ProD2, fer de lance ou danseuse ?

J’aime le sport. Je le conçois principalement comme un atout pour créer du lien intergénérationnel, l’intégration sociale par l’éthique qu’il développe, l’esprit d’équipe qu’il implique et les qualités humaines qu’il encourage.

Je ne l’aime pas lorsqu’il devient un enjeu économique tel que l’on perd de vue son rôle fondamental ; je ne l’aime pas lorsque l’on se permet d’en user comme d’un élément de chantage. Je ne l’aime pas lorsqu’il fait place à la polémique.

Un club sportif, grosso modo, comment ça marche ?

C’est au départ une association ; il peut devenir une EUSRL, une SAOS, une SASP ; (je vous fais grâce des détails). Périgueux en PRO D2 deviendrait une Société Anonyme Sportive Professionnelle. Un club et une entreprise c’est presque pareil : ce qui les rapproche, c’est que pour progresser, il leur faut réduire le risque.

Or, pour un club, il n’existe pas de science exacte qui l’assure de la victoire, même s’il a recruté d’excellents éléments et que l’entraîneur est top. C’est sans doute pour cela que l’on parie sur les matches et pas sur les entreprises (quoi que la bourse…) !

Et comment ça se finance ?

Pour la néophyte que je suis, rien de plus difficile que de trouver les informations sur le budget des clubs, même sur celui du CAP. Où trouver le nombre de licenciés, de billets vendus dans l’année, du nombre d’abonnements ? Même le site du CAP est muet sur le sujet. Je suis donc allée à la pêche aux infos sur « la toile » pour glaner quelques informations d’ordre général.

Le financement des clubs non professionnels repose essentiellement sur les subventions territoriales et les sponsors auxquels s’ajoutent les recettes de billetterie et de boutique. Son budget navigue aux alentours de 1 M€.

S’ils passent à la vitesse supérieure, leur budget augmente en dépenses (principalement parce que l’on finance des joueurs professionnels) mais aussi en recettes (heureusement), parce que la médiatisation et le succès sont lucratifs et attirent les sponsors… Pour Périgueux, on passerait à 3,2 M€.

Voici un schéma de la composition des recettes d’un club en PRO D2 présenté dans le rapport fait au ministre des sports en 2003 (voir PDF) :

Qui financera le passage du CAP en PRO D2 ?

Avec 3,2 M€ de budget prévisionnel, le club de Périgueux ne sera pas le dernier en matière de budget (voir ci-après) parmi les PRO D2.

Les subventions territoriales vont représenter pour la mairie 370 000€ (150000 x 2 + 20 000 + 50 000) et pour le conseil général 450000 (300 000 + 150 000) soit 820 000€ : c’est plus de 26 % du budget prévisionnel du CAP (à mettre en balance avec les 22 % en moyenne). Et nous ne savons pas quelle sera la participation de la Région.

Et les sponsors ? Si l’on va sur le site du CAP, on en trouve 11. Dernièrement on a parlé d’une participation totale des entreprises pour un montant prévisionnel de 100 000 €. Soit 3% du budget prévisionnel !

C’est peu comparé aux 29 % de contribution moyenne cités dans le rapport précité. Une équipe en Pro D2 c’est une aubaine pour des entreprises : l’intérêt accru des matches génère plus de spectateurs, de lecteurs, d’auditeurs et de téléspectateurs et les ventes en boutique augmentent.

La prospection ne devrait pas être difficile. Quant aux droits TV, à la boutique ou à la billetterie, à la contribution du LNR, peu d’information sur le sujet, ce qui ne nous permet d’avoir une idée complète des recettes espérées.

Quid des autres associations ?

En 2010, les subventions aux associations sportives de la commune représentaient, hors les 1,25 M€ de l’AOL (CLSH + rugby + spéléo + sophro), 318 050 €.

Le plus gros poste concernait le CAP avec 150 000 €, soit la moitié de ce budget. Le deuxième plus gros poste est le golf (40 000 €), le troisième le cyclo club et le CAP Athlétisme (19 000 € chacun) puis le Basket (10 000 €) et le foot (9 000 €).

Le Handbal et Périgueux épée (5500 et 6000€). La trentaine restante se partage les restes, entre 400 et 5 000 € par an. L’année prochaine, on se demande où la ville va trouver l’argent pour financer le CAP.

Allons nous vers une diminution du soutien des autres sports ? Où allons nous trancher dans le vif des autres subventions ? Allons nous emprunter ?

Quel retour d’ascenseur ?

Les Clubs doivent en principe « renvoyer l’ascenseur » à leurs mécènes : pour les financeurs publics (nous), ils peuvent s’engager à s’impliquer dans la vie de la cité : gestion d’une école, rencontres sportives à la prison locale, dédicaces dans les maisons de retraites, participation aux activités culturelles et sportives locales.

Pour les sponsors privés, ils peuvent intervenir en entreprise, animer des séminaires ou afficher les logos des entreprises sur leurs sites, le stade ou le maillot des joueurs…

Pour tous les partenaires et surtout pour le grand public (qui paie deux fois par les subventions et les billets), le plus sûr moyen de récompenser l’aide financière, c’est d’avoir une haute qualité de jeu et de gagner…

Hormis de belles victoires, quels retours pouvons-nous attendre du CAP ?
Quelle transparence dans la gestion, quelle implication dans la vie de la cité ?

Nous, Périgourdins, citoyens lambda, qui ne sommes pas forcément fous de rugby, et qui payons la plus grosse part de la note,

Pouvons-nous espérer que le vainqueur transforme l’arrogance en un soupçon de respect, en commençant par un simple merci ?

« Colère et intolérance sont les ennemis d’une bonne compréhension »

Gandhi