Dordogne Libre vs Ruedelachouette: la version officielle du journaliste

Ah, il y a eu une suite au précédent billet Confit d’oie, journalisme et corruption. Le quotidien Dordogne Libre a eu du mal à garder son sang froid en sortant un contre article aujourd’hui (pas encore en ligne). Et puisque le journaliste s’est présenté officiellement en avocat de ce que nous questionnions, il fait de nous un bien modeste procureur. (Une introduction un peu théâtrale ça détend).

Outre quelques inexactitudes quasi institutionnelles dans « la » DL, sans quoi le charme du journal ne serait pas le même, il est intéressant d’observer la méthode et le sujet. Il porte sur la Chambre des Métiers de Dordogne CMA 24– qui fut l’objet de notre attention, mais pas de celle des journalistes.

Le côté « je suis partout » pour commencer, en rappelant le pédigrée (partiel et orienté) de votre serviteur, soucieux d’une certaine discrétion au regard de menaces anonymes reçues sans enthousiasme, donne le ton. Maintenant vous le saurez. Mais à ce jeu là il faut être irréprochable, et je ne parierais pas ma voiture sans l’assurance de la revoir.

Peu importe, le principal est qu’aujourd’hui ils en parlent, même en minimisant l’affaire avec le sentiment du devoir accompli. Visiblement vexé et perdant le sens de l’objectivité, le rédacteur en chef du journal perçoit le billet comme une « attaque en règle ». C’est donc dans une réaction défensive qu’il s’est livré aujourd’hui à un exercice de légitimation.

Il utilise pour cela un principe simple, non une contre enquête, mais un stratagème qui consiste à promouvoir une thèse pour discréditer l’autre. Pour ce faire, il s’appuie sur un témoignage unique, celui du président de la CMA 24. Pas de chance, les faits sont confirmés. Poursuivant un objectif greffé d’affects, nous allons voir qu’il se replie sur l’interprétation des éléments matériels pour s’autoriser une conclusion au forceps et des insinuations sinistres.

Pour arrêter de faire des mots. Si vous voulez être informés avec ce genre de pâté à mémère, je vous le laisse, je ne suis pas un animal de compagnie.

:: La méthode du discours ::

Il faut entendre le verbe « déterrer » pour Dordogne Libre au sujet de ce rapport de la Chambre Régionale des Comptes Aquitaine en date de 2006. Son dénouement fiscal est récent (2009), moins c’est vrai que le dernier match du club de basketball. Il est vrai qu’à l’époque l’information ne risquait pas de vous parvenir, ignorant même l’existence du site internet de la juridiction financière d’Aquitaine.

Comme piqué par cette mise en cause, le rédacteur en chef a cru bon de faire l’éloge de la version officielle dans l’espoir de discréditer Ruedelachouette, ou, c’est moins probable, de faire un véritable article de fond.

Il tente de montrer d’abord que l’affaire était très ancienne « déterrée » et par conséquent sans intérêt. Ensuite qu’il s’agissait d’une charge orientée, car qualifiée d’ « attaque », laissant supposer une intention gratuitement belliqueuse ou stratégiquement intéressée.

Dans sa conclusion, le journaliste préfère s’adonner à des insinuations plutôt qu’à des informations (appréciez les points de suspension ils valent de l’or) :

Entre temps les élections à la chambre consulaire auront eu lieu, c’est pour le mois d’octobre prochain. On pourrait croire que la campagne a commencé…

On pourrait croire que la campagne a commencé… comme si Ruedelachouette y participait en délivrant des informations pour appuyer un quelconque candidat. Là on évolue dans le caniveau. Au moins dans ces cas là la presse poubelle essaie d’avoir des photos volées.

Les faits ne sont pas contestés. Seule demeurerait un problème d’interprétation ou de point de vue. Or ce que relaie le journaliste avec éloge de « prudence » et de « discrétion », c’est la version unique et sans enquête de celui qui a été l’objet d’une « régularisation » fiscale.

De fait, loin de jeter le moindre discrédit ou même de nous contredire sur le fond, révélant sa méthode de travail, le rédacteur en chef de Dordogne Libre s’est révélé lui-même. Il s’est mis à nu sur la manière dont il procède. Au final, celui qui donne l’impression de soutenir un candidat, ce n’est pas moi, à Bordeaux.

:: La méthode révélée par l’article ::

Cet article ne porte pas tant sur l’affaire en question que sur l’intention de décrédibiliser nos propos. L’enquête est à la mesure de cette hypothèse, en se contentant d’une rachitique investigation résumée en un coup de téléphone.

Un coup de téléphone (ou qui sait une rencontre) qui sert au journaliste à faire toute la lumière sur cette affaire. En réalité, il trouve un allié de circonstance avec la Chambre des Métiers pour défendre sa cause. Cette dernière répond donc avec plaisir à ses questions les plus incisives on le présume avec appétit.

Car c’est bien connu. Lorsque vous faites une enquête, vous n’interrogez que l’intéressé sur qui porte l’enquête. Cela s’appelle construire une version officielle. C’est simple comme un coup de fil.

Imaginez un journaliste qui fait une enquête sur la gestion de Levallois-Perret et qui téléphonerait uniquement au maire de la ville, Patrick Balkany. Et oui, on sourit mais c’est calamiteux.

Voilà donc cette version officielle dont nous prenons acte et qui vient compléter à juste titre les questions que nous nous posions hier.

:: Le redressement fiscal ::

Il y a maintenant une réponse et nous la tenons pour acquise. Cela ne signifie pas qu’elle satisfasse toutes les questions qui ont été posées :

Il n’y a aucune malversation défend le directeur, en reconnaissant que l’institution a bien eu un rappel fiscal.

C’est déjà une bonne nouvelle pour nous, nous n’étions pas dans l’erreur. Après c’est une histoire d’interprétation et de bonne foi :

On ne pensait pas être assujetti à la TVA sur des actions qui l’étaient résume Dominique Bouvet. Les services fiscaux nous ont dit le contraire, c’est réglé.

Libre choix au journaliste de relayer en verbatim la version de la CMA 24, en l’absence de tout contradictoire et de toute autre forme de témoignage. Une question encore ? Surtout pas.

Car sans remettre la réponse de la CMA 24 en doute, on aurait pu s’interroger du fait que la gestion d’une chambre consulaire de cet acabit soit contrôlée par un comptable certifié et un commissaire aux comptes.

A première vue, il peut paraitre étonnant que ces deux professionnels avertis ignorent cette partie de la règlementation en vigueur, par surcroit pendant 5 années consécutives. On peut s’interroger aussi sur l’absence de relation et de vérification totale entre la CMA 24 et les services fiscaux, durant 5 années de mutisme. Ce n’est quand même pas banal.

Mais ce n’est pas ces réponses que le journaliste était venu chercher. Nous reposons donc la question. Sachant aujourd’hui que la CMA24 et l’ensemble de ses gestionnaires ignoraient cette règlementation. Qu’est-ce qu’ils ignoraient de la loi pour penser de bonne foi qu’une chambre consulaire était exonérée de TVA de manière certaine et durable ? C’est le rapport de la Chambre Régionale des Comptes qui nous le dit :

L’article 26-II du code de l’artisanat précise que « les chambres de métiers et de l’artisanat peuvent recevoir, en outre, des redevances, dans le respect des règles de concurrence, pour des prestations de services fournies aux entreprises artisanales ».

Aux termes de l’article 256 A du code général des impôts, « sont assujetties à la TVA les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au troisième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme et la nature de leur intervention ».

L’avis n° 222208 du 8 novembre 2000 du Conseil d’Etat «Jean-Louis Bernard consultants » a rappelé que « les établissements publics, les exploitations industrielles ou commerciales de l’Etat ou les collectivités locales, les entreprises concessionnaires ou subventionnées […] doivent acquitter, dans les conditions de droit commun, les impôts et taxes de toute nature auxquels seraient assujettis des entreprises privées effectuant les mêmes opérations.

Il résulte de ces dispositions ainsi que de celles de l’article 256 B du code général des impôts que les établissements publics, lorsqu’ils exercent une activité susceptible d’entrer en concurrence avec celle d’entreprises privées […] sont tenus à des obligations fiscales comparables à celles auxquelles sont soumises ces personnes privées ».

Enfin, l’annexe à la circulaire NOR ECOA0120063C du 26 décembre 2001 admet la possibilité pour les chambres de métiers et de l’artisanat de tarifer des prestations supplémentaires mais elle en rappelle les conditions et notamment le respect des règles de la concurrence et des règles fiscales.

En dehors du Code de l’artisanat et du Code général des impôts, en passant par une jurisprudence du Conseil d’Etat et une circulaire, rien ne laissait supposer un assujettissement à l’impôt sur la valeur ajoutée. Et ce en particulier pour un service de comptabilité certifié et un commissaire aux comptes.

Non sans rire, cela ne suppose aucune question supplémentaire?

Après tout, puisque le journaliste embrasse cette version à bras le corps, nous n’allons pas le contredire. Cela dit et c’est suffisant, l’étonnement est tenace, comme si un chirurgien ne savait pas faire la différence entre une déchirure musculaire et une rupture de ligaments.

:: La vente anticipée de l’immeuble ::

Dans la même veine, inépuisable, le journaliste au sujet des comptes de gestion ne tarit pas d’éloge :

Prudents mais discrets, les responsables de la chambre ont inscrit une recette moins importante dans leurs prévisions, et l’ont noté au budget 2011.

Nous parlions du budget primitif 2010, pas du budget 2011. Le fait de passer de l’un à l’autre révèle une ambigüité qu’il n’a pas été jugé utile d’éclaircir, sauf à considérer que la réponse se suffit en ces termes.

Mais comme visiblement le sujet de l’article n’était pas la CMA 24 mais Ruedelachouette, ce n’est pas un problème?

Pour autant, on pourrait poser quelques questions. Après avoir opté pour la dispendieuse construction du pôle interconsulaire du Pont du Cerf, les dirigeants ont voté la régionalisation de leur compétence à trois voix contre cinq en tant que départements d’Aquitaine. Cela ne consiste jamais qu’à construire une grande maison très chère pour décider d’aller vivre ensuite chez ses parents.

L’ordre n’est pas celui-là en général et donc la logique peut surprendre. Pourquoi s’engager dans un tel projet de construction pour décider ensuite de déplacer une partie de l’activité et du personnel à Bordeaux ? En tout cas ce n’est pas un réflexe de pauvre et l’hypothèse de l’agrégation des budgets départementaux n’est pas nécessairement négative.

Il y a quand même une autre question. Que signifie : inscrire une recette au budget 2011 ?
Le budget prévisionnel 2011 sera établi à la fin de l’année 2010 et nous sommes en février, il n’existe donc pas. De plus, malgré la « prudence » célébrée par le journaliste, il s’agit d’une vente hypothétique et donc d’une recette intentionnelle, un artifice comptable (?). Encore eut-il fallu, pour qualifier cette intention de recette avérée, qu’il exista un avant contrat, une promesse, un papier. Il n’y en pas croyons-nous savoir.

Comme le budget 2011 n’existe pas, il s’agit peut-être d’une coquille. 2010 ? Nous le saurons donc bientôt. Mais là encore, inscrire une recette intentionnelle en l’absence de toute promesse de vente serait fort troublant. Par conséquent, le résultat de l’enquête du journaliste sur ce point n’occulte pas quelques questions en suspend.

Car si le budget est équilibré à quoi correspondrait la dépense réelle parallèle à un produit fictif? Il est possible que ce genre de manipulation comptable rencontre quelque limite en quelque texte de la République.

:: Conclusion ::

Dans le microcosme périgourdin où d’ordinaire tout est feutré à l’inverse des débats nationaux par exemple, est apparu un mot plus haut que l’autre, sonnant différemment. L’atmosphère voilée, de courtoisie country-club en vigueur, même feinte, agit en faveur d’une léthargie dont on devrait être les meilleurs clients. Car ici tout ne saurait être question que de clientèle établie en norme relationnelle.

Sous le tapis la plage

Et là ça grince des dents. Les marquises en avalent leurs Coucougnettes. Qu’importe, nous progressons. Car même si cet article ouvertement partial et dont l’objectif assumé est une riposte personnelle pour un fragment d’information, paradoxalement, nous avons conquis quelques cm² sur l’état des travers de la gestion publique.

L’opacité n’est pas une fatalité

Le journaliste tient aujourd’hui sa version officielle, non des faits, mais de leur interprétation. Elle est ouvertement et pulsionnellement contraire à la notre. Que le journaliste prenne ouvertement parti pour une interprétation, au nom de toute la confiance qu’il accorde à son unique témoignage, est un élément de méthodologie étonnant lorsqu’on se veut impartial et objectif, journaliste. Le Périgord est décidément fait de mystères.

La fabrique de l’information locale est donc à ce prix?

Confit d’oie, journalisme et corruption

Hasard du calendrier, c’est pendant les élections régionales que le Conseil Général de Dordogne s’est déployé pour la première fois et en direct sur l’internet. Le jeudi 11 février, il était ainsi possible d’assister à la séance du budget 2010, la messe n’avait qu’à bien se tenir.

Jusque là rien qui ne mérite commentaire. L’ADSL a plus de 10 ans, et depuis bien longtemps, dans la contrée éloignée qu’est la France, nombre de collectivités retransmettent les séances publiques sur le réseau. De là à célébrer cette première dans la baronnie périgourdine, c’est une autre paire de manches.

C’est vrai, il eut été de bon aloi de faire honneur au baron et à sa cour, en moult génuflexion high-tech devant son droit de franc-fief numérique. Toc toc toc, plaise à la cour, entre le président !

Prends garde à ta queue Ysengrin il commence à geler…

:: Alors parlons d’un vrai sujet ::

A l’occasion de cette première très péridourdine, vous aurez noté que le quotidien Sud Ouest a ouvert ses colonnes à l’évènement. Et largement même, puisqu’il y fait témoigner des zinternautes, des gens qui vont sur l’internet:

Pour cette première diffusion, nous avons demandé à des citoyens périgordins familiers du Net de donner leur avis.

D’un côté il y a l’avis d’un blogueur, JF Cros et de l’autre François Pelatan, sans autre précision sur son lien avec le réseau. Alors nous y voilà. Le journaliste de Sud Ouest qui a organisé ça, m’a convié le 11 février, à produire un commentaire dans son journal sur ce même sujet.

J’ai évidement refusé. Pourquoi commenter un évènement aussi futile, consistant à rattraper un retard typiquement local, alors que dans le même temps, des sujets bien plus importants errent dans les friches de l’indifférence. En particulier celui du niveau de corruption qui n’est pas anodin mais contre lequel personne ne s’élève. Et surtout pas, surtout pas les médias locaux, qui développent une science toute particulière pour éviter d’aborder ces sujets. Tous les deux ans, le gala organisé par le Club de la Presse local (les plumes d’or), rappelle avec humour aux politiciens, que les médias en savent bien plus qu’ils n’en dévoilent tout au long de l’année. Une piqure de rappel qui ressemble à un pacte de non agression.

La chape de plomb qui pèse aujourd’hui sur l’information périgourdine et qui induit ce sentiment d’impunité dans les malversations politico-financières et les manipulations politiques de tous ordres n’est pas un horizon durable. Le modèle économique de ces journaux consistant à faire de l’abattage sans jamais avoir le temps de l’investigation, n’est pas une excuse valable bien que souvent avancée. C’est au contraire une « circonstance accablante ».

Le journalisme de circonstance, qui par exemple s’obstine à maquiller en rumeur des faits pourtant avérés, est issu pour sa part de longues années de relations et plus si affinité. On ne peut donc compter que sur les jeunes générations pour reconquérir cette indépendance devenue trop relative à l’occasion. A contrario, lorsque la relation n’est pas complaisante ou amicale, les pressions sont multiples. Du coup de boule de Bernard Cazeau aux coups de téléphones colériques, la profession est sous un joug politique exacerbé, mais inévitable dans une région aux traditions féodales persistantes et vivaces.

:: Quelques miettes pour ne pas s’y perdre ::

Souvenons nous que la fraude à la TVA organisée par la Chambre des Métiers de Dordogne pendant 5 ans et dénoncée par la Chambre Régionale des Comptes d’Aquitaine n’intéresse toujours aucun journaliste. Et ce même si le fisc vient de faire valoir ses créances il y a peu. Et ce même si le résultat comptable 2009 fait apparaitre la provision d’’une somme conséquente pour la vente d’un immeuble qui n’a pas encore eu lieu. J’en ai bien parlé avec un journaliste… Mais il m’a répondu qu’il n’avait pas le temps. Que cette actualité n’était plus assez fraîche en somme. Et même que l’URL de la CRC que j’avais envoyé n’était pas bonne et qu’ainsi il n’avait pas pu consulter le site internet de la CHAMBRE REGIONALE DES COMPTES ! (http://www.ccomptes.fr/fr/CRC02/Accueil.html)

C’est vrai, c’est vrai que les Chambres Régionales des Comptes vont disparaitre par le fait du Prince présidentiel. Sarkozy hait la Justice politico-financière, il exècre les magistrats et il le leur fait payer le prix du sang. Mais là on ne les entend plus hurler les barons socialistes du Périgord. La réforme des collectivités territoriales ça les met hors d’eux, c’est une atteinte à la démocratie et à la République, une recentralisation autoritaire. Mais la disparition d’un contrôle public de gestion des collectivités et établissements publics, l’élimination des juridictions financières, ne suscite aucune réaction particulière, comme s’il s’agissait d’une aubaine. Rarement bal de faux cul aura été si luxueux.

Comprenez que ce qu’on nomme ici un « sport local », ailleurs, en République, c’est un délit inscrit au Code pénal passible de 5 ans de prison (pour ce que je vise). Et que quand un cadre important d’une collectivité territoriale utilise régulièrement sur leur temps de travail des jardiniers pour soigner son jardin privé, ce n’est pas drôle, c’est un délit et ça s’appelle de la corruption.

C’est une réalité que la réputation du Périgord résonne jusque dans les ors parisiens. Mais pas pour la bouffe mon ami (on s’en fout de ton canard), parce qu’ici la corruption et les magouilles politiques y sont hors normes. Les préfets et les procureurs, sont formés et s’aguerrissent en Dordogne avant d’être envoyés en Corse ou à la Réunion. Et les hauts fonctionnaires étant des gens méticuleux, ce n’est peut-être pas un hasard.

Quant à l’Etat, il observe. Il y a quelques années, sous la pression commerciale, j’ai vu en réunion, à Condat le Lardin, un préfet autoriser la construction d’une plate forme logistique de 20 000m² sans permis de construire! Plus près de nous, il faudra en reparler, la préfecture a sous son autorité les chambres consulaires, elle en est donc co-responsable.

Voilà parmi quelques exemples donnés en retour de mon invitation à faire l’intéressé dans le journal. Et nous parlons de faits, pas de thèses ; d’affaires graves, qui sont par malice ou par laxisme étouffées au nom du désintérêt du public pour la démocratie et l’Etat de droit. (Hormis bien sur les faits-divers sanglants ou les contentieux sexuels).

Mise à jour – 15 02 2010

Anticor.org vient de mettre en ligne une conférence avec Eric Alt et Renaud Van Ruymbeke, enregistrée aujourd’hui à Sciences Po Paris. Interventions de 88.40 mns à écouter en ligne ou à télécharger avec pour titre: Corruption, paradis fiscaux et suppression du juge d’instruction

:: Et les moutons sont bien gardés ::

Ah en revanche, ne vous inquiétez pas, vous aurez ce lundi tous les résultats sportifs de long en large, on vous dira même qu’il neige au cas où vous ne l’auriez pas vu. Et je ne vous dis rien sur les « Tartes aux pommes, primevères et tourterelles » du village de La Force !

Car à quoi servent les lois sinon à assurer notre démocratie ? Combien de gens savent dans Périgueux mais se taisent aujourd’hui par peur, oui, par peur des pressions et des représailles. Comment se nomme un système dans lequel on s’oblige au silence par la seule crainte ? Alors souvenez-vous de Rousseau disant qu’en démocratie il n’y a que les lois que nous devons craindre et non les hommes. Et qu’en est-il dans cette démocratie locale, de ce quatrième pouvoir que sont les journalistes ? Qu’avez-vous fauté pour être punis aujourd’hui à coups de tartes aux pommes et de basketball en lieu et place de la vérité tout simplement ?

Pour indication, Dordogne Libre, entre le 08 et le 13 février 2010 a publié pas moins de quatre articles sur le club de basket local (BBD). Combien de tournois de pétanque et de lotos dominicaux pour un article (09/02/10) du rédacteur en chef de Sud Ouest sur les incuries de la Semitour? Cela « simplement » pour apprendre que des copies de Lascaux sont traitées comme « un vulgaire tas de gravas » au seul motif qu’elles ont été rentabilisées, ce qui reste à prouver mais demeure une métonymie cynique du tourisme périgourdin.

:: Information et fin d’un monopole ::

En conclusion, j’ai dit au journaliste que j’allais écrire un billet sur son invitation en lui proposant de commenter à son tour le texte. Mais il faut croire que nous n’avons pas les mêmes valeurs, car il me répondit alors qu’il n’avait pas le « goût pour ce genre d’exercice qui mélange trop souvent les genres ».

Aussi compris-je que moi, crétin de blogueur, j’étais voué à commenter des futilités dans son journal. Mais que le journaliste, lui, n’allait quand même pas s’abaisser à écrire sur un blog !

Et c’est très intéressant. A l’heure où l’ensemble de la société est en train de muter avec l’internet, les journalistes sont frappés de plein fouet par cette révolution. Le processus de désintermédiation est implacable et le monopole de l’écrit de l’information dans l’espace public a volé en éclat. Les journalistes sont contraints, parce qu’ils seront toujours nécessaires, de rechercher de nouvelles valeurs ajoutées à l’information et à leur travail. Certes, il demeure quelques niches, notamment pour la presse spécialisée ou la presse locale ; Sud Ouest Périgueux en fait partie. Mais pour combien de temps et sous quelle forme à terme? Combien de temps pour que ce qui change le monde aujourd’hui ne change à son tour Périgueux ?

Et oui, le journaliste qui vous explique qu’il neige et que ça glisse finira par ne plus faire recette. D’ailleurs nos deux quotidiens locaux le sentent. Depuis peu ils se sont mis à communiquer leurs informations sur Twitter et Facebook, un pas important dans leur adaptation et dans leur intégration aux réseaux sociaux, part aujourd’hui essentielle de la circulation et l’échange d’informations.

Comme beaucoup l’expliquent, avec l’imprimerie nous avions conquis la lecture pour tous, avec l’internet nous sommes passés à l’écriture. Ca s’apprivoise. Mais le journaliste qui décide de ce qui deviendra une information ou non, de ce qui méritera d’être communiqué ou masqué, est un archétype obsolète. C’est ailleurs qu’il ajoute aujourd’hui de la valeur. Et ce n’est certainement pas par le mépris et le dédain qu’il survivra à ceux qui, hier encore, étaient dans le silence et qui ont aujourd’hui conquis la parole.

A ce titre on peut retenir cette phrase de Manuel Castel issue d’un article (Naissance des « médias de masse individuels ») publié récemment dans Manière de voir Internet révolution culturelle (février-mars 2010) :

L’influence la plus déterminante que les médias exercent ne procède pas de ce qui est publié, mais de ce qui ne l’est pas.

Cette phrase résonne en Dordogne comme un long cri de douleur.

Pour finir, au lieu de cette propagande misérable servie par Arte le 09 février, nous vous invitons à voir ce documentaire québécois  « On tue la une » (06 février). C’est encore aujourd’hui très loin de la réalité périgourdine, mais cela ira beaucoup plus vite qu’on ne peut probablement l’imaginer.