Confit d’oie, journalisme et corruption

Hasard du calendrier, c’est pendant les élections régionales que le Conseil Général de Dordogne s’est déployé pour la première fois et en direct sur l’internet. Le jeudi 11 février, il était ainsi possible d’assister à la séance du budget 2010, la messe n’avait qu’à bien se tenir.

Jusque là rien qui ne mérite commentaire. L’ADSL a plus de 10 ans, et depuis bien longtemps, dans la contrée éloignée qu’est la France, nombre de collectivités retransmettent les séances publiques sur le réseau. De là à célébrer cette première dans la baronnie périgourdine, c’est une autre paire de manches.

C’est vrai, il eut été de bon aloi de faire honneur au baron et à sa cour, en moult génuflexion high-tech devant son droit de franc-fief numérique. Toc toc toc, plaise à la cour, entre le président !

Prends garde à ta queue Ysengrin il commence à geler…

:: Alors parlons d’un vrai sujet ::

A l’occasion de cette première très péridourdine, vous aurez noté que le quotidien Sud Ouest a ouvert ses colonnes à l’évènement. Et largement même, puisqu’il y fait témoigner des zinternautes, des gens qui vont sur l’internet:

Pour cette première diffusion, nous avons demandé à des citoyens périgordins familiers du Net de donner leur avis.

D’un côté il y a l’avis d’un blogueur, JF Cros et de l’autre François Pelatan, sans autre précision sur son lien avec le réseau. Alors nous y voilà. Le journaliste de Sud Ouest qui a organisé ça, m’a convié le 11 février, à produire un commentaire dans son journal sur ce même sujet.

J’ai évidement refusé. Pourquoi commenter un évènement aussi futile, consistant à rattraper un retard typiquement local, alors que dans le même temps, des sujets bien plus importants errent dans les friches de l’indifférence. En particulier celui du niveau de corruption qui n’est pas anodin mais contre lequel personne ne s’élève. Et surtout pas, surtout pas les médias locaux, qui développent une science toute particulière pour éviter d’aborder ces sujets. Tous les deux ans, le gala organisé par le Club de la Presse local (les plumes d’or), rappelle avec humour aux politiciens, que les médias en savent bien plus qu’ils n’en dévoilent tout au long de l’année. Une piqure de rappel qui ressemble à un pacte de non agression.

La chape de plomb qui pèse aujourd’hui sur l’information périgourdine et qui induit ce sentiment d’impunité dans les malversations politico-financières et les manipulations politiques de tous ordres n’est pas un horizon durable. Le modèle économique de ces journaux consistant à faire de l’abattage sans jamais avoir le temps de l’investigation, n’est pas une excuse valable bien que souvent avancée. C’est au contraire une « circonstance accablante ».

Le journalisme de circonstance, qui par exemple s’obstine à maquiller en rumeur des faits pourtant avérés, est issu pour sa part de longues années de relations et plus si affinité. On ne peut donc compter que sur les jeunes générations pour reconquérir cette indépendance devenue trop relative à l’occasion. A contrario, lorsque la relation n’est pas complaisante ou amicale, les pressions sont multiples. Du coup de boule de Bernard Cazeau aux coups de téléphones colériques, la profession est sous un joug politique exacerbé, mais inévitable dans une région aux traditions féodales persistantes et vivaces.

:: Quelques miettes pour ne pas s’y perdre ::

Souvenons nous que la fraude à la TVA organisée par la Chambre des Métiers de Dordogne pendant 5 ans et dénoncée par la Chambre Régionale des Comptes d’Aquitaine n’intéresse toujours aucun journaliste. Et ce même si le fisc vient de faire valoir ses créances il y a peu. Et ce même si le résultat comptable 2009 fait apparaitre la provision d’’une somme conséquente pour la vente d’un immeuble qui n’a pas encore eu lieu. J’en ai bien parlé avec un journaliste… Mais il m’a répondu qu’il n’avait pas le temps. Que cette actualité n’était plus assez fraîche en somme. Et même que l’URL de la CRC que j’avais envoyé n’était pas bonne et qu’ainsi il n’avait pas pu consulter le site internet de la CHAMBRE REGIONALE DES COMPTES ! (http://www.ccomptes.fr/fr/CRC02/Accueil.html)

C’est vrai, c’est vrai que les Chambres Régionales des Comptes vont disparaitre par le fait du Prince présidentiel. Sarkozy hait la Justice politico-financière, il exècre les magistrats et il le leur fait payer le prix du sang. Mais là on ne les entend plus hurler les barons socialistes du Périgord. La réforme des collectivités territoriales ça les met hors d’eux, c’est une atteinte à la démocratie et à la République, une recentralisation autoritaire. Mais la disparition d’un contrôle public de gestion des collectivités et établissements publics, l’élimination des juridictions financières, ne suscite aucune réaction particulière, comme s’il s’agissait d’une aubaine. Rarement bal de faux cul aura été si luxueux.

Comprenez que ce qu’on nomme ici un « sport local », ailleurs, en République, c’est un délit inscrit au Code pénal passible de 5 ans de prison (pour ce que je vise). Et que quand un cadre important d’une collectivité territoriale utilise régulièrement sur leur temps de travail des jardiniers pour soigner son jardin privé, ce n’est pas drôle, c’est un délit et ça s’appelle de la corruption.

C’est une réalité que la réputation du Périgord résonne jusque dans les ors parisiens. Mais pas pour la bouffe mon ami (on s’en fout de ton canard), parce qu’ici la corruption et les magouilles politiques y sont hors normes. Les préfets et les procureurs, sont formés et s’aguerrissent en Dordogne avant d’être envoyés en Corse ou à la Réunion. Et les hauts fonctionnaires étant des gens méticuleux, ce n’est peut-être pas un hasard.

Quant à l’Etat, il observe. Il y a quelques années, sous la pression commerciale, j’ai vu en réunion, à Condat le Lardin, un préfet autoriser la construction d’une plate forme logistique de 20 000m² sans permis de construire! Plus près de nous, il faudra en reparler, la préfecture a sous son autorité les chambres consulaires, elle en est donc co-responsable.

Voilà parmi quelques exemples donnés en retour de mon invitation à faire l’intéressé dans le journal. Et nous parlons de faits, pas de thèses ; d’affaires graves, qui sont par malice ou par laxisme étouffées au nom du désintérêt du public pour la démocratie et l’Etat de droit. (Hormis bien sur les faits-divers sanglants ou les contentieux sexuels).

Mise à jour – 15 02 2010

Anticor.org vient de mettre en ligne une conférence avec Eric Alt et Renaud Van Ruymbeke, enregistrée aujourd’hui à Sciences Po Paris. Interventions de 88.40 mns à écouter en ligne ou à télécharger avec pour titre: Corruption, paradis fiscaux et suppression du juge d’instruction

:: Et les moutons sont bien gardés ::

Ah en revanche, ne vous inquiétez pas, vous aurez ce lundi tous les résultats sportifs de long en large, on vous dira même qu’il neige au cas où vous ne l’auriez pas vu. Et je ne vous dis rien sur les « Tartes aux pommes, primevères et tourterelles » du village de La Force !

Car à quoi servent les lois sinon à assurer notre démocratie ? Combien de gens savent dans Périgueux mais se taisent aujourd’hui par peur, oui, par peur des pressions et des représailles. Comment se nomme un système dans lequel on s’oblige au silence par la seule crainte ? Alors souvenez-vous de Rousseau disant qu’en démocratie il n’y a que les lois que nous devons craindre et non les hommes. Et qu’en est-il dans cette démocratie locale, de ce quatrième pouvoir que sont les journalistes ? Qu’avez-vous fauté pour être punis aujourd’hui à coups de tartes aux pommes et de basketball en lieu et place de la vérité tout simplement ?

Pour indication, Dordogne Libre, entre le 08 et le 13 février 2010 a publié pas moins de quatre articles sur le club de basket local (BBD). Combien de tournois de pétanque et de lotos dominicaux pour un article (09/02/10) du rédacteur en chef de Sud Ouest sur les incuries de la Semitour? Cela « simplement » pour apprendre que des copies de Lascaux sont traitées comme « un vulgaire tas de gravas » au seul motif qu’elles ont été rentabilisées, ce qui reste à prouver mais demeure une métonymie cynique du tourisme périgourdin.

:: Information et fin d’un monopole ::

En conclusion, j’ai dit au journaliste que j’allais écrire un billet sur son invitation en lui proposant de commenter à son tour le texte. Mais il faut croire que nous n’avons pas les mêmes valeurs, car il me répondit alors qu’il n’avait pas le « goût pour ce genre d’exercice qui mélange trop souvent les genres ».

Aussi compris-je que moi, crétin de blogueur, j’étais voué à commenter des futilités dans son journal. Mais que le journaliste, lui, n’allait quand même pas s’abaisser à écrire sur un blog !

Et c’est très intéressant. A l’heure où l’ensemble de la société est en train de muter avec l’internet, les journalistes sont frappés de plein fouet par cette révolution. Le processus de désintermédiation est implacable et le monopole de l’écrit de l’information dans l’espace public a volé en éclat. Les journalistes sont contraints, parce qu’ils seront toujours nécessaires, de rechercher de nouvelles valeurs ajoutées à l’information et à leur travail. Certes, il demeure quelques niches, notamment pour la presse spécialisée ou la presse locale ; Sud Ouest Périgueux en fait partie. Mais pour combien de temps et sous quelle forme à terme? Combien de temps pour que ce qui change le monde aujourd’hui ne change à son tour Périgueux ?

Et oui, le journaliste qui vous explique qu’il neige et que ça glisse finira par ne plus faire recette. D’ailleurs nos deux quotidiens locaux le sentent. Depuis peu ils se sont mis à communiquer leurs informations sur Twitter et Facebook, un pas important dans leur adaptation et dans leur intégration aux réseaux sociaux, part aujourd’hui essentielle de la circulation et l’échange d’informations.

Comme beaucoup l’expliquent, avec l’imprimerie nous avions conquis la lecture pour tous, avec l’internet nous sommes passés à l’écriture. Ca s’apprivoise. Mais le journaliste qui décide de ce qui deviendra une information ou non, de ce qui méritera d’être communiqué ou masqué, est un archétype obsolète. C’est ailleurs qu’il ajoute aujourd’hui de la valeur. Et ce n’est certainement pas par le mépris et le dédain qu’il survivra à ceux qui, hier encore, étaient dans le silence et qui ont aujourd’hui conquis la parole.

A ce titre on peut retenir cette phrase de Manuel Castel issue d’un article (Naissance des « médias de masse individuels ») publié récemment dans Manière de voir Internet révolution culturelle (février-mars 2010) :

L’influence la plus déterminante que les médias exercent ne procède pas de ce qui est publié, mais de ce qui ne l’est pas.

Cette phrase résonne en Dordogne comme un long cri de douleur.

Pour finir, au lieu de cette propagande misérable servie par Arte le 09 février, nous vous invitons à voir ce documentaire québécois  « On tue la une » (06 février). C’est encore aujourd’hui très loin de la réalité périgourdine, mais cela ira beaucoup plus vite qu’on ne peut probablement l’imaginer.

Cumul des mandats, les élus périgourdins livrent leur verdict

Le mandant (unique) sort du bois. Après le congrès socialiste (2009) de La Rochelle, le ton était donné au risque de contrarier le maire de Périgueux, celui de la consultation.
Les militants socialistes vont avoir l’occasion de se prononcer sur le cumul ou le non cumul des mandats le 1er octobre.

Du coup la Dordogne Libre (30 09 09) a fait un intéressant sondage sur ce qu’en pensent les élus socialistes locaux. Comme personne ne l’ignore, la plupart sont des cumulards accomplis et des briscards de l’addition de fonctions électives.

« êtes-vous favorables, comme étape vers le mandat parlementaire unique, à l’impossibilité de cumuler, sans attendre le vote d’une loi, dès les prochains renouvellements (cantonales 2011, sénatoriales 2011, législatives 2012) un mandat de parlementaire avec une présidence d’exécutif local (communes, intercommunalité, Conseil général, Conseil régional) ou la participation à un exécutif (vice-président, maire adjoint) ? »

Le sondage résumé à une question fermée, a le mérite d’être binaire, mais estompe des contradictions ou des grands écarts à s’en faire péter les adducteurs. Les avis sont recueillis tels que, le sondage sans analyse ni commentaire, au plaisir de se lire entre les lignes et de nous tomber dans les bras. Merci.

Alors reprenons et détaillons ces commentaires, mais en relation avec les actes. Car sinon la politique ne sert à rien et n’est qu’une fumisterie au long cours.

Dans la catégorie des « pour », on démarre par le champion toutes catégories confondues, le grand spécialiste en la matière, le bien nommé Bernard Cazeau.
S’il y en a un qui suscite l’étonnement dans cette catégorie, c’est bien le Sénateur et Président du Conseil Général Dordogne.
Le palmarès est à laisser sans voix les plus ambitieux du parti :

Maire de Ribérac de 1971 à 2001
Conseiller Général de la Dordogne du canton de Ribérac depuis 1976
Conseiller Régional d’Aquitaine de 1977 à 1998
Président du Conseil Général de la Dordogne depuis 1994
Elu Sénateur le 27 Septembre 1998

De 1998 à 2001, il n’était pas moins que Maire, Président du Conseil Général et sénateur.
Entre 1994 et 2001, il a aussi été maire, Conseiller Régional d’Aquitaine et Président du Conseil Général.
Bref l’homme est sans égal en Dordogne, non moins en terme de fonctions cumulées que de maitrise politique du territoire.

Et voilà notre sénateur de nous expliquer :

J’ai souvent eu deux mandats et j’ai longtemps été défenseur de ce cumul avec l’argument d’être à la fois au four et au moulin. Mais aujourd’hui, je reviens un peu là-dessus. Quand on mène corrélativement un mandat départemental important et un mandat national, on a parfois du mal à assumer l’un et l’autre. Il est difficile de mener de front deux exécutifs à la fois. Je pense qu’un mandat parlementaire se suffit à lui-même. Peut-être que ça vient un peu tard mais je suis tout à fait ouvert à cette réflexion.

Aujourd’hui, comme par hasard, il revient « là-dessus ». Cumulant des mandats, depuis plus de 20 années, il confesse publiquement avoir des difficultés à assumer un mandat national et un mandat local. Et c’est bien pour cette raison, car rarement un retournement de veste avec une telle impunité politique n’aura été si cynique, qu’il conclut « que ça vient un peu tard ».

Il aura donc fallu attendre le congrès de La Rochelle, en 2009, pour que Bernard Cazeau prenne conscience ou en tout cas l’affiche, de l’intérêt, soudain, du non cumul. C’est opportun pour l’homme qui est Sénateur et Président de Conseil Général depuis 11 ans. On ne saurait mettre en doute sa totale sincérité.

Au tour de Claude Bérit-Debat.
Sénateur, Adjoint au Maire de Chancelade et Président de la Communauté d’Agglomération périgourdine.

Je répondrai oui à la question de Martine Aubry à laquelle je suis favorable. Je le pense depuis que je suis sénateur. J’ai d’ailleurs laissé mon mandat de maire sans en avoir été obligé.

Encore un élu qui dira oui mais accuse réception du contraire. Ou plutôt agira comme s’il avait répondu non en continuant à jouir de la cumulation. Il faut préciser, à décharge, qu’élu Sénateur en 2008, l’homme alors encore Maire, et Président de la CAP n’avait pas une idée très claire sur la chose (France 3 Périgord 30 09 08):

Il n’y a pas de cumul de mandat puisque c’est une fonction de président et le mandat de maire et de sénateur sont parfaitement compatibles…

C’est donc après une sérieuse mise à jour que l’on peut le voir maintenant reconnaitre qu’effectivement, il cumule bien deux mandats.

Pascal Deguilhem
Député à Périgueux, Conseiller Général et Conseiller municipal à Saint-Aquilin (485 habitants).

Il l’a dit, il l’a écrit, il l’a fait. Après tout c’est bien la première chose que l’on peut demander à un candidat et par surcroît à un élu. Il est quand même hallucinant que celui qui apparaisse comme le plus intègre dans sa démarche soit en même temps le plus isolé…

Colette Langlade
Députée, Conseillère Générale et Conseillère Municipale à Thiviers.

En revanche, être député et maire ou vice-président, ça me paraît difficile avec la gestion du temps et des dossiers.

On passe. Rien à rajouter sur une suppléante qui est devenue députée dans des circonstances exceptionnelles et dont l’activité parlementaire demeure une des plus faible de France (153è/557).

Et nous voilà dans la catégorie des « contre » le mandat unique. Ceux-là, c’est un peu comme les parlementaires qui ont voté la loi Hadopi sans savoir se servir d’un mulot. Un combat d’arrière garde franchouillarde qui attachent à leurs bretelles, même le caleçon.

Michel Moyrand
Maire de Périgueux, 1er Vice-Président de la Communauté d’Agglomération périgourdine et Vice-Président du Conseil régional.

Je voterai non à la question de Martine Aubry. Le mandat unique, j’en ai toujours entendu parler. Il n’a jamais été mis en place. C’est une question qui passionne les militants. Sur le fond, je ne suis pas opposé mais il faut que cette règle s’impose à tout le monde et pas seulement au PS à titre d’exemple. Il faut légiférer. Nous risquons de perdre un grand nombre d’élus et je ne pense pas que le PS puisse agir de la sorte.

Amateur de syllogismes en tous genres, le Maire de Périgueux, toujours très franc, votera « non » tout n’étant pas opposé au mandat unique.
C’est qu’il a la sienne de logique. Lui qui ne jure que par l’exemplarité, là ça va trop loin. Il ne faudrait pas que le PS montre l’exemple. L’évolution de la démocratie de notre pays, propulsée par son propre parti politique, est bien secondaire à l’importance de la quantité d’élus socialistes à préserver.

Décidément, chassez l’apparatchik, il revient au galop.

On comprend bien que c’est une question qui passionne les militants, mais pas les élus. Il avait d’ailleurs qualifié ce sujet de « tarte à la crème » dénonçant toute la démagogie qu’il voyait derrière l’entreprise de sa Secrétaire Nationale.

Germinal Peiro
Député, Vice-Président du Conseil Général et Maire de Castelnaud

Au moins lui, il cumule, il aime ça, il le dit, il en redemande.

Je ne suis pas favorable au mandat unique de parlementaire. C’est même une erreur. Avoir un mandat local devrait être un critère pour les parlementaires à qui l’on reproche trop souvent de ne pas avoir les pieds sur terre, de ne pas connaître la réalité du terrain. Le mandat de maire permet d’acquérir une expérience irremplaçable. Et puis, il faut prendre en compte la taille des communes. Être député et maire de Limoges, ce n’est pas la même chose qu’être député et maire de Castelnaud.

Et au contraire de son acolyte il propose un raisonnement, faux, certes, mais un raisonnement.
Celui de la réalité de terrain qui permettrait au mandat national d’être en « contact » avec le local.

Pour ce faire, relisons Guy Carcassonne, professeur en droit public Paris X Nanterre et Institut d’Etudes Politiques de Paris (Cf.).

Quant au contre-argument habituellement avancé, selon lequel le cumul permettrait aux députés d’être au fait des réalités du pays et des tendances de son opinion, il n’est pas seulement stupide – car tous les députés, alors, devraient être invariablement réélus -, indécent – car il n’y a qu’en France que l’on cumule, or il n’y a qu’en France que la majorité sortante, quelle qu’elle soit, s’est systématiquement fait battre aux six derniers renouvellements généraux-, il est aussi insultant pour les parlementaires du monde entier – qui ne cumulent pas, et dont on ne sache pas qu’ils soient moins compétents que leurs collègues français.

Il est rejoint sur ce point par Marion Paoletti, maître de conférence sociologie politique Université Montesquieu Bordeaux IV (L’Obscure) :

On connaît l’argument sans cesse ressassé par les partisans du cumul local/national : l’exercice de fonctions politiques locales donnerait au parlementaire cette expérience irremplaçable du terrain, ce contact avec l’électeur qui garantirait la qualité de la loi.
Cet argument est souvent fallacieux : les intérêts locaux font oublier les perspectives nationales et internationales et favorisent la myopie politique. La soi-disant connaissance du terrain n’a pas empêché les parlementaires d’être souvent sourds et aveugles aux problèmes du moment. Un député n’exerçant que ce mandat, qui reçoit dans sa permanence les habitants et sillonne sa circonscription, est confronté aux problèmes et attentes de son électorat sans que sa vision ne soit déformée par la collectivité qu’il gère.

Il va falloir que Germinal Peiro propose un peu mieux que ses poncifs sophistiques pour espérer défendre ses ambitions de cumulard vertueux. Car en l’espèce, démonté de bout en bout dans son argumentaire archaïque, il ne s’affiche que comme le défenseur des néo-féodalités.

:: Conclusion ::

Les deux Sénateurs se disent pour le mandat unique mais s’affichent en cumulards invétérés. C’est l’argument Kung Fu Panda: la gourmandise mène au grand écart facial.

Le maire de Périgueux ne se dit pas opposé au mandat unique mais s’y refuse pour des raisons d’appareil politique. Argument politicien, comptable, il révoque la dimension réformiste en matière de démocratie du PS au profit d’une pure logique de parti.

Le député Germinal Peiro s’affiche en seul et unique défenseur du cumul des mandats pour légitimer ses ambitions mais en aval d’un argumentaire obsolète. L’argument du »terrain » était connu et récusé depuis longtemps.

Colette Langlade était suppléante, le moire destin l’a voulu députée, passons. Cela étant, son argument n’est pas politique mais strictement pratique et matériel. « Il pleut, mets tes bottes ».

Il n’y a donc que Pascal Deguilhem, qui assume volontairement, pour des raisons politiques (au sens générique et pas celui du maire de Périgueux), d’accorder le dire et le faire sur la question. Appliquant déjà cette hygiène politique il s’abstient sur l’argument, dommage.

En gros, en Dordogne, les propositions de Martine Aubry, et donc du PS en ce qu’elle en est la représentante élue, sont très largement minoritaires auprès des élus.

Maintenant on le sait.

Courage, l’union !

Ah, on allait oublier les secrétaires… Pardon, mais comme ils n’ont aucune fonction élective républicaine c’est secondaire.

Matthieu Druillole, secrétaire de la section du PS de Périgueux  :

Quand j’ai commencé en 1994, le mandat unique était l’une des revendications des jeunes socialistes. Je pense que c’est important mais ce n’est pas la question centrale sur laquelle les Français attendent le PS.

Dans la lignée de ses pairs: c’est important mais pas central. Démerdez-vous avec ça. (Avec mention en Travaux Dirigés « langue de bois » il reçoit les encouragements du jury politique).Au passage quand même, un tacle sur Martine Aubry, qui, elle, en a bel et bien fait une question centrale. Car au fond et dans le sens de Michel Moyrand, il ne semble pas considérer comme centrale la question de la démocratisation du système représentatif.

Benoît Secrestat, premier secrétaire fédéral du PS :

Je suis favorable au non-cumul des mandats mais pas à un non-cumul absolu. J’estime que l’on peut très bien être député et conseiller général ou maire d’une commune. C’est même souhaitable pour que l’élu ne perde pas le lien et les repères du terrain. Et puis, je ne vois pas pourquoi le PS appliquerait quelque chose que n’appliqueraient pas les autres partis. Cette question seule n’a pas de sens. C’est plutôt la question du statut de l’élu qu’il faut revoir dans sa globalité.

Un orfèvre. C’est la théorie du non-cumul relatif qui équivaut au cumul absolu. Il reprend l’argument de Germinal Peiro dont nous avons vu l’inconsistance à la fois logique et pratique. Ensuite il mixe le problème avec la thèse du maire de Périgueux sur la logique d’appareil politique. Entre le député Germinal Peiro et le maire Michel Moyrand, il se montre un fidèle secrétaire fédéral en plein syncrétisme.

Périgueux, ville sous influence

[Nous sommes certainement aussi heureux de partir que certains le sont pour nous. Ou pour eux. L’intensité d’un plaisir partagé est sans commune mesure, ne boudons pas cette communion.]

La science des astres, en Grèce Ancienne, tenait de la théorie des sphères et de leurs influences. L’économie des relations humaines conserve encore le vocabulaire de l’antiquité désignant les sphères d’influence et les orbites, pour qualifier les différents rapports. Les astres aux plus fortes attractions orbitales sont généralement les plus volumineux et surtout, ils ont la particularité d’être immobiles dans le cosmos. Ce cosmos, qui, en équilibre, désigne un vaste réseau d’influences parfois contraires.

:: L’influence des réseaux ::
C’est donc par le terme de réseau qu’il faut entrer. Un filet destiné à capturer certains animaux. Ou l’ensemble de tout ce qui peut emprisonner l’homme, entraver sa liberté, menacer sa personnalité. Réseaux de conspiration ou de contradictions, de barbelés ou lignes de défense. Aussi un des quatre estomacs des ruminants ou un entrecroisement de voies de passages, un entrelacs de nerfs ou de canaux et de drainages. Interconnexion de machines communiquant entre elles, ou de personnes dépendantes d’un organisme central. Réseaux de concessionnaires, de correspondants, de distribution, de communication. Réseaux clandestins, de renseignement, de résistance, aussi.
Ou l’ensemble des contacts que l’on peut solliciter, directement ou indirectement, officiellement ou officieusement, pour l’aide nécessaire à la réussite de sa démarche.

:: Le cosmos périgourdin vu d’ailleurs ::
Périgueux. Hors du temps, c’est une petite ville sous cloche. Et sous cette cloche vit un univers, un écosystème semi autarcique régit par ses propres mécanismes. Les changements et les mutations du monde n’affectent que partiellement cet univers périgourdin, dont la stabilité et la réfraction au mouvement sont une de ses caractéristiques les plus nobles.

La tradition, les usages et les mœurs, n’y subissent pas l’érosion du temps. Et la vitrine offerte au touriste, sans cesse polie par l’institution, donne au voyageur l’image rassurante et conviviale d’une bourgade où il fait bon vivre, où le temps n’a pas prise. De la gastronomie, du patrimoine, un climat, des cartes postales. Bref, un parc à thème dédié à l’oisiveté et au plaisir.

Mais au fond cette image vaudrait aussi pour les périgourdins, invités à n’exiger davantage que ce que l’on offre au voyageur. Tant que cet état demeure et qu’il témoigne d’une quelconque satisfaction, tout n’y est que rondeur et bombance. Et le périgourdin étant par ses côtés frondeur, dans le besoin de chicaner et houspiller, c’est avec générosité qu’on lui verse tout sujet nécessaire à ce mode de relation sympathique, qui fait le folklore de son identité.

Pour autant, ce micro-cosmos obéit à des règles précises et ses gardiens en sont d’efficaces protecteurs. Pour la plupart, ces règles ne sont pas écrites, à peine orales, mais tacites et c’est ce qui fait leur force. A cet univers, dont on sait bien qu’il y faut un horloger, sinon plusieurs en réalité, sont dévoués divers organes, ou organismes, traitant chacun de leurs prérogatives.

Echo-système, écosystème, dans les deux, il y a système. Le cosmos périgourdin est un jeu de relations complexes entre des entités maîtresses. Dans son enquête de juin 2008, l’Express ne s’y était pas trompé. Ayant pour titre : Les réseaux de Périgueux, le journal dressait l’inventaire de ces principales entités qui participaient de ce petit cosmos. On y trouve pêle-mêle :
– Les réseaux politiques, du PS à l’UMP en passant par leurs nécessaires co-pilotes (PCF, Verts, Modem).
– Les confréries
– Le clergé
– La franc-maçonnerie
– La finance
– Les clubs
– Les médias

En définitive, le plus vaste de ces réseaux est constitué par l’interaction entre tous. Et le constat d’une omerta généralisée vient de ce que ces réseaux d’influence se nourrissent les uns les autres, (ce qui ne veut pas dire qu’ils s’apprécient), jusqu’à l’interdépendance ; ou en tout cas la neutralisation. On en retiendra 3, la franc-maçonnerie, les clubs de notables et les médias. Pour leur part, les réseaux politiques se nourrissent par essence de tous les autres. Et pour le reste, ils défendent des intérêts très ciblés, comme le clergé, ou paraissent comme des filiales des principaux, comme les confréries ou les clubs « affairo-sportifs ».

:: La franc-maçonnerie ::
L’exemple de la franc-maçonnerie est frappant. La société discrète ne cache pas son influence et expose l’effet magnétique qu’elle a sur les politiciens :

Les frères seraient au moins quatre dans le conseil municipal du socialiste Michel Moyrand.

A Périgueux, un politique qui, aujourd’hui, occulterait la maçonnerie se priverait d’un accélérateur, d’un catalyseur.

Il [ Michel Moyrand] a fait de l’entrisme à la Mitterrand. Toujours près de nous, mais sans revêtir le tablier.

Pour la petite histoire, certains seraient devenus fils de la veuve après avoir épousé leur mandat. Ce qui confère à la mariée une influence non négligeable sur la vieille veuve.

Un bâtiment ostentatoire et magistral, un nombre de maçons exceptionnel, un millier, (deux fois plus qu’à Poitiers – 100 000 habitants) et une déclinaison de loges à la carte. Un lieu de pouvoir dans lequel se croisent patron de presse, directeur des renseignements généraux, politiciens, fonctionnaires territoriaux, notables et affairistes… (tous en quête de philosophie et de philanthropie cela va de soi).

Bien sur, cela n’empêche nullement de faire des planches sur Pythagore et trois années de silence sont source d’humilité. Néanmoins, il y a rire et rire. Et tous ne sont pas là loin s’en faut pour Athelstan d’Angleterre ou le « Manuscrit Régius« .

:: Les clubs pas que de golf ::
Par ailleurs, le cosmos périgourdin n’a jamais dissimulé son système notabilaire. Pas moins de 9 clubs (Lion, Rotary, Kiwanis…) largement dominés par les professions libérales et en particulier médicales. En parallèle de l’objectif philanthropique affiché, nul ne dissimule aussi les avantages.

On s’adresse naturellement à l’un d’entre nous quand on a besoin d’un service. Mais c’est tout.

(C’est déjà pas mal)

On se donne des coups de pouce, sans plus.

(Sans plus ni moins)

Si l’un est banquier, il ne va pas faire de vacherie à un autre.

(Entre banquiers ce serait étonnant)

On essaie de ne pas être affairiste.

(Mais ça n’a pas l’air facile)

A ne pas confondre avec des clubs échangistes, ces clubs échangent pourtant bien plus que des amabilités. Ce réseau d’influence et de services, (en aval bien sur de leur mission philanthropique), permet de défendre des intérêts différents de ceux du Tiers Etat. Passant du statut d’orpheline à celui d’héritière de l’aristocratie, la bourgeoisie a su depuis longtemps regrouper ses intérêts en contrepoint des masses laborieuses. La preuve, elle lui vient en aide.

:: Le Club de la presse ::
Maillon essentiel de ce cosmos : les médias. Regroupés en Club de la Presse, s’y mélangent autant de journalistes que de communicants, de sorte qu’il pourrait s’appeler tout autant Club de la Communication. Cela étant, la chaîne de l’info locale y est complète. Presse, radio, tv, tous s’y coordonnent.

Le ton est donné :

Mais ça peut être pesant, confie un journaliste qui a officié à Périgueux il y a quelques années. On se dit tout, alors, quand on veut sortir une info avant le copain, c’est compliqué. Pourtant, ne pas aller au club, c’est se marginaliser.

Pour l’Express, ce réseau d’influence est carrément un « véritable groupe de pression » en désignant quelques exemples de lobbying par ailleurs. La force du Club, son gala biannuel :

Dans cette petite ville où tout le monde se connaît, les politiques sont interventionnistes ou tentent de l’être. Le gala remet les points sur les « i ».

A ne pas confondre avec la presse de gala, ce gala de la presse pourrait être un objet d’étude anthropologique. Il possède certains éléments d’un rite catharsique et collectif, dédié à la purgation par le rire d’un sentiment ou d’un état de complaisance. Le rire y est retenu en tant que vecteur et médium commun et les « victimes expiatoires » de ce rire (caricatures et sarcasmes) sont présentes et invitées à le partager. Leur absence serait même un défaut dans la liturgie.
Les victimes (les politiciens) sont même amenées jusque sur la scène, l’autel, pour y être brocardées face à une foule d’initiés communiant contre l’individu ridiculisé, ou ridicule ça dépend des cas.

En réalité ce rite, à la vocation de manifester l’indépendance des médias contre l’influence et la domination des politiciens, est savamment organisé à l’usage unique d’une partie de la société périgourdine. L’évènement est privé et ne s’ouvre que sur invitation. Comprenez qu’à la plèbe qui forme l’électorat, toute vérité n’est pas bonne à dire.

A travers le rire et la moquerie, beaucoup d’informations sont pourtant révélées et quantité non négligeable pourrait faire l’objet d’enquêtes approfondies et de révélations publiques. Entre deux galas, ce ne sera pourtant jamais le cas. Il y a en cela une forme de pacte entre deux réseaux d’influences, politique et médiatique. L’un se prête au jeu du ridicule en échange d’une information lisse et non dérangeante. L’autre se donne bonne conscience professionnelle par l’humour et en privé, (private joke), ce qu’il sait avoir oblitéré publiquement et sérieusement.

Dans les rires mêlés et imbriqués, au fond, on ne sait plus si les journalistes se moquent des politiques, ou si les politiques, heureux de s’en tirer à si bon compte, viennent se moquer des journalistes. C’est une neutralisation générale.

Un exemple. Quand le journal Sud Ouest parle du président du Conseil Général 24 et de son « système politico-financier » et qu’il ne va pas plus loin, c’est surement qu’il ne le peut pas. Autrement dit, qu’il n’enquête pas pour révéler publiquement les détails de ce système, comment il fonctionne, comment il influe sur les collectivités et leurs élus, comment circulent certains fonds ou sont nommés certains cadres, etc.
Ceux qui ne savent pas et seraient en droit de savoir demeurent dans l’obscurité et ceux qui savent déjà attendent le gala avec gourmandise. Car ce qui se trame derrière un « système politico-financier » est, sinon légalement douteux, au moins un sujet d’intérêt public de la première importance.

A titre d’illustration, aucun des médias locaux ne s’est étonné de voir des jardiniers du conseil général pénétrer et ce pour plusieurs heures, dans la résidence privée (avec jardin) d’un de ces cadres les plus influents. L’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’une prise illégale d’intérêt est évitée ainsi avec soin. Ou encore apprendre que la Chambre des Métiers de Dordogne a été épinglée par la Chambre Régionale des Comptes pour s’être exonérée de ses charges fiscales (TVA) pendant 5 ans n’a soulevé aucune interrogation particulière. Dans la foulée, lorsque en conseil municipal de Périgueux, le maire a nommé d’autorité son directeur de campagne à la tête d’un service territorial, nul n’en a fait mention, comme si cela était courant ou même normal. On saura tout en revanche et avec enthousiasme dans la Dordogne Libre (09/09/09) sur la visite du Président du Conseil Régional en campagne électorale au lycée Léonard de Vinci récemment rénové (avec succès).

Le président de Région Alain Rousset était hier en visite sur place en compagnie de son ami le maire de Périgueux Michel Moyrand, pour en apprécier le résultat.
Les derniers travaux du lycée professionnel du Gour de l’Arche ont abouti également en cette rentrée à un espace d’accueil sympathique et pimpant, venant donner un point d’orgue à des travaux déjà réalisés les années précédentes, comme la construction du petit gymnase et les mises aux normes techniques.

En somme, ce cosmos périgourdin tient dans la relation équilibrée entre des réseaux d’influences divers selon leurs intérêts propres. Un spectacle à la machinerie savamment dissimulée? Surement pas jusque là. Une auto censure pour des intérêts bien compris, peut-être. Une peur des représailles, c’est possible. Une chute des ventes, quand même pas. Ne jouons pas sur les mots c’est une affaire de clubs au sens large.

:: La confrérie des clubs ? ::
Le club maçonnique fait office d’astre principal ou principiel, dans lequel se résout ce qui demeure trop saillant dans les autres clubs. Il a la capacité de transcender les clivages et les différences de nature pour imposer un ordre métaphysique et atemporel.

Les clubs politiques (ou partis locaux) sont les clubs où l’on peut être membre de tous les autres clubs, sauf des clubs politiques adverses, et encore. Tous leurs efforts se concentrent contre l’aléatoire des cycles électoraux afin de s’installer le plus longtemps possible à la tête des collectivités.

Les clubs de notables défendent leurs intérêts de classe et sur la prévalence de leur condition matérielle, font valoir une distinction sociale, sinon de lignée. En deçà de la légitimité métaphysique ou politique, ils s’appuient, outre les services internes entre individus, sur la puissance financière, d’investissement, de fiscalité, de promotion, etc.

Enfin le club des médias, celui-là même qui est chargé de rendre compte publiquement et donc aussi des autres clubs, sait que tout dire des autres clubs pourrait lui nuire à lui-même. La catharsis collective dans un rire déchaîné apparaît comme un troisième terme entre la révélation risquée et un silence trop voyant.

Il va de soi que tous sont indépendants, libres, philanthropes, philosophes, dévoués à l’intérêt général, miséricordieux, gourmets et que rien dans ce texte ne sous-entend le contraire. Simplement les citations de l’Express semblaient évoquer une réalité un peu plus complexe, en tout cas plus nuancée.

:: Epilogue :: 
Voilà ce qui sous la cloche fait notre microclimat à la limite du micro-onde. Et voilà ce qui en dépit de la présence de l’Etat et donc aussi de l’appareil judiciaire, assure l’ordre et la stabilité dans notre petite société. Ou plutôt l’ordre d’une certaine société et pas n’importe laquelle.

L’individu isolé est au réseau d’influence ce que le micro plancton est à la baleine. Si le regroupement des individus augmente nettement leur sécurité, il n’empêche que la baleine ne chasse pas le krill un à un. Un réseau ne suffit donc pas, tant qu’il n’a pas atteint la taille suffisante pour son autonomie.

Ravivant modestement ce dossier de l’Express, il va de soi que l’errance de notre astre ne subit aucune orbite. Pis encore, certaines atmosphères nous sont interdites de séjour. Las, la méthode de Laurent Renard nous reste profondément hermétique. Mais à n’en pas douter, de même que certains ont vu Jésus Christ traverser l’Utah, d’autres ont vu Laurent Renard arpentant Périgueux.

Martine Aubry, le cumul des mandats et le cas de la Dordogne

Martine Aubry et le Parti Socialiste en tant qu’elle en est la représentante, s’attaque à l’exception française qu’est le cumul des mandats. Dans sa tribune du Monde du 27/08/09, elle écrivait :

Réinventer la démocratie, c’est changer profondément les pratiques et les règles politiques au sein de notre parti, notamment sur le non-cumul des mandats et sur l’organisation de primaires ouvertes pour la désignation de notre candidat.

Dans son intervention de La Rochelle du 28/08/09, (Libération) elle confirme et inscrit comme un des 5 axes de rénovation du parti, ce que les médias relaient très largement :

Et promet aux militants un changement du PS «de A à Z. De C comme cumul des mandats jusqu’à P comme primaires». Succès garanti auprès des adhérents. D’autant que la première secrétaire a «décidé d’organiser une consultation le 1er octobre pour que les militants nous fixent le cap».

C’est la première fois à cette échelle que le cumul des mandats est visé. Tout d’abord parce qu’il s’agit d’un parti de gouvernement, mais surtout parce que ce parti détient la grande majorité des exécutifs locaux (régions, départements, communes et intercommunalités). Il restera à voir l’essentiel. Les modalités d’applications et la profondeur de la mesure engagée. Car s’il s’agit encore d’une annonce pour sauver les meubles aux régionales, esquiver la stratégie sarkozyste temporairement, ou mettre en orbite un thème de campagne présidentielle dépendant du résultat de l’élection, on risque fort de voir se jouer le dernier acte du parti avant la déflagration finale.

Il y aurait bien des façons d’aborder cette proposition, tant sur le plan de la stratégie politique qu’institutionnelle, ou encore sur la pratique politique française, ou enfin sur l’habitus de l’électeur lui-même, premier responsable de la situation puisque c’est lui qui désigne ses représentants.

:: Le cumul des mandats ::
Mais avant d’en venir là, quelques chiffres permettent un bref état des lieux. Pour ce faire, le site l’Obscure – OBservatoire des CUmulants de la REpublique – propose un tableau détaillé (avril 2009) de cette pratique très franco-française.
Il apparaît qu’1/5ème des parlementaires ne cumulent aucun mandat, proportion inverse dans les autres pays européens grosso modo. Les 80% de cumulards font que sur les 100 départements, 51 sont présidés par un sénateur ou un député, ainsi que sur les 26 régions, 10 connaissent une situation semblable.

Sur le plan législatif, la loi du 30 décembre 1985 consacre plus qu’elle ne restreint l’addition des fonctions électives. Les propositions de lois successives sur la limitation du cumul n’ont jamais abouti à rien, sinon une justification législative. C’est un cercle vicieux dans lequel les cumulards sont amenés à se positionner sur le cumul : aucune chance.

Mais au-delà d’une loi déployée par les cumulards eux-mêmes, c’est une question de pratique et d’éthique, de conception de la politique.

Ainsi pour Jacques Chirac en 1995 :

Un député ou un ministre qui n’a pas de mandat local, qui n’a pas l’obligation d’aller passer ses week-ends sur le terrain, sur les champs de foire, dans les quartiers difficiles, auprès des gens, eh bien il y a un grand danger qu’il devienne rapidement un apparatchik.

Ou encore pour Valéry Giscard d’Estaing :

La trajectoire d’un élu politique en France répond à deux lois simples : on se présente à une fonction pour préparer sa candidature à la fonction suivante ; lorsqu’on est élu à la fonction supérieure, on conserve la fonction antérieure de manière à éviter qu’un « intrigant » ne vienne reproduire à vos dépens le parcours que vous venez de réussir. D’où l’obsession de cumuler les mandats.

Dans la lignée de Jacques Chirac et VGD, Arnaud Montebourg est l’exemple même de cette réalité. Lui le premier engagé contre le cumul des mandats, s’est rangé aux conseils des caciques en cumulant les fonctions de président de département et de député. Sa crédibilité et sa parole ont été anéanties et sa fonction à la rénovation du PS ne facilitera pas la réforme voulue par Martine Aubry.

:: Ne plus cumuler pour survivre ::
Sur le plan stratégique, c’est Patrick Roger dans un article du Monde du 29/08/09 qui porte un éclairage important :

La prise de position de Mme Aubry peut bousculer un parti où le poids des baronnies a tué la démocratie interne. De son côté, Nicolas Sarkozy, pour faire accepter la réforme des collectivités territoriales, va chercher à reléguer le PS dans la position du parti de notables et de conservateurs arc-boutés sur leurs prébendes. En prenant la main sur ce terrain, Mme Aubry espère déjouer le piège.

La secrétaire nationale va chercher l’oxygène là où il se trouve, à l’extérieur de son cockpit. Car en définitive, ce n’est qu’en passant par la base et en appelant la décision des militants que le non cumul des mandats au sein du parti pourra voir le jour. Les récentes commissions parlementaires sur le sujet ont montré un consensus entre élus de droite et élus de gauche dans un vaste mouvement de contraction corporatiste. Dans la lignée, les associations majoritairement de gauche des communes et régions de France ont également montré les limites à mettre entre les mains des cumulards le destin du cumul des mandats.

Parallèlement, les deux blocs politiques majoritaires font état du même conservatisme et du même corporatisme sur la question de la réforme des collectivités territoriales voulue par le gouvernement. Nous avons à l’œuvre un réflexe de défense identique et quasi syndical, qui transcende largement les clivages politiques. Au final, il se traduit par une défense des intérêts particuliers et un consensus communautariste, révélant avec acuité un phénomène de caste que les sociologues ont bien identifié depuis longtemps.

Le Parti Socialiste se retrouverait dans l’incapacité à proposer le moindre projet politique opposé à la majorité parlementaire, si dans le même temps, ses parlementaires eux-mêmes forment un bloc uni avec ceux de la majorité pour la défense de leurs intérêts.
Et ce a fortiori sur des questions aussi essentielles que la fonction élective au cœur de la démocratie et du renouvèlement des représentants.

:: Le cas de la Dordogne ::
A cet égard, la Dordogne illustre à la caricature cette situation. Et les récentes propositions de Martine Aubry frappent de plein fouet ce qui est énoncé par Patrick Roger. A savoir :
1. Bousculer un parti où le poids des baronnies a tué la démocratie interne
2. Sortir de la position du parti de notables et de conservateurs arc-boutés sur leurs prébendes.

:: Pascal Deguilhem, député PS ::
Un simple tour d’horizon suffit à comprendre pourquoi. Certes, il y a des exceptions, comme le député PS Pascal Deguilhem, (1ère circonscription), seul sur son blog à déclarer :

Je suis partisan d’un renouveau de la vie politique. Je défendrai notamment la réforme du mandat unique, renouvelable une fois, qui permettra aux députés et sénateurs de s’impliquer pleinement, faisant ainsi place à des personnes différentes, riches d’idées nouvelles.

Certes, la position est timorée voire contradictoire. Il prétend lutter contre le mandat unique mais uniquement horizontal, tout en défendant le cumul vertical : renouvelable une fois. Dans les faits en tout cas, il exerce volontairement un mandat unique , ce qui fait de lui le seul parlementaire périgourdin à respecter cette écologie politique. (Il est toutefois conseiller municipal et conseiller général mais pas à un niveau exécutif).

:: Germinal Peiro, député PS ::
De son côté, Germinal Peiro, député PS de la 4ème circonscription, en est à son 4ème mandat consécutif. Il lui sera difficile d’adhérer à ce projet, tout au plus pourra-t-il s’y placer sur un plan horizontal, lui qui fut pendant 4 années et demeure : maire, vice président du conseil général et député. Lancé pour être un mandarin local, il  aura bien du mal à changer de cap sans que la règle ne l’y contraigne.

Il incarne donc à lui seul le « poids des baronnies » et le « parti de notables » contre lequel les propositions de La Rochelle prennent corps. Mais en la matière nous verrons qu’il a un maître.

:: Colette Langlade, députée PS ::
Le cas de la députée PS de la 3ème circonscription, Colette Langlade, n’est pas significatif. Suppléante du député Michel Debet, elle a pris sa succession à la disparition subite de ce dernier.

:: Daniel Garrigue, député NI :: 
Il reste pour la députation le cas particulier de Daniel Garrigue, député de la 2ème circonscription. Sa démission récente de l’UMP en fait un non inscrit dépendant de son propre réseau local. Cela étant, il est l’exemple type du député-maire qui ne doit son mandat unique qu’à sa défaite électorale.

:: Claude Bérit-Débat, sénateur PS :: 
Elu sénateur PS depuis septembre 2008, Claude Bérit-Débat était auparavant maire (1992) et président d’une communauté d’agglomération (2001). Il s’est défait de son mandat de maire quelques mois après être devenu sénateur. Mais le concernant, le débat sur le cumul des mandats en est davantage à un niveau pédagogique que réellement politique.
En effet, le 30 septembre 2008 sur France 3, il déclarait alors qu’il était encore sénateur, président d’EPCI et maire :

Il n’y a pas de cumul de mandat puisque c’est une fonction de président et le mandat de maire et de sénateur sont parfaitement compatibles, mais heu parait’y que je souhaite effectivement abandonner soi mon mandat de maire, soi ma fonction de président.

Le cas est problématique vis-à-vis du projet du parti socialiste, car en l’espèce le sénateur n’était pas conscient de sa situation (ce n’est peut-être plus le cas aujourd’hui). En droit pénal, l’article 122-3 (modifié) pourrait métaphoriquement illustrer cette occurrence si peu courante :

N’est pas pénalement politiquement responsable la personne qui justifie avoir cru, par une erreur sur le droit le mandat qu’elle n’était pas en mesure d’éviter, pouvoir légitimement accomplir l’acte.

Il est opportun de considérer que cet homme a été élu au suffrage direct à l’occasion d’élections municipales. Pour le reste de ses mandats, de sénateur et président d’EPCI, il n’est pas anodin que son élection indirecte soit le fait de ses pairs en politique.

:: Bernard Cazeau, sénateur PS ::
Le meilleur pour la fin. Le sénateur PS Bernard Cazeau et président du conseil général de Dordogne écrase tous ses confrères sous le poids de son succès. Son parcours politique en première page de ce blog en est l’éclatant témoignage.
Il n’est pas exagéré de considérer qu’il incarne de manière suprême la réforme qui vise le parti socialiste, ainsi que le corporatisme de caste en politique.
Il cumule tous les chefs d’accusation qui émergent dans le parti socialiste et bloquent autant une réelle opposition à la politique gouvernementale que la moindre évolution en matière démocratique et politique.
1. Cumul des mandats vertical : à l’œuvre depuis 35 années
2. Cumul des mandats horizontaux : sénat, maire, conseil général, conseil régional
3. Corporatisme politique : même longueur d’onde que la majorité (minoritaire) réfractaire sur les collectivités
4. Phénomène de baronnie : système policico-financier à l’épreuve des élections
5. Démocratie interne : faiseur de carrières, il fait investir qui il veut (dernier exemple à Périgueux, municipales et cantonales)
6. Potentat local : capable de défaire n’importe quel représentant de l’Etat en opposition à son avis. Cf. Lascaux par exemple ou encore de menacer de coups et blessures un journaliste de Sud Ouest dans son bureau.

Il incarne une génération de politiciens qui arrive à son terme et dont il faut absolument empêcher la prolifération et la pérennité. Car à l’inverse, la décentralisation se muerait en une féodalisation. C’est en partie ce à quoi répond le PS aujourd’hui, promit à la mort à n’être qu’un parti de notables en cas d’immobilisme. Notables d’ailleurs dont il y a foule dans le parti conservateur à soutenir le cumul des mandats, mais éclipsés par l’irradiation présidentielle.

:: Conclusion ::
Cette proposition de réforme de la 1ère secrétaire ira à son terme nous l’espérons et le soutenons. D’une part pour modifier les règles du jeu politique sur le plan national et engager le mouvement au niveau institutionnel, et de l’autre pour crédibiliser une force politique nécessaire à l’équilibre démocratique.

Le mot de la fin pour le maire de Périgueux. Concerné également, il cumule les mandats de maire, exécutif de région et exécutif de communauté d’agglomération. Son portefeuille de mandats est local et par conséquent moins outrancier. Mais au final, les avantages en nature et les indemnités ne sont pas moindres, ni même l’effet de mandarinat ou la capacité de verrouillage. Car s’il a passé des années à illustrer l’apparatchik mentionné plus haut dans la phrase de Jacques Chirac (sans être ministre cela va de soi), il ne correspond pas moins à la figure du notable local décrit par Patrick Roger dans ce qui asphyxie le parti socialiste en matière de démocratie interne.

Les plumés du club de la presse

Nous vous écrivons en direct du toit de la mairie de Périgueux pour parler à notre façon du gala des 7èmes plumes du Club de la presse périgourdin, qui s’est déroulé samedi soir au théâtre. C’est une des particularités de ce club que d’organiser un tel évènement avec l’humoriste Jean-Pierre Dupin, (époustouflant) où les médias d’information peuvent énoncer aux premiers concernés ce qu’ils ont du taire le reste du temps. Sur le mode de l’humour, bien sur. Avantage, derrière le caractère farceur et incontestablement drolatique, c’est l’occasion de signifier que, face à certaines informations non publiables et non publiées, personne n’est dupe. Au cas où.

C’est au détour d’un sketch sur les volatiles départementaux, (à s’en décrocher la mâchoire), que nous entendîmes parler de buses (en quantité), de pigeons (dans les administrations), de canards (levant la merde en surface pour se nourrir), de faucons (ou l’inverse), de vautours (grand charognard), et enfin d’aigles, malheureusement absents du Périgord.

Certes la camaraderie s’y veut franche et bonne enfant, l’esprit potache et tourné vers la dérision. Une occasion immanquable pour les édiles de se voir brocardés pour leurs pires travers ou parfois cités pour un aspect attachant. Que nul ne s’y trompe. Le déficit d’image engendré par l’absence d’un élu à cette soirée serait pire que de se prêter au jeu avec un sourire de campagne électorale. D’où l’affluence record des huiles départementales.

Sur les 9 plumes décernées, 6 concernèrent des politiciens, cf. ici.

:: Plume Animale ::
Un hommage appuyé à Paulette LABATUT, couvrant l’ensemble de sa carrière, sonnant comme une occasion à saisir. Conseillère générale du département 24, elle incarne ce qui s’est depuis longtemps désincarné vers 1968.

 :: Plume de Paon ::
Un vibrant témoignage d’affection au maire de Boulazac, « permanent » du conseil général, ainsi que président d’une communauté de communes, Jacques AUZOU. Sur le thème d’une équipe de basketball de loosers, d’un maire sanguin, engagé, malin, dont la réussite du Palio a coûté des hectares de terrains privatisés aux bénéfices des franchises, qui ne font plus que de la ville une vaste zone d’activité économique. Et le communisme alors ? Dit la voix.
Afin de prouver la sincérité de ses engagements communistes, la maire n’a répondu que par les 41 années d’adhésion au parti communiste français. Ce n’est qu’une question de carte alors…
On s’attarde injustement sur le Palio. On pourrait tout aussi bien regarder vers la zone de Grand Font le long de la RN21. 20 hectares de lotissement pour des franchises et l’économie. Mais en avant première, l’abattoir à canards conclu dans la main du préfet d’alors. Juste une ICPE, Installation Classée pour la Protection de l’Environnement dont l’étude d’impact ne tient pas compte des futures installations autour de l’usine à bidoche. Un détail.

 :: Plume Assassine ::
Une récompense méritée pour le maire communiste de Trélissac et « permanent » du conseil général ainsi que vice président de la communauté d’agglomération périgourdine, Françis COLBAC. A l’honneur son cumul des mandats, (dans les pays civilisés c’est interdit mais en France, cet atavisme d’ancien régime est loué). 5 fois maire, 5 fois conseiller général, vice président de la CAP… Présenté comme un caïd, un dab local de la politique, on retient quand même l’annulation de sa victoire aux municipales par le Conseil d’Etat, reconnaissant une tricherie de nature à troubler la sincérité du résultat. Classe.
Mais peu importe, à Trélissac comme à Levallois-Perret, on ne tient pas rigueur aux élus de violer les règles du jeu.
C’est donc en Capitaine Haddock que le maire a accepté de se prêter aux questions.
La ville qu’il administre depuis 1983 est dans les tréfonds du classement financier des communes de l’agglomération dont elle fait partie. Cela n’a empêché, ni par la construction à outrance de logements aujourd’hui vides, ni par l’inflation de surfaces cédées aux franchises, le maire de conduire la ville là où elle est.

 :: Plume Nostalgique ::
Puis vint le tour de Jérôme PEYRAT, ex conseiller du président Sarkozy, maire d’une petite commune, et patron de l’UMP départementale, à qui il était prêté un intérêt particulier pour la mairie de Périgueux. Réponse plate et sans intérêt pour ce produit dérivé du sarkozysme..
Rappelons qu’il fut battu aux législatives par le candidat socialiste Pascal DEGUILHEM. Du coup à la question : que faut-il pour gagner ? La réponse fut nécessairement intéressante.
« Faire le plein dans sa famille et rassembler au-delà ». Il démontrait ainsi cette légitimité qui lui avait fait défaut, convié pour le saut en parachute à poursuivre l’entrainement.

 :: Plume Olé Olé ::
Sur fond de corrida, dans le rôle du taureau blessé, que tout énerve sauf le Général, l’hommage à Daniel GARRIGUE, député du bergeracois, fut chaleureux. Point de récompense pour le nouveau maire de Bergerac, Dominique ROUSSEAU (PS) en contre bas de la réputation de son prédécesseur. Comme aux Guignols de l’Info, cela peut sonner comme un désaveu. Dans le rôle du torrero il y avait Jérôme PEYRAT, tonton flingueur officiel de GARRIGUE, missionné par le parti pour le descendre. Alors forcément, quand l’émule gaulien jusqu’au bout des ongles, s’est trouvé face à notre Frédéric LEFEVRE local, le sang a giclé. Sauf qu’à l’avantage du torrero, ceux sont ses amis qui ont fixé les règles de la corrida.

 :: Plume Chercheuse ::
Mais le grand gagnant, le vainqueur des vainqueurs, l’étoile de la soirée, fut incontestablement le maire de Périgueux, Michel MOYRAND, (Michel Moyrand pour les intimes).

Il est rentré avec souplesse et naturel dans le profil des nominés et à même réussi par un tour de force à s’imposer, planant largement au-dessus du lot. Il avait su mettre ses convives du club de la presse en condition. Le financement du buffet de fin de soirée, jusque là assumé par la ville de Périgueux, a été refusé par le maire, avec pour motif la pauvreté de la ville et son besoin de faire des économies. Je vous le dis, il est passé haut la main.

A été épinglée sa communication, voire son état d’esprit ou pis encore sa philosophie sait-on jamais, en voulant faire du ludique à tout prix et des animations perfusées et artificielles. « Michel et son big bazar » ont déboulé en fanfare, avec « Poussez les murs » et « Bouge 2 place », résonnant comme des tubes des années 80. Et cela sans oublier de pointer que le ludique de mauvais goût et à tout crin tend à infantiliser et manipuler gauchement, plutôt qu’à informer correctement. Ce n’était que le début de la consécration.

La séance de questions est arrivée. Une scène noire, un fauteuil « détecteur de langue de bois » grâce à son dispositif de luminaires. Seul face à la poursuite, le maire est assis, répondant aux questions de « l’inquisiteur ».
La prestation du maire a prouvé que le club de la presse a eu le nez creux en en faisant la star de la soirée. Il s’est incrusté dans le fauteuil en essayant de se décontracter.
Le maire ne semblerait pas habiter la ville qu’il administre, malgré ses incantations à la proximité et à la fusion? C’est vrai admit-il.
Mais où habite-t-il alors lui demande-t-on ?
Et là le maire, sentant l’occasion d’un bon mot en mobilisant tout son sens de l’humour répond :

– Chanterac

Silence dans la salle. Puis silence.
Ce trait d’esprit à défaut de faire rire, s’explique assez bien en langage politicien, son favori sinon l’unique.
Chanterac est le village où habitait l’ancien maire Yves GUENA, d’où il administrait la ville de Périgueux. Une façon tellement drôle d’expliquer que, puisque son prédécesseur et opposant avait fait ainsi, il n’y avait pas de raison pour que lui ne le fasse pas aussi. Constatant que son raisonnement n’était ni probant ni marrant, le maire repris son sérieux.
Il expliqua qu’il ne vivait pas dans la ville, mais qu’il était propriétaire d’immeuble(s), faisant ainsi de lui un contribuable périgourdin. Ce qui était visiblement à ses yeux la meilleure des justifications.

Il glissa toutefois à ceux qui auraient voulu l’entendre, qu’au sujet de ses propriétés d’ailleurs, certains ne se seraient pas privés de vérifier, comme ces fouinards de journalistes par exemple.
Oui vous voyez, comme Roger FEDERER à la grande époque, tout en style et en précision.
Tout était parti d’une question simple sur la campagne et la ville. Finaud, le maire sentit le piège sur l’ambiguïté du mot « campagne », également électorale. C’est un métier.
Il attaqua dur par un slogan solennel fort adapté à la situation, lancé après une longue réflexion :

– La campagne pour la ville

C’est avec ce genre d’à propos qu’on flingue une soirée de gala où jusqu’à là tout le monde avait ri de bon cœur ou fait des efforts pour sourire.

En conclusion, à la question de l’ambition politique et du mandat comme marchepied vers des postes plus importants…
Là le maire s’est montré rassurant en confirmant qu’il avait placé toute son ambition dans son mandat et qu’aucun autre horizon n’était envisageable. (Sinon le cumul lucratif d’autres mandats locaux). Non seulement il n’y a aucune chance pour qu’un hypothétique président socialiste lui propose un portefeuille ministériel, mais même en cas de miracle, il refuserait. C’est dire si la proximité va être profonde.

Au final, nous avons eu une pensée émue pour son scénariste et directeur de cabinet, accablé de voir ruiné en 5 minutes tous les efforts consentis depuis des mois. Il lui avait bien dit d’en faire le minimum, de paraître léger, fin, séduisant. Et au pire de s’inspirer des copains rompus à l’exercice, adepte de l’exemplarité qu’il est. Rien n’y fit.
Rien n’y sembla drôle, et dominèrent des arguments politiciens, des règlements de comptes voilés, des sous-entendus malins. Qu’à cela ne tienne la soirée n’en fut pas gâchée pour autant.

Pas de doute, le maire de Périgueux sera présent lors de la prochaine édition. (Cf. annexe en fin de billet).

Et puis il y a ceux qui furent omniprésents sans être nominés, l’apanage des immortels. Ce fut le cas de Bernard CAZEAU, président du conseil général, sénateur, cité pour sa suffisance, son égo et sa main mise médiévale sur le département. Le ministre Xavier DARCOS fut également cité à plusieurs reprises. « L’albadarcos », que ses ailes de géant empêchent de marcher, mais également de voir, d’entendre et d’écouter.
Enfin le grand oublié de la soirée, le nouveau sénateur et président de la communauté d’agglomération, (mais-qui-ne-cumule-aucun-mandat), Claude BERIT DEBAT. Quelques allusions en chanson suffirent à en faire le tour.

Bravo et merci

:: Annexe ::
On peut rire de tout, certes.
Mais nous rajouterons que pour un maire qui se veut solidaire et rigoureux, proche des soucis quotidiens malgré ses 8000 euros d’indemnités cumulées et mensuelles, face à la situation financière critique et inquiétante qu’il décrit pour la ville, on peut s’étonner de l’achat d’une voiture de fonction flambant neuve, ainsi que le maintien au maximum légal du régime indemnitaire des élus. Son argument? Les autres le faisaient, alors pourquoi pas lui? Pourquoi s’en priver?

C’est de ce socialisme là que le socialisme est mort aujourd’hui. Espérons qu’il renaîtra bientôt, après avoir enterré sans couronne cette génération d’apparatchiks gloutons qui, non contents d’avoir ruiné nationalement leur parti, ont également renié tout idéal social tout en poursuivant leur hypocrite litanie.
Quand le projet politique de Périgueux Autrement nous annonçait :

Périgueux déçoit parce qu’elle se retrouve aujourd’hui aux mains de quelques-uns, et qu’elle est privée de beaucoup de ses forces vives. Notre ville a trop été utilisée pour servir des ambitions particulières et intérêts partisans.
Nous avons l’ambition de donner à notre ville une vie plus démocratique afin que chaque citoyen se sente responsable et donc fier d’être périgourdin.

Il est remarquable aujourd’hui de voir à quel point Périgueux Autrement n’était pas une autre façon de faire de la politique, combattant la « politique système », le clientélisme, le népotisme et le clanisme. Bien au contraire. Sur le constat d’une année de mandature, il fallait comprendre que le décor serait identique, le texte de la pièce inchangé, et que seul comptait le changement des acteurs sur la scène. Une façon de vendre l’alternance sans se risquer à l’alternative. La plus grande réussite du maire jusqu’à ce jour.