Périgueux, le maire dépose le bilan (annuel)

Aujourd’hui paraît dans Sud Ouest une belle interview du maire de Périgueux en forme de bilan annuel, le premier de la série. D’où l’émoi.
On y parle même de ruedelachouette. La chouette serait un animal féroce ! Dam, ce modeste volatile nocturne serait-il aussi féroce qu’une bande de scolopendres ?
Revenons plutôt à nos moutons et au jeu d’insomniaque dont ils sont les héros.
Hervé Chassain produit une interview en 13 questions, afin de laisser au maire l’occasion de présenter avec sagacité l’étendue de la nouvelle politique communale.

Attention il y avait des questions pièges !

 :: Question n°1 ::
Michel Moyrand, tombeur du ministre Xavier Darcos ?
« … quelque chose qui fait plaisir ».
Ce qui est pris n’est plus à prendre.

:: Question n°2 ::
Pensiez-vous être élu ?
Ne répond pas à la question, mais indique :

C’est au moment où on fera le bilan au bout de six ans que l’on verra.

On verra dans six ans s’il pensait être élu ?
Cette question fondamentale pour l’avenir de Périgueux ne trouvera donc réponse qu’en 2014.
En réalité, il ne peut pas dire « oui ». Ce serait gros comme le nez au milieu de la figure.
Mais il ne peut pas dire « non », car il avouerait ne pas être préparé à diriger une mairie exigeante et avouerait par là avoir été dépassé. Ce qui aurait entraîné une autre question en corollaire:

Pensez-vous vraiment ne plus l’être aujourd’hui ou faites-vous semblant ?

:: Question n°3 ::
Un maire qui travaille beaucoup, mais indisponible pour les habitants ?
Il confirme travailler beaucoup, se déplacer, dialoguer, etc.
En même temps, travailler beaucoup en étant maire d’une ville de 30 000 habitants n’est pas censé surprendre ou relever du miracle politique.
En parallèle, le « sacrifice » est compensé par un salaire de 8 000 euros/mois, (hors déplacements, frais de bouche…) toutes indemnités cumulées. De surcroît, les indemnités que le maire s’est octroyé plafonnent au maximum légal.
Un mouchoir pour la maire dolorosa ?

:: Question n°4 ::
Il ne se passe rien en ville, signe de lenteur politique ?
Si. Le maire tire le bilan des bilans du bilan. Il tire même sur la sonnette d’alarme après avoir tiré à boulets rouges sur la gestion de ses adversaires. Il n’en finit pas de tirer sur tout ce qui bouge. (enfin tant que ça bouge…)
Le maire se dit fidèle à ses engagements, avec un bémol, (« en fonction de nos possibilités »).
C’est simplement faux. L’exemple de l’engagement de livrer le projet Bas Saint Front pour avril 2011, alors que les études sont gelées (annulation des crédits – 280 000 €). Appelons un chat « un chat ». C’est un mensonge et un manque de parole, une tromperie. Cela sera vérifié à la fin du mois de mars.
Explication du maire : « une situation très fragilisée » jusqu’en 2013 induisant un ralentissement de l’investissement. Pour une situation si catastrophique, nous sommes soulagés d’apprendre que l’équilibre sera recouvré en 4 ans.

:: Question n°5 ::
L’avenir du projet du Bas Saint Front, métaphoriquement appelé « parking Mauvard » ?
Pas de réponse. Le concept d’interview en prend un coup.
On saura en échange que le maire procède à un Programme Prévisionnel d’Investissement de 60 millions d’euros sur 5 ans, (moyenne de 12 millions / an) qui correspond pil-poil à une situation financièrement très fragile. C’est limpide.

:: Question n°6 ::
Continuité du plan Périgueux 2010 de l’ancienne municipalité ?
Pas de réponse.
On commence à se demander si cette interview n’était pas prématurée…
On relève cependant que le maire se dit contraint par ses engagements. C’est énorme. Lui qui est amateur de belles lettres, nous devons lui rappeler la signification de ce mot qu’il semble désespérément confondre avec un autre :

ENGAGEMENT Substantif masculin
A/ Action de mettre en gage quelque chose ; résultat de cette action.
Exemple d’engagement :

Je confirme donc que les aménagements prévus sur l’avenue Daumesnil, la rue Denfert Rochereau seront réalisés comme ceux de la place de la Clautre au plus tard dans les 3 années qui suivront mon installation à la mairie.

(Michel Moyrand, futur maire de Périgueux, février 2008).

On ne saurait faire plus clair.

:: Question n°7 ::
Une situation financière difficile ?
Oui, « une situation très fragile ». Endettement « très fort » et capacité d’autofinancement « insignifiante ». Pas de quoi non plus renverser un mammouth nous indique-t-il, puisqu’en 2013 ça ira mieux, de même que l’investissement serait réduit à 12 M€/an pendant 5 ans.

:: Question n°8 ::
Les grandes conclusions de l’état des lieux ?
Il faut « faire exploser l’organisation extrêmement centralisée ». Comment ?
En recrutant un maximum de chefs de services qui obéissent au doigt et l’œil au Dirlo général des services.
En produisant des notes de services qui interdisent aux services la moindre communication d’information sur le fonctionnement de la mairie, sauf autorisation expresse du Dirlo général des services.
En produisant des notes de services qui demandent d’annuler congés et RTT pour remplir la mairie à coups d’épaules.
Visiblement, en répondant à cette question, le maire a eu une panne d’oreillette et n’a pas pu entendre ce que lui dictait son directeur de cabinet. Du coup, il a bien répondu, mais à l’envers.

:: Question n°9 ::
Justement, la manie des recrutements ?
La ville est tellement pauvre que le maire ne peut pas recruter comme il le voudrait. Pourtant, on peut quand même compter sur quelques nouveaux postes qui laissent rêveurs sur le nombre de recrutements s’il pouvait se lâcher.
Réponse n°9 dans la question n°8. Le maire a bien recruté son directeur de campagne, sans recours à la sélection prévue par la fonction publique. Un acte de népotisme fondateur.
Par ailleurs, si la ville était si pauvre, le maire aurait sûrement baissé ses indemnités, consacrées à l’exercice de sa mission et non à son enrichissement personnel. Mais le dévouement à la mission de service public vaut bien quelques investissements défiscalisés.

:: Question n°10 ::
Puisque vous refusez le principe de cette interview, quid de vos ambitions ?
« Il faut rendre cette ville plus attractive ».
On sera surpris « par un programme ambitieux… » décomposé comme suit par le maire.

1. Attractivité sur l’aspect de l’animation (Périgueux sans voitures et ballades à poneys)
2. Attractivité commerciale (comme en soutenant l’extension d’Auchan à Marsac)
3. Attractivité culturelle avec le festival Art & Eau dans 3 ans et une Artothèque à la place de l’ancienne mairie dont on aura bientôt les détails de mise en œuvre, à moins que le bâtiment ne reste vide et inutilisé pendant des années…
4. Attractivité du tourisme d’affaire, via des congrès dont le succès, déjà, est garanti par le talent d’orfèvre de l’adjoint Eric Dosset. (1 congrès en 1 an, attention les mirettes.)
5. Urbanisme. Construire pleins de logements, comme l’installation de DOMOFRANCE dans le secteur sauvegardé, continuer le programme ANRU au Gour de l’Arche, tout en remplissant les 3000 logements vacants en surtaxant les propriétaires comme cela a été annoncé. Ami boulanger, tu n’arrives pas à vendre toutes tes baguettes ? Donc augmente ta production de baguettes, nous allons faire venir des clients par la contrainte. Bref, une logique imparable.

Concentrons nous. L’ambition du maire est de rendre la ville de Périgueux a-ttrac-tive, autrement dit, une ville en capacité d’attirer à elle, de séduire. Et pas l’inverse attention hein ?! N’imaginez pas qu’il pense que le « a » de attratif soit un « a » privatif. Je sais, on dirait bien des fois, mais c’est non.

Pourquoi ?
Pour se développer et ne pas être une bourgade oubliée de département rural, (en passe d’être dépassée par une sous préfecture dynamique), enclavée à l’écart des grands réseaux de communication, en dehors du dynamisme de la Région Aquitaine.

Comment ?
En générant de l’activité économique, culturelle, en dynamisant l’activité sociale, en augmentant sa population en baisse constante depuis 50 ans.

Un enjeu nouveau ?
Non. Le projet du ministre éconduit, Périgueux 2010, avait déjà pour objectif la réalisation de cette ambition, conduisant à penser que les deux hommes partagent le même diagnostic de fond.
La méthode du ministre a été dénoncée puis condamnée par Michel Moyrand, proposant aujourd’hui le même objectif mais indiquant y accéder via une nouvelle méthode.

La méthode de Michel Moyrand pour répondre aux enjeux de la ville ?
La première réalisation illustrant cette nouvelle méthode sera donc le déménagement de la mairie, libérant environ 3 M€ pour l’achat du foncier, nécessitant la mise au placard d’autres projets, comme la rénovation des abords de la cathédrale.

On aurait pu penser par exemple que le maire, pour aller dans le sens de :
– l’activité économique et donc touristique en Périgord,
– l’attractivité de l’habitat et la rénovation du tissu urbain,
– l’attractivité culturelle concernant un patrimoine dont il a fait le symbole de la ville classé à l’inventaire mondial de  l’UNESCO et recevant une subvention de 1 M€ (Etat) pour la rénovation des coupoles de la basilique,
– l’attractivité touristique d’un patrimoine architectural unique en France, (20 ha de secteur sauvegardé) dégradé par des  flux routiers non maîtrisés ;
prenne en considération de façon prioritaire ces différents éléments. Mais pas du tout !

L’urgence, pour coller à la nécessité de développer Périgueux, afin qu’elle devienne une ville attractive et que sa population augmente à nouveau, que son économie se déploie à travers le tourisme et que son activité se dynamise, c’est le DEMENAGEMENT DE LA MAIRIE.

On ne peut pas contester à ce projet, incarnant la nouvelle méthode de Michel Moyrand selon son diagnostic de la ville et de ses enjeux pour l’avenir, un caractère éminemment AMBITIEUX.

Et si vous ne comprenez pas le rapport entre d’une part le projet de rendre la ville plus attractive (économie / culture / habitat) et de l’autre de commencer – au détriment du reste –par le déménagement de la mairie, c’est que vous ne comprenez rien aux subtilités d’administrer un bien public, d’en discerner les enjeux, et de proposer un projet politique visionnaire et durable. Na !

:: Question n°11 ::
Les impôts vont-ils augmenter malgré l’engagement de ne pas le faire ?
Au regard de l’occurrence obscure et indéfinie que le maire prête au terme d’ « engagement », on saurait avec prudence s’attendre à tout.
On lui demande s’il va augmenter les impôts et il répond qu’il sait où il va. C’est logique.
Il confesse ne pas vouloir répondre à la question de toute façon. Par le taux ou par la base, on sent quand même la baffe arriver.

:: Question n°12 ::
Le maire entouré de plusieurs futurs maires ?
Là le maire nous rassure : « Je ne suis pas éternel ». C’est vrai, des fois qu’on ait imaginé le contraire…
Ce qui est plus rassurant encore, c’est d’apprendre qu’ils sont pléthore, au sein de son équipe, à bien vouloir prendre sa place, au cas où il l’a laisse. Tout cela augure une navigation paisible sur l’océan de la félicité.
Encore plus rassurant, il confie décider de tout : « in fine ». Ouf.

:: Question n°13 ::
Une opposition active à Périgueux ?
Là, une réponse à double tranchant, pour la presse et pour l’opposition.

1. « … elle est fortement relayée par la presse »
Accusation non voilée à l’encontre des journalistes de favoriser la présence médiatique de l’opposition contre la personne du maire. La preuve, un encart est réservé à Philippe Cornet (leader de l’opposition) à côté de son interview en deux pages pleines. Depuis quand la déontologie journalistique invite-t-elle au respect du contradictoire !!!

2. l’opposition parle pour ne rien dire
Non seulement les journalistes relaient bien trop complaisamment les propos de l’opposition, mais en plus, « parfois pour des futilités ». L’accusation de futilités est tempérée par l’emploi d’un « parfois » circonstancié, presque politiquement obligatoire dans la situation.

En gros, si l’opposition pouvait la fermer et les journalistes se concentrer sur les concours de belote du département, le maire n’y verrait pas d’inconvénient.

:: Conclusion ::
 1. Le fait marquant de cette interview, d’abord, est d’apprendre que Jean Louis Demaret a quitté la politique. Nous espérons le revoir en 2014 pour changer sa Kangoo. Nous parions 3 chouettes en chocolat au lait qu’après son programme Ni gauche Ni droite, il pourrait retrouver le succès avec un nouveau programme appelé cette fois Ni droite Ni gauche.

2. Ensuite, il est notable, dans une interview, que le maire refuse de répondre au 1/3 des questions posées. Pour un homme qui n’a au bout des lèvres que le mot TRANSPARENCE, cela est fort étonnant. Pourquoi accepter une interview pour ne répondre qu’aux questions que l’on veut s’entendre dire ?
Donc pour la prochaine interview, nous proposons que le directeur de cabinet du maire rédige directement les questions pour le journaliste. A coup sur, on gagnerait du temps et cela laisserait toute latitude au conseiller à la communication pour préparer les réponses. Une bonne idée ça non ?

3. Enfin, il faut constater l’absence remarquable d’un mot qui était au cœur du programme de campagne du candidat Moyrand : LA DEMOCRATIE.
Elle était participative, et même de proximité, peu importe les amalgames et les duperies. Il voulait une ville plus démocratique, où les droits des citoyens seraient mieux respectés et renforcés même.
Ainsi n’avait-il pas signé le pacte démocratique de la Liste, un engagement (encore un) d’œuvrer pour une véritable démocratie citoyenne et locale ?

Après un an de pouvoir, le maire semble espérer que les citoyens oublient ces histoires de démocratie participative, pour laquelle il a créé un poste d’adjoint, qui jusqu’à présent n’a pas eu à montrer l’étendue de ses compétences en la matière, mais plutôt à vérifier et contrôler que l’art de la sieste est intrinsèquement diurne.
Il avait consenti électoralement à suivre ce thème à la mode en marketing politique, mais las, la victoire consommée et son discours inaugural prononcé, la volonté pour la chose démocratique s’est réduite à un spasme.