla jusqu’à interpeller, par son ridicule il s’entend, des journaux nationaux. L’Humanité s’en est ému autant que la Lettre du Cadre en est resté scotché. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un maire vendre la mairie pour la déménager, ou l’inverse on ne sait plus.

D’une certaine façon on se rapproche de Coluche:

Pour rétablir nos finances, il faut déclarer la guerre à la Suisse, puis la perdre afin d’être envahis et de disposer enfin d’une monnaie forte.

La rigueur au doigt mouillé

Rarement à court d’idées lumineuses et pour fêter la déliquescence qui touche les plus hautes fonctions de l’Etat, Michel a encore décidé d’augmenter le cout des travaux.

Aujourd’hui dans l’avis public à candidature (téléchargement en .pdf), ces fameux travaux  sont estimés à 3 135 200 euros.

Certes, cette augmentation est symbolique. Mais en y ajoutant comme il le projette un nouveau bâtiment à 600 000 euros, on passe dès lors à 6 311 200 euros.

C’est bien ça. Pendant que les échotiers locaux font diversion à coup de sports et de faits divers, le maire a tranquillement augmenté son budget de 2 735 200 euros.

Et ce sans compter la rénovation de l’actuelle mairie, qui devra, après une mise aux normes handicapés avant 2015 obligatoirement ((Loi du 11 février 2005 qui explique les travaux de rénovation du théâtre de l’Odyssée)), accueillir toute la culture du monde et quelques associations. Encore un des ces projets à 2.5/3 M€ que vous ne sentirez pas passer.

On se rapproche lentement mais surement d’un projet à 10 000 000 d’euros ; grosso modo une année d’investissement de la ville.

Problème, en 2008, le maire allait péter la baraque et s’installer dans sa-mairie-rien-qu’à-lui en 2010. Aujourd’hui la fin des travaux est prévue pour le 1er trimestre 2013, un an avant les élections.

Glissez encore un peu d’insensible façon, des larmes au baiser il n’y a qu’un frisson.