Sur France Bleu Périgord, les politiciens ne se mélangent pas à la plèbe

Depuis la rentrée 2011, France Bleu Périgord a lancé une nouvelle émission quotidienne, appelée « La Grande Mêlée ». Chaque soir à 18h00, trois invités (appelés « polémistes ») sont amenés à commenter les actualités du jour. Nous avons eu l’occasion de participer à l’une d’entre elle, et sommes invités à remettre le couvert ce mercredi 05 octobre en compagnie de Céline Procope [patronne de Guyenne papiers à Thiviers] et Patrice Reboul, à titre d’avocat et non de conseiller municipal de Périgueux.

« Les politiciens », une classe sociale différente

L’idée de l’émission est d’inviter à débattre des « acteurs de la société » périgourdine, y compris des politiciens. Mais c’est là que le bât blesse. Alors que durant la semaine les invités proviennent d’horizons très divers, dans un souci manifeste d’hétérogénéité et de diversité, l’émission du vendredi est strictement consanguine.

Le débat ne s’y fait qu’entre politiciens, tout autre acteur de la cité en étant exclu. Ainsi, on ne mélange pas ceux qui vivent de la politique et ceux qui permettent d’en vivre. Les notables locaux sont ainsi assurés de se passer le plat entre gens du même « club ».

Commentant par exemple la corruption à l’échelon national, chacun, de tous bords confondus, se gardera bien de développer le sujet au niveau local. Officiellement en Périgord, la corruption n’existe pas. Nul n’oserait aborder par exemple le financement du pôle interconsulaire ou commenter certains rapports de la Chambre Régionale des Comptes pourtant accablants. Chut…

Non, il est plus intéressant de savoir pourquoi Francis Colbac n’a pas de téléphone portable.

Personne ne fait remarquer à Bernard Cazeau, (immense cumulard devant l’Eternel), s’épanchant sur le non cumul des mandats, que les militants socialistes ont déjà voté contre il y a deux ans à 71.5%, et que la volonté générale a été bafouée par ceux-là mêmes qui la défendent aujourd’hui. En somme un joli bal de faux-culs.

Les causes de la consanguinité politique

Plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour expliquer cette incongruité du vendredi transformée en club VIP des politicards locaux.

La peur de débattre

Nous, humbles « civils », n’aurions pas une maîtrise suffisante de la parole publique pour se mesurer à nos tribuns périgourdins. Le niveau rhétorique et le maniement de la langue française d’un Claude Berit-Debat ou d’un Michel Moyrand a de quoi nous en faire douter. Mais bon, pourquoi pas. Nous serions en pleine sociologie de la domination symbolique. Entre nous je n’en suis pas convaincu. C’est cohérent face à un Henri Guaino ou un Jean-Luc Melenchon, largement moins face à un élu local qui prend des cours de diction pour ne plus bafouiller.

La peur des représailles

Autre cause supposée et plus probable, la peur des représailles. Un mot de travers, une critique ou un désaccord peuvent entraîner des « problèmes ». Ces gens « influents » dissuaderaient les « civils » de tout débat par crainte de leur capacité de nuisance.

Nous avions pu constater la chose lors des municipales de 2008 et c’est une réalité. Beaucoup ont tout simplement peur. A tort et/ou à raison, la confrontation à un élu est souvent évaluée à sa capacité de nuire ou de défendre ses intérêts particuliers.

Contrarier un maire alors qu’on a déposé une demande de logement HLM est tout simplement suicidaire. Dans ce domaine rien n’est exclu, ni même des conséquences à ce billet par exemple.

L’intérêt de la consanguinité

Ou bien alors ce sont les politiques eux-mêmes qui ne voudraient que débattre entre eux. On ne mélange pas la plèbe des électeurs avec l’élite des élus. On ne fait quand même pas débattre un simple citoyen avec un Conseiller Général ou un Maire. Vous n’y pensez pas ma bonne dame.

Alors le vendredi, ce n’est plus la Grande Mêlée, c’est la Grande Mémé.

On fait dans le convenu et la posture, on se neutralise. L’exemple type est celui de l’émission qui invitait Bérénice Vincent et Philippe Cornet, durant laquelle je vous mets au défi de savoir sur l’instant qui était à Europe Ecologie et qui était à l’UMP. Ca papotait tranquillou, comme si faire des phrases prouvait que l’on a quelque chose à dire.

Conclusion

Ce n’est donc pas demain la veille que nous aurons l’occasion de débattre avec Michel Moyrand par exemple. Mais dans ce cas précis, j’ai ma petite idée sur celui qui a vraiment la trouille.