Périgueux, un conseil, deux raisons

Ce Conseil Municipal du 29 septembre, était en terme sportif, un match référence. Pour la première fois vraiment, nous avons vu un maire dont le costume ne semble plus trop grand, et un leader de l’opposition se sentant dans le sien moins à l’étroit.
Jusque là, le maire s’était montré tantôt hésitant, méfiant, avalant les mots en fin de phrase comme s’il n’osait pas les finir. Ce n’est plus le cas. En face, depuis l’avis du Commissaire du Gouvernement devant le Tribunal Administratif de Bordeaux, l’affaire du recours semble être pliée et la défaite acceptée.

Du coup les débats ont été à la hauteur des attentes, plus précis dans le cadre de dossiers complexes dont les protagonistes n’ont plus besoin de mémos pour rentrer dans le détail. Les dossiers semblent davantage maîtrisés, une page est tournée. Libéré ou presque par l’épée de Damoclès du recours, le maire a montré une sérénité nouvelle, ni sur la défensive, ce qui rend parfois agressif et maladroit, ni fermé au dialogue, ce qui fut une manière d’esquiver les débats tendus.

Les journaux relatent abondamment ce Conseil et nous avons même cru que le maire avait déjà mis en place un dispositif d’enregistrement vidéo du Conseil, en arrivant sur les lieux. Il s’agissait en fait de France 3 Périgord venu faire un tour, dont nous souhaitons bon courage aux monteurs tant il y aurait à conserver. Du coup, la future demande au Conseil Municipal de dématérialiser les délibérations en les mettant à disposition sur Internet demeure d’actualité. A suivre.

Quelques temps forts émaillent la convivialité de la séance, dont les sourires échangés ne sauraient dissoudre des divergences de fond.

:: RAPPORT N°9, financement communal de l’enseignement privé ::

Dans le cadre de l’aide financière allouée par la mairie à l’enseignement catholique. Nous relaterons juste que les représentants de l’enseignement catholique se sont levés comme un seul homme et sont partis à la fin de la délibération du point n°9. On a bien senti que l’opposition a un peu surjoué la colère devant la décision du maire de ne pas répondre à leur requête, parce que le corps religieux fait partie de l’électorat traditionnel de l’UMP et qu’il n’est pas insignifiant à Périgueux.

Les mouches ont changé d’âne, mais il ne faudrait pas qu’elles se sédentarisent. C’est un peu la philosophie de toute nouvelle opposition.

Mais venir en Conseil Municipal pour agir comme un lobby, en ne s’intéressant qu’à son petit problème et en quittant la séance une fois celui-ci traité, est loin de correspondre au sens démocratique de l’accueil du public.
Ainsi le lobby des charcutiers serait présent si l’on traitait un projet de rénovation des halles du Coderc, et l’association des amis des oiseaux ferait grand bruit si l’on s’en prenait aux étourneaux des allées Tourny…
Car au passage, les signes ostentatoires de désapprobation, les commentaires et les apartés à mi-voix des représentants catholiques ne cadraient pas vraiment avec la règle de silence et d’impartialité que doit le public en séance délibérative. Le grand Pfeuuuuuuhh !!! de ma voisine de droite au prononcement du vote, sous le coup de l’émotion, on la comprend, aurait cependant du être maîtrisé par son stoïcisme républicain.

:: RAPPORTS N° 27 et 28, ligne aérienne ::

Une sorte d’avant-après digne d’une publicité contre la calvitie vient de voir le jour, dans le cadre de la ligne aérienne de Périgueux.

Avant
Le maire y était radicalement opposé, votant contre dans l’opposition d’alors et se montrant réticent et pessimiste en début de mandature. L’opposition a toujours fait valoir, à ses yeux, l’utilité de cette liaison Périgueux/Paris.

Après
La majorité et l’opposition votent la main dans la main, au « cas échéant » près, une autorisation de résiliation des contrats, comme levier de négociation d’une participation accrue des actuels partenaires aux frais de la plateforme aéroportuaire.

En marge, le Président du Conseil Général déclare par voie de presse que l’arrêt de la liaison serait une « erreur économique ». Autrement dit, il se trame quelque chose, tant l’homme ne dit jamais rien par hasard.

Ou bien le maire de Périgueux a la certitude que la liaison va être stoppée et il affiche à bon escient et en fin politique tout son soutien à cette voie des airs désormais agonisante. Mais point trop n’en faut, car il doit composer avec une partie du Conseil Municipal radicalement opposée à ce projet incarnant autant le réchauffement climatique que la lutte des classes.
Ou bien il y a un plan plus ambitieux qui n’est pas dévoilé, qui pourrait par exemple consister à restaurer le Syndicat Mixte Air Dordogne, le SMAD, intégrant une liaison avec Bergerac et sollicitant par exemple sa participation.
Ou bien on ne comprend plus rien à ce consensus en faveur de la liaison Périgueux/Paris, que l’on soutient en mettant les partenaires devant le fait accompli d’une négociation inconditionnelle, rognant un tantinet le sens premier de « négociation ».

Cette structure, complexe et fachée avec les prévisionnels, (Cf. Rapport de la Cour Régionale des Comptes), pourrait se révéler une alternative départementale à ce qui devient la chimère du maire de Périgueux, l’électrification du rail sur le tronçon Périgueux / Limoges, dont la dernière visite en Dordogne du Président de Région Aquitaine a clairement freiné toute velléité de fournir la moindre date, non de réalisation, mais pour commencer, d’étude de faisabilité.

:: Une sortie remarquée ::

En pleine explication de texte sur les indemnités de défraiement des Conseillers Municipaux dans le cadre de leur activité d’élu, le Conseiller Municipal Marc Gélineau a fait une sortie de piste plus que remarquée, pile sous la caméra de France 3 Périgord, un peu à la manière d’un Jean Alési dans ses heures de gloire.

Coupant la parole d’on ne sait plus qui, à fond de pédale à l’entrée du virage, il invective directement le leader de l’opposition sur une phrase prononcée un peu plus tôt, sur le thème que seuls « les nantis » pourraient faire de la politique, car l’exercice étant gratuit, (c’est pourtant ainsi que la chose est formulée dans le Code Général des Collectivités Territoriales), les plus défavorisés ne pourraient s’offrir le luxe de faire de la politique.

Aïe, le Maire coupé en plein élan d’apaisement, fut contraint de laisser le leader de l’opposition expliquer au conseiller révolutionnaire ce qu’il n’avait visiblement pas compris du tout.
Nul doute que ce conseiller ait eu droit en retour, à une autre explication de texte de la part du Maire, sur la hiérarchie d’une séance municipale et la bienséance de rigueur. L’invective n’est pas de mise bien sur, mais en plus, quand elle provient d’une erreur de compréhension personnelle, elle n’évite pas un certain ridicule.

:: La République des amis ::

Lors du Conseil Municipal du 17 Juin 2008, le maire avait lancé la création de plusieurs postes de fonctionnaires territoriaux, dont un particulier, celui de Directeur des Achats, (rapport n°25).

Lors de cette délibération, l’opposition avait fait remarquer que la création de ce poste était taillée sur mesure pour récompenser un ami du maire, très actif pendant la campagne.
Offusqué, le maire avait alors répondu :

– les candidats apprécieront

Effectivement, ils ont du apprécier, puisque le maire a trouvé une astuce pour éviter tout concours de recrutement, visiblement parce qu’il valait mieux pour cet ami d’éviter toute forme de compétition et de concurrence avec des professionnels de cette activité. L’attribution du poste n’en eut été alors que fort incertaine.

L’opposition a indiqué hier, en passant, la confirmation de la nomination de cet ami au poste de Directeur des Achats. Il s’agit ni plus ni moins que du Directeur de Campagne du candidat PS, infatigable porteur de bidons et de bonnes paroles durant la campagne.

Il s’agit d’un élu de la commune d’Atur, Marc Demaison, plus connu des internautes sous le pseudonyme de Marc24. Après ses discours évangélistes sur le thème de l’impartialité et la vertu en politique, Marc 24 devient tout simplement Directeur des Achats pour la ville de Périgueux.

Cela valait bien une petite récompense, pour celui qui se serait vu un temps en Directeur de Cabinet, poste aujourd’hui tenu par l’homme avec lequel le Maire a eu un « coup de foudre« .

C’est donc l’histoire d’un renvoi d’ascenseur, d’un petit arrangement entre amis, comme nos hommes politiques aiment tant à se montrer fidèles en amitié grâce aux finances publiques. C’est une sorte de rémunération (publique) au mérite (politicien), principe cher au Président Sarkozy. Ce poste de fonctionnaire territorial, c’est un peu son appartement au Luxembourg à lui, une timbale décrochée pour bons et loyaux services.