Dossier OMAC, le MICMAC de Dosset

N’ayant pas vocation à contempler les trains qui arrivent à l’heure, (la propagande officielle s’en charge très bien), nous mettons un coup de projecteur sur les métiers d’artisanat d’art à Périgueux. Enfin non, pas sur eux.
Mais sur la façon dont ils sont (in)considérés, et comment des outils qui devraient être à leur service ne les abaissent en réalité à faire d’eux les instruments de cet outil.

Tout le monde se souvient que ce thème avait fait l’objet d’âpres échanges entre les candidats à l’élection municipale. Le sortant disait l’avoir fait, le rentrant disait vouloir le faire. D’où une légère impression de flou.

Le rentrant étant rentré, il s’est attelé à la tâche, lui qui faisait valoir une situation privilégiée de par sa fonction au Conseil Régional. Une forme de cumul des mandats « légitime » arguait-il.

Alors voilà.

Une situation professionnelle difficile, en souffrance, mais sur laquelle la municipalité doit pouvoir compter pour le développement de la ville. Car une fois les artisans d’art disparus, il faudrait reconnaître qu’il y aurait comme une béance dans l’identité de la ville.

En même temps, on peut compter sur le développement des franchises et des hyper surfaces d’agro-alimentaire en périphérie de la ville pour ramener du monde en centre ville. D’après nos sources, cette théorie est mise en application par Eric Dosset, d’où l’abstention de la ville de Périgueux sur l’agrandissement d’Auchan à Marsac.
Il faudrait presque comprendre qu’Eric Dosset fait plus pour l’artisanat de centre ville en s’associant aux franchises périphériques de l’intercommunalité, qu’en travaillant directement sur leurs conditions locales et le développement de Périgueux.
C’est à se demander si laisser la cathédrale dans son jus impropre et archaïque, n’est pas aussi utile que cautionner les hyper commerces des faubourgs, pour le bien du centre ville et l’artisanat d’art. On ne se doute pas à quel point Eric Dosset est perspicace.

Du coup, le maire mobilise toute ses compétences sur le sujet, lui le spécialiste de la chose artisanale, ne saurait être mis en échec sur ce thème dans sa propre ville. Une gageure !
Que ne serait-on en droit d’attendre de la symbiose d’un spécialiste du tourisme et un spécialiste de l’artisanat ?

Celui qui a dit « des ballades à poneys » il sort !

Comme pour le reste des dossiers, Eric Dosset a pris les choses en main. Il a donc fait organiser une réunion sur le sujet avec les artisans d’art de Périgueux. La réunion s’est déroulée le mercredi 25 mars, dans des « appartements » municipaux au 1 rue de la Sagesse.

La présentation officielle de l’invitation est la suivante :
Création prochaine de l’OMAC. L’OMAC intégrera les métiers d’art.
Donc (appréciez les sous-entendus flatteurs du soldat Moreau) :

Afin de permettre à nos métiers d’être enfin représentés à leur juste valeur, je souhaite vous convier à une présentation de ce projet.

Cette réunion avait pour objectif de constituer, au terme de la rencontre, une association des artisans d’art de Périgueux. Elle devrait être l’interlocuteur privilégié d’une nouvelle structure dossetique, l’OMAC ;

Office Municipal de l’Artisanat et du Commerce.

Le statut juridique est une SEM, Société d’Economie Mixte ayant vocation à des échanges assouplis entre public et privé, entre (investissement et bénéfice).
Vous aurez remarqué que pour l’occasion, les communistes ne mouftent pas. C’est un signe. L’économie de marché internationale ou nationale, c’est le diable. Au niveau local, c’est leur grenadine.
Parmi les surnoms généralement associés à ces structures, on trouve par exemple « planche à billets », ou « bandit manchot », etc. Question de destination.

Pour l’instant ce n’est pas drôle pensez-vous. Deux secondes, le temps de planter le décor et on peut commencer.

C’est un artisan de la place de Périgueux, Jean-Pierre Moreau, qui a été chargé, (ou s’est chargé) d’organiser la réunion et de constituer l’association des artisans d’art.
Il a donc envoyé des invitations aux artisans de son choix, environ une quinzaine nous a-t-on dit. Pour le détail, sachez qu’ils sont plutôt au nombre de 64 ces artisans d’art, à Périgueux.
Ah ! Votre premier sourire ?
Voyez plutôt.

Jean-Pierre Moreau a donc fait le casting, trié les désirés des indésirables, puis procédé à ses invitations. La question intéressante repose sur les critères de sélections des nominés. Pourquoi untel et pas l’autre ? Sa réponse serait certainement captivante.
Alors, Jean-Pierre Moreau. Pourquoi Jean-Pierre Moreau à la source de l’organisation des artisans d’Eric Dosset et de son micmac ?
Peut-être un lien avec le fait qu’il soit président de l’association des commerçants de la rue Limogeanne ? Ou bien trésorier de l’office de tourisme ?
Va savoir. Dans tous les cas, c’est l’association des commerçants de la rue Limogeanne qui figure en en-tête de l’invitation. C’est donc sous cette autorité que les artisans ont été conviés.

Vous ne connaissez pas l’Association Limogeanne ? Bah c’est eux qui, pour une animation de premier rang, ont vendu aux autres commerçants des coquilles Saint Jacques vides (mais lavées) à 50 centimes/pièce. Un succès, autant qu’un excellent souvenir. Une opération « cendriers » franche et massive. Nous remercions au passage les pèlerins de Compostelle de ne pas avoir choisi l’huître pour symbole.

Bref, Jean-Pierre Moreau bat le rappel de quelques artisans méthodiquement triés et nous voilà partis. Les gentils organisateurs présents étaient donc :
Eric Dosset, maire de Périgueux, directeur de la Sémitour, président du Pôle Emploi, égérie des taureaux « adossés » du Thôt, adjoint au développement économique touristique, commercial, artisanal, salarial, frontal, intestinal, minimal, etc.
Le « tout frais » directeur de l’Office de Tourisme en stage « découverte ». (Il a été servi)
Un représentant de la Chambre des Métiers. (Très discret pour les heures sup’ effectuées).

Premier imprévu qui annonçait le calvaire de Jean-Pierre Moreau.
Doux Jésus Marie Joseph !
Des artisans non invités se sont invités quand même, au point qu’il n’y avait pas assez de chaises pour la trentaine de personnes présentes.
Diantre, ces artisans non prévenus auraient-ils le téléphone ou bien s’envoient-ils des texto par signaux de fumée ?
Se sentent-ils donc concernés par cette réunion sur leur métier et leur avenir au point de se déplacer sans être conviés ?
Visiblement.

Qu’à cela ne tienne on fera avec. Bon alors, l’objet de cette réunion, les amis, c’est de faire une association, qui sera le porte-voix officiel des artisans d’art périgourdins et force de propositions pour travailler sous les fourches caudines de l’OMAC.
Eric Dosset d’expliquer qu’il travaille sur l’OMAC depuis 6 mois, que tout est prêt, qu’il n’y a plus qu’à signer en bas de la feuille. Et même qu’on aura ainsi plein de subventions pour faire des animations. Youuu !

– On va vous faire exposer vos produits sur les places publiques !
– Oué c’est ça et mes pianos t’en veux combien ? C’est toi qui les portes ?

– Hum. L’été on vous fera des animations pour faire venir les touristes !
– Ben voyons, comme si on vendait aux touristes… du 15 juin au 15 août.

– Z’aurez des subventions !
– Ca c’est bien. C’est tout à fait notre cœur de métier de vivre de subventions…

Zut, personne n’avait entendu parler de l’OMAC à part Jean-Pierre Moreau. Six mois qu’Eric se creuse la tête et il n’en avait parlé à personne, en tout cas personne de réellement concerné. Toujours en quête de concertation et de transparence, Eric Dosset avait choisi de leur faire la surprise et leur mâcher le travail :

– Coucou les amis, signez en bas, sinon les autres faites une croix.

Ben oui, quand on a un esprit supérieur, comme Eric Dosset, on sait bien mieux les choses que les gens dont ces choses sont le métier. C’est logique.
Si par exemple la Ministre Albanel connaissait toutes les qualités de notre élu, elle le laisserait régler le problème des champignons noirs sur les peintures de la grotte de Lascaux

– T’en foutrais un coup d’eau de javel sur ces cons de champignons !!!
De toute façon on a les copies et l’original est interdit au public alors…

Et voilà, avec Eric plus de problèmes et plein de touristes. Souvenons-nous de la dérive « Lascauxland » dénoncée par Sud Ouest (08 03 09). Et méfiez-vous de ne pas devoir faire votre métier en chantant en patois, en n’oubliant pas la paille dans les sabots.

Quoi ! Ca ferait venir des touristes et ça distrairait les guides périgourdins sur Périgueux Renaissance (entre le XI° et le XIX° siècles) à la torche, même que la cathédrale Saint Front a de tous temps eu des coupoles byzantines à pierre de taille mécanique du XIX° siècle ?

Parce qu’elle le vaut bien. Non ?

Il a bien fallu, pourtant, faire remarquer à Eric Dosset qu’il ne maîtrisait que très relativement son dossier, au regard de son nez plongé dans ses notes colorées, ses confondantes approximations, avançant des idées que les mêmes artisans avaient produites il y a plusieurs années, déjà…

Bah, on s’en fout! Allez, Jean-Pierre Moreau a préparé ses fiches d’inscriptions pour l’association, il n’y a plus qu’à les remplir et signer.
Arf. (Roulement de tambour puis silence).
En regard de la tournure des évènements, ces petites fiches ne furent même pas distribuées. Fin psychologue, notre homme vit assez vite qu’il n’y aurait pas une seule signature ce soir là.

Le maire adjoint (à lui-même) à plié les gaules au bout de deux heures pour amener ses collègues débriefer la situation.
Jean-Pierre devait faire venir des amis pour créer l’association des artisans d’art et vlan !
Tout le monde s’incruste, pose des questions intelligentes, ose des critiques pertinentes et l’association n’est même pas constituée. C’est n’importe quoi Jean-Pierre !

Récapitulons
L’opaque Eric Dosset a constitué l’OMAC dans son coin, hors concertation avec les principaux intéressés. Car en réalité, cette structure a moins vocation à l’artisanat local qu’à être un objet politique porteur et séduisant auprès de l’électorat. Selon ces critères, effectivement, les artisans n’avaient nul besoin d’être associés à cette problématique.

Contrôlant de facto sa SEM, (par ici la monnaie), il ne lui restait plus qu’à contrôler la corporation des artisans, via son obligé Jean-Pierre Moreau, chargé de trier le grain de l’ivraie. Sur le papier rien à dire.
Une campagne de communication plus tard, le maire aurait pu faire valoir, dans la transparence et la concertation, l’étendue de son œuvre en matière de promotion de l’artisanat.
Chacun, dans sa chaumière, aurait du conclure à la belle et bonne action d’un maire efficace, attaché à ses engagements de campagne.

Mais tout cela, c’était en oubliant que les artisans sont libres, qu’ils sont des professionnels et qu’en plus, n’en déplaise à l’ « adjoint à lui-même », ils sont dotés d’un cerveau. Il n’était donc pas légitime qu’il revienne à l’obligé Jean Pierre Moreau de considérer par lui-même la juste valeur des artisans devant être présents ou non.

La prochaine réunion est prévue pour le 16 avril 2009. Pour tout renseignement, s’adresser à Jean-Pierre Moreau, (physionomiste officiel d’Eric Dosset pour l’élevage d’artisans présentables) place du Marché au Bois.

La mise en service de l’OMA est annoncée pour le 1er juin 2009. On va avoir un bel été.