Salon International du Livre Gourmand, l’arnaque

Il y a un principe en politique (politicienne). Un évènement, quel qu’il soit, (manifestation, salon, festival, etc.) est toujours meilleur à chaque édition. Ca flatte tout le monde, en particulier les organisateurs. C’est le cas pour le Salon International du Livre Gourmand de Périgueux.

L’édition 2010 (12, 13, 14 novembre) du Salon International du Livre Gourmand – SILG – est un succès et dépasse de loin toutes les espérances. Pourquoi ?

Parce qu’il est organisé par Michel Moyrand et que le maire de Périgueux est formidable. C’est lui qui le dit : « j’observe une satisfaction générale».

Vous voulez une preuve ? Le maire annonce 18 000 visiteurs, soit 2 000 de plus que pour la précédente édition. Son ami et directeur David Théodorides, (cornaqué par la présidente du CLAP Josianne Bartoli-Faucon, fidèle militante récompensée), a réussi son pari.

Alors que les journalistes notaient consciencieusement ces chiffres sur leurs carnets, l’opposition faisait grincer l’orchestre en annonçant pas plus de 8 000 visiteurs. 10 000 gugusses venaient de s’évaporer et l’immense succès de l’édition 2010 du SILG avait du plomb dans l’aile.

On revient donc ici sur le mystère des disparus du SILG (en exclusivité dans le prochain livre de Pierre Bellemare).

Michel Moyrand confirme les 8 000 visiteurs

Les journalistes ont tenté de nous faire croire que ce problème était une « querelle de chiffres« , tous ont repris en chœur la comparaison avec les estimations syndicats/police. Ici même le mystère prenait sa source.

Le 15 novembre pour Dordogne Libre, il y avait « deux bilans pour le salon ». Le 16 novembre le même journal annonçait « une guerre des chiffres ». Sud Ouest de son côté ne s’embarrassait d’aucun détail: « Avec une fréquentation en hausse à confirmer par rapport à 2008… ».

Loin de penser que cette tournure d’esprit si peu arithmétique ait quelque peu à voir avec les nombreuses publicités injectées par la mairie dans nos quotidiens locaux: leur indépendance est légendaire.

En réalité, c’est le maire lui-même qui déflora le mystère en confirmant le comptage de l’opposition sur France Bleue Périgord, le 15 novembre au matin. En voici la transcription intégrale :

Mr Cornet, tout ce que je fais est un échec pour lui. C’est la stratégie de la démolition de la négation de tout. Chacun le sait bien, il est excessif en tout. Nous avons comptabilisé 18000 passages sur les sites que nous avons proposé à la visite.

Ca comprend l’espace libraires, l’espace saveur, le chemin des soupes, l’espace d’exposition, les conférences, les expositions, n’en déplaise à Mr Cornet.

Relance:

COMMENT VOUS EXPLIQUEZ CETTE DIFFERENCE DE CHIFFRES ?

Il faut demander à Mr Cornet, il n’a pas du compter comme nous. Nous nous avons fait 8000 entrées payantes et puis nous avons comptabilisé les passages sur site. Voila comment nous on a fait la compatibilité.

Enfin moi je ne sais pas si Mr Cornet a changé de calculatrice.

Quand il faisait le salon du livre gourmand, où il était dans la majorité et maintenant il a du changer et il a du oublier les retenues dans les additions.

Loin d’opposer à son adversaire une version contradictoire, le maire confirme la méthode de comptage étonnante qui a permis d’atteindre ces 18 000 visiteurs.

Il n’y a donc aucune querelle sur les chiffres, les deux élus étant d’accords. C’est uniquement grâce à la manière de compter les visiteurs que s’explique le grand écart.

On a retrouvé les 10 000 disparus du SILG !

Essayons de comprendre ce que Michel Moyrand appelle un « visiteur du SILG« , ce qui éclairera enfin notre lanterne sur les 10 000 disparus de Périgueux.

Robert, amateur de bonne chair, prend un ticket pour visiter le salon place Robert Badinter, ça fait 1. Puis Robert se rend place Montaigne pour déguster du boudin, ça fait 2. Ensuite, Robert décide de se faire une soupe, ça fait 3. Après ça, Robert se rend à la bibliothèque, ça fait 4. Le soir il va au spectacle, ça fait 5. Le lendemain, Robert va au musée puis au centre culturel de la Visitation, ça fait 7. Enfin, il termine le salon à la Filature, ça fait 8.

Merci Robert, à chaque ticket donc, était compté un nouveau visiteur.

Si cette méthode de comptage est appliquée aux prochaines municipales de 2014, nous annonçons en exclusivité la réélection de Michel Moyrand avec le score SILGesque de 99% des voix au 1er tour !

Cette histoire dépasse de loin une anecdotique friction entre majorité et opposition. Elle nous raconte explicitement comment on fabrique un succès à partir de données improbables, comment on bidonne la réalité pour se flatter la couenne.

Par petites touches, insensiblement, c’est cette manière de faire de la politique qui gangrène et tue la politique aujourd’hui.

Démocratisons le concept de démocratie conceptuelle

On pouvait pour finir voir le maire s’auto-féliciter :

Le nouveau concept, éclaté, plus démocratique, ouvert sur la ville, a fonctionné.

Passons sur le terme de « concept », que le marketing a volé à la philosophie avec une signification aussi creuse que vaine. Il eut été savoureux que le journaliste demanda au maire ce que voulait dire « un nouveau concept plus démocratique ».

Voyons voir, si on essaie d’illustrer cette bouillie verbale, ça doit donner un truc comme ça :