Sud Ouest Dordogne partenaire officiel de la CAP Périgueux

Jeudi en 20, la rédaction de Sud Ouest s’est dévouée à la Communauté d’Agglomération Périgourdine, la CAP. Interviews ((Le débat est ouvert et Partout, on réduit la place de la voiture)), témoignages (lénifiants) ((Une nécessaire complémentarité, Offrir la gratuité des transports en ville )), tests grandeur nature ((Rien ne sert de rouler il faut partir à point)), article promotionnel ((Le TER joue la navette ferroviaire)) et même article-fiction ((Des trains, des bus, moins de voitures)) sont au rendez-vous pour vous faire aimer vos élus et leur PDU.

Comme en partenariat avec la CAP et la Région Aquitaine, le quotidien s’est démené pour mélanger enjeux réels et communication, vraies infos et slogans publicitaires. Forçant le trait jusqu’à un militantisme décomplexé, aujourd’hui, en plagiant l’Humanité sur le 4 novembre 1956, Sud Ouest aurait pu titrer :

L’agglomération périgourdine retrouve le sourire

Visiblement inquiets des récentes critiques sur la vacuité de cette collectivité locale, ((JF Cros A chacun son film ou ici même La Cap est un échec de la décentralisation)), la CAP et Sud Ouest se sont mobilisés dans une campagne de communication sans précédent pour l’image des élus et l’action de l’agglomération, PDU en tête.

Il fallait employer les grands moyens pour répondre à des critiques fortes. Sont pointés l’incohérence territoriale et politique, l’anarchie régnante en l’absence de planification urbaine et commerciale (cause principale de l’inflation du trafic routier), une politique générale étriquée, sans vision globale, de lourds retards dans le développement économique le long de l’A89, etc.

Les questions-réponses de Claude Bérit-Débat

Sud Ouest commence par une interview du président de la CAP, Claude Berit-Débat, se donnant pour objet de répondre presque point par point aux récentes critiques. Le titre de l’article résume la tonalité générale : « Le débat est ouvert ».

Le community manager de SO offre par des questions calibrées l’occasion de valoriser l’image de l’action intercommunale. Mais sur un fond de sincérité bien sur, face à des éléments que personne ne peut plus dissimuler aujourd’hui. Claude Bérit-Débat tente ainsi d’expliquer tout le bien fondé de son Plan de Déplacements Urbains en l’absence de tout autre document d’urbanisme ou commercial dans un périmètre territorial indigent.

Il présente aussi sa méthode de décision : la quête de l’unanimité. En général dans le régime démocratique en usage, les collectivités territoriales prennent des décisions à la majorité, procédant de la logique électorale. Mais plus soucieux de la vitrine politique que de la cohérence de l’action publique, Bérit-Débat s’échine à préserver l’unanimité pour des communes en totalité socialistes ou communistes (ou les deux bien souvent).

Il accorde ainsi à chaque commune un droit de véto, introduisant une excentricité périgourdine dans le processus démocratique. C’est au nom de cette apparence d’union politique que Champcevinel exerce ce droit de véto contre le contournement nord, Trélissac contre le pont de l’Arsault, ou Coulounieix-Chamiers contre un peu tout à la fois.

Cette méthode de décision se rapproche davantage du Conseil de Sécurité de l’ONU que de notre Code Général des Collectivités Territoriales. Il s’agit moins de communes que d’ambassades, conduisant les maires non à se soumettre à une démocratie par majorité, mais à s’ériger en censeur au nom de leur souveraineté territoriale.

Les projets ne sont donc pas décidés en fonction d’un intérêt général résultant d’un vote à la majorité, mais selon un consensus dont la logique est géopolitique, fondée sur la recherche du plus petit dénominateur commun. Que l’on ne s’étonne donc plus de l’incapacité de la CAP à agir par une politique générale cohérente.

C’est un échec que Bérit-Débat a au moins le courage de reconnaitre, lorsqu’il indique que « l’intérêt général passe au second plan », conséquence directe du refus des élus périgourdins de se soumettre aux principes du régime démocratique au niveau intercommunal.

Résultat, ce n’est pas que le PDU qui est vidé de sa substance comme le demande Sud Ouest, mais l’ensemble de la politique intercommunale. Ici Bérit-Débat fait un autre constat d’échec. Car s’il présente le PDU comme étant « d’abord la promotion des transports en commun », il concède également vouloir ensuite s’attaquer au commerce puis au périmètre intercommunal et à l’urbanisme (SCOT).

Une méthode étonnante et si peu cartésienne. Il va ainsi du particulier au général et du secondaire à l’essentiel. La logique voudrait l’inverse. D’abord la fixation d’un territoire, ensuite des règles générales et enfin des dispositions particulières. Bérit-Débat et ses amis avancent à reculons.
Lorsque le sens de la marche va du décret d’application vers la loi organique, forcément c’est compliqué. Il fait face à un conglomérat d’ambassades municipales sur un escalator monté à l’envers.

Le résultat est là. 10 ans de retard sur le périmètre de l’intercommunalité ((Rapport CRC 15/07/2004 et 02/12/2008)) , 10 ans de retard sur le développement économique le long de l’A89 ((Rapport DRE août 2009)) , aucun document de planification urbaine et commerciale, mais des couloirs de bus pour toute régulation du trafic automobile.

En revanche sur l’accessoire (comparé à l’étalement urbain et aux enjeux environnementaux), la CAP ne boude pas son succès. Une piscine ludique (Aquacap) et une voie pédestre le long de la rivière (Voie Verte) en 10 ans, les périgourdins ne semblaient pas en demander plus.

Evidement, parler de concertation avec les habitants alors que les élus n’y parviennent pas entre eux, c’est risible. Mais face à un tel constat d’échec, il faut savoir se détendre aussi.

Pour Sud Ouest vous en rêviez ; Moyrand l’a fait. C’est formidable !

S’ensuit un article promotionnel comme Sud Ouest en a le secret où le vendeur de tapis se substitue au journaliste. La trame du scénario demeure classique : une situation périlleuse, du suspens et le dénouement avec l’arrivée d’un sauveur.

D’abord la présentation d’une solution inextricable, l’impossibilité de se doter d’une navette ferroviaire malgré des besoins criants. Une fatalité plongeant le bassin de vie dans un désarroi profond et altérant toute idée d’un avenir serein.

Allait-on sombrer dans le néant d’un enclavement impitoyable au prétexte que la navette est chère et nous, malheureux, si pauvres ?

Mais non car le sauveur arrive ! « Finalement, une solution de remplacement est trouvée en 2009 par Michel Moyrand… ». Plus de navette ferroviaire mais des TER au cadencement renforcé. Comme si personne n’y pensait avant, les syndicats de la SNCF par exemple…

Grâce au maire de Périgueux, ce ne sera pas cette navette ferroviaire « rêvée depuis des années », mais tout de même « un formidable moyen de déplacement ». Et le dithyrambe ne serait pas complet sans cette dernière envolée : « … le PDU périgourdin est considéré comme exemplaire. C’est la Région qui le dit ».

Ah ben si la Région le dit alors, c’est que ça doit être vrai !

Région du même bord politique que l’intercommunalité dont le premier vice président et maire de Périgueux se trouve être aussi vice président du Conseil Régional…

Grâce à ce journaliste exemplaire (c’est la Région qui le dit), vous saurez que vos élus sont formidables et font des choses formidables. Que demande le peuple hein ?!

Sud Ouest, les Sims, un acide, un article

En suivant, Sud Ouest se lance dans un article d’anticipation. Difficile de mettre en valeur un produit qui n’existe pas, qu’à cela ne tienne, Sud Ouest l’invente. C’est pourquoi l’auteur a pris un acide (présume-t-on) et imagine pour vous la situation périgourdine en 2020. Attention décollage.

Il s’invente des personnages, leur vie, leur boulot, leurs enfants et va même jusqu’à délirer sur la météo du jour, les prénoms, etc.

Et là, un peu comme avec les Sims, le journaliste anime et occupe son petit monde avec des activités choisies. Ah ben là Mathieu travaille à Boulazac et Juliette à l’hôpital heu… et c’est parti pour le Grand Huit intra muros dans la tête du narrateur.

La fiction se déroule donc en 2020 et notre Philip K. Dick local s’emploie à divaguer sur les transports en communs et la vie quotidienne dans l’agglomération. Et j’te prends le bus et j’te prends le train et tout va bien, c’est merveilleux au pays des Sims.

Les bus sont « quasiment toujours à l’heure », tout est fluide, on active gaiement la billetterie unique depuis son téléphone portable et merveille, le pont de l’Arsault vient d’ouvrir : plus aucun bouchon à déplorer en centre-ville. Wonderfull World.

En pleine montée d’acide, le journaliste s’attaque aux parents de sa famille imaginaire. Le pont des Barris est fermé aux voitures et pépé fonce comme un bolide avec son vélo électrique. La loi sur les retraites est entrée en application, ils ont 65 ans et travaillent encore (sur ce point il pourrait lire le Monde plutôt que de jouer aux Sim’s). Du coup mamie bosse et s’éclate non avec un TER mais carrément avec une navette ferroviaire. On l’imagine volontiers rose à poids jaunes pour l’occasion.

Dernier pic avant la descente, le romancier en herbe s’en prend à la Communauté d’Agglomération toute entière. La CAP est devenue la GCAP, la Grande Communauté d’Agglomération Périgourdine regroupant plus de 50 communes. Et pourquoi pas une Communauté Urbaine de 500 000 habitants. Avec les Sims on peut tout faire et avec Sud Ouest tout imaginer.

Et le journaliste de conclure en annonçant un nouveau PDU pour 2030. Dans de bonnes conditions, sous LSD, l’avenir est radieux, coloré, fluide. De là à supprimer l’investigation pour des fictions narratives, il n’y avait qu’un pas que Sud Ouest franchit avec souplesse et docilité.

Pour les curieux qui seraient tentés d’appuyer leur opinion sur des analyses objectives, nous allons mentionner quelques documents à toute fin utile.

Pourquoi y a-t-il trop de voitures aujourd’hui

Sans politique urbaine cohérente, la CAP a fait exploser l’usage de la voiture dans les années 90 et 2000. Le trafic routier augmente 10 fois plus vite que la population ((PAC DDE- Novembre 2006)) . Il est la conséquence directe de la forme de développement urbain voulu par les élus : anarchique et sauvage.

Si aujourd’hui, en 2010, la CAP s’apprête à réduire ou plutôt réguler le trafic automobile, c’est parce que depuis sa création, cette collectivité s’est développée sur des logements périurbains éloignés, des ZAE loin des quartiers d’habitat, etc., incitant toujours davantage à l’usage de la voiture, nonobstant la tendance macro-environnementale.

Il est donc bien naturel que celui qui vous a rendu malade depuis 20 ans se propose aujourd’hui de vous soigner en vous exhortant à des comportements écologistes et collectifs.

Mais toujours sans aucun document de planification urbaine et commerciale, ce qui amène à la conclusion suivante ((PAC DDE- Novembre 2006)) :

Les tendances à l’œuvre sur le territoire de l’aire d’étude ne sont pas favorables aujourd’hui à une amélioration de la situation que connaît l’agglomération : bien au contraire, du fait de l’absence de document de cadrage, tous les ingrédients sont réunis pour une poursuite de l’étalement urbain et une concentration des commerces.

Que se passe-t-il sans les voies de contournement et les ponts ?

Certains idéologues sophistiques avancent que tout aménagement routier ferait augmenter le trafic automobile. C’est ignorer ce qui est constaté plus haut pour promouvoir un interventionnisme contraignant. La solution du rail est en réalité moins une volonté politique qu’une victoire des lobbyistes syndicaux, qui en retour, ne pourront déroger à un soutien électoral opportun.

Maintenant que l’on vous a construit un logement à l’opposé de votre lieu de travail et en diagonal de votre supermarché, on va vous dégouter de prendre la voiture. On appelle ça une double peine.

En gros ça donne le résultat suivant :

Suite à une politique urbaine déplorable qui a favorisé l’étalement urbain et l’allongement des trajets, nous sommes heureux de vous annoncer que toute future utilisation de la voiture sera pénalisée.

PDU CAP Périgueux - juin 2008

Sans pont ni contournement, voilà ce qu’annonçait pourtant la CAP :

… si rien n’est fait d’ici à 2020, les cabinets spécialisés prévoient une aggravation des embouteillages aux heures de pointe…

La solution pourrait passer par la création de nouvelles infrastructures routières : deux ponts urbains (pont de l’Arsault et du bas Chamiers) et l’amélioration des voies de contournement actuelles…

L’idée est simple. D’ici à 2020, vous serez tellement écœurés à l’idée de prendre votre voiture que les grèves de la SNCF et les retards des bus seront de douces pensées à côté des embouteillages qui vous attendent. Du coup, vous laisserez votre voiture au garage et irez manifester votre joie en sifflotant à bicyclette.

Elle est pas belle la vie ?