Régionales Aquitaine: cyberpolitique, Rousset devant Darcos ?

Nous vous avions proposé de suivre l’évolution de la campagne des régionales sur la toile en ce qui concerne le PS et l’UMP. Le 02 décembre avait été l’occasion d’un premier regard. Après un peu plus d’un mois, quelques changements sont à observer.
Nous nous limitons à mettre en parallèle 3 médias principaux : le site de campagne, Facebook et Twitter.

:: Les sites internet ::
Le PS
Le site est actif. En particulier, les responsables de la communication misent sur un mur Dailymotion dynamique, enrichi régulièrement par des interventions d’élus et responsables politiques. Si cette forme de communication fonctionne bien, en revanche les contenus dépendent de la prestation de l’intervenant. Celle de Benoit Secrestat, secretaire fédéral PS 24 est calamiteuse. Il lit un texte placé un texte au-dessus de la camera, un peu comme une pelleteuse ferait de l’art lyrique. C’est sa marque de fabrique, puisqu’il a réitéré l’exercice dans sa présentation des vœux 2010 pour le PS. Effet Botox garanti, il passe à côté du message et de l’intérêt même de la vidéo.

Le bandeau défilant sur les actus met à ce jour l’accent sur l’écologie, Flopenhague et le service public notamment avec les transports en commun. Pied au plancher sur les réalisations écolo par exemple avec le lycée de Blanquefort HQE. Peu importe que ce label n’ait aucune signification réelle, en com’ il passe bien.

L’UMP
A la place des vidéos, les communicants ont misé sur une carte interactive pour créer du lien « participatif ». Signaler un problème, poser une question, etc. Ces participations semblent surtout être une tâche confiée aux militants pour faire vivre une relation à l’apparence poussive. En prime, l’équipe des portes paroles y est sans voix, ce qui ne manque pas d’ironie.

Côté actus 5 nouvelles déclarations. Hormis un sujet sur Flopenhague, (obligé), le site suit les consignes de l’Elysée : taper sur la fiscalité et les finances, 14/12/09.

Impôts régionaux +17%
– Pression fiscale sur les ménages et les entreprises +26% > moy. nationale.
– Taux de la taxe professionnelle de + 64% en 11 ans en multipliant par 3 en 11 ans les charges de personnel.
– Aquitaine comme la 7ème région pour le poids de la fiscalité.

Bref, c’est affreux, l’UMP n’augmentera pas les impôts nous assure-t-on.

Evidement c’est à comparer avec le bilan proposé par le candidat socialiste :

– Un redressement spectaculaire des finances de la Région en 10 ans.
– L’Aquitaine est passée de l’avant-dernière place au trio de tête des Régions les mieux gérées de France entre 1998 et 2007.
– La dette a été divisée par deux tandis que les recettes de la Région étaient dans le même temps multipliées par deux.

Débrouillez-vous avec ça.
A part cette sortie pour honorer le plan com’ national, soit le site sommeille, soit il est en gestation. L’activité n’y est en tout cas pas visible.

:: Sur Facebook ::
Le groupe PS
Au 02/12/09 : 740 inscrits. Au 07/01/10 : 815. +75.
Dernier message officiel, 21/12/09.
Le groupe UMP
Au 02/12/09 : 478 inscrits. Au 07/01/10 : 706. +228.
Le retard est en train d’être comblé. On notera une forte participation d’utilisateurs quand pour le PS il s’agit essentiellement d’annonces officielles.

:: Sur Twitter ::
Le groupe PS
Au 02/12/09 : 70 followers et 6 tweets. Au 07/01/10 : 102 followers et 12 tweets.
C’est toujours extrêmement bas, sinon inexistant. L’augmentation des followers ne tient quasiment qu’à des comptes factices pour faire du chiffre. L’utilisation du média est restreinte au minimum pour des annonces officielles, ce qui ne fonctionne pas sur Twitter.
Ou bien la com’ se plante, ou ils ont fait le choix délibéré d’ignorer ce média, peut-être parce qu’au regard de sa notoriété il n’est pas encore jugé rentable en terme de visibilité.
Le groupe UMP
Au 02/12/09 : 441 followers et 16 tweets. Au 07/01/10 : 611 followers et 20 tweets.
Là encore quelques comptes fictifs, mais marginaux. Même s’il est loin d’une NK_M (34 933) ou d’un Benoit Hamon (26 065), il est là, participant très peu et pour des annonces officielles.
On est loin sur Twitter d’une campagne politique à tendance urbaine et numérique. Il semble que cette présence tienne à la dimension nationale du candidat, au fait des tendances, contre un président de Région dont le 1/3 de la population ignore le nom.

:: Conclusion ::
La campagne ne semble pas avoir encore pris sur les réseaux sociaux malgré un début de mobilisation. Cela étant, l’activité du site et le taux de couverture est à mettre à l’actif du PS, face à un groupe UMP qui semble attentiste. Cette impression provient également de la structure même des sites, dont la plateforme socialiste est conçue dans un schéma beaucoup plus dynamique.

Pour l’instant en Aquitaine apparemment, il faut faire du terrain. Les usages numériques semblent encore éloignés d’une population rurale ou composant de moyennes et petites villes. La campagne des principaux candidats sur internet doit être proportionnelle à ce qu’ils en attendent : pas une influence déterminante visiblement. Mais il faudra continuer à suivre pour le savoir.

Quant à Aquitaine Ecologie, dans un style beaucoup plus classique et voulant montrer son attachement pour le fond, du débat, des textes et quelques vidéos. Une surprise cependant qui témoigne de l’ambiguité de cette campagne. Bérénice Vincent, par exemple, est conseillère régionale et adjointe au maire dans des majorités socialistes. Comment justifier dans ce cas les critiques contre le bilan d’Alain Rousset et de pointer les carences du Conseil Régional en matière environnementale?

Critiquer son partenaire et cracher dans la soupe de sa propre majorité, tout en sachant qu’en cas de non victoire d’Aquitaine Ecologie, les fauteuils Verts sont acquis si le PS veut conserver la Région, c’est limite et ça ne peut faire illusion qu’un temps. Bérénice Vincent contre Alain Rousset, c’est un peu comme si Hervé Morin faisait campagne contre le gouvernement Sarkozy. Ce n’est simplement pas crédible.

On ne peut pas se poser en alternative de son propre bilan tout en étant garanti de poursuivre la même politique après la victoire. Il y a là une schizophrénie politique et une forme d’hypocrisie.