Pour Sud Ouest, des airs de printemps arabe à Bassillac

Vous connaissez la génération mécanique de contenus à partir d’un texte souche ? C’est un peu ce que fait Sud Ouest en ce moment quand il ne génère pas directement des duplicate content, des contenus dupliqués.

Sud Ouest sulfate tous azimuts sur les déboires de son élu préféré. Ca banque. Car il n’y pas qu’à Pétaouchnok que les forces rebelles attaquent le palais présidentiel. Et il faut que ça se sache!

Normal direz-vous. Sud Ouest vend de la pub en ligne. Les espaces pour les annonceurs sont valorisés par l’audience. Alors quand il y a du trafic de visiteurs  à faire, c’est bon pour le commerce. Pour l’info par forcément, mais c’est devenu une question secondaire.

Alors comme l’info cartonne avec l’histoire du maire assiégé comme à Misrata, les journalistes multiplient les pages html (traitement d’un sujet) pour surfer sur l’audience générée par ce qu’on appellera le « Buzz de Bassillac ». Car si une seule dégradation attaque était déjà un fait divers porteur, deux, cela tenait du miracle éditorial.

Les pétro-terroristes font le buzz, Sud Ouest tient un filon

Dimanche 24 avril, 07h06 : « Coups de feu sur la maison du maire »

Dimanche 24 avril, 16h24 : « Coups de feu sur la maison du maire »

Lundi 25 avril, 07h38 : « Du plomb et des œufs contre la maison du maire de Périgueux »

Lundi 25 avril, 15h02 : « Encore une effraction au domicile du maire de Périgueux »

Mardi 26 avril, 06h00 : « Le domicile du maire attaqué »

Mardi 26 avril, 06h00 : « Deuxième attaque chez le maire »

Mardi 26 avril, 07h41 : « Le maire de Périgueux découvre un engin incendiaire dans son jardin »

A grands coups de CTRL+C / CTRL+V, Sud Ouest aura sorti 7 articles en 3 jours sur le sujet.

Autopsie du buzz : la réalité des éléments nouveaux

Dimanche, Sud Ouest nous révèle des « coups de feu », plus de peur que de mal, il s’agit en réalité de « trois  plombs, des billes d’acier de petit diamètre… », découverts au fond de la piscine. Ces fameux coups de feu n’avaient d’ailleurs réveillé personne. Ouf !

Si le titre se voulait accrocheur, c’est un métier, la conclusion ne l’est pas moins. La journaliste propose d’associer l’attentat de Jarjalesse aux récentes prises de positions controversées du maire dans le cadre de la refonte de l’intercommunalité.

Oh c’est la vengeance d’Isle Manoire qui va se faire désintégrer à cause des magouilles du maire Périgueux !!!

Difficile de ne pas se répéter et d’enfiler des infos redondantes, mais le prix de l’audience le vaut bien :

Dimanche : « Si, pour les plombs, Michel Moyrand a pensé à des actes de vandalisme dans le quartier, il note qu’il est le seul de son voisinage à avoir eu des dégâts dans sa maison. Quant aux trois œufs frais, il a du mal à croire à une coïncidence ».

Lundi : « Par exemple, il est le seul de son quartier à avoir subi des dégradations. Et les lieux visés ne sont pas visibles de la route. Quant aux trois œufs frais, il a du mal à croire à une coïncidence ».

Et soudain, le dieu de l’audience fit une offrande au journal

Mais dans la même journée, ô miracle de l’info, on apprenait que le maire avait subi une seconde « attaque » contre sa maison. Du pain béni, puisque sur cet évènement, Sud Ouest a déjà produit quatre articles en deux jours.

Et là attention, c’est le héraut officiel de Michel Moyrand, en personne, qui prend les commandes, à savoir Hervé Chassain, pour qui d’emblée le maire de Périgueux est « devenu célèbre depuis sa victoire sur Xavier Darcos ». Rien moins.

Le lendemain, il fallait alimenter la chaudière du pétro-buzz. Aucun élément nouveau, d’où l’obligation de broder. On apprend alors que le maire éprouve « un sentiment d’insécurité », de bon ton depuis ses Assises de la Tranquillité. Et aussi que de nombreuses personnes le soutiennent, et aussi que de tous bords, les politiciens se disent indignés.

Mais aussi et surtout qu’il y a eu beaucoup de commentaires la veille, manifestant incompréhension ou réprobation de voir le maire de Périgueux habiter Bassillac.

Beaucoup semblent découvrir que pour optimiser le concept de parachutage électoral, le législateur (cumulant à 85% ce mandat avec celui d’élu local) a prévu de ne devoir payer que quelque impôt sur une commune pour être éligible.  (Les pauvres se contentent ainsi de ne pouvoir être élus que chez eux. Mais comme la politique, ce n’est pas un truc de pauvre, on s’en fout).

Attaque au pétard Mammouth, le nain de jardin s’en sort indemne

Le mardi, ayant épuisé tous les trucs habituels, Sud Ouest ne s’avoue pas vaincu et surfe sur le spectaculaire : « un engin incendiaire dans son jardin» !

Oh putain c’est bon ça, « Bassillac s’embrase sur fond de conflit libyen ». La veille déjà Sud Ouest avait parlé d’un « pseudo cocktail Molotov » grâce aux investigations insensées de son grand reporter.

Après le pilonnage aux œufs frais, le bombardement au fût de bière et à la bouteille de vodka, les rafales de carabine à plomb, on (re) découvrait stupéfait de terreur… une bombe !!!

Malgré les apparences pour doper l’audience, force est d’admettre que le jardin du maire doit plutôt ressembler à un dépotoir qu’à un champ de bataille.

Les « coups de pute », ça c’est la démocratie, pas les œufs brouillés

Benoîtement, le maire n’en revient pas: « C’est l’élu qui semble être visé mais pourquoi? «  ((Edition France 3 Périgord))

Parce que peut-être, trahir ses promesses, ses amis, ses engagements, sa parole, peuvent être autant d’éléments propres à soulever quelque courroux?

Alors on parle d’atteinte à la démocratie, à la République ((comme le relève France Bleu Périgord le 26 avril)). Et oui, mentir et trahir font partie de la démocratie, c’est même son fondement et son principal intérêt pour certains depuis 3 ans, mais jeter des œufs, non mon bon Jésus, c’est de la Barberie !

Alors à quand la prochaine tentative de coup d’état à l’omelette norvégienne? Hein, je vous le demande !