Périgueux, ville sous influence

[Nous sommes certainement aussi heureux de partir que certains le sont pour nous. Ou pour eux. L’intensité d’un plaisir partagé est sans commune mesure, ne boudons pas cette communion.]

La science des astres, en Grèce Ancienne, tenait de la théorie des sphères et de leurs influences. L’économie des relations humaines conserve encore le vocabulaire de l’antiquité désignant les sphères d’influence et les orbites, pour qualifier les différents rapports. Les astres aux plus fortes attractions orbitales sont généralement les plus volumineux et surtout, ils ont la particularité d’être immobiles dans le cosmos. Ce cosmos, qui, en équilibre, désigne un vaste réseau d’influences parfois contraires.

:: L’influence des réseaux ::
C’est donc par le terme de réseau qu’il faut entrer. Un filet destiné à capturer certains animaux. Ou l’ensemble de tout ce qui peut emprisonner l’homme, entraver sa liberté, menacer sa personnalité. Réseaux de conspiration ou de contradictions, de barbelés ou lignes de défense. Aussi un des quatre estomacs des ruminants ou un entrecroisement de voies de passages, un entrelacs de nerfs ou de canaux et de drainages. Interconnexion de machines communiquant entre elles, ou de personnes dépendantes d’un organisme central. Réseaux de concessionnaires, de correspondants, de distribution, de communication. Réseaux clandestins, de renseignement, de résistance, aussi.
Ou l’ensemble des contacts que l’on peut solliciter, directement ou indirectement, officiellement ou officieusement, pour l’aide nécessaire à la réussite de sa démarche.

:: Le cosmos périgourdin vu d’ailleurs ::
Périgueux. Hors du temps, c’est une petite ville sous cloche. Et sous cette cloche vit un univers, un écosystème semi autarcique régit par ses propres mécanismes. Les changements et les mutations du monde n’affectent que partiellement cet univers périgourdin, dont la stabilité et la réfraction au mouvement sont une de ses caractéristiques les plus nobles.

La tradition, les usages et les mœurs, n’y subissent pas l’érosion du temps. Et la vitrine offerte au touriste, sans cesse polie par l’institution, donne au voyageur l’image rassurante et conviviale d’une bourgade où il fait bon vivre, où le temps n’a pas prise. De la gastronomie, du patrimoine, un climat, des cartes postales. Bref, un parc à thème dédié à l’oisiveté et au plaisir.

Mais au fond cette image vaudrait aussi pour les périgourdins, invités à n’exiger davantage que ce que l’on offre au voyageur. Tant que cet état demeure et qu’il témoigne d’une quelconque satisfaction, tout n’y est que rondeur et bombance. Et le périgourdin étant par ses côtés frondeur, dans le besoin de chicaner et houspiller, c’est avec générosité qu’on lui verse tout sujet nécessaire à ce mode de relation sympathique, qui fait le folklore de son identité.

Pour autant, ce micro-cosmos obéit à des règles précises et ses gardiens en sont d’efficaces protecteurs. Pour la plupart, ces règles ne sont pas écrites, à peine orales, mais tacites et c’est ce qui fait leur force. A cet univers, dont on sait bien qu’il y faut un horloger, sinon plusieurs en réalité, sont dévoués divers organes, ou organismes, traitant chacun de leurs prérogatives.

Echo-système, écosystème, dans les deux, il y a système. Le cosmos périgourdin est un jeu de relations complexes entre des entités maîtresses. Dans son enquête de juin 2008, l’Express ne s’y était pas trompé. Ayant pour titre : Les réseaux de Périgueux, le journal dressait l’inventaire de ces principales entités qui participaient de ce petit cosmos. On y trouve pêle-mêle :
– Les réseaux politiques, du PS à l’UMP en passant par leurs nécessaires co-pilotes (PCF, Verts, Modem).
– Les confréries
– Le clergé
– La franc-maçonnerie
– La finance
– Les clubs
– Les médias

En définitive, le plus vaste de ces réseaux est constitué par l’interaction entre tous. Et le constat d’une omerta généralisée vient de ce que ces réseaux d’influence se nourrissent les uns les autres, (ce qui ne veut pas dire qu’ils s’apprécient), jusqu’à l’interdépendance ; ou en tout cas la neutralisation. On en retiendra 3, la franc-maçonnerie, les clubs de notables et les médias. Pour leur part, les réseaux politiques se nourrissent par essence de tous les autres. Et pour le reste, ils défendent des intérêts très ciblés, comme le clergé, ou paraissent comme des filiales des principaux, comme les confréries ou les clubs « affairo-sportifs ».

:: La franc-maçonnerie ::
L’exemple de la franc-maçonnerie est frappant. La société discrète ne cache pas son influence et expose l’effet magnétique qu’elle a sur les politiciens :

Les frères seraient au moins quatre dans le conseil municipal du socialiste Michel Moyrand.

A Périgueux, un politique qui, aujourd’hui, occulterait la maçonnerie se priverait d’un accélérateur, d’un catalyseur.

Il [ Michel Moyrand] a fait de l’entrisme à la Mitterrand. Toujours près de nous, mais sans revêtir le tablier.

Pour la petite histoire, certains seraient devenus fils de la veuve après avoir épousé leur mandat. Ce qui confère à la mariée une influence non négligeable sur la vieille veuve.

Un bâtiment ostentatoire et magistral, un nombre de maçons exceptionnel, un millier, (deux fois plus qu’à Poitiers – 100 000 habitants) et une déclinaison de loges à la carte. Un lieu de pouvoir dans lequel se croisent patron de presse, directeur des renseignements généraux, politiciens, fonctionnaires territoriaux, notables et affairistes… (tous en quête de philosophie et de philanthropie cela va de soi).

Bien sur, cela n’empêche nullement de faire des planches sur Pythagore et trois années de silence sont source d’humilité. Néanmoins, il y a rire et rire. Et tous ne sont pas là loin s’en faut pour Athelstan d’Angleterre ou le « Manuscrit Régius« .

:: Les clubs pas que de golf ::
Par ailleurs, le cosmos périgourdin n’a jamais dissimulé son système notabilaire. Pas moins de 9 clubs (Lion, Rotary, Kiwanis…) largement dominés par les professions libérales et en particulier médicales. En parallèle de l’objectif philanthropique affiché, nul ne dissimule aussi les avantages.

On s’adresse naturellement à l’un d’entre nous quand on a besoin d’un service. Mais c’est tout.

(C’est déjà pas mal)

On se donne des coups de pouce, sans plus.

(Sans plus ni moins)

Si l’un est banquier, il ne va pas faire de vacherie à un autre.

(Entre banquiers ce serait étonnant)

On essaie de ne pas être affairiste.

(Mais ça n’a pas l’air facile)

A ne pas confondre avec des clubs échangistes, ces clubs échangent pourtant bien plus que des amabilités. Ce réseau d’influence et de services, (en aval bien sur de leur mission philanthropique), permet de défendre des intérêts différents de ceux du Tiers Etat. Passant du statut d’orpheline à celui d’héritière de l’aristocratie, la bourgeoisie a su depuis longtemps regrouper ses intérêts en contrepoint des masses laborieuses. La preuve, elle lui vient en aide.

:: Le Club de la presse ::
Maillon essentiel de ce cosmos : les médias. Regroupés en Club de la Presse, s’y mélangent autant de journalistes que de communicants, de sorte qu’il pourrait s’appeler tout autant Club de la Communication. Cela étant, la chaîne de l’info locale y est complète. Presse, radio, tv, tous s’y coordonnent.

Le ton est donné :

Mais ça peut être pesant, confie un journaliste qui a officié à Périgueux il y a quelques années. On se dit tout, alors, quand on veut sortir une info avant le copain, c’est compliqué. Pourtant, ne pas aller au club, c’est se marginaliser.

Pour l’Express, ce réseau d’influence est carrément un « véritable groupe de pression » en désignant quelques exemples de lobbying par ailleurs. La force du Club, son gala biannuel :

Dans cette petite ville où tout le monde se connaît, les politiques sont interventionnistes ou tentent de l’être. Le gala remet les points sur les « i ».

A ne pas confondre avec la presse de gala, ce gala de la presse pourrait être un objet d’étude anthropologique. Il possède certains éléments d’un rite catharsique et collectif, dédié à la purgation par le rire d’un sentiment ou d’un état de complaisance. Le rire y est retenu en tant que vecteur et médium commun et les « victimes expiatoires » de ce rire (caricatures et sarcasmes) sont présentes et invitées à le partager. Leur absence serait même un défaut dans la liturgie.
Les victimes (les politiciens) sont même amenées jusque sur la scène, l’autel, pour y être brocardées face à une foule d’initiés communiant contre l’individu ridiculisé, ou ridicule ça dépend des cas.

En réalité ce rite, à la vocation de manifester l’indépendance des médias contre l’influence et la domination des politiciens, est savamment organisé à l’usage unique d’une partie de la société périgourdine. L’évènement est privé et ne s’ouvre que sur invitation. Comprenez qu’à la plèbe qui forme l’électorat, toute vérité n’est pas bonne à dire.

A travers le rire et la moquerie, beaucoup d’informations sont pourtant révélées et quantité non négligeable pourrait faire l’objet d’enquêtes approfondies et de révélations publiques. Entre deux galas, ce ne sera pourtant jamais le cas. Il y a en cela une forme de pacte entre deux réseaux d’influences, politique et médiatique. L’un se prête au jeu du ridicule en échange d’une information lisse et non dérangeante. L’autre se donne bonne conscience professionnelle par l’humour et en privé, (private joke), ce qu’il sait avoir oblitéré publiquement et sérieusement.

Dans les rires mêlés et imbriqués, au fond, on ne sait plus si les journalistes se moquent des politiques, ou si les politiques, heureux de s’en tirer à si bon compte, viennent se moquer des journalistes. C’est une neutralisation générale.

Un exemple. Quand le journal Sud Ouest parle du président du Conseil Général 24 et de son « système politico-financier » et qu’il ne va pas plus loin, c’est surement qu’il ne le peut pas. Autrement dit, qu’il n’enquête pas pour révéler publiquement les détails de ce système, comment il fonctionne, comment il influe sur les collectivités et leurs élus, comment circulent certains fonds ou sont nommés certains cadres, etc.
Ceux qui ne savent pas et seraient en droit de savoir demeurent dans l’obscurité et ceux qui savent déjà attendent le gala avec gourmandise. Car ce qui se trame derrière un « système politico-financier » est, sinon légalement douteux, au moins un sujet d’intérêt public de la première importance.

A titre d’illustration, aucun des médias locaux ne s’est étonné de voir des jardiniers du conseil général pénétrer et ce pour plusieurs heures, dans la résidence privée (avec jardin) d’un de ces cadres les plus influents. L’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’une prise illégale d’intérêt est évitée ainsi avec soin. Ou encore apprendre que la Chambre des Métiers de Dordogne a été épinglée par la Chambre Régionale des Comptes pour s’être exonérée de ses charges fiscales (TVA) pendant 5 ans n’a soulevé aucune interrogation particulière. Dans la foulée, lorsque en conseil municipal de Périgueux, le maire a nommé d’autorité son directeur de campagne à la tête d’un service territorial, nul n’en a fait mention, comme si cela était courant ou même normal. On saura tout en revanche et avec enthousiasme dans la Dordogne Libre (09/09/09) sur la visite du Président du Conseil Régional en campagne électorale au lycée Léonard de Vinci récemment rénové (avec succès).

Le président de Région Alain Rousset était hier en visite sur place en compagnie de son ami le maire de Périgueux Michel Moyrand, pour en apprécier le résultat.
Les derniers travaux du lycée professionnel du Gour de l’Arche ont abouti également en cette rentrée à un espace d’accueil sympathique et pimpant, venant donner un point d’orgue à des travaux déjà réalisés les années précédentes, comme la construction du petit gymnase et les mises aux normes techniques.

En somme, ce cosmos périgourdin tient dans la relation équilibrée entre des réseaux d’influences divers selon leurs intérêts propres. Un spectacle à la machinerie savamment dissimulée? Surement pas jusque là. Une auto censure pour des intérêts bien compris, peut-être. Une peur des représailles, c’est possible. Une chute des ventes, quand même pas. Ne jouons pas sur les mots c’est une affaire de clubs au sens large.

:: La confrérie des clubs ? ::
Le club maçonnique fait office d’astre principal ou principiel, dans lequel se résout ce qui demeure trop saillant dans les autres clubs. Il a la capacité de transcender les clivages et les différences de nature pour imposer un ordre métaphysique et atemporel.

Les clubs politiques (ou partis locaux) sont les clubs où l’on peut être membre de tous les autres clubs, sauf des clubs politiques adverses, et encore. Tous leurs efforts se concentrent contre l’aléatoire des cycles électoraux afin de s’installer le plus longtemps possible à la tête des collectivités.

Les clubs de notables défendent leurs intérêts de classe et sur la prévalence de leur condition matérielle, font valoir une distinction sociale, sinon de lignée. En deçà de la légitimité métaphysique ou politique, ils s’appuient, outre les services internes entre individus, sur la puissance financière, d’investissement, de fiscalité, de promotion, etc.

Enfin le club des médias, celui-là même qui est chargé de rendre compte publiquement et donc aussi des autres clubs, sait que tout dire des autres clubs pourrait lui nuire à lui-même. La catharsis collective dans un rire déchaîné apparaît comme un troisième terme entre la révélation risquée et un silence trop voyant.

Il va de soi que tous sont indépendants, libres, philanthropes, philosophes, dévoués à l’intérêt général, miséricordieux, gourmets et que rien dans ce texte ne sous-entend le contraire. Simplement les citations de l’Express semblaient évoquer une réalité un peu plus complexe, en tout cas plus nuancée.

:: Epilogue :: 
Voilà ce qui sous la cloche fait notre microclimat à la limite du micro-onde. Et voilà ce qui en dépit de la présence de l’Etat et donc aussi de l’appareil judiciaire, assure l’ordre et la stabilité dans notre petite société. Ou plutôt l’ordre d’une certaine société et pas n’importe laquelle.

L’individu isolé est au réseau d’influence ce que le micro plancton est à la baleine. Si le regroupement des individus augmente nettement leur sécurité, il n’empêche que la baleine ne chasse pas le krill un à un. Un réseau ne suffit donc pas, tant qu’il n’a pas atteint la taille suffisante pour son autonomie.

Ravivant modestement ce dossier de l’Express, il va de soi que l’errance de notre astre ne subit aucune orbite. Pis encore, certaines atmosphères nous sont interdites de séjour. Las, la méthode de Laurent Renard nous reste profondément hermétique. Mais à n’en pas douter, de même que certains ont vu Jésus Christ traverser l’Utah, d’autres ont vu Laurent Renard arpentant Périgueux.

Les plumés du club de la presse

Nous vous écrivons en direct du toit de la mairie de Périgueux pour parler à notre façon du gala des 7èmes plumes du Club de la presse périgourdin, qui s’est déroulé samedi soir au théâtre. C’est une des particularités de ce club que d’organiser un tel évènement avec l’humoriste Jean-Pierre Dupin, (époustouflant) où les médias d’information peuvent énoncer aux premiers concernés ce qu’ils ont du taire le reste du temps. Sur le mode de l’humour, bien sur. Avantage, derrière le caractère farceur et incontestablement drolatique, c’est l’occasion de signifier que, face à certaines informations non publiables et non publiées, personne n’est dupe. Au cas où.

C’est au détour d’un sketch sur les volatiles départementaux, (à s’en décrocher la mâchoire), que nous entendîmes parler de buses (en quantité), de pigeons (dans les administrations), de canards (levant la merde en surface pour se nourrir), de faucons (ou l’inverse), de vautours (grand charognard), et enfin d’aigles, malheureusement absents du Périgord.

Certes la camaraderie s’y veut franche et bonne enfant, l’esprit potache et tourné vers la dérision. Une occasion immanquable pour les édiles de se voir brocardés pour leurs pires travers ou parfois cités pour un aspect attachant. Que nul ne s’y trompe. Le déficit d’image engendré par l’absence d’un élu à cette soirée serait pire que de se prêter au jeu avec un sourire de campagne électorale. D’où l’affluence record des huiles départementales.

Sur les 9 plumes décernées, 6 concernèrent des politiciens, cf. ici.

:: Plume Animale ::
Un hommage appuyé à Paulette LABATUT, couvrant l’ensemble de sa carrière, sonnant comme une occasion à saisir. Conseillère générale du département 24, elle incarne ce qui s’est depuis longtemps désincarné vers 1968.

 :: Plume de Paon ::
Un vibrant témoignage d’affection au maire de Boulazac, « permanent » du conseil général, ainsi que président d’une communauté de communes, Jacques AUZOU. Sur le thème d’une équipe de basketball de loosers, d’un maire sanguin, engagé, malin, dont la réussite du Palio a coûté des hectares de terrains privatisés aux bénéfices des franchises, qui ne font plus que de la ville une vaste zone d’activité économique. Et le communisme alors ? Dit la voix.
Afin de prouver la sincérité de ses engagements communistes, la maire n’a répondu que par les 41 années d’adhésion au parti communiste français. Ce n’est qu’une question de carte alors…
On s’attarde injustement sur le Palio. On pourrait tout aussi bien regarder vers la zone de Grand Font le long de la RN21. 20 hectares de lotissement pour des franchises et l’économie. Mais en avant première, l’abattoir à canards conclu dans la main du préfet d’alors. Juste une ICPE, Installation Classée pour la Protection de l’Environnement dont l’étude d’impact ne tient pas compte des futures installations autour de l’usine à bidoche. Un détail.

 :: Plume Assassine ::
Une récompense méritée pour le maire communiste de Trélissac et « permanent » du conseil général ainsi que vice président de la communauté d’agglomération périgourdine, Françis COLBAC. A l’honneur son cumul des mandats, (dans les pays civilisés c’est interdit mais en France, cet atavisme d’ancien régime est loué). 5 fois maire, 5 fois conseiller général, vice président de la CAP… Présenté comme un caïd, un dab local de la politique, on retient quand même l’annulation de sa victoire aux municipales par le Conseil d’Etat, reconnaissant une tricherie de nature à troubler la sincérité du résultat. Classe.
Mais peu importe, à Trélissac comme à Levallois-Perret, on ne tient pas rigueur aux élus de violer les règles du jeu.
C’est donc en Capitaine Haddock que le maire a accepté de se prêter aux questions.
La ville qu’il administre depuis 1983 est dans les tréfonds du classement financier des communes de l’agglomération dont elle fait partie. Cela n’a empêché, ni par la construction à outrance de logements aujourd’hui vides, ni par l’inflation de surfaces cédées aux franchises, le maire de conduire la ville là où elle est.

 :: Plume Nostalgique ::
Puis vint le tour de Jérôme PEYRAT, ex conseiller du président Sarkozy, maire d’une petite commune, et patron de l’UMP départementale, à qui il était prêté un intérêt particulier pour la mairie de Périgueux. Réponse plate et sans intérêt pour ce produit dérivé du sarkozysme..
Rappelons qu’il fut battu aux législatives par le candidat socialiste Pascal DEGUILHEM. Du coup à la question : que faut-il pour gagner ? La réponse fut nécessairement intéressante.
« Faire le plein dans sa famille et rassembler au-delà ». Il démontrait ainsi cette légitimité qui lui avait fait défaut, convié pour le saut en parachute à poursuivre l’entrainement.

 :: Plume Olé Olé ::
Sur fond de corrida, dans le rôle du taureau blessé, que tout énerve sauf le Général, l’hommage à Daniel GARRIGUE, député du bergeracois, fut chaleureux. Point de récompense pour le nouveau maire de Bergerac, Dominique ROUSSEAU (PS) en contre bas de la réputation de son prédécesseur. Comme aux Guignols de l’Info, cela peut sonner comme un désaveu. Dans le rôle du torrero il y avait Jérôme PEYRAT, tonton flingueur officiel de GARRIGUE, missionné par le parti pour le descendre. Alors forcément, quand l’émule gaulien jusqu’au bout des ongles, s’est trouvé face à notre Frédéric LEFEVRE local, le sang a giclé. Sauf qu’à l’avantage du torrero, ceux sont ses amis qui ont fixé les règles de la corrida.

 :: Plume Chercheuse ::
Mais le grand gagnant, le vainqueur des vainqueurs, l’étoile de la soirée, fut incontestablement le maire de Périgueux, Michel MOYRAND, (Michel Moyrand pour les intimes).

Il est rentré avec souplesse et naturel dans le profil des nominés et à même réussi par un tour de force à s’imposer, planant largement au-dessus du lot. Il avait su mettre ses convives du club de la presse en condition. Le financement du buffet de fin de soirée, jusque là assumé par la ville de Périgueux, a été refusé par le maire, avec pour motif la pauvreté de la ville et son besoin de faire des économies. Je vous le dis, il est passé haut la main.

A été épinglée sa communication, voire son état d’esprit ou pis encore sa philosophie sait-on jamais, en voulant faire du ludique à tout prix et des animations perfusées et artificielles. « Michel et son big bazar » ont déboulé en fanfare, avec « Poussez les murs » et « Bouge 2 place », résonnant comme des tubes des années 80. Et cela sans oublier de pointer que le ludique de mauvais goût et à tout crin tend à infantiliser et manipuler gauchement, plutôt qu’à informer correctement. Ce n’était que le début de la consécration.

La séance de questions est arrivée. Une scène noire, un fauteuil « détecteur de langue de bois » grâce à son dispositif de luminaires. Seul face à la poursuite, le maire est assis, répondant aux questions de « l’inquisiteur ».
La prestation du maire a prouvé que le club de la presse a eu le nez creux en en faisant la star de la soirée. Il s’est incrusté dans le fauteuil en essayant de se décontracter.
Le maire ne semblerait pas habiter la ville qu’il administre, malgré ses incantations à la proximité et à la fusion? C’est vrai admit-il.
Mais où habite-t-il alors lui demande-t-on ?
Et là le maire, sentant l’occasion d’un bon mot en mobilisant tout son sens de l’humour répond :

– Chanterac

Silence dans la salle. Puis silence.
Ce trait d’esprit à défaut de faire rire, s’explique assez bien en langage politicien, son favori sinon l’unique.
Chanterac est le village où habitait l’ancien maire Yves GUENA, d’où il administrait la ville de Périgueux. Une façon tellement drôle d’expliquer que, puisque son prédécesseur et opposant avait fait ainsi, il n’y avait pas de raison pour que lui ne le fasse pas aussi. Constatant que son raisonnement n’était ni probant ni marrant, le maire repris son sérieux.
Il expliqua qu’il ne vivait pas dans la ville, mais qu’il était propriétaire d’immeuble(s), faisant ainsi de lui un contribuable périgourdin. Ce qui était visiblement à ses yeux la meilleure des justifications.

Il glissa toutefois à ceux qui auraient voulu l’entendre, qu’au sujet de ses propriétés d’ailleurs, certains ne se seraient pas privés de vérifier, comme ces fouinards de journalistes par exemple.
Oui vous voyez, comme Roger FEDERER à la grande époque, tout en style et en précision.
Tout était parti d’une question simple sur la campagne et la ville. Finaud, le maire sentit le piège sur l’ambiguïté du mot « campagne », également électorale. C’est un métier.
Il attaqua dur par un slogan solennel fort adapté à la situation, lancé après une longue réflexion :

– La campagne pour la ville

C’est avec ce genre d’à propos qu’on flingue une soirée de gala où jusqu’à là tout le monde avait ri de bon cœur ou fait des efforts pour sourire.

En conclusion, à la question de l’ambition politique et du mandat comme marchepied vers des postes plus importants…
Là le maire s’est montré rassurant en confirmant qu’il avait placé toute son ambition dans son mandat et qu’aucun autre horizon n’était envisageable. (Sinon le cumul lucratif d’autres mandats locaux). Non seulement il n’y a aucune chance pour qu’un hypothétique président socialiste lui propose un portefeuille ministériel, mais même en cas de miracle, il refuserait. C’est dire si la proximité va être profonde.

Au final, nous avons eu une pensée émue pour son scénariste et directeur de cabinet, accablé de voir ruiné en 5 minutes tous les efforts consentis depuis des mois. Il lui avait bien dit d’en faire le minimum, de paraître léger, fin, séduisant. Et au pire de s’inspirer des copains rompus à l’exercice, adepte de l’exemplarité qu’il est. Rien n’y fit.
Rien n’y sembla drôle, et dominèrent des arguments politiciens, des règlements de comptes voilés, des sous-entendus malins. Qu’à cela ne tienne la soirée n’en fut pas gâchée pour autant.

Pas de doute, le maire de Périgueux sera présent lors de la prochaine édition. (Cf. annexe en fin de billet).

Et puis il y a ceux qui furent omniprésents sans être nominés, l’apanage des immortels. Ce fut le cas de Bernard CAZEAU, président du conseil général, sénateur, cité pour sa suffisance, son égo et sa main mise médiévale sur le département. Le ministre Xavier DARCOS fut également cité à plusieurs reprises. « L’albadarcos », que ses ailes de géant empêchent de marcher, mais également de voir, d’entendre et d’écouter.
Enfin le grand oublié de la soirée, le nouveau sénateur et président de la communauté d’agglomération, (mais-qui-ne-cumule-aucun-mandat), Claude BERIT DEBAT. Quelques allusions en chanson suffirent à en faire le tour.

Bravo et merci

:: Annexe ::
On peut rire de tout, certes.
Mais nous rajouterons que pour un maire qui se veut solidaire et rigoureux, proche des soucis quotidiens malgré ses 8000 euros d’indemnités cumulées et mensuelles, face à la situation financière critique et inquiétante qu’il décrit pour la ville, on peut s’étonner de l’achat d’une voiture de fonction flambant neuve, ainsi que le maintien au maximum légal du régime indemnitaire des élus. Son argument? Les autres le faisaient, alors pourquoi pas lui? Pourquoi s’en priver?

C’est de ce socialisme là que le socialisme est mort aujourd’hui. Espérons qu’il renaîtra bientôt, après avoir enterré sans couronne cette génération d’apparatchiks gloutons qui, non contents d’avoir ruiné nationalement leur parti, ont également renié tout idéal social tout en poursuivant leur hypocrite litanie.
Quand le projet politique de Périgueux Autrement nous annonçait :

Périgueux déçoit parce qu’elle se retrouve aujourd’hui aux mains de quelques-uns, et qu’elle est privée de beaucoup de ses forces vives. Notre ville a trop été utilisée pour servir des ambitions particulières et intérêts partisans.
Nous avons l’ambition de donner à notre ville une vie plus démocratique afin que chaque citoyen se sente responsable et donc fier d’être périgourdin.

Il est remarquable aujourd’hui de voir à quel point Périgueux Autrement n’était pas une autre façon de faire de la politique, combattant la « politique système », le clientélisme, le népotisme et le clanisme. Bien au contraire. Sur le constat d’une année de mandature, il fallait comprendre que le décor serait identique, le texte de la pièce inchangé, et que seul comptait le changement des acteurs sur la scène. Une façon de vendre l’alternance sans se risquer à l’alternative. La plus grande réussite du maire jusqu’à ce jour.