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Intercommunalité, la guerre des bananes n’aura pas lieu

La révision du périmètre de l’intercommunalité périgourdine, donne lieu, depuis quelques temps, à un spectacle étonnant. Ce combat entre les mâles dominants, ou plutôt les « maires dominants », pour savoir qui gouvernera le nouveau territoire, a pris une tournure particulière.

Les sciences politiques, la sociologie ou l’économie ne sont plus adaptées pour décoder ce qui se joue réellement. Seule l’éthologie devient pertinente. Peu importe les ouvrages complexes sur la politique territoriale française, il suffisait en réalité de revoir Gorilles dans la brume.

http://chenzorama.tumblr.com/post/2515233918/dont-make-the-monkey-angry-from-matt-cioffi

Les grands principes de la territorialité des pouvoirs

Il y a des chefs. Il y a des territoires. Il y a des chefs de territoires. Sur les territoires, on fait des bananes. Donc le chef du territoire, c’est le chef des bananes de ce territoire. Plus on a de bananes, plus on domine ceux qui n’en ont pas autant.

Mais les chefs sont inégaux entre eux. Certains territoires sont naturellement fertiles en bananes, alors que sur d’autres c’est moins facile. Par ailleurs, les chefs sont plus ou moins doués pour faire des bananes. Ce n’est pas simple.

Normalement on choisit comme chef celui qui sait faire des bananes. Mais il arrive que certains chefs ne sachent pas faire de bananes. Dans ce cas, ou ils font illusion, mais ça ne dure pas, ou ils essaient de s’en procurer chez les autres.

Ainsi, chaque chef de territoire échange des bananes avec les autres sous de multiples formes, ce qui finit par créer un équilibre des pouvoirs, matérialisé par les territoires.

Mais quand le périmètre du territoire change, se pose la question de savoir qui sera le chef du nouveau territoire et par conséquent des bananes. C’est tout l’équilibre des pouvoirs qui est à redéfinir. C’est l’occasion pour les prétendants de montrer leur force, d’impressionner l’adversaire, pour s’imposer comme nouveau chef des bananes.

C’est ce qui se passe en ce moment pour la Communauté d’Agglomération Périgourdine et la Communauté de Communes d’Isle Manoire. Toute la question est de savoir qui sera le nouveau chef du territoire le plus riche en bananes de toute la forêt périgourdine.

Ne vous étonnez donc pas de voir vos représentants s’écharper dans vos journaux locaux, c’est leur moyen (à eux) de vous dire qu’un nouveau combat pour la domination des territoires est engagé. Ca fait beaucoup de bruit, ça brasse beaucoup d’air, mais la jungle politique est ainsi faite.

Nous allons essayer de comprendre les enjeux pour les deux prétendants à la nouvelle domination territoriale et remercions Dian Fossey pour ses travaux sans lesquels nous n’aurions rien compris.

Etre chef de Périgueux, c’est être chef de la CAP

Le maire de Périgueux ne veut pas que le clan de Boulazac (allié en théorie) intègre en totalité le nouveau périmètre de la CAP. Car le chef de la CAP, naturellement, devrait être le chef de Périgueux, la plus grosse ville (c’est toujours une question de taille), celle qui a plein de bananes, historiquement et naturellement.

Par exception ce n’est pas le cas puisque jusqu’en 2008, le chef de Périgueux était de droite, un clan rival. Donc jusqu’à aujourd’hui les chefs des petits clans de la CAP avaient désigné comme chef de la CAP un chef intérimaire, ou disons faute de mieux, le chef de Chancelade, un petit clan de 4 174 feux pour faire semblant d’en diriger plus de 60 000.

Alors forcément, le territoire de la CAP ne donnait pas autant de bananes qu’il aurait du. Mais peu importe, ce qui comptait jusque là n’était pas les bananes mais d’empêcher le chef de clan rival de dominer le territoire.

Coup de théâtre en 2014, le chef de Périgueux changea. Et ce nouveau chef fait partie du même groupe que les autres chefs de la CAP. Du coup, le chef de Périgueux se verrait bien couronné chef de la CAP, ce serait bien normal, c’est lui qui a la plus grosse.

Mais patatra. Le chef de Boulazac va revenir (contre son gré) dans le clan de la CAP. C’est une menace pour le chef de Périgueux, qui sait très bien que si le chef de Boulazac entre à la CAP avec tout son clan, il sera désigné comme chef de la CAP. D’autant que le clan rival, ennemi juré du chef de Périgueux, se ferait un plaisir de se rallier au chef de Boulazac pour ennuyer le chef de Périgueux.

Alors le chef de Périgueux fait tout ce qu’il peut pour que le chef de Boulazac entre à la CAP avec le moins de bananes possibles. Plus le chef de Boulazac a de bananes en entrant dans le clan de la CAP, plus il a de chances d’être chef de la CAP.

Boulazac, c’est celui qui sait faire les bananes qui doit être chef de la CAP

Pour le chef de Boulazac c’est différent. Il a fait partie il y a longtemps du clan de la CAP. Mais il faisait de l’ombre aux autres chefs de la CAP, parce qu’il était très fort pour multiplier les bananes. Il finissait par avoir beaucoup plus de bananes que les autres chefs, qui se contentaient fort bien de leur paisible train-train.

Alors les autres chefs de la CAP décidèrent d’embêter le chef de Boulazac en l’empêchant de faire trop de bananes, ce qui finissait par les faire passer pour des feignants ou des incapables. C’est là que le chef de Boulazac décida de quitter le clan de la CAP pour faire son propre clan où il serait chef et où personne ne l’empêcherait de faire ses bananes.

Alors le chef de Boulazac fit plein de choses que les autres chefs ne savaient pas faire. Et son clan de Boulazac devint vite le plus riche en bananes. Mais aujourd’hui il n’a plus le choix. Il doit réintégrer le clan de la CAP et par allégeance, il doit aussi donner toutes ses bananes. C’est injuste !

La seule solution pour le chef de Boulazac de ne pas voir ses bananes dilapidées, c’est de devenir chef de la CAP. Donc il veut y entrer avec tout son clan pour être désigné chef de la CAP. Sans tout son clan derrière lui, c’est le chef de Périgueux qui gagnerait.

Or il n’y a rien de plus insupportable pour le chef de Boulazac que d’obéir au chef de Périgueux. Car ce dernier n’a jamais su multiplier la moindre banane et s’est toujours servi des autres pour faire croire qu’il en avait. Pour le chef de Boulazac, ce serait un véritable holdup de bananes.

Non seulement le chef de Boulazac devrait donner toutes ses bananes, mais en plus il devrait obéir à ceux qui ne savent pas en faire. C’est à vous dégoûter non seulement de faire des bananes mais même d’être chef.

Le chef de la CAP: presque chef de toute la forêt

A l’échelle du territoire de la Dordogne, ce combat est très important. Car bientôt, le grand dos argenté du Conseil Général, le vrai chef de toutes les bananes locales, sera à la retraite.

En plus son successeur aura bien moins de pouvoir à cause de la réforme territoriale. Le chef du clan du Conseil Général fera bientôt moins peur.

Du coup, si le clan de la CAP devient vraiment important, son chef pourrait devenir aussi fort que grand dos argenté. Car c’est sur le territoire de la CAP qu’il y a toutes les bananes. Et le vrai chef, c’est le chef des bananes.

Forcément, ça créer autant de tensions que cela ouvre l’appétit.

La guerre des bananes n’aura pas lieu

On comprend mieux dès lors les causes de tout ce tintamarre.  Les hurlements et les cris traversant les paisibles vallées périgourdines depuis quelques temps ne sont que les échos de ce combat des chefs.

Ils cassent des branches, bombent le torse tambouriné de leurs poings serrés, mâchoire ouverte, dévoilant leurs longues canines.
Spectacle cruel de la vie sauvage : la lutte pour la domination territoriale. Ils s’impressionnent et se menacent hou hou hou.

Mais pas d’inquiétude. Tout cela est symbolique. Jamais ils n’iront jusqu’à se confronter directement, au risque de se blesser même superficiellement. C’est ce qu’on appelle la politique.

Quant à imaginer le dessin d’un territoire selon l’unique critère de l’intérêt de ceux qui le peuplent, l’habitent et l’enrichissent, et non bien évidement de l’intérêt de leurs chefs, ce serait une utopie.

L’aventure c’est l’aventure

Pour le hérisson, l’aventure, c’est de continuer à traverser la rue et d’éviter les pneus meurtriers ; pour l’oiseau au printemps, l’aventure, c’est d’aller chercher son petit ver du matin à potron-minet, non loin du chat qui dort… Pour le commerçant traditionnel, l’aventure, c’est de survivre à la vindicte des élus mal comprenants.

« Si vous n’en voulez pas, on ne fera RIEN ! »

Bouhhh ! Les vilains nuls qui ne veulent pas comprendre à quel point un centre commercial est une idée formidable! Heureusement, certains l’ont compris. En tout cas, un. Ironie du sort, c’est celui à qui la municipalité précédente a aplani le terrain pour lui permettre de gérer 1 800 m² de surface de vente (enfin à ses parents).

Lui aurait on assuré qu’il n’y aura pas d’activité concurrente prévue dans le superbe bateau commercial ? Le pauvre, il a confiance… comme si l’on pouvait avoir un poids quelconque sur les décisions que prendra l’investisseur…

« Si vous n’en voulez pas, dit le maire, je fais un jardin avec des bancs ». Enfin une bonne idée ! Penser aux Périgourdins, aux familles, aux enfants, créer un lieu de convivialité, redonner à Périgueux une ambiance méditerranéenne, « avec des bancs » quelle gentille attention. Mais voilà, c’est une boutade, c’est comme une menace ! Ce qui donne à penser que le bien être des Périgourdin pèse bien peu face à un investissement juteux.

« Mais qu’est-ce que vous voulez ? »

Personne n’a pu répondre à la question pour la bonne raison qu’on ne nous l’a pas posée !!! Eh oui, l’objectif de la réunion était de présenter une étude « provisoire », censée démontrer l’état du commerce de l’agglomération et en particulier celui de Périgueux.

En fait, on s’est vite aperçu que la démonstration classique « en entonnoir » visait à démontrer à quel point le projet de centre commercial était incontournable pour éviter la catastrophe. C’est une « locomotive » qu’il nous faut pour « redorer l’image de Périgueux », bande d’abrutis (ça, c’était en filigrane).

« Rien ne se fait à Périgueux »

C’est ce que notre Sénateur-Président a retenu de son passage dans les commerces Périgourdins. Car il fait ses courses à Périgueux, lui (sa femme, elle, va à Bordeaux, elle l’a même dit à un commerçant de chez nous…).

Dans ces commerces, on lui aurait déclaré méchamment : « vous ne faites rien pour le commerce ». Il en déduit que « rien » veut dire : vous ne construisez pas de centre commercial.

Alors que pour moi (et pour vous ?) « rien » veut dire : diminution des places de parkings, pas assez d’animation, trottoir en mauvais état, pas de communication sur la vie à Périgueux, pas d’investissement structurant, pas de signalisation, de politique commerciale active comme aider à la rénovation des boutiques, à l’accès aux handicapés, à la circulation en mode doux, au fleurissement, pas de bancs (ça c’est pour M. MOYRAND)…

Comme quoi, on n’a pas la même manière de comprendre ce qu’on nous dit.

« Le tourisme ne fait pas partie du problème ! »

Ah bon ? Première nouvelle. Les touristes ne contribuent pas au chiffre d’affaires du commerce. Je suis témoin (et rapporteuse) et je ne suis pas seule à avoir entendu cette énormité. Alors comme ça n’était pas important, on ne l’a pas étudié. Voilà voilà.

Pour certains commerces, ça atteint près de 50 % du CA (entre les résidants secondaires et les touristes)… Mais ça n’a pas d’importance… mouimouimoui.

Faire disparaître un parking, oublier d’aménager les abords de la Cathédrale, de refaire la montée du Greffe, de créer un véritable espace toilettes… A quoi bon puisque les touristes ne sont pas importants pour le commerce.

« Le niveau de vie des ménages ? On sait… »

Petit rafraîchissement de mémoire façon INSEE dernières Lot et Garonne et Dordogne, départements sinistrés[.pdf]:

En 2008, la moitié de la population de la Dordogne vit dans un ménage qui déclare un revenu fiscal par unité de consommation inférieur à 17 755 euros. Ce niveau médian de revenu annuel est inférieur aux moyennes françaises (18 368 euros).En 2008, près de 16 % de la population (14 % en 2006) de la Dordogne vit sous le seuil de pauvreté. La pauvreté affecte les catégories de personnes les plus vulnérables : jeunes, personnes seules, familles monoparentales, personnes âgées. A Périgueux, 47 % des ménages comptent 1 seule personne…

« On est au courant de la crise » (qui ne va pas s’améliorer), de l’augmentation des loyers et des charges (qui représentent 30 % minimum des dépenses), de l’endettement (qui va bon train, merci le crédit revolving) ; « oui on sait, mais vous ne vous rendez pas compte de l’importance des marques dans la vie des gens !!! »

Et puis malgré tout le pouvoir d’achat augmente. Oui sans doute sauf que les dépenses en téléphone et Internet ont tout boulotté.

« Il faut favoriser la proximité ! »

Eh oui, le prix de l’essence bat tous les records et ça ne va pas s’arranger. Donc, développons le commerce en centre ville pour les Périgourdins… et les habitants de la périphérie. Euh, vous avez compris l’astuce ? Moi pas.

Je cherche encore… Viendront peut être à pieds nos consommateurs de la Périphérie ?

« Pas de panique on maîtrise ! »

Le centre commercial n’est viable que si l’on maîtrise le développement en périphérie… On y a pensé : on a préparé une charte ! On est sauvés ! (Me fait penser au sketch de Fernant Raynaud qui survole une ligne de chemin de fer et n’a pas pensé au tunnel)… Pas tout à fait.

D’abord parce qu’on a bien à la louche 15 000m² de projets validés de bétonnage en vue (Les grandes enseignes et les élus sont soulagés…), ensuite par ce que cette fameuse charte n’est pas opposable au tiers (confirmé par M. BERIT DEBAT) et parce que ce ne pourra être opposable que dans quelques années…

Ils n’étaient pas tous là, ils ne sont pas venus…

Eh bien oui, il y avait peu de commerçants. Finalement, ils avaient compris mieux que nous que cette soirée n’aboutirait à rien. Un boycott en quelque sorte.

Ou la simple expression du découragement d’être toujours pris pour des Dodo. Vous savez, les dodos, ces dindons bizarres des îles Castareignes disparus bêtement par manque d’intérêt et l’introduction de prédateurs sur leur territoire…

« Sauvez une espèce en voie de disparition : adoptez un petit commerçant ! »

(à la manière de Cabu)

Un autre chemin de croix, la CADA

La chasse aux oeufs

Avant de faire un petit tour en Franche Comté, j’ai envoyé à la Communauté d’Agglomération, comme la loi autorise tout bon citoyen, une demande officielle afin d’obtenir quelques documents intéressant la vie économique et sociale de notre bonne vieille terre Périgourdine.

Parmi ces documents, l’un me tenait particulièrement à cœur : l’étude que AID Observatoire doit remettre incessamment depuis quelques mois. Eh oui, Pâques aidant, j’avais envie de partir à la chasse aux œufs, surtout que celui ci nous mijote un drôle d’oiseau.

Je rappelle à toutes fins utiles que ce Cabinet d’étude est déjà à l’origine (par l’opération du Saint Esprit sans doute ?) de l’idée lancée par notre maire : pour ressusciter l’économie de Périgueux, créons un temple du commerce à Montaigne.

Nous prendrait on pour des cloches ?

Voici la réponse de la CAP datant du 18 avril 2011:

« L’étude menée par AID Observatoire est actuellement en cours. Je ne peux donc pas vous la transmettre pour le moment. Je vous informe cependant qu’un projet de charte fera l’objet d’une présentation lors du Conseil Communautaire du 29 avril 2011 ».

Si je ne m’abuse, le 29 avril 2011, c’était hier…

Alors, voyons. Aurais-je inscrit au front « vol de canards sauvages »? Me prend on pour une cloche ? La période est propice, mais il ne faudrait pas pousser…

Décryptons : l’étude AID est en cours, donc (et la CADA prévoit ce cas), on ne peut pas me la transmettre… OK, mais en conséquence, cela veut dire que les services de la CAP n’ont aucun document permettant de travailler sérieusement sur l’avenir économico-commercial de l’agglomération.

J’ai comme une impression de déjà vécu : M. Moyrand m’avait répondu la même chose lorsque j’ai demandé l’étude d’Horizon 2015 concernant la régie publique de l’eau… dont on avait déjà décidé du sort.

Alors -et je suppose que vous vous posez les mêmes questions- :

  • Les techniciens de la CAP ont déjà rédigé la charte ?
  • Sur quelles bases ?
  • A quoi sert donc de payer une étude à un cabinet expert ?
  • Est-ce une manie socialiste de faire l’omelette avant les œufs ?

Ou alors, mais je n’ose le croire, on nous mentirait ?

« Si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont tous deux dans un trou »

Saint Matthieu.

Le Conseil d’Etat face aux pitreries périgourdines ?

Depuis quelques semaines, il y a une bataille locale pour le moins édifiante. C’est celle qui oppose d’un côté l’équipe du maire de Trélissac et le patron des Leclerc locaux et de l’autre, celle du maire de Périgueux et la librairie Marbot (surface « culturelle » de 1 800m²), installée dans le centre ville de Périgueux.

Leur désaccord porte sur un projet de création d’espace de vente d’objets « culturels ». Le 18 août 2009, la CDAC a validé ce projet de 1 600m² en remplacement d’une surface existante de 300m², insupportablement nommée Légende des siècles. Le recours du « centre ville » a été rejeté le 17 décembre 2009 en appel par la CNAC –Commission Nationale d’Aménagement Commercial– (qui provient de la Loi de Modernisation de l’Economie de 2008).

Nous n’allons pas disserter sur le choc de ces deux modèles économiques et culturels, dont l’un demeure un libraire plus ou moins artisanal et l’autre un industriel de la vente, plus en alerte sur le cours du pâté polonais que sur les richesses de Victor Hugo. Si le jeu de la concurrence entraine le déclin du premier, la cause en reviendra aux consommateurs, libres de leurs choix.
Qu’ils ne viennent pas chialer ensuite, tous autant qu’ils sont, si la ville principale de l’agglomération dans laquelle ils se rendent pour sortir de leurs pavillons, se trouve être un véritable désert de guichets automatiques. Si, dans son implacable beaufitude, la liturgie consumériste du samedi après-midi vient à tuer toute activité autour d’elle comme les truffes sous leur chêne, alors nous célèbrerons Edouard Leclerc comme le nouveau pape de la culture. C’est en citoyens libres que les consommateurs en seront responsables.

A Bordeaux par exemple, ni les librairies Mollat et Machine à Lire ne sont atteintes par ce que proposent les librairies de supermarchés aux alentours. Pourquoi? Ou bien parce que la population de ceux qui font la différence entre Paolo Coelho et William Faulkner  est assez importante pour pérenniser ces librairies, ou parce que l’offre des « vraies » librairies est hors de portée des marchands de tout et de n’importe quoi. Un vaste sujet que nous écartons ici.

Revenons au sujet de ce billet. Par voie légale et afin d’épuiser tout recours, il ne reste donc, pour le maire de Périgueux, qu’à saisir le Conseil d’Etat. Il sera donc demandé à Paris, au juge, de trancher un litige petro-périgourdin entre deux décideurs d’une même majorité politique, siégeant dans la même communauté d’agglomération et dont les villes sont contigües.

Cette situation appelle quelques commentaires, attachez vos ceintures nous entrons dans une zone de turbulences politiciennes.

:: La bataille juridique ::
Il y a un précédent à cette discorde. Ce dossier est la continuité logique d’un autre projet quasi identique qui avait été annulé.

En date du 31 janvier 2002, voilà ce qu’en disait LSA.fr sous le titre Leroy Merlin et Cultura mettent le feu aux poudres à Périgueux :

Défrayer la chronique
Meilleure preuve de la perte d’influence de la capitale de Dordogne, l’accord donné par la même CDEC de décembre à la création d’un magasin Cultura de 1 600 m2 à Trélissac dans la zone commerciale du Leclerc de La Feuilleraie. Une décision qui a déclenché la colère de Xavier Darcos, maire de Périgueux, choqué du soutien accordé à Cultura par le représentant de la CAP et de la chambre des métiers.
On le voit, l’agglomération périgourdine a du mal à dominer son développement commercial. D’autant que la commune périphérique de Boulazac, qui dispose d’une forte densité commerciale (autour de Carrefour), n’a jamais accepté d’entrer dans la CAP et s’est engagée dans la constitution d’une autre communauté d’agglomération. Dans ce contexte de morcellement politique et économique, d’autres dossiers pourraient défrayer la chronique comme la création d’un Brico-Dépôt, l’enseigne disposant à Trélissac d’un permis de construire pour près de 4 000 m2. Un permis lui aussi attaqué au tribunal administratif.

En juin 2004, la CNEC avait rendu son verdict, après avoir été annulée une première fois par le Conseil d’Etat :

CONSIDÉRANT que le projet de la S.A. « SODIVAL » consiste à créer un magasin de 1 600 m² de surface de vente spécialisé dans la distribution d’articles culturels liés aux loisirs créatifs et aux beaux-arts, aux supports audio et vidéo, à la papeterie et aux livres ;

CONSIDÉRANT que le projet avait été refusé par la Commission nationale d’équipement commercial dans sa séance du 30 avril 2002 ; que le Conseil d’Etat dans sa décision du 11 février 2004 a annulé cette décision en considérant qu’il n’existait, dans la zone de chalandise, aucun établissement d’une surface de vente au moins égale à 300 m², présentant une offre commerciale comparable et, d’autre part, que la demande pour de tels produits n’était pas satisfaite par les équipements commerciaux existants dans cette zone ; que par cette même décision, le Conseil d’Etat a enjoint la Commission nationale d’équipement commercial de statuer à nouveau sur le recours susvisé ;

CONSIDÉRANT qu’il ressort des éléments nouveaux portés à la connaissance de la Commission nationale d’équipement commercial, que l’équipement commercial de la zone de chalandise compte, non seulement des petits commerces de centre ville spécialisés dans la culture et les loisirs, tels que l’établissement « PLEIN CIEL » à Périgueux et le magasin « LA PATTE DE L’ARTISTE » à Marsac sur-l’Isle, mais également des moyennes surfaces spécialisées dans le secteur concerné par le projet, tels que la librairie « MARBOT » de Périgueux, qui exploite près de 350 m² sur deux surfaces de vente très proches l’une de l’autre, et le magasin « ARTS ET PASSIONS », d’une surface de vente de 400 m² situé à Boulazac ; que cet équipement commercial est complété également par cinq hypermarchés développant, au moins partiellement, une offre similaire à celle proposée par l’enseigne « CULTURA » ; que l’offre de la zone de chalandise semble ainsi suffisante pour répondre aux besoins des consommateurs locaux ;

CONSIDÉRANT que l’implantation du magasin « CULTURA » dans un pôle commercial situé en périphérie de Périgueux contribuerait, en attirant la clientèle dans ce secteur, à raréfier encore davantage la fréquentation de l’ensemble des commerces traditionnels de centre-ville, dont les éléments d’information portés à la connaissance de la CNEC semblent démontrer qu’ils sont fragilisés par le développement des grandes surfaces de périphérie ; que cette implantation serait ainsi de nature à compromettre le fragile équilibre entre les différentes formes de commerce dans la zone de chalandise ;

 CONSIDÉRANT qu’ainsi ce projet ne paraît pas compatible avec les dispositions de l’article 1er, 3ème alinéa, de la loi du 27 décembre 1973 susvisée ;

DÉCIDE : Le recours susvisé est admis.
Le projet de la S.A. « SODIVAL » est donc refusé.

Nous n’avons pas en main les Considérant de la décision de fond actuelle. Nous ne manquerons pas de le faire savoir dès que ce sera le cas. Car hormis la volonté gouvernementale d’alléger la règlementation sur les exploitations commerciales et l’urbanisme, rien n’a vraiment changé sur le fond, sinon que Marbot ne fait plus 300m² mais 1 800m² (sans oublier Des livres et Nous en centre ville).

:: La situation politique ::
Dès 2002, l’article cité ci-avant relève un « morcellement politique et économique », ce que ne manque pas de faire encore la Chambre Régionale des Comptes Aquitaine dans son rapport de février 2008 sur la Communauté d’Agglomération Périgourdine – CAP-. C’est quand même un comble pour une communauté d’agglomération qui revendique aujourd’hui toujours plus de compétences et d’autonomie, d’être incapable d’unité et de cohérence depuis plus de 7 ans.

Aujourd’hui, le maire de Périgueux pose la question de l’opportunité d’un recours devant le Conseil d’Etat, dans un des ces textes dont il a le secret. Il affirme défendre principalement 3 arguments :

1. L’offre culturelle doit être maintenue au cœur de la ville centre
2. Cette implantation constitue une grave menace pour les commerces culturels du centre de Périgueux
3. Si la demande d’ouverture d’une surface commerciale de ce type était acceptée aujourd’hui à l’est de l’agglomération, rien ne s’opposerait à ce qu’on en autorise demain une nouvelle à l’ouest

Conclusion :

Enfin, il est difficile de prétendre que le stationnement, au centre ville de Périgueux, serait un frein pour y implanter un projet de ce type. Pour mémoire, la Communauté d’agglomération périgourdine s’apprête à mettre en place son PDU (Plan de déplacement urbain). Il permettra notamment d’améliorer la circulation et les transports au sein de la ville de Périgueux, favorisant ainsi l’attractivité des commerces de centre ville.

Pour une fois, on ne saurait reprocher au maire de Périgueux de changer d’avis en fonction de son intérêt politique. En conseil municipal du 28 septembre 2007 : RAPPORT n°19 – COMMISSION DEPARTEMENTALE D’EQUIPEMENT COMMERCIAL – Extension de l’hypermarché Leclerc à Trélissac – Recours devant la Commission Nationale d’Equipement Commercial.

Le sujet ne concernait pas une surface culturelle mais la logique est identique. Le maire de Périgueux, Jean-Paul Daudou demande autorisation de former un recours contre l’extension de l’hypermarché et Michel Moyrand dans l’opposition affirmait :

Nous étions d’accord sur la démarche, nous ne changeons pas, je vous l’ai dit. La démarche est bonne et il faut un accord entre les élus de l’agglomération.

Pour mémoire, Claude Bérit-Débat, président de la CAP, répond ainsi au problème soulevé par la CRCA le 20 novembre 2008:

La Chambre soulève les difficultés rencontrées par la CAP dans l’élaboration de la charte commerciale. C’est en effet un dossier très sensible qui va être relancé très prochainement.

Effectivement depuis que le problème existe et demeure en suspend, (une bonne dizaine d’années), on en voit aujourd’hui les résultats, récoltant à pleins paniers ce qui a été semé selon le principe qu’il est urgent d’attendre. Encore heureux que les juridictions administratives pourvoient aux carences de gestion publique en la matière, étant tenues et contraintes, elles, de rendre une décision quand les politiques en sont pitoyablement incapables.

Revenons au conseil municipal: Jean-Paul Daudou, alors président de la CAP, rappelle qu’il avait mis en place une charte commerciale visant à rationaliser ce type d’investissements.

Ce à quoi Michel Moyrand répond en forme de provocation :

Vous n’avez pas pu parvenir à un accord de l’ensemble des élus de ce grand bassin. Il faut trouver un point d’équilibre.

« Point d’équilibre » non trouvé lorsque Jean-Paul Daudou répond :

Quand j’étais président, je l’avais fait réaliser, nous l’avons fait approuver par le conseil, nous avons fait une réunion spéciale au théâtre où nous avons invité tous les conseillers municipaux de toutes les communes du grand Périgueux qui l’ont adopté et quand cela a été fait, Monsieur Berit-Debat n’a pas voulu signer et le tout s’est arrêté. Je suis reconnaissant à Monsieur Berit-Debat, notamment lorsque j’ai fait le recours contre Cultura, parce qu’il s’est souvenu de la charte commerciale et que l’équipement lié aux livres, aux disques et à la culture devait rester en centre ville et il a soutenu la démarche de Périgueux.

:: Aujourd’hui ::
Pendant de nombreuses années, nous avions cru (ou voulu croire) que l’incohérence du développement économique territorial était principalement la conséquence d’une cohabitation politique entre l’agglomération (PS/PCF) et la ville de Périgueux (UMP). Les divers représentants aimaient à expliquer qu’ils se trouvaient bloqués dans leur élan du fait de la concurrence partisane qui régnait, faisant porter la responsabilité de tout manquement à leur adversaire politique.

La situation actuelle démontre le contraire. L’incohérence du développement économique n’est pas le fait des écuries politiques. Aujourd’hui le maire de Périgueux est socialiste tout comme la majorité du conseil de l’agglomération, ainsi qu’il y siège en qualité de premier vice-président. Le « point d’équilibre » qu’il demandait non sans ironie, il ne le trouve pas lui-même. Incapable de fonder un accord dans sa propre majorité, il est obligé de plaider sa cause devant le Conseil d’Etat. Une conclusion grotesque.

Dans une telle situation, la communauté d’agglomération est inefficace ; elle se présente comme un agrégat d’intérêts politiques hétérogènes. La question se repose donc de savoir à quoi est censée servir une communauté d’agglomération, à conjuguer au pluriel avec le cavalier seul de la communauté de Boulazac, dirigée par cette incongruité ni monarchique, ni communiste, ni néolibérale, mais un peu des trois.

Le maire communiste (sic) de Trélissac, (dont le bilan est mirobolant – CRCA décembre 2008 -) quant à lui, défend la libre concurrence et l’économie de marché pour s’en prendre aux monopoles, fussent-ils culturels. On ne nous épargne plus rien. Il se range ainsi aux côtés de l’industrie agroalimentaire afin d’étendre toujours davantage sa zone commerciale péri-urbaine. Face à cet urbanisme aussi vorace qu’aveugle, le maire de Périgueux avoue aujourd’hui son impuissance:

en qualité de vice président du conseil régional en charge de l’artisanat, de commerce et du développement des TPE;
en qualité de vice président de la CAP;
en qualité de maire de Périgueux, ville préfecture et capitale du département;
en qualité d’homme politique enfin, à peser dans sa propre majorité politique.

Les arguments du maire de Périgueux aujourd’hui sont les mêmes qu’en 2002, 2005 et 2007, il répète ce que d’autres disaient avant lui. La seule variante est l’argument du PDU, au point mort, immobilisé par l’incapacité des décideurs à décider ; autre révélateur de l’inconsistance de cette communauté d’agglomération. A un détail près, il n’est toujours pas capable de faire valoir la moindre charte commerciale, document qui matérialiserait une quelconque cohérence et une homogénéité politique du développement écocomique.

:: Où en sommes nous ? ::
L’incapacité à développer une politique commune et cohérente (économie, urbanisme) remet en question la justification de cette entité administrative. L’incurie politique s’y est développée comme une gangrène et ronge aujourd’hui la pertinence de l’action publique. Braves gens, vous serez surtout invités à fêter les 10 ans du tri sélectif ; vive les sacs jaunes, quelle aventure !

La CAP n’est même plus en mesure aujourd’hui de se positionner sur le problème des surfaces commerciales, montrant ainsi que la cause de l’incapacité à définir une politique communautaire est plus profonde qu’une cohabitation politique. Aussi, le président Bérit-Débat demeure muet sur la question, relégué au rang d’observateur passif, paralysé face à une majorité déchirée.

Cette dégénérescence politique, dans la décision et l’unité, est alors plus profonde que des dissensions de façades, électoralement usées mais efficaces. Il y a ailleurs des majorités cohérentes qui n’ont pas ces problèmes. Il semble davantage que cette situation de marécage décisionnel, de matière sans structure, provienne des hommes qui sont en place. Une génération de barons locaux qui n’ont d’autre ambition que la sauvegarde de leur pré carré et la défense de leurs intérêts microscopiques. La création des communautés d’agglomération n’était-elle  pour eux que l’opportunité de gratter quelques deniers publics et indemnités d’emblée plafonnées au maximum légal?

Est-ce là toute l’étendue de leur capacité politique que de saisir le juge pour les mettre d’accords, ne sachant, eux, que faire de leurs propres compétences?

Quid de la cohérence territoriale, de l’unité de l’action publique, de l’homogénéité du développement économique ? Aujourd’hui les communistes s’engouffrent à corps perdu dans les assouplissements sarkozystes sur le développement des surfaces commerciales. Et qui veut son pont et qui n’en veut pas, pour voir les déplacements urbains réduits à des querelles de clochers. Quid de ce développement durable qu’ils ont à la bouche à en vomir, soutenus par les Verts dans la majorité, pour toujours plus de Zones d’Activités Economiques, sacrifiant la culture agricole et les paysages sur l’autel d’un étalement urbain en perpétuelle extension ?

La comédie serait seulement burlesque s’il n’en allait pas de notre communauté toute entière. Le vote est une délégation de pouvoir, il consiste à mandater un individu pour décider à notre place en fonction de nos intérêts communs. Il ne consiste pas à élire un pitre au prétexte que son maillot de foot correspond à une équipe fétiche. Les périgourdins sont en train de se ridiculiser à ne pas faire valoir de véritables exigences politiques, laissant par indigence et lassitude se jouer un spectacle de farces et de bouffonneries, autant risible sur l’instant que nocif pour l’avenir. Le bassin de l’agglomération est en train de se réduire en un théâtre de Guignol dont la représentation est magistrale, certes, mais dont le coût en développement, en cohérence, en argent public, risque de s’avérer tout aussi spectaculaire à long terme.

Qu’importe, d’ici là, leurs successeurs leurs offriront des noms de rues, de places et de boulevards, signifiant ainsi à la génération suivante qu’ils en attendent autant.