Perigueux, une ville en friche politique

Paraissait hier dans un quotidien local une interview de Michel Moyrand qui fera date. Le maire de Périgueux confie son désarroi sur la gestion municipale. Aveu d’incompétence, promesses électorales bafouées, stigmatisation d’une corporation, le maire vide son sac. Sur 28 mois de mandature, 18 auront été consacrés à comprendre ce qui lui arrivait, expliquant un peu l’enlisement constaté sur des dossiers importants. Mains dans les manches, pantalon sur les chaussures, épaules flottantes, le costume parait si vaste pour l’ancien adjoint du conseil municipal de Bassillac.

Un conseil municipal fragilisé en quête d’unité

La rentrée était déjà assez délicate pour le conseil municipal, le maire enfonce le clou.

Suite au départ de deux conseillers municipaux, plus le retrait volontaire d’un poste d’adjoint par un conseiller, ainsi que la mise à l’écart du conseiller municipal anciennement chargé de la communication, Michel Moyrand ne montrait pas un conseil municipal très serein.

S’ajoute aujourd’hui la démission du 1er adjoint [Eric DOSSET – ?] qui laisse un désert pour la gestion du commerce et du tourisme, alors qu’il n’arrivait déjà pas depuis deux ans à proposer un projet viable.

Les difficultés de la 2ème adjointe [ Gatienne DOAT – PS] actuellement sous le coup d’une procédure prudhommale pour licenciement abusif de 5 salariés n’augure rien de fameux sur ses méthodes de gestion ((Association S.O.S Femmes Dordogne)).

La récente interpellation de la 4ème adjointe [Sylvie REIHNART – PS] en état d’ivresse ayant causé des dommages matériels ne renforce en rien l’image de sérieux et de rigueur voulue par le maire.

La manière avec laquelle le 5ème adjoint [Fabrice MATHIVET – Verts] (et l’ensemble de son groupe) pris à contre pied par la pose surprise d’une antenne relai téléphonique à 100 mètres d’une crèche, alors qu’il engageait une démarche contre celle de Gay Lussac.

Il ne reste que le 3ème adjoint [Vianney Le VACON – PCF] qui demeure droit dans ses bottes. Mis à part qu’il s’était engagé férocement contre l’aéroport et qu’il persiste depuis deux ans à en voter la continuité, main dans la main avec l’UMP.

Dans un contexte tendu où la crédibilité de la majorité est engagée sur des dossiers lourds, le maire de Périgueux a choisi de se porter l’estocade dès la rentrée, plombant ainsi toute sa communication du dernier trimestre.

Un bilan de mi-mandat en forme de faillite

1. L’aveu d’incapacité

Pendant un an et demi, le maire confie n’avoir pas été à la hauteur de ses responsabilités. Waoh ! Alors que depuis le début il clamait dans les déclarations publiques qu’il était au top pour le job, cela devrait nous mettre en confiance pour croire que maintenant il l’est ?

Aujourd’hui, je reconnais que j’ai mis dix-huit mois pour appréhender la fonction et affiner ma connaissance de la ville et de sa gestion.

Dans un grand moment de sincérité, Michel Moyrand avoue avoir trompé les périgourdins sur ses capacités à les diriger

What’s next !

2. Regrets d’un maire qui descend les poubelles

La majeure partie du temps consacrée à la gestion quotidienne… Il semble que les 18 mois d’adaptation pour appréhender la fonction n’étaient pas de trop, il aurait pu intégrer l’idée de délégation de pouvoir, à ses adjoints par exemple.

Ce qui occupe la majeure partie de mon temps de maire, c’est la gestion quotidienne, ce ne sont pas les grands dossiers. Je le regrette.

Alors qu’il s’est présenté pour faire entrer Périgueux dans le 21ème siècle, il déclare se concentrer sur les crottes de chiens et les poubelles ((Dixit Sud Ouest)) …

What’s next !

3. Un diagnostic d’échec, une absence de propositions

Le projet pour éviter la naufrage du commerce et de l’artisanat, (spécialité du maire au Conseil Régional pendant 6 ans), est reporté sine die, car il n’y a plus d’élu capable de mener à bien une mission qui patinait depuis deux ans.

La SEM, il faut la gérer au quotidien et je n’ai plus d’élu pour le faire. Ce n’est plus à l’ordre du jour du prochain Conseil municipal.

A travers le tourisme, le commerce et l’artisanat, il ne s’agissait rien moins que « de développer et promouvoir le tissu économique et local ».

Pourtant, le programme de campagne tirait un bilan inquiétant nécessitant des actions sérieuses :

Un constat s’impose. Le petit commerce est en danger sur Périgueux dans le centre et surtout dans les quartiers. […] Des solutions existent avec l’implication forte de la nouvelle municipalité, en concertation avec tous les acteurs socio-économiques. Redonner vie à tous les commerces et dans tous les quartiers, c’est notre ambition.

Alors que la situation s’aggrave, toujours aucune proposition…

What’s next !

4. Les commerçants responsables de la situation

Les commerçants périgourdins sont des emmerdeurs égoïstes, des cas uniques en France.

Mes collègues maires ont moins de problèmes que moi : ils décident et ils construisent ! Et leurs commerçants ne s’opposent pas !
C’est une corporation très particulière : je prends tout, je ne donne rien. Heureusement qu’ils ne sont pas tous comme ça.

Et maintenant que les périgourdins savent ce que Michel Moyrand pense des commerçants…

What’s next !

5. Pas de solutions, mais des envies

Pour régler les problèmes du commerce périgourdin (avec ces emmerdeurs égoïstes) et après avoir abandonné le projet de développement du tissu économique, le maire « a envie » d’un grand centre commercial.

C’est un projet qui pourrait ouvrir vers fin 2014. Mais il y a encore beaucoup de problèmes techniques à régler.

Les emmerdeurs seront ravis d’être invités par le groupe Eiffage et Michel Moyrand à faire une visite à Poitiers.

Comme le plus important pour le commerce périgourdin était de connaitre l’envie du maire…

What’s next !

6. Malentendu sur les promesses électorales

Le programme politique du candidat était clair :

Nous réaménagerons le quartier de la gare autour du pôle multimodal. Ce quartier deviendra un quartier plus vivant et plus agréable, plaque tournante des transports en commun et des voies de déplacements respectueuses de l’environnement

Il n’était pas annoncé en 2008 que ce projet était prévu dans les 12 à 17 ans à venir.

Quand on parle du quartier de la gare, j’ai déçu des personnes en disant que ces projets sont pour 2020-2025.

Maintenant qu’on sait que le programme de Michel Moyrand vendait pour 2008/2014 ce qu’il savait être pour 2020/2026…

What’s next !

C’est assez. Cette interview est un désastre. Michel Moyrand s’englue dans le rôle d’un Sisyphe périgourdin. Il porte de lourds espoirs au sommet des promesses, qui redescendent inexorablement au bas des principes de réalité.

Jouer sur le registre de l’empathie de l’électeur est à double tranchant. Car en activant la corde de la sincérité, (incapacités, regrets, envies, frustrations…), il remet en cause les raisons pour lesquelles il a demandé aux périgourdins de lui faire confiance.

Reconnaissant en filigrane la médiocrité de sa gestion, il complique par cette posture la stratégie d’une éventuelle réélection. Sauf en pariant sur l’amnésie des citoyens ou les faveurs d’un contexte national, le slogan « essayez-moi et vous verrez » n’étant qu’à un coup, la situation sera complexe à défendre.

Sur le thème de l’apitoiement, « j’étais nul mais j’ai tout donné« , il sera compliqué de vanter le moindre bilan sans tirer la liste des échecs, et par là même porter le moindre espoir nouveau pour atteindre 2020 autrement qu’à cloche pied.