Peter s’invite au Conseil Municipal

« Connaissez-vous le principe de Peter ? »

A cette question, le maire s’est étranglé d’indignation… Jusqu’ici, tout s’était plutôt bien passé pendant les trois premières heures du Conseil. Consensus, interventions musclées, certes, mais courtoises. Jusqu’à ce que l’on aborde le sujet sensible des créations de postes, (d’un cadre supérieur) et à cette question posée par Jean-Paul MINGASSON : « Monsieur le Maire, connaissez vous le principe de Peter ? » qui fit bondir l’interpellé.

J’avoue : je ne connaissais pas le principe de Peter et suis restée comme deux ronds de flan lorsque le ton est brusquement monté entre les deux protagonistes…

J’ai depuis, remédié à mon ignorance crasse

Laurence Johnston Peter est un pédagogue canadien qui, en collaboration avec Raymond Hull, a commis un ouvrage en 1969 intitulé « the Peter Principle », posant un principe mêlant science sociale et satire. Ce principe a de multiples développements que je vous laisse le soin d’apprécier soit en achetant le livre soit en vous fiant aux extraits tirés de ce livre (PDF).

Le principe de Peter est sous tendu par un fil rouge « tout employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence». Le maire aurait-il pris cela pour lui ? On peut s’en étonner.

Si l’on va plus loin dans la lecture, on comprend que la question posée par Jean-Paul MINGASSON faisait référence à une extension du principe de Peter « la division en classes comme limitation de la rivalité ». Ecoutons ce que dit M. PETER…

« Les postes importants ainsi que les grades élevés de la hiérarchie sont réservés aux membres de la classe dominante. Vous remarquerez que j’évite d’employer le terme de « classe supérieure » qui me semble gênant, parce qu’on imagine généralement une classe dominant par l’aristocratie ou la richesse. Mais mes conclusions s’appliquent aussi aux systèmes dans lesquels la classe dominante est séparée de la classe subordonnée pour des considérations de religion, de race, de langage, ou de politique. Peu importe quel est le critère en Pistonie, le fait essentiel est que ce pays possède une classe dominante et une classe subordonnée. Le graphique ci-dessous représente une hiérarchie pistonienne typique présentant la structure pyramidale classique :


La partie inférieure, marquée CS, se compose des employés de la classe subordonnée. Peu importent leurs qualités ou leur compétence, ils ne pourront jamais franchir la ligne BC, barrière de classes.
La partie supérieure CD est occupée par les employés de la classe dominante. Ils ne débutent pas au bas de l’échelle, mais au niveau de la barrière de classe.

Or, il est évident que, dans la partie basse, CS, beaucoup d’employés ne pourront jamais, par suite de la barrière de classes, s’élever assez pour atteindre leur niveau d’incompétence. Ils passeront leur vie à se consacrer à des tâches auxquelles ils excellent. Personne n’est promu plus haut que cette base CS, donc cette partie de la société conserve et utilise continuellement ses employés compétents.
Manifestement, alors, dans les rangs les plus bas de la hiérarchie, le maintien de la barrière de classes assure un plus haut degré d’efficacité, lequel ne pourrait exister sans la barrière.

Examinons maintenant la partie CD, au-dessus de la barrière. Comme nous l’avons constaté, l’espoir d’un employé d’atteindre son niveau d’incompétence est directement proportionnel au nombre de rangs de la hiérarchie ; plus il y en a, plus l’incompétence sévit. La partie CD forme une hiérarchie fermée composée de quelques rangs seulement. Donc, beaucoup d’employés ne pourront jamais atteindre leur niveau d’incompétence.

De plus, la perspective de débuter au-dessus de la barrière attirera à la hiérarchie un groupe d’employés brillants qui ne se seraient jamais présentés s’ils avaient dû débuter au bas de l’échelle.
Par conséquent, dans les parties marquées CS et CD, au-dessus et au-dessous de la barrière de classes, « les hiérarchies pistoniennes sont plus efficientes que celles des sociétés égalitaristes. »

Trois conseillers pour le maire de Périgueux

Périgueux, station touristique, est « surclassée » depuis 2007 à plus de 40 000 habitants, ce qui autorise le maire a embaucher (voir PDF), s’il le juge utile, un troisième conseiller (pour comparaison, les secrétaires d’états en ont 4).

En cette période de « vaches maigres » l’occasion était trop belle pour Jean-Paul MINGASSON de pointer ce que ce renforcement du staff du maire contenait de signification politique. M. MOYRAND augmente la partie haute de sa hiérarchie « CD : classe dominante » par une embauche extérieure et non par une promotion interne qui aurait fait sauter « la barrière de classe »

Tout le monde aura compris que l’allusion de notre haut fonctionnaire européen visait à souligner que le maire était devenu un fervent adepte des « hiérarchies pistoniennes politiciennes » plutôt qu’ « égalitaires », comme l’aurait souhaité Karl Marx.

Mais, pour réussir un bon mot, il faut être deux.