Essai d’étude sociale du Vieux Périgueux, 1953

Comme annoncé précédemment, nous aller essayer de présenter l’Essai d’Etude Sociale du Vieux Périgueux de Pierre Roucheyroux de 1953. Cette étude porte sur les conditions de vie de la population vivant dans le vieux Périgueux, en particulier le quartier des Rues Neuves, détruit sur la période allant des années 50 à 70.

Vous verrez que certaines affirmations incitent à poser des questions et induisent une curiosité tendue. Parfois même on demeurera sceptique, ce n’est pas une critique en soi, mais l’envie d’approfondir la question. Il est également passionnant, outre ses qualités humaines, parce qu’il permet de jauger de près la mentalité de cette période, ses critères, ses repères, ses travers aussi, qu’il s’agisse des sciences sociales ou des réflexions politiques sur l’action publique, ou même encore sur la question morale. Cela étant, en lisant ces propos liminaires, sachez par avance que l’on s’embarque pour un billet au long cours.

Carte postale, le bas Saint Front

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 Et c’est peu dire autant que je vous prévienne. Il est anormalement long, mais n’a pas pour vocation d’être lu comme on lit un billet habituellement. L’intention première était qu’il existe, c’est chose faite. Bonne lecture et sinon qu’il dorme aux chaud dans vos favoris. On ne sait jamais.

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En premier lieu voici le sommaire de l’ouvrage, son architecture :

  1. Historique du vieux Périgueux
  2. La lutte contre l’habitat insalubre
  3. Comment se présent le vieux Périgueux
  4. Les conditions de vie
  5. Les classes sociales
  6. Comportement politique de la population
  7. Comportement religieux de la population
  8. Etude de l’influence du milieu:

Sur la santé physique
Sur la santé morale
Sur l’enfance

Enfin page 42, au terme de l’ouvrage, la conclusion.

En second lieu il faut présenter la bibliographie. Elle correspond à une époque, elle est photographique et significative du « schéma » dans lequel a été abordée l’étude. Il y aurait beaucoup à dire sur cette bibliographie, mais là ce serait abuser outrageusement de votre temps. On verra plus tard pour son étude. En plus, j’en conviens, on ne se régale pas forcément à l’avance d’analyser une bibliographie.

  • Précis d’Hygiène, par A. Rochaix
  • Les grands problèmes sociaux contemporains, par P. Laroque
  • Les grands problèmes de la population par Louis Chevalier
  • L’urbanisme par Gaston Bardet
  • L’économie humaine par René Sand
  • L’encyclopédie politique de la France et du monde, par J/ Bourgeois-Pichat
  • Etude sur la banlieue parisienne, éditée par la fondation nationale des sciences politiques
  • Les problèmes d’économie politique et sociale, par L. Ferrand
  • Des articles de M. Sauvy
  • La revue du Comte de Paris
  • Des comptes rendus des congrès des maires de France
  • Diverses brochures des ministères de la reconstruction et de l’urbanisme
  • Les revues d’habitation-population
  • Histoire de Périgueux, par M. Géraud Lavergne, Robert Benoit, Abbé Pécout.

.

Nous allons procéder dans l’ordre de présentation de l’essai, tout simplement.

1. Historique du vieux Périgueux

Il n’y a pas grand-chose à dire sur cette présentation générale allant de l’antiquité à la modernité. Sauf peut-être à la fin sur une perception particulière :

Les boulevards sont aujourd’hui l’orgueil des périgourdins, fiers de leur ville et de son passé de gloire.

Est-ce à dire que dans les années 50, le sentiment de fierté pour cet ouvrage de la fin du XIX° perdurait ?

Mais ce n’est pas l’important pour l’auteur, qui envisage cet héritage architectural et urbain comme un problème contemporain :

Mais un tel passé, riche en vestiges, ne va pas sans poser un problème angoissant. Derrière nos belles avenues « s’étalent tels des chancres, la multitude de foyers insalubres ».

Les vestiges sont donc un « problème social » et la gloire du passé ne saurait masquer la difficulté humaine d’en hériter, dans les pires conditions à l’époque. C’est de cette « contradiction » considérée comme telle par l’auteur, qu’il entend définir les « conditions de vie » et leurs « graves répercussions » sur « la vie sociale ».

 Carte postale

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 Commentaire
Il y aurait tant à dire, rien qu’à partir de ces lignes. Durant tout le XIX°, les décideurs n’ont eu de cesse d’investir en dehors de la ville médiévale, tournés vers « le progrès » et les infrastructures industrielles. Les seuls investissements sur le bâti médiéval consistèrent en sa destruction pour ouvrir de larges voies de communication. Le positivisme régnant n’avait que mépris pour l’urbanisme médiéval et concrètement on pourrait certainement retracer les investissements dégagés en conseils municipaux. Aussi, à la moitié du XX°, on ne peut que constater l’insalubrité et la ruine du vieux quartier, non entretenu depuis longtemps, abandonné par les pouvoirs publics tournés vers une modernité qui allait revenir comme un boomerang avec l’apparition du tourisme et du patrimoine.

Le fait de « découvrir » qu’une partie de la population vivait dans ces « ruines » est une « nouveauté » que les références bibliographiques mettent bien en exergue. Du mouvement hygiéniste au Front Populaire en passant par la lecture de Zola, on redécouvre en quelque sorte l’humanité. Il me semble que c’est ce qu’entreprend Pierre Roucheyroux, en pointant d’emblée le phénomène comme une « contradiction ».

2. La lutte contre l’habitat insalubre et le taudis

Pierre Roucheyroux dénonce la rareté des études sur « la qualité du logement en France » et les conditions de vie. Il fait état d’une carence législative en matière de rénovation et de salubrité, allant de la loi de mai 1841 au décrét-loi du 24 mai 1938.

Il fait état de quelques prospections de l’Institut National d’Hygiène et de quelques enquêtes du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, visiblement sous le joug de l’insatisfaction. Mais c’est dans ce cadre là qu’il se situe pour mener son étude sociale du vieux Périgueux.

Il rapporte un projet resté lettre morte, de 1936, consistant en un « plan d’aménagement prévoyant ce que seraient les nouveaux quartiers destinés à remplacer la zone de taudis du Puy Saint Front ». Ce n’est qu’en 1950 que le maire (Pierre Émile Jules Pugnet) exposa « l’urgence du problème ».

Photo P. Roucheyroux

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 C’est à la suite d’une commission du 03 août 1950 à la préfecture de Dordogne, que furent décidées des actions concrètes, comprenant le recensement des familles les plus en difficulté ainsi que la limitation de l’îlot à reconstruire. C’est dans ce cadre que les services se sont mobilisés, mais sans aucun objectif de synthèse, ce qu’ouvertement  Pierre Roucheyroux se propose de faire .

Dans ce cadre de délimitation, il identifie en particulier un « sous quartier », celui des Rues Neuves, immédiatement défini comme le plus populaire et le plus pauvre. Il s’étend sur 1.4 ha, dont 7000 m² sont inondables. Il y dénonce alors la vétusté du bâti, le surpeuplement, le manque d’air, l’humidité.

2.1 La délimitation du quartier
Note remarquable, l’auteur identifie une « frontière psychologique » plus prégnante que les limites naturelles et « rien ne semble pouvoir les expliquer », sinon « une volonté de la population de se singulariser du restant des habitants périgourdins ».

Sur ce point, l’auteur fait référence à la commune libre des Rues Neuves « durant fort longtemps » et à l’appellation de « Turcos ». Il explique le phénomène par le « remplacement » des anciennes familles quittant le quartier par une nouvelle population « étrangère » venue chercher des loyers à bas prix.

Commentaire
La question est infiniment plus complexe et remonte bien plus loin qu’une soixantaine d’années comme le dit l’auteur, sans pour autant infirmer ses propos. La tradition médiévale de la Vigile de la Saint Jean sur la place de la Clautre jusqu’à l’élection du maire de la commune libre des Rues Neuves à la fin du XIX° n’est pas sans lien. Le combat ouvert, mené par Jean Mourgoux, (maire illustre des Rues Neuves), pour l’adduction d’eau potable dans le quartier et ce contre l’intention initiale du maire officiel, démontre une tradition de longue date et des clivages anciens. De même, le soulèvement ouvrier du PO contre la commande de wagons blindés du gouvernement versaillais du 11 avril 1871, manifestant une forte solidarité entre les ouvriers périgourdins et les communards, est à relier avec la population des Rues Neuves, comportant beaucoup d’ouvriers.

2.2 L’état des rues
L’auteur reprend les théories hygiénistes et urbaines de l’époque, pour montrer un problème typiquement médiéval. Les rues devraient être aussi larges que les maisons sont hautes selon les postulats en vigueur dans les années 50. L’auteur dénonce des largeurs de rues de 1.5m à 2.5m alors que selon les normes, il devrait s’agir « de belles avenues ».
Fait incontestable aujourd’hui, on habite toujours des ruelles étroites et des appartements peu ensoleillés, sans pour autant contracter la moindre maladie. Cette règle est toujours en vigueur dans le Règlement National d’Urbanisme – RNU – pour les constructions neuves, les venelles étant à éviter par principe. Cela étant, c’est la qualité globale de la vie et non l’étroitesse des rues qui provoque des problèmes de santé publique, sinon personne ne pourrait vivre dans le secteur sauvegardé de Périgueux. Plus personne ne souffre aujourd’hui du « manque d’ensoleillement » alors que nous habitons les mêmes immeubles qui étaient considérés comme les causes de ces carences. Cette contradiction est essentielle, car ce fut un motif d’insalubrité publique et une des causes de la destruction des quartiers.

Comme le rapporte sincèrement Pierre Roucheyroux, le non ensoleillement des rues était considéré comme un facteur aggravant de mortalité infantile, car « le rôle des radiations ultraviolettes dans la fixation du calcium et du phosphore » était déterminant, entraînant des « troubles graves du métabolisme minéral chez l’enfant », avec pour conséquence le rachitisme.
On considère avec prudence aujourd’hui ce genre de théorie, unilatérale, mono factorielle, simplement infirmée par la diversité des faits. Mais c’est leur impact qui fut important, ainsi que l’intelligibilité qu’elle permet de la conception et la représentation d’une période.

En revanche, le rapport sur l’absence de trottoir ou l’écoulement des eaux usées à même les murs est largement plus factuel. Le ravinement et la formation de « petites mares d’eau croupissante », sont largement plus descriptifs de l’insalubrité.

 Photo P. Roucheyroux

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Insalubrité qui est au cœur de la question, et dont l’auteur rappelle la définition appliquée au logement dans une loi du 15 février 1902, comme ce qui est « dangereux pour la santé des occupants et des voisins ». C’est assez vague au point de devoir faire préciser cette définition dans les règlements sanitaires municipaux et départementaux. Il rappelle également la vétusté des installations électriques et les risques d’incendies liés, ainsi que les accès difficiles pour les secours dans des rues étroites et souvent à angle droit.
Deux problèmes connexes très différents, puisque le second se rapporte à la structure urbaine, tandis que l’autre relève des propriétaires et des pouvoirs publics et leur obligation d’entretien.

Pierre Roucheyroux s’applique alors à montrer la difficulté d’entretien du bâti par les propriétaires au regard des loyers perçus. Il en dresse l’inventaire pour les rues Neuve, du Basilic et de l’impasse des Anges, dans lequel seuls deux propriétaires occupent leurs habitations.
Surpeuplement, aération défectueuse, éclairage naturel insuffisant, forte présence de poussière dans l’air du à l’effritement des matériaux, l’auteur en vient pour la première fois à parler de mortalité infantile et de tuberculose.
Après les risques liés aux maladies, il en vient à ceux liés aux effondrements des constructions, pouvant être soudains et entraînant parfois un effet dominos dévastateur. Après avoir décrit les problèmes de salubrité et de santé publique liés à l’habitat en lui-même, il aborde les conditions de vies de ces quartiers.

3. Les conditions de vie

Il est notable que Pierre Roucheyroux débute ce chapitre avec une citation de Blanqui (1805-1881):

J’ai étudié avec une religieuse sollicitude la vie privée des familles de nos ouvriers et, j’ose l’affirmer, le problème du logement est à la base de toutes les misères, de tous les vices et de leur état social.

3.1 Hygiène
Cette citation lui sert à signaler immédiatement l’incurie des conditions de vie des années 50 que les progrès du XX° n’ont pas encore atteint.
50% des maisons ne possèdent pas l’eau courante alors que l’adduction d’eau potable date de 1882. Aussi, « l’eau est rare, au moment de la toilette le matin ». Les WC, (mêmes publics), quand ils existent, sont de « simples fausses » et le tout à l’égout est à peu près inexistant.
Place Mauvard, à la « borne fontaine », les ménagères vident et lavent les récipients, rejoignant la rivière par les caniveaux, rivière dans laquelle les enfants se baignent.

Photo J. Lagrange, rue Sainte Marthe

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 Commentaire
L’image est prenante, mais n’a rien à voir le niveau de pollution industrielle qui interdit la baignade dans l’Isle en 2009. A défaut donc de dépolluer la rivière, on en a interdit la baignade. Pour une partie les effluents bruts sont toujours rejetés dans des caves et certaines eaux usées sont toujours évacuées dans la rivière.

L’auteur aborde ici un autre point marquant ; la quantité frappante de chats et de chiens, qui ont pour utilité les habitants de la pullulation des rats ! Le tableau dressé par Pierre Roucheyroux est dantesque ou plutôt camusien:

La nuit tombée, les rats sont les maîtres, ils grouillent et pénètrent partout, les cloisons, les plafonds ou les parquets leur offrent tous les lieux de passage qu’ils peuvent souhaiter, seuls les chat qui veillent près des maîtres endormis peuvent éviter des accidents.

Ainsi, nous retombons sur une vieille hantise médiévale, le fléau de la peste, retraduite en 1953:

Nous connaissons le rôle prépondérant que jouent ces animaux dans la propagation de nombreuses maladies.

A notre humble avis, la leptospirose, la fièvre aphteuse, la toxoplasmose, la fièvre typhoïde ou le typhus murin, n’étaient quand même pas, en 1953, les principales causes de mortalité.

3.2 Entassement des habitants et promiscuité
L’auteur aborde donc à raison des statistiques plus parlantes sur le surpeuplement. La densité de population y est de 570 habitants à l’hectare, mais moindre dans les Rues Neuves, ce qui n’empêche nullement un problème de promiscuité. Il retrouve des chiffres étonnants pour Périgueux. Rue Aubergerie, une pièce et 6 habitants, rue Eguillerie, 4 pièces pour 17 occupants, rue Notre Dame, 1 pièce pour 10 occupants, etc.
A titre d’exemple pour les rues Neuves, impasse des Anges, 7 personnes vivent dans la même pièce, et ont les âges de 26, 19, 18, 16, 15, 10 et 6 ans.

Rue Port de Graule, 8 personnes dont 6 enfants logent dans deux pièces : 5 enfants couchent dans une petite chambre de deux lits. Malgré les difficultés que l’on peut imaginer, l’auteur, pourtant, témoigne que « ces intérieurs sont bien tenus !

Par ailleurs, il note aussi les effets de la promiscuité entre voisins et le nombre de « ménages irréguliers ». Au point tel que :

A ce sujet, il est permis de constater que la suppression des maisons closes semble souvent avoir eu des répercussions regrettables sur la jeunesse.

On ne s’y attendrait peut-être pas mais c’est logique. Car les « amours illicites », (identiques au cours de l’eau dirions-nous), se pratiquaient dès lors devant les enfants ou bien ces derniers étaient-ils tout simplement mis à la rue le temps des ébats. C’est pourquoi, les établissements spécialisés permettaient de préserver la jeunesse non pubère de ce qu’elle ne devait pas découvrir prématurément.

4. Le niveau de vie des habitants

Bien que la population ne soit pas uniforme, la grande majorité est constituée « de travailleurs aux ressources modestes ». Les habitants du quartier possédant des moyens s’en sont servis pour quitter les lieux et s’installer dans « la ville moderne ».
C’est le cas des commerçants qui, continuant leur commerce en Rues Neuves, ont délaissé les appartements du dessus sans vouloir pour autant les relouer pour une question de loyer trop bas.

Photo J Lagrange, rue Séguier

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L’unique emploi du salaire est très souvent dévolu à la ressource alimentaire et au loyer, ce qui suffit à l’utiliser en totalité. Ces personnes ne reçoivent aucune aide au logement, car les habitations ne correspondent pas aux normes en vigueur. De plus, leur précarité les conduit à un état d’insécurité chronique. En effet, beaucoup sont manœuvres et par exemple, les travaux de terrassement sont stoppés en hiver. La dureté de l’hiver ou sa longueur entraîne ces travailleurs dans de longues périodes de chômage qui les conduisent à la misère :

Au moment où sont écrites ces lignes, les manœuvres en bâtiment chôment depuis 15 jours ; un boulanger me confiait que depuis plusieurs jours, nombreux sont ceux qui ne peuvent payer leur pain.

Peut-être à travers ce boulanger se dessine la figure de Ricou Fournier, emblématique habitant des Rues Neuves dont la mémoire vit toujours sur les marchés, en évoquant un homme généreux.

Et Pierre Roucheyroux de conclure sur ce point :

Il est incontestable que le cas de ces gens aux revenus insuffisants pour vivre dignement, présente un point particulièrement délicat pour le moment où l’on songera à les reloger.

5. Les classes sociales

L’auteur s’emploie dans ce chapitre à décrire « la structure sociale de cette population », en faisant référence à un ordre ancien qu’il est utile de préciser un peu et que nous prenons ici à notre compte.
L’organisation spatiale et urbaine était constituée de « gâches » regroupant des corporations et des métiers dans le cas des artisans ou des commerçants. C’est le cas par exemple pour la rue de la Selle et la rue de l’Etrier, ou la rue des forgerons (Farges), ou encore la rue des Tanneries à la sortie de l’ancien bourg de l’autre côté du pont des Barris.
Pour autant la période féodale était caractérisée par un brassage social important et une homogénéité des structures, au moins dans leur coexistence.

Carte postale, rue du Lys

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La classification s’est accrue avec l’acquisition de richesses, de rangs et de titres. On les retrouve exprimés en architecture par l’existence d’une porte cochère ou d’un mur pignon imposant par exemple. L’émergence de cette distinction plus ou moins étanche entre classes sociales inférieures et supérieures se lit ouvertement dans les rues du Plantier, de la Constitution et Barbecane avec leurs hôtels particuliers. Cette segmentarisation est d’ailleurs dénoncée au XVIII° et correspond à la perte de confiance dans le pouvoir municipal détenu par les consuls, ainsi que leur obsession de vouloir être anoblis par le Roi de France, en référence au procès des francs-fiefs, pomme de discorde entre monarchie féodale et monarchie absolue. Tentative avortée et procès annulé par la Révolution, un véritable plan social pour les ambitions des bourgeois de Périgueux. Mais aujourd’hui, nous dit l’auteur, « l’évolution ayant bouleversé les bases qui établissaient les distinctions de classe, il est intéressant de rechercher et de délimiter les nouvelles classes qui forment cette population ».

Il s’appuie pour cela sur des critères matériels et psychologiques.
Matériels d’une part, le montant des revenus, la source des revenus et l’emploi qui est fait de ces revenus. Psychologiques d’autre part, la manière de penser, les réactions psychologiques et la conscience collective.

Cette grille a largement évolué et sa lecture s’est complexifiée. Pour ce qui est des classes aisées, quelque soit leur endroit de résidence, elles se retrouvent entre elles. Leur mobilité atteste de leurs revenus. Pour ce qui concerne les plus modestes, l’auteur a cette remarque :

Il semble que ce soit dans ces foyers les plus modestes, nous pouvons dire les plus pauvres, qu’existe une sorte d’esprit de classe, une mentalité spéciale qui fait que la population du « Vieux Périgueux » possède une personnalité qui lui est propre.

Les statistiques valent ici d’être rapportées.

Rue des français         Rue du Lys                     Rue Mauvard                 Rue Notre Dame
Commerçant 1            Artisan 3                        Commerçant 1                 Professeur 1
Artisan 2                     Employé 6                      Artisan 1                           Artisan 3
Employé 6                   Manœuvre 3                  Employé 1                        Employé 7
Manœuvre 3               Ouvrier 1                        Manœuvre 4                   Commerçant 1
Ouvrier 1                    Non imposable 14          Ouvrier 1                          Manœuvre 2
Non imposable 9………………………………………….Non imposable 14………..Femme de ménage 1
………………………………………………………………………………………………………….Non imposable 21

Il décrit un fonctionnement en groupe, une mobilité insignifiante et une tendance forte au mariages entre familles.

6. Le comportement politique de la population

L’auteur décrit un comportement politique qui a figé son évolution, puisque la grande majorité de la population est communiste. Les listes électorales ne permettent pas une telle observation puisqu’elles sont constituées alphabétiquement sur l’ensemble de la ville. Mais l’auteur en fait la déduction au travers de ses visites et de ses discussions. Cela dit il ne dit mot sur un éventuel taux de participation et l’abstentionnisme aurait pu être étudié.

Il note que l’influence du MRP décline, comme sur l’ensemble de Périgueux avec deux conseillers municipaux. La position de la SFIO était assez faible, entre le MRP et les Radicaux. La position centrale était occupée par les Communistes, occupant la mairie depuis la libération. Le RPF occupait une place marginale dans ce quartier.

 Carte postale

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Pierre Roucheyroux semble dans ce passage prendre ouvertement parti pour le maire socialiste de Périgueux, M. Pugnet. Il reproche la critique qui lui est faite parce qu’il agit, tandis qu’en rien faisant les Communistes exploitent le mécontentement. Il décrit des Communistes profitant de la moindre occasion, comme l’effondrement d’un immeuble par exemple, pour « communiquer » en leur faveur :

L’injustice sociale agit dans ce domaine comme un excellent recruteur du parti communiste.

Cette phrase ne devrait subir qu’un changement aujourd’hui : remplacer parti communiste par front national. Au fond, l’alliance objective d’après la libération se trouve confirmée et le déplacement de cette population a apaisé la carte politique.

7. Le comportement religieux de la population

Pour le moins que l’on puisse dire, c’est que cette zone est l’objet d’une activité intense de la part de l’Eglise. Mais c’est davantage sur le plan de la charité que sur celui de la piété que Pierre Roucheyroux va, on comprend bien pourquoi.

Avec une rigueur et un objectivité qui peuvent traduire se traduire par un sourire, il nous dit :

En effet, par suite de la misère qu’il contient, ce quartier offre un vaste domaine à l’activité charitable.

Le principal organe, officiel, d’aide sociale, était le bureau municipal de bienfaisance situé rue du Plantier, constitué d’un personnel exclusivement religieux. Un office qui ne désemplit pas à la mauvaise saison, 40 à 45 repas par jour. 500 familles recevaient des aides sous diverses formes, denrées, bois de chauffage, bons de pain, bons de chaussures, etc.
Il faut à cet égard (et personnellement) rappeler une figure de Périgueux, Sœur Joséphine, femme de haute tenue respectée de tous. Certes, elle a permis de régulariser quelques concubinages. Mais elle s’est surtout battue une grande partie de sa vie pour les habitants les plus pauvres. Elle servait même d’intermédiaire avec le préfet, auquel elle faisait appel en cas de problème. Leur combat commun dans la résistance avait uni leurs considérations mutuelles. Mais cette considération dont elle jouissait ne servait qu’à venir en aide aux autres. Une grande dame, assurément.

Carte postale, rue Mauvard

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A cet égard, Pierre Roucheyroux rapporte qu’aux obsèques de Sœur Joséphine, une foule énorme venue des Rues Neuves avait apporté un dernier hommage. Mais que bien peu cependant avaient consenti à pénétrer dans la cathédrale.

Avec une certaine innocence, l’auteur s’étonne :

Il est certain que toutes ces activités devraient être de nature à influencer le comportement religieux des bénéficiaires en faveur de l’Eglise. Il semble bien pourtant qu’il n’en est rien et que l’influence de la religion soit tout à fait insignifiante dans ce milieu.

Il opte donc pour deux adjectifs décrivant l’attitude de la population à l’égard de l’Eglise : hostilité et indifférence. Les personnalités religieuses interrogées ont leur avis. Elles témoignent d’une nette différence de considération à leur égard depuis l’arrivée des réfugiés politiques espagnols après la victoire de Franco. Ce serait à cause de leur arrivée que l’on soit passé de l’indifférence à l’hostilité.

Bref :

Les devoirs envers les sacrements de l’Eglise sont rarement observés.

Les enterrements étaient pour la plupart civils. L’auteur rapporte ici une anecdote significative qui a nous a été rapportée par ailleurs. A la suite d’un décès, le prêtre s’est présenté mais s’est vu refusé ses offices. L’accès au défunt lui fut simplement interdit, au visa du testament de ce dernier qui notait expressément l’interdiction à tout homme d’église de s’approcher de son corps !
Pour notre part, nous savons que les obsèques étaient de tradition très fleurie en Rue Neuves et une grande part de la population participait à l’évènement que l’on voulait avoir une certaine magnificence.

8. Etude de l’influence du milieu sur la santé physique et morale de la population ainsi que sur l’enfance

8.1 Santé physique
Les données proviennent principalement du service départemental de la Santé et surtout du dispensaire départemental, afin de dresser l’état de santé de la population.

L’auteur rapporte immédiatement cette phrase :

Monsieur le Directeur départemental de la Santé m’avait averti « Vous serez étonné de constater que l’état sanitaire de cette population est bien meilleur que l’on pourrait penser à première vue

C’était en réalité une manière de vanter (sûrement à raison) l’excellente prestation du dispensaire, composé de deux médecins et deux assistantes sociales, ayant examiné 15 000 personnes en 1952.

Le principal problème rencontré à l’époque est le rachitisme, avec son lot de malformations chez les adultes. En revanche, rares sont les cas de tuberculose, et les cas où elle se présente sont sous forme de méningite grave. Les cas de cuti-positive se présentent très tôt chez les sujets en général.

Photo, rue du Niveau

 rueniveau.jpg

 Par ailleurs, l’auteur utilise les registres d’Etat Civil pour observer les différences des taux de mortalités. Il commence par dresser le tableau des enfants mort-nés :

Année          Pour l’ensemble de Périgueux           Pour le vieux Périgueux
1950            9                                                             4
1951            12                                                           15
1952           15                                                            8

Puis celui de la mortalité infantile (décès d’enfants de moins de deux ans) :

Année          Vieux Périgueux       Totale pour la commune     Naissances vivantes
1950            12                                 49                                             1225
1951             7                                   42                                             1224
1952            5                                   49                                              1160

Il faut considérer ici qu’en 1952, un nombre important de familles du vieux Périgueux ont été déplacées et relogées en HLM.

8.2 Santé morale
C’est dans ce chapitre qu’il observe que le milieu des vieux quartiers influe peu sur la santé physique, bien moins que sur la santé morale.

N’y allant pas par quatre chemins :

Ce quartier est un véritable foyer d’incubation de tous les vices.

Pour Pierre Roucheyroux, il existe des « noyaux » où le « vice » fait son nid et qui, par le biais de la promiscuité, contamine la « partie saine » en contact avec le « mal ».
Autant être sincère, ce vocabulaire détonne avec le reste de l’ouvrage. De même, la référence au « mauvais instinct » supposerait un « bon instinct », ce qui ne signifie rien que de très inquiétant. A fortiori pour un homme qui de bout en bout ne fait aucune référence à l’inné et considère l’influence du milieu comme première. L’homme pourtant ne peut être soupçonné d’être moralisateur ou partisan de la Question. J’opte ici pour un problème de vocabulaire peu laïcisé et un peu maladroit. On le retrouve d’ailleurs encore dans l’ensemble des sciences sociales, dans une société encore marquée par la morale, nous sommes dans les années 50…

Photo, nc, jardin du Thouin

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 Cela étant dit :

Les foyers les plus dangereux sont les rues Neuves, un secteur derrière l’ancienne caserne des pompiers (près de la rue Eguillerie) et la rue de la Nation et ses alentours. Il apparaît que la rue Port de Graule présente beaucoup moins de danger.J

Je ne comprends pas le sens de cette phrase. En l’état de mes connaissances Pierre Roucheyroux commet une erreur. La rue Eguillerie et la place Saint Louis sont à l’ouest de la vieille ville. Celle de la rue Neuve se trouvait au sud près de la rivière. Il s’agit de deux quartiers bien distincts. La suite de sa description semble indiquer qu’il s’agit d’une confusion.

Dans la rue des Anges et l’impasse du même nom : les personnes résidant dans cette rue présentent les caractéristiques suivantes :

Faux ménage 1
Famille en danger 1
Famille en instance de divorce 1
Repris de justice 1
Fille mère 1
Enfant naturel 1
Mutilés et invalides 2

Rue du Canon, sur 6 familles, on compte :
3 ménages en concubinage
1 famille de 4 enfants dont les 3 filles ont été confiées à une maison de redressement

Là encore, il y a de quoi être surpris en terme de science sociale. Qu’est-ce qu’un « faux ménage » ? Celui qui n’est pas marié et heureux ou celui qui est dans le quartier de la préfecture, marié, mais où chacun cultive maitresses et amants dans une indifférence courtoise ?
Que vient faire le « repris de justice » entre une fille mère et une instance de divorce ?

Photo, J. Lagrange

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Ce passage est confus, on ne sait où Pierre Roucheyroux veut nous conduire et nous faire comprendre en réalité. Pour notre part, c’est une des limites de l’hygiénisme et l’utilisation « descriptive » du terme de « santé morale », fort heureusement abandonné par la suite. Car la santé morale suppose intrinsèquement une bonne et une mauvaise santé. Or qu’est-ce que la bonne santé morale, dès lors que l’on s’écarte de la stricte pathologie en désignant la santé mentale ?

C’est pourquoi l’analyse s’éclaircit quand il aborde la pathologie qu’est l’alcoolisme, pour laquelle il écrit qu’elle fait des « ravages » dans la population. Il y a 44 licences IV pour le vieux Périgueux et 261 à l’échelle de la ville. Une proportion importante.

Le phénomène était en voie de banalisation :

Le plus grave est que dans certaines familles on habitue les enfants à boire de bonne heure. Des institutrices m’ont déclaré qu’il n’était pas rare de voir des enfants de 5 ou 6 ans venir en classe en présentant un état d’énervement avancé dû à la boisson !

Pas question pour autant de stigmatiser la population, l’alcoolisme est une maladie qui se déploie sur des terrains qui la favorisent :

– un milieu familial sans agrément
– des conditions d’habitation pénibles
– des loisirs limités ou difficiles à utiliser

Conclusion :

Il semble bien que le cadre de vie que constitue le Vieux Périgueux offre toutes les conditions requises pour le développement de ce fléau.

Sans transition, Pierre Roucheyroux passe de l’alcoolisme à l’étude de qu’il appelle la « mentalité » qu’il rencontre dans le Vieux Périgueux. Il lui faut donc assumer que cette partie figure dans le chapitre considérant la « santé morale ». Encore à mon sens un travers de l’hygiénisme et de la pensée dominante de l’époque. Pourtant il semble avoir été profondément touché par ces rencontres:

Cette mentalité est particulièrement marquante dans les quartiers défavorisés comme les rues Neuves.

Il est dit que les habitants « font corps » avec leur quartier et « revendiquent ce titre avec une sorte de fierté provocante ». Pierre Roucheyroux y a été attentif :

C’est une vie pittoresque grouillante, chacun se sent chez lui dans sons quartier. Les habitants aiment se dire qu’ils sont, qu’ils représentent une classe à part, une classe de sacrifices, de victimes de la société.

C’est le récit d’un lien puissant, d’un attachement qui relève de l’identité :

Il est en effet curieux de constater le contraste entre leur attitude souvent provocante dans leurs revendications et leurs refus prolongés d’abandonner leurs taudis pour des logements mieux situés, dans des baraques de sinistrés certes, mais à l’air et au soleil !

Il parlera même d’unité et ce jusque dans les rixes très fréquentes, banalisées au rang de relations de voisinage. Pour ma part, je rajouterai le témoignage d’un homme qui connut, enfant, ce déplacement qu’il vécut comme un déracinement. Pour du soleil et du grand air, mais dans des baraques en bois au début, un camping quasi sauvage dans les banlieues de Périgueux, en particulier à Chamiers. Par la suite, ils furent dans des HLM avec le « confort moderne », certes. Mais dans une cité tournée vers l’intérieur, les confinant entre eux à la demande des riverains leur refusant jusqu’aux ouvertures des constructions vers le bourg. Tout était conçu pour qu’ils ne sortent pas du périmètre qui leur était dessiné. Peut-être que dans ce cas là, le soleil et le grand air ne font pas tout, loin s’en faut.

L’auteur en vient à décrire la solidarité régnante, trésor ultime de ceux qui n’ont rien à partager, l’entre aide et la générosité :

Le moment venu, ils savent en effet manifester leur solidarité. L’entr’aide y est pratiquée, les meilleurs sentiments y naissent. Population bien pittoresque que celle-ci, mais qui sait recevoir un étranger et témoigner des sentiments les meilleurs et les plus sincères.

Et Pierre Roucheyroux d’en conclure :

Quelques visites dans ce quartier suffisent pour captiver l’enquêteur et lui faire souhaiter de tout cœur qu’une solution soit apportée à ce fléau qu’est la vie dans les taudis.

Captivé, l’enquêteur ouvre son cœur. Cette dimension humaine qui le mène à cette étude éclate soudain au grand jour, à la fin de son cheminement.

9. Influence sur l’enfance

Le chapitre commence et se résume presque par cette confession intime :

Faire la connaissance de l’enfant qui est né et a grandi dans ce milieu est une chose captivante.

C’est vers l’école qu’il se tourne naturellement pour les observer. Principalement l’école du Centre et l’école Lakanal pour les garçons, Jules Ferry et place Hoche pour les filles. Mais de ces dires, c’est à l’école de la place Hoche et celle de la Miséricorde qu’il a recueilli le plus d’informations.

Photo, J. Lagrange, rue des Anges 

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9.1 Santé physique des enfants
Premier point important, leur santé physique n’est pas aussi critique qu’on pourrait l’imaginer au regard de leurs conditions de vie. Quelques cas de rachitisme par ailleurs en régression et largement mieux dépisté qu’avant guerre. Pour autant, 8 enfants sur 13 présentant des signes de primo-infection sont originaires du Vieux Périgueux. il rattache d’ailleurs les cause du rachitisme davantage à l’alcoolisme qu’aux conséquences des taudis.
Le second problème le plus important est celui de la déficience visuelle. Un point majeur aussi, les enfants ne sont pas sous alimentés, même si le régime qui leur est proposé n’est pas jugé rationnel, mais c’est d’importance moindre. En Rues Neuves, on mange et les enfants sont globalement en bonne santé.

9.2 Santé morale des enfants
La « santé morale » est d’un autre acabit et nous retrouvons les contradictions de l’hygiénisme et de ce que nous pourrions appeler le « naturalisme moral ». Les enfants sont « grossiers » :

Il est courant de voir un de ces poulbots donner une leçon de politesse à un cadet en usant des qualificatifs les plus orduriers.

L’hygiène quotidienne n’est pas, comme le langage châtié du quartier de la préfecture, leur intérêt premier. Certains déclarent même n’avoir jamais été lavés en dehors des grands bains d’été dans la rivière.
En somme et on s’en doute, ils se débrouillent, quelques soient les moyens détournés, on leur en donne si peu à l’origine :

Le sens moral est très émoussé ; de bonne heure, ils ont été habitués à se débrouiller et ils mettent un point d’honneur à réussir dans ce domaine ; entrer sans payer dans un cirque avec l’aide du père, s’il le faut, est une réussite qui fait honneur !

Bien plus grave, ces enfants sont habitués à recevoir des coups :

L’enfant, instinctivement (sic), au moindre reproche, lève le bras pour se protéger de la gifle familière.

 Photo, J. Lagrange

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Une vie de poulbot, de chapardeur, d’enfant des rues, de ceux que nous devons protéger et aider en premier :

Cet enfant est pourtant affectueux, beaucoup plus que ses camarades plus privilégiés, il s’attache très vite à ceux qui lui témoignent de la sympathie. Il essaye de manifester ses sentiments et parfois, arrive en classe avec quelques fleurs à l’usage de la maîtresse. Le plus souvent, ces bouquets sont le résultat d’un tri minutieux parmi les fleurs récupérées dans une poubelle, à moins qu’ils ne soient le produit de chapardage dans un jardin public voisin !

Mais la meilleure cliente de l’incarcération c’est la pauvreté. 9 enfants sur 10 devant le juge pour enfants viennent du Vieux Périgueux. A l’orphelinat, pour ceux qui sont retirés de leurs familles, 10 proviennent du Vieux Périgueux quand 20 arrivent du département.

10. Conclusion

Pierre Roucheyroux insiste sur l’influence du milieu en référence à Taine en particulier. Puis il revient sur le quartier des Rues Neuves, qu’il résume en un mot qu’il souligne, le seul de l’ouvrage : la démolition.

Nous arrivons au terme de son essai et il ne va pas manquer de vous rappeler quelque chose de piquant dans l’actualité contemporaine :

Deux possibilités s’offraient : reconstruire sur le même emplacement amélioré ou bien créer un espace vert en établissant des jardins en terrasse s’élevant jusqu’au pied de la Basilique ; la dernière solution aurait été sans aucun doute du meilleur effet quant au point de vue de l’amélioration du site. Malheureusement il est un impératif qui oblige d’opter pour la première. Si Périgueux a besoin de logements (2 000) les terrains libres à ce jour ne permettent que d’en construire 800 ; d’autre part, la ville est déjà riche en espaces verts.

Pour appuyer ses propos, il se reporte à l’extension de la population périgourdine. 31 361 en 1906 ; 33 144 en 1925 ; 40 865 en 1946.

Et c’est ainsi, pour Pierre Roucheyroux, que « la municipalité possède à l’heure actuelle la majeure partie des immeubles à détruire ». En fait l’acquisition des habitations par la mairie s’est étalée de 1934 à 1960. L’évacuation commença à partir de 1958.

En réalité pour un projet qui ne verra jamais le jour. Revenons pour finir sur les deux possibilités envisagées par Pierre Roucheyroux au sujet des Rues Neuves. Le projet d’espaces verts et de jardins en terrasse allant de la cathédrale à la rivière a sa préférence. Ainsi de 1953 à 2007 au fond, ce projet a vécu quelque part, enfoui, et a failli voir le jour. Il aura fallu un spécimen unique en la matière, Michel Moyrand, pour y préférer un parking.

Photo, nc

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Mais concernant son choix de raison des reconstructions, il le fonde sur la démographie, ce qui est à la fois logique et frappant. Logique à l’instant T en constatant le besoin de logements par rapport à une population en extension. Mais frappant aussi, puisque après un pic de population au milieu du XX°, l’équilibre entre le début du XX° (31 000) et le début du XXI° (29 000) est prégnant. Sur ce critère unique, le projet ne serait plus réellement justifié, hormis à penser que la construction de logements est la cause principale de l’augmentation démographique, ce qui n’est pas l’explication unique ni première loin s’en faut.

Merci

Au lecteur parvenu jusqu’à ces lignes j’adresse mon remerciement. Il a défié les statistiques liées à la lecture sur internet et explosé les probabilités de voir ce billet lu en entier. Mais ce dont je suis le plus content, je le dis sincèrement, c’est que le contenu de ce billet soit maintenant dans l’espace public.