Philippe Cornet, législatives et municipales, souffler n’est pas jouer

A 3 mois des élections législatives -10 et 17 juin 2012- Philippe Cornet, leader UMP de Périgueux annonce dans Sud Ouest le lancement de sa campagne électorale. Même si le scrutin aura l’intérêt de le faire connaître davantage, le conseiller municipal de Périgueux a bien plus à perdre qu’à gagner. Mais avant de voir pourquoi, nous allons revenir sur ses présentes annonces.

A l’écoute de ce qui rapporte des voix

Et oui, c’est par cette déclaration fracassante que le candidat ouvre le débat : « nous souhaitons être proches des attentes des électeurs ». On s’en serait douté. A défaut d’originalité, cette phrase en appelle une autre : « C’est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases ».

Une campagne ni archaïque ni apathique

Creusant le sillon de l’originalité, le candidat poursuit son labour : ‘Le tandem UMP veut une campagne « moderne et dynamique »’. Avec une réelle prise de risque dans le discours, on s’interroge. L’UMP voudrait-il copier La Liste 2008 et son slogan novateur : « L’avenir est pour bientôt » ?

Pour un candidat qui promet dans le même article de l’originalité et des innovations ça commence doucement…

Autoroutes de l’Information et pensée progressiste

Par moderne et dynamique, le candidat parle en réalité d’internet et de David Douillet. En 2012, après l’arrivée de l’ADSL dans les années 2000, Philippe Cornet souligne l’arrivée de son futur site internet. Une véritable révolution. On en salive d’impatience.

Mais ce n’est pas tout. Le candidat compte également s’appuyer sur les réseaux sociaux. On est déjà face à des déclarations en acte, puisque le candidat sans prétention déclare : « On va éviter la campagne à l’ancienne. C’est passé de mode, on essaiera de vous surprendre ».

Et ça promet, puisque cette phrase suit l’annonce de la venue de David Douillet en tête de gondole. Ce député à qui Nicolas Sarkozy a donné un siège parlementaire en échange de son soutien a tout compris de notre société en 2012.

La classe

Autobiographie, « L’Âme du conquérant » 1998:

« On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes! »

Toujours dans cette vision progressiste et lumineuse de la société qui le caractérise :

« Pour l’équilibre des enfants, je pense que la femme est mieux au foyer, à gérer affectivement la cellule familiale »

Simone de Beauvoir et son Deuxième sexe (1949) n’ont qu’à bien se tenir avec leurs déclarations de « tapettes » :

« On ne naît pas femme : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin ».

Pour le philosophe David Douillet, l’explication est exactement le contraire de celle de Simone de Beauvoir :

« C’est la mère qui a dans ses gènes, dans son instinct, cette faculté originelle d’élever les enfants. Si Dieu a donné le don de procréation aux femmes, ce n’est pas par hasard ».

Bref, avec David Douillet on l’aura compris, les hommes sont misogynes ou pédés et la soumission des femmes à la gente masculine s’explique et se justifie par son dispositif génétique. C’est donc tout ce qu’a trouvé Philippe Cornet pour une campagne novatrice. Pas de doute, on est bien à l’UMP.

Philippe Cornet et la communication

Ce n’est pas une histoire d’amour. On se souvient du site internet l’Esprit d’Equipe, aussi éphémère que vide de tout contenu.

Côté 2.0, le candidat cultive une approche à la limite du trivial.  Pour faire court, le candidat n’a pas de compte Twitter, ce qui lui fait confondre « réseau social » et Facebook, réseau sur lequel son compte est suivi par 682 personnes. La photo du profil est éloquente.

Manifestement en vacances, l’homme domine un port (Arcachon ?) depuis un appartement stylé. Le teint hâlé, dans un style vestimentaire dont les professions libérales ont le secret, il scrute l’horizon d’un œil si perçant qu’on l’imagine apercevant au loin la statut de la Liberté. Bref, un cadre idéal quand on s’apprête à battre la campagne périgourdine.

Dans la photo suivante, Philippe Cornet et l’équipe d’opposition donnent l’impression d’organiser un débat d’information sur les risques d’infections colorectales. Au fond du long tube, derrière les autres (dont certains ne sont même pas élus), c’est lui qui parle. Tout un symbole.

crédit photo SO ou DL ?

Sur cette photo, Philippe Cornet tendrait à nous faire croire qu’il est en réalité le premier adjoint du maire de Périgueux, Michel Moyrand.

crédit photo ? (signalez vous)

Et enfin, quand Philippe Cornet veut rassembler les jeunes autour de lui, toujours avec son association l’Esprit d’Equipe, il fait venir à Périgueux Jean Roucas et Olivier Lejeune… Comme le dit Philippe Cornet en personne, « une association qui nous ressemble »… [Reportage de Jo l’embrouille pour Canal Moins]

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Un combat joué d’avance ?

L’actuel député PS Pascal Deguilhem n’a pas trop de souci à se faire. En 2007, le prof d’EPS a été élu avec 58.96% des voix en battant largement l’UMP Jérôme Peyrat (41.04%). En 2002, le candidat Philippe Cornet avait recueilli 10.76% des suffrages. Il était arrivé troisième sous les couleurs de Démocratie Libérale derrière le PS Michel Dasseux (33.19%) et l’UMP Nathalie Delattre (27.33%).

Le contexte actuel est pour le moins défavorable. En cas de victoire de François Hollande, la messe est dite. La campagne ne sera qu’un tour de chauffe pour les prochaines municipales pendant que l’UMP implose en guerres intestines et règlements de comptes. Dans cette configuration, le logo de l’UMP serait un véritable boulet.

Il resterait une brèche si Nicolas Sarkozy l’emporte, profitant de la dynamique post présidentielle et de la cohérence des scrutins –ce à quoi sert le calendrier électoral pour éviter les cohabitations-. Ce ne serait pas gagné pour autant, le Parti Socialiste ayant bétonné le territoire périgourdin pour en faire un véritable bastion électoral.

Cela étant, le futur adversaire du candidat UMP (allez, disons le député PS sortant au hasard) disposera de quelques billes. Tout d’abord l’actuel député est loin d’être un ténor de l’Assemblée Nationale. Il fait partie des seconds couteaux qui n’ont jamais fait la moindre proposition de loi. Il a écrit un seul rapport et se trouve classé 220ème sur 577 dans l’étude d’activité parlementaire de L’Expansion.

Ensuite il a toujours clamé son engagement pour le non cumul des mandats. Résultat, il en assure 3 et s’est fait épingler dans un rapport du Monde sur les députés cumulards. Au final et malgré son mandat national, le député PS n’est jamais sorti de son rang « d’élu local ». La 1ère circonscription de Dordogne peut mériter plus d’envergure.

Désavantage supplémentaire, il a pour suppléante Gatienne Doat et son bilan. Pour 2012 elle est virée et sera remplacée par Marie Moulenes (candidate PS aux dernières cantonales). Gatienne Doat est carbonisée. Quand elle a été choisie, le futur député ignorait que sa colistière allait s’empêtrer dans l’affaire SOS Femme Dordogne.

crédit ps (ou sud ouest) ?

Après s’être affichée en victime de complot, Gatienne Doat, a licencié brutalement 4 salariées de l’association. Or le motif de ces licenciements pourrait se retourner contre elle, si était avérée une manœuvre sordide de documents falsifiés et interception illicite de communication. Et ce d’autant que la liquidation judiciaire de SOS Femme Dordogne provoquée par sa présidente Gatienne Doat paraîtrait bien opportune dans le cas où elle serait mise en cause par la justice. Sa conception de la solidarité comme prétexte à s’afficher dans les médias (un vrai hobby) et monnaie d’échange politique lui a déjà coûté le poste de première adjointe au maire de Périgueux. Comme faire valoir politique on a vu mieux.

Il n’en demeure pas moins que le candidat UMP risque de faire de la figuration. Mais cette figuration est toujours l’occasion d’un accroissement de notoriété pour bâtir la stature nécessaire à l’élection municipale de 2014 à Périgueux.

Conclusion

En général, on s’appuie sur un statut local pour conquérir un mandat national. Une fois n’est pas coutume les périgourdins se distinguent des canons de la science politique. Pour le candidat UMP, c’est le contraire.

Concrètement, le réel enjeu de 2012 est celui de 2014. En cas de victoire (improbable), Philippe Cornet ne pourrait prétendre être conseiller régional, député et maire à la fois. Le seul objectif qui compte en réalité dans ces scrutins, c’est la mairie de Périgueux.

crédit 109apx