#RégionalesAquitaine2010 / Twitter: un 2.0 en forme de 0.2 beta test

Depuis le mois de décembre, nous observons comment les candidats aux régionales d’Aquitaine communiquent sur les réseaux sociaux. Pour la première fois, ces outils ont été intégrés à leur stratégie de communication. Rappel: le principal objectif est de gagner des électeurs. A défaut il s’agit de ne pas en perdre ou de donner l’image d’un candidat déphasé. Dès qu’il y en a un cela devient quasiment une contrainte pour les autres d’y aller aussi. Et c’est comme les auvergnats, tant qu’il y en a un ça va…

Le 14 février, Hervé Pargue a mis en ligne sur pargatruk.com une étude des sites web PS et UMP ainsi que quelques observations acerbes concernant leur présence sur les réseaux sociaux. Il leur prodigue finalement quelques conseils que les candidats ne devraient pas manquer.

Sa conclusion est sans appel :

En fait, les candidats ne sont présents que parce qu’en cette année 2010, la dictature du médiatiquement correct contraint chacun à être présent sur les médias sociaux. Mais la démarche s’arrête là : y être. Pour faire comme les autres. Sans réfléchir, surtout, à une stratégie innovante d’utilisation des plateformes. Alors, dira-t-on, cette élection 2010 aura été la 1ère à voir les candidats investir massivement les médias sociaux. Ils essuient les plâtres et ne peuvent que progresser. Moui, peut être. Quoique à bien y regarder … le web existe en France depuis une bonne grosse douzaine d’année (1997). Depuis toutes ces années les sites de candidats auraient pu / dû s’améliorer. Quand on voit la piètre qualité de la cuvée 2010, on est en droit d’être septique.

Il faut insister sur le fait que les candidats auront fait les 2/3 de la campagne électorale sans avoir mis à disposition leur programme politique. Ce dernier apparait ainsi comme second dans les priorités de communication, alors que pourtant, il est le socle même sur lequel est censé s’appuyer le choix électoral. Signe des temps, on aura eu toutes les dates jusqu’au moindre rendez-vous sur le marché de Levignacq, mais il aura fallu attendre les dernières semaines pour découvrir leurs projets.

Pour ce qui nous concerne, nous observerons ici plus en détail les candidats aquitains sur Twitter durant le mois de février. Où en sont-ils ? Comment progressent-ils ? Comment communiquent-ils ? Bref, comment intègrent-ils l’outil à leur stratégie de communication au fur et à mesure de la campagne ?

:: La présence des candidats ::
Au crible de SiteVolume il est possible de voir combien de fois un terme a été utilisé. Le nom des candidats existe apparemment dans un circuit assez intimiste. La comparaison avec le nom de Xavier Darcos en tant ministre est assez intéressante.

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On peut noter le contraste entre Jean Lassalle pour le Modem (?) et Monique de Marco pour Europe Ecologie. La visibilité de cette dernière sur le réseau est quasi nulle. Est-ce un déficit d’image ou bien est-ce parce qu’EE fait une campagne collective au contraire des autres candidats qui misent tout sur leur nom propre ?

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:: L’évolution du nombre d’abonnés ::

Il serait faible de dire que les courbes ne sont pas flatteuses. En nombre d’abonnés (200) le PS devance largement ses concurrents, bien qu’il demeure relativement confiné. L’UMP avec 44 abonnés est actif (162 tweets) mais souffre de s’être lancé sur Twitter à la fin du mois de janvier.
Ce qui peut paraitre étonnant (à première vue) est la stagnation (70 abonnés) d’EE durant tout le mois de février. Ce n’est pourtant pas faute de communiquer (90 messages). Sur ce point nous étions dans l’erreur la dernière fois en supposant que le Modem serait derrière EE au regard des contenus envoyés (99 abonnés), des liens FB sans commentaires. Les principales données via TwitterCounter:

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Enfin il faut minorer encore le nombre d’abonnés qui semblent réellement suivre un candidat. Une part non négligeable les suit tous, visiblement par curiosité ou en tant qu’observateur. Proportion non négligeable, une trentaine en tout suit plusieurs candidats à la fois (Twiangulate).

:: La méthode et l’usage de l’outil ::

A juste titre, le relatif échec rencontré par les candidats provient de leur usage de l’outil. Un classique Top/Down servant essentiellement d’agenda et de relai pour des liens Facebook. On note quelques efforts dans la manière de s’exprimer, mais hors d’un usage complet des fonctionnalités possibles. Peu ou pas de Retweets, de Htags et de Reply. Les statistiques ci-dessous permettent de mesurer la très faible utilisation de ces fonctionnalités (sur un échantillon de 50 tweets) et leur résonnance sur le réseau (Tweetreach).

Deux repères et deux comptes bien utilisés pour comparer. Anne Hidalgo (3540 folowers) et Nathalie Kosciusko-Morizet (40 232 followers).

Anne Hidalgo

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Nathalie Kosciusko-Morizet

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Monique de Marco

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Alain Rousset

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Xavier Darcos

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Jean Lassalle

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L’absence d’utilisation des ces fonctionnalités est directement corrélée au niveau d’interaction sur le réseau. Plus les interactions sont faibles, plus les probabilités de rencontrer des abonnés baissent. Évidemment cela comprend des exceptions. On ne saurait mesurer ces principes à la présence du Dalaï-lama qui totalise plus de 132 000 abonnés depuis le 11 février 2010…

:: Followers/Following ::

Dans un réseau essentiellement horizontal, cette communication académique ne rencontre pas le succès, car les candidats ne rencontrent pas les utilisateurs. Leur statut de candidat à une élection locale est largement insuffisant pour générer un intérêt de masse traduit en nombre d’abonnés. Configuration classique donc, moins il y a de following, moins il y a de followers. Là encore cette règle n’est pas intangible, mais s’applique aux candidats aquitains avec une certaine sévérité.

Le désintérêt que les candidats manifestent pour les autres utilisateurs se traduit par une indifférence réciproque :

Monique de Marco: 13 following / 70 followers (créé le 05/01/10)

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Jean Lassalle: 66 following / 100 followers (créé le 07/01/10)

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Xavier Darcos: 12 following / 44 followers (créé le 29/01/10)

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Alain Rousset: 55 following / 199 followers (créé le 11/09/09)

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Ce « twittocentrisme » n’est pas l’unique cause de l’indifférence que ces candidats suscitent globalement mais en fait certainement partie. Truisme visiblement non intégré au niveau de la stratégie de communication, dans « réseau social », il y a « réseau » et il y a « social ». Les candidats ne s’intéressant qu’à eux-mêmes, ils demeurent seuls ou presque, isolés en tout cas, dans une communication à sens unique.

Nous tirerons le bilan de cette campagne après les élections. Pour l’heure et malgré quelques efforts dans certains cas, il semblerait qu’il n’y ait ni méthode ni objectif précis. Autrement dit on présume une absence de stratégie visant ce réseau social, ce qui laisse dubitatif quant au concept même de communication politique en période électorale.

:: Innovation du mois: QR Code ::

Le mois de janvier était pour le PS avec la proposition d’une application Iphone pour la campagne. Mais le mois de février a vu la réponse de l’UMP qui modifié son site en profondeur. Il n’y avait que des bonnes raisons à cela, a fortiori avec le candidat Modem qui en avait proposé un clone.

Dernière touche en date, la tête de liste pour la Dordogne, Jérôme Peyrat, vient de se mettre au QR code. Sur l’affiche ci-dessous, le candidat code un message mais lequel ?

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Sauf erreur, ce n’est ni plus ni moins que l’adresse du site de campagne. Et oui, tout ça pour ça. Pour mémoire, ce type de cryptage en deux dimensions permet d’intégrer plus de 7000 caractères, permettant de compresser des informations déchiffrables avec un mobile par exemple. En terme de décoration pour fournir une URL, ça reste hésitant.

:: Coup de chapeau ::

Il faut noter localement le travail accompli par des étudiants en journalisme de l’IJBA (Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine) qu’on peut suivre via leur compte Twitter. Ils apportent des infos qu’il n’y a pas ailleurs (en suivant meetings et réunions) dans un style incisif et souvent plein d’humour. C’est l’autre regard sur la campagne, pertinent, frais, impertinent.

Extrait :

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Allez, on espère que le niveau d’abstention ne ressemblera pas à ça. Rendez-vous au mois d’avril pour le bilan définitif de ces candidats sur Twitter qui restent pour l’instant bien twittocentrés.

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De Michel Moyrand à William Burroughs (et non l’inverse)

Nous ne savons plus s’il s’agit d’un problème de communication, de genre littéraire, ou simplement de français.

Peut-être les trois, ce qui ne ferait que compliquer une ambition visiblement démesurée. Au fait, nous n’aurions jamais pensé écrire deux billets dans la même journée et c’est la première fois. Mais la communication municipale est si gargantuesque, hors norme et mue par un défi au réel, que nous nous avouons à la limite de l’envoutement.

A cette heure de la journée du labeur finissant, l’on songe à cette lumière de Périgueux, qui, au crépuscule, par les toits de tuile et les pierres blanches, la rend si unique et à peine rêvée.
Mais voilà que le maire, tel un cauchemar, vient rompre avec la brutalité d’une horde porcine l’instant sacré de l’apéritif.

Mon glaçon a fondu, mon Pastis est foutu.
Comment est-ce possible n’est-ce pas ?

Et bien voilà qu’après les articles du jour de nos quotidiens locaux, il s’est mis en tête de publier lui-même son billet en réponse sur son blog de la mairie. Dans le souci de ne pas accumuler davantage de retard et avec l’urgence d’un brancardier, il a jeté en toute hâte un récit de ses projets urbains, (sous forme de légendes), ceux-là mêmes déjà décrits par la presse.

Non content d’avoir raté le coche et d’être à la ramasse de sa propre actualité, il n’épargne aucun détail dès qu’il s’agit de s’enfoncer. Par respect pour les institutions, la France, la République, les Droits de l’Homme et tous les Michel, nous reproduisons in extenso ce texte signé par le maire :
(Les commentaires en rouge sont de nous)

Une réflexion globale sur l’organisation de l’espace urbain engagée sur Périgueux
Comme on le sait, la communauté d’agglomération périgourdine (CAP) a engagé une réflexion sur un Plan de déplacement urbain (P.D.U.). Ce P.D.U., dont l’ambition est d’anticiper le futur des déplacements dans l’agglomération à l’horizon 2015 / 2020, est également l’occasion de repenser l’espace urbain, dans ses différentes fonctions.
Un plan de DEPLACEMENTS qui a pour horizon 10 ans et 3 mois est tout à fait prescrit pour repenser l’espace urbain, mais le repenser seulement.

De par sa position de ville-centre de l’agglomération, Périgueux est concernée au premier chef par les mutations des comportements (en matière de déplacements, notamment) et des habitudes de consommation (mouvement de retour d’enseignes en centre-ville, souhait des clients d’une plus grande proximité, souci de respect de l’environnement…).
Périgueux est concernée par les mutations comportementales. Après un an et demi de pouvoir, c’est une véritable conclusion de rapport d’observation. Dieu soit loué.

C’est dans ce cadre qu’un pôle d’échange est à l’étude, ainsi que les médias s’en sont déjà fait l’écho, sur les allées Tourny, avec l’objectif prioritaire de supprimer la dangerosité du « point noir » que constitue l’arrêt des bus le long du palais de justice, mais aussi de fluidifier le trafic du transport en commun dans toute l’agglomération.
Après déclassement administratif des allées Tourny au Biactol, c’est toute l’agglomération qui va en profiter : n’ayons pas peur des mots. 

Dans le même ordre d’idée – et dans la perspective de l’arrivée de la navette ferroviaire, l’un de composantes essentielles du P.D.U. – une réflexion s’ébauche, avec le lancement d’une étude, autour de l’ensemble du quartier de la gare, intégrant jusqu’au quartier Saint-Martin où des logements de l’Office public de l’habitat de Périgueux vont prochainement sortir de terre et où la Ville projette d’installer une maison de quartier.
Une réflexion s’ébauche avec le lancement d’une étude. Avec l’ébauche d’une étude la réflexion se lance. Dans les deux cas ça s’ébauche, ça se lance, c’est du Bebel.

L’idée est de faire de tout ce quartier un véritable pôle multimodal (train, bus, voitures), mais aussi de le redynamiser. En effet, la construction de plus de 200 logements sur le site de l’ex-Seita ainsi que l’existence, sur le site tout proche de la SERNAM, d’un vaste espace sur lequel la Ville et la CAP ont engagé une réflexion, font de ce quartier un pôle urbain majeur de Périgueux et de l’agglomération.
Tout un quartier en aire d’échanges et de transports. Et le maire inventa sous vos yeux ébahis le concept de maison de quartier multimodal : riverains, vendez !

Cette réflexion urbaine globale d’une ville de plus de 30 000 habitants suscite de l’intérêt, car elle est l’expression d’une véritable attractivité, qu’est notamment venue souligner la récente étude publiée dans le magazine L’Express cette semaine.
La réflexion urbaine d’une ville de 30 000 habitants est l’expression d’une véritable attractivité, pour preuve, l’article d’un magazine.
Il doit rêver dans sa langue maternelle, c’est pour cela qu’on a du mal à comprendre.
En général, une ville ne réfléchit pas, ce sont les hommes qui réfléchissent sur la ville. Mais dans son cas, l’inverse vaut peut-être mieux.
En général, ce n’est pas la réflexion en elle-même qui est attractive, mais son résultat. Dans son cas encore, vous me direz, on peut confondre.
Enfin la preuve, l’Express en Région qui titre en comparant Périgueux Bergerac et Brive, (excusez du peu) tout en éditant parallèlement des dossiers sur le Cantal, Châtellerault, Cholet et la Guadeloupe : « Face aux grandes métropoles, Bergerac, Périgueux et Brive ne peuvent exister qu’en travaillant ensemble, Hélas… »
On comprend mieux

La Ville de Périgueux a ainsi été contactée par un opérateur privé qui souhaiterait implanter un ensemble commercial dans le centre ville de Périgueux.
Ben oui c’est logique maintenant que l’Express est la preuve de l’attractivité de la réflexion urbaine de la ville.

Cette réflexion est pour l’instant à ses prémices et doit prochainement s’assortir du lancement d’une large concertation et d’études diverses, préalables indispensables pour évaluer la viabilité d’un tel projet.
Journal de bord, 11 septembre 2009:  prémices, ébauche de réflexion, lancement d’études.
A la conquête des hypothèses, défrichant le vaste inconnu des horizons lointains de la certitude, il cheminait avec la clairvoyance du sage.

Michel Moyrand
Maire de Périgueux
Vice-Président du Conseil régional d’Aquitaine

Nul doute que tout le mérite en revienne à notre maire de Périgueux. Grâce à la réflexion urbaine de Michel Moyrand, l’Express aura mis en avant le musée Vésunna, les rénovations du centre ville, (dont l’esplanade Francheville), la politique culturelle, le pôle universitaire, la maîtrise de la fiscalité, le parc de logements sociaux, etc.
Bref, autant de points ou presque qu’il avait en son temps combattu avec plus ou moins d’ardeur. Un vrai succès!

A ce point là de scribouillage en guise de politique urbaine, de révisionnisme du réel contre un bilan qui est aussi celui de la communauté d’agglomération, (pensons aux transports et aux équipements)… On se demande pourquoi, sur les bases de l’attractivité de la réflexion du maire de Périgueux, l’Express n’a pas vanté, sur cette logique, la nouvelle mairie que le maire a décider d’offrir aux générations futures.

Et si d’un point de vue politique, (au sens propre et non sale), il est consternant d’en arriver là, c’est-à-dire à peu de chose en somme, c’est bien l’inverse en terme de littérature et de poésie.
Car à le laisser faire ainsi, il risque fort de remettre à la mode un genre poétique peu usité en communication et en administration, à savoir le Cut up.
Aussi, si Michel Moyrand n’est manifestement pas (en l’état) sur les traces d’un grand administrateur public, est-il permis d’espérer qu’il suive les pas de William S. Burroughs.

Amis poètes, bonsoir

Pistes pour décrypter la proximité en politique

Le terme de proximité a envahi la grammaire de l’action publique, un mot valise associé mécaniquement à une pluralité hétérogène de formes publiques. Tout se doit d’être « de proximité », y compris et surtout la politique. Le sens dans lequel comprendre cette proximité est flou, sinon volotairement ambigu:

La proximité, invoquée, martelée et déclinée sur tous les modes par des acteurs politiques très divers, est devenue un mot magique sans cesse mis en avant. La locution « de proximité » donne lieu à une véritable prolifération d’usages : démocratie de proximité (objet d’une loi récente), élus de proximité, police de proximité, justice de proximité, communication de proximité… Ce nouveau mot totem est ainsi devenu un incontournable dans le lexique et le répertoire politique. 

On aura aisément remarqué combien le concept de proximité a pris du poids dans la politique locale du maire de Périgueux, dans la lignée du mouvement général. Après avoir fondé une grande partie de sa campagne sur ce principe de proximité, il concrétise et s’attache aujourd’hui à le rendre efficient, au strict opposé du développement de la démocratie participative, totalement laissée à l’abandon.

:: Exemple de proximité périgourdine ::
La mise en place des mairies de quartiers, est un exemple intéressant, puisque ces dernières figuraient trait pour trait, également, dans le programme du candidat de droite Xavier Darcos. Les deux prétendants avaient saisi à l’unisson un même besoin de faire dans le proche, le pas loin, identifiant à des degrés divers ses occurrences sociale, géographique, institutionnelle, etc.
Pourtant, ce n’est pas la géographie de la ville, sa densité, sa population ou son étalement qui justifiaient un tel dispositif. Avec 30 000 habitants et une surface inférieure à 10 km², la priorité n’était pas dans l’extension des services administratifs. La décision impliquant le dispositif n’étant pas matérielle ni pragmatique, c’est dans la pensée qu’il faut y voir l’origine, et cette pensée relève de l’idéologie du « proximitisme ».
A Périgueux comme dans tant d’autres communes, les candidats s’opposant par ailleurs, convergeaient unanimement vers cet axiome politique de la proximité.

:: Une proximité politiquement consensuelle ::
Il en ressort un « consensus transpartisan » qui se lit de la même manière au niveau national, allant de Jean-Pierre Raffarin (caricature du notable provincial « monté » à la capitale), lorqu’il était premier ministre à Laurent Fabius et tant d’autres leaders socialistes convertis à la « proximité-attitude« . Label généralisé en idéologie commune à l’ensemble de l’offre politique – tous partis politiques confondus -, le « proximitisme » est devenu une figure imposée de la posture politique, à la recherche d’un lien supposé, censé être bénéfique à la satisfaction des électeurs et conjurer à lui seul la crise de confiance de la représentation.

:: La communication de proximité ::
Dans la concrétisation de cette politique de proximité, par exemple, le maire de Périgueux a mis en place sur le site internet de la ville, deux rubriques étalant son emploi du temps officiel et ordinaire, c’est-à-dire sans intérêt, et l’autre relatant avec force de photos, une narration élogieuse vouée à mettre en valeur autant l’homme que ses actions. Les questions trouvant réponse sont les suivantes :
– que fait-il ?
– où va-t-il ?
– et quand ?

La mise à disposition de ces informations est censée donner plus de lisibilité à l’action du maire, comme si cette prise de connaissance se suffisait à elle-même pour appréhender l’étendue et les enjeux de son action publique territoriale. Rien n’en est plus éloigné. Comme si l’anodin et l’accident pouvaient se substituer à tout ce qui constitue la réalité politique.
Inaugurations, vœux annuels, évènements commerciaux, rencontres associatives, gestion des aléas, jusqu’à la « rencontre » avec le Père-Noël, point culminant d’une présence prouvée par des photos, à la recherche de la meilleure image politique espérée et calculée.

Il inaugure par là à Périgueux, certes avec approximation et amateurisme, ce qu’on pourrait appeler une communication de proximité, relatant presque en temps réel ses faits et gestes, à la manière d’une émission de télé-réalité. De cette façon, mettant en scène sa propre histoire et invitant à suivre le récit de son action, le maire propose une sorte de « proto storytelling », dont on devrait voir une sensible évolution dans la communication municipale d’ici les prochaines années.
Sur le plan physique et urbain, il développe une extension des services municipaux à travers des surfaces administratives annexes, déployées dans les quartiers. Frauduleusement appelées mairies de quartiers, ces annexes administratives symbolisent la faible distance séparant le maire de ses administrés, veillant sur eux, presque, au cas par cas.

:: Proximité et intercommunalité ::
Au niveau sénatorial et inter-communal, Claude Bérit-Débat ( sénateur et président de la CAP) applique également cette doxa politicienne, d’aller au plus proche, au contact, faire du terrain. A la fin de l’année 2008, l’organisation de 3 réunions publiques sur un bassin de 60 000 habitants que compte la communauté d’agglomération, dans le cadre préliminaire à l’enquête publique du Plan de Déplacements Urbains, ont été l’objet d’une communication commune à celle du maire de Périgueux. En effet, ces réunions publiques ont été présentées comme des outils de démocratie participative et surtout de proximité: exemplaires. La faiblesse du dispositif était censée être compensée par la force du discours. Les réunions publiques n’étaient pas la nouveauté évidement. La nouveauté résidait dans le discours justifiant ces réunions publiques, le pas du tout à la proximité était franchi. 

:: Proximité et transparence ::
Il semble que le thème politique de la proximité s’accompagne en corollaire d’un discours sur la transparence de l’action politique. Or ce qui est proposé comme transparent, est, dans la plupart des cas, DEJA transparent, puisque soumis à publicité par une contrainte légale. Il en va ainsi des indemnités des élus (Sud-Ouest sur Claude Bérit-Débat 07/02/09) comme de la mise à disposition des documents administratifs, (site de la ville de Périgueux). Non seulement il faut connaître un tant soi peu la loi pour savoir qu’il s’agit d’obligations légales, pour identifier une transparence de façade; mais par surcroît, les journalistes qui relaient complaisamment et sans autre forme de commentaire ni analyse les contenus communicationnels transmis par les politiques, laissent supposer, avec complicité, la réalité de cette transparence.
Autrement dit, les politiques locaux s’appliquent à faire de la transparence avec ce qui est déjà légalement transparent et les journalistes se posent en portes voix de ce lavage « plus blanc que blanc ».
Une politique réellement transparente consisterait bien sur à rendre publiques des informations qui ne le sont pas obligatoirement, expliquant les causes et les effets de tels ou tels choix politiques. C’est très loin d’être le cas.

:: Avant la proximité :: 
Il est donc intéressant d’observer d’où provient et quelles sont les origines de cette obsession de la proximité, s’apparentant pour Michel Moyrand et Claude Bérit-Débat au terminus de leur action et de leur programme. On relève en cela que le discours sur la proximité, (de quoi elle est le nom), s’oppose aux politiques des années 60/70, cherchant hauteur et « arrachement aux logiques particularistes du territoire ». Le principe de distance était attaché à ceux d’impartialité, d’égalité de traitement, de recul nécessaire. Rien ne saurait être moins vrai aujourd’hui, signe des temps.
C’est à partir du début des années 80, parallèlement au chapitre 1 de la décentralisation de la République, que les premiers changements apparurent. Depuis 30 ans, décentralisation et proximité se nourrissent l’une l’autre, au gré de la « crise de la représentation ». A partir de 2001, les sondages d’opinion mettent fortement en avant la défiance envers les élites nationales au bénéfice des édiles locaux, le maire au premier plan d’entre eux.

:: Proximité et légitimité du pouvoir ::
A l’inverse, face à la « crise de la représentation », ensemble d’opinions et de comportements indiquant justement une prise de distance -mais de quelle nature en réalité ?- du peuple par rapport à ses représentants, (à travers l’abstention constante, les sondages d’opinions négatives, ou la présence d’un contre démocrate au second tour de l’élection présidentielle en 2002), tout est dans le rapprochement. La proximité est censée valoir équivalence de lien social, comme si ce dernier ne se résumait qu’au rapprochement, faisant fi de l’idée de citoyenneté par exemple, pour exacerber la relation immédiate, l’originalité locale et en fait, le primat de l’individu.

La proximité est censée compensée une dérive de l’action politique territoriale, s’organisant en oligarchies locales, à travers les errements de gestion et d’utilisation de l’argent public. La gestion « versaillaise » de l’Assemblée Nationale a été stigmatisée par la Cour des Comptes, autant que le Sénat fonctionne comme un paradis fiscal, de sorte que le Parlement se place de lui-même et pour lui-même au-dessus des lois, faisant prévaloir un fonctionnement « affranchi » et opaque en déni de tout Contrat Social.
En parallèle, les votes blancs sont toujours assimilés à des bulletins nuls, amalgame archaïque et symptomatique d’un autisme législatif. L’absentéisme touche en priorité les classes socioculturelles les plus défavorisées, mettant au jour une population reniant son droit fondamental et constitutif de notre société, avec en vox populi d’arrière fond, que le vote ne change rien et donc ne sert à rien.

:: Proximité, décentralisation, crise de la représentation::
Sur le plan de la Décentralisation de la République, le cumul des mandats âprement défendu par tous les partis politiques de pouvoir, offre enrichissement personnel, système nobiliaire et permet surtout de prodiguer la capacité d’être soi-même au-dessus des lois.
Depuis une quinzaine d’années, les politiques sont en recherche d’une fonctionnarisation de leur mission, ce à quoi ils aboutissent aujourd’hui par les statuts qu’ils se sont eux-mêmes conférés. En d’autre terme, les électeurs pourraient bien être conscients sans les détails parfois, d’avoir à voter pour des fonctionnaires en mandat à durée déterminée, dont la principale occupation, une fois en place, consiste à faire de leur mandat une fonction à durée indéterminée, à savoir un cumul vertical, dans la durée.
L’émergence d’un champ politique clos, sociologiquement uniforme et dont les intérêts sont ouvertement communs, d’un bord à l’autre de l’offre politique, ne facilite pas la légitimité d’un pouvoir fondé sur l’alternance des partis. Bien au contraire, il renforce l’intuition d’un corporatisme à tendance oligarque, dont les rivalités s’estompent dès qu’il s’agit de défendre les intérêts communs et bien compris. On prendra par exemple l’unanimité du Conseil Général de la Dordogne pour défendre ses acquis contre une hypothétique réforme de leurs compétences, à savoir un risque de redéfinition de leur entreprise, pouvoirs et budgets compris.
Ajoutant à cela les faits divers politico judiciaires, jetant le soupçon sur une corporation entière, la défiance s’est installée durablement envers les motivations réelles des prétendants à la représentation et envers la probité exigée par une délégation de pouvoir.
Pour finir, sans être la fin des explications mais simplement des pistes, la décentralisation n’a pas endigué le phénomène de perte de pouvoir réel des politiques au profit d’instances non publiques et dont la capacité de décision et d’influence sur l’économie et le social, le monde et les hommes, semblent parfois bien supérieures à celles des représentants politiques. La mondialisation est à ce prix nous a-t-on dit. Dans un rapport de force inversé entre pouvoir public et pouvoir privé, ce dernier cloue la question en influençant les décisions parlementaires par un lobbysme puissant, largement déterminant, en certains cas, sur l’orientation d’un texte de loi.
A quoi bon voter si c’est pour entretenir un régime sans pouvoir réel sur le monde et la société et servant uniquement à légitimer une caste politique s’affranchissant elle-même des lois élémentaires de la République?
La question est triviale, et pourtant bien présente aujourd’hui dans le calcul du rapport vote/non vote.

Or, loin de répondre à toutes ces questions, de prendre à bras le corps les problèmes engendrés, il semble que la seule réponse réelle des politiques aujourd’hui, passe par la tentative de la proximité.

:: Proximité vs démocratie ::
Car la proximité, cette « valorisation compulsive du proche », est bien une tentative de reconquête de la légitimité démocratique, dont il est espéré que l’offre politique compense les carences de l’action publique sur le plan social et électif, de même que les défaillances de la représentation :

Il s’agit en somme d’accréditer le dialogue et l’ouverture sans pour autant remettre en cause la division des rôles politiques. A cet égard, la démocratie de proximité, réduite au face à face élus/citoyens, permet d’empêcher l’approfondissement d’une véritable démocratie locale, construite sur des bases collectives et délibératives.

Ce hiatus entre démocratie locale et démocratie de proximité s’est concrétisé, par exemple, dans la politique locale du maire de Périgueux. Confondant au début les deux enjeux, croyant en faisant l’un qu’il faisait aussi l’autre, sa politique actuelle de proximité le dirige davantage vers un clientélisme de terrain, fait d’échanges et de services, appuyé par une surproduction de l’offre administrative. Il n’aura fallu que 11 mois d’expérimentation à Périgueux, pour constater la contradiction entre proximité et démocratie. Aussi peut-on lire en guise de litanie :

La mairie à vos côtés dans les quartiers.

La séquence de logique politique qui se joue pourrait se décomposer en :
Proximité / Quartiers / Lien social. L’espoir de la réélection tient à faire croire à l’amalgame entre cette logique et les réels résultats d’une politique générale.
C’est en ce sens que Michel Moyrand, loin de proposer un projet politique qui déploie la commune et ses citoyens vers un futur à moyen et long terme, (il n’a jamais rien proposé de la sorte), se concentre au contraire sur l’unique présent, une sorte d’« ici et maintenant » permanent, comme si, en définitive, la proximité dans le temps et l’espace se substituait à la politique elle-même.
C’est pourquoi il faut lire ce qui suit à la lettre:

Au final, on peut douter que la proximité entraîne la politique dans un cercle vertueux de légitimité. Elle traduit le « déclin » du politique autant qu’elle ne le consacre. Incapable de projeter la société dans l’avenir, de tracer des perspectives, le politique se dissout dans l’immédiateté du discours minimal de la présence.

Il y a en bien des points de quoi douter de l’efficacité d’une telle démarche, non en terme de résultat électoral immédiat, le clientélisme étant une satisfaction imminente. Mais c’est à l’horizon de cette pratique de la proximité, une fois la baudruche dégonflée, que l’on peut se poser la question de ce qu’il restera, de se demander sur quel type de sable l’action publique aura-t-elle été bâtie et quelles en seront les conséquences.

:: Bernard de Cazeau, Comte du Périgord :: 
Le défi est immense et s’adresse en premier lieu à ceux qui sont responsables de leurs représentants en démocratie: les citoyens. Les parlementaires, (ceux qui en tant que caste dirigent les deux Chambres), grâce au contrôle de la Constitution et à la maîtrise du pouvoir législateur, ont réussi à fonder une forme d’aristocratie élective et à détourner l’Esprit des Lois, en contredisant le principe d’égalité devant la loi essentiel à la République.
Par la décentralisation, cette aristocratie élective a permis de refonder les fiefs, les baronnies et la vassalité qui régissaient le découpage territorial d’Ancien Régime. Politiquement, administrer un territoire signifie comme l’expression le consacre, « tenir » un territoire, comme militairement l’on tient une position.
Depuis une vingtaine d’années, plus la démocratie se modernise et moins elle se démocratise. La difficulté réside moins dans le fait de se voir attribuer un mandat électif que d’être désigné, adoubé par un parti pour se présenter à l’attribution de ce mandat. Les pouvoirs que s’attribuent les représentants nationaux au niveau local, par ce principe de cumul de mandat unique au monde, permettent de renforcer le contrôle des territoires à défaut de servir le subalterne « bien commun ».
Pour illustration, le sénateur Bernard Cazeau a toute latitude au Parlement, pour travailler à la prospérité de ses pouvoirs locaux. Le système politico-financier, qu’il a avec ruse et talent, mis en place au Conseil Général de la Dordogne, lui assure non seulement l’absence de tout concurrent à son fauteuil, mais également la quasi certitude de la reconduction de ses mandats. Sous couvert du respect des lois démocratiques, le système, par un mouvement centripète, fini par évoluer en périphérie de ces mêmes lois démocratiques.
Eloigner la concurrence, s’assurer un cumul horizontal pour renforcer son cumul vertical et faire de lui un baron, ne saurait se faire sans contourner d’une manière ou d’une autre, l’Esprit de la démocratie, ou à tout le moins évoluer dans l’ombre des Lumières.

Qu’il s’agisse d’un élu socialiste ne fait aucune différence. Sa politique pourrait se diluer dans n’importe quelle idéologie, car ce n’est pas pour une politique qu’il évolue, mais pour lui-même.

:: La décentralisation comme proximité, ou la guerre des intercommunalités ::
Un dernier exemple du primat des intérêts politiques sur l’intérêt général, qui stigmatise l’état de trahison permanente envers la mission de gestion publique. Les intercommunalités sont des enjeux politiques majeurs. En Dordogne, il existe autour de Périgueux non une communauté d’agglomérations mais deux. La Chambre Régionale des Comptes, dans un rapport récent, en a relevé l’incurie à travers l’incohérence induite par le découpage territorial.
L’analyse administrative et géographique de la présence de ces deux communautés d’agglomérations fait conclure à une incohérence.
En revanche l’analyse politique de cette anomalie administrative, elle, devient parfaitement cohérente. Le maire de la petite ville de Boulazac, limitrophe de celle de Périgueux, est également président de la seconde communauté d’agglomérations. Or il n’a créé cette dernière que parce qu’il n’était pas certain de diriger la première, et que dans la seconde, sa petite ville était la plus grande. Aussi, le maire communiste, Jacques Auzou, craignant plus que tout le partage du pouvoir, n’avait plus à se confronter aux dirigeants socialistes de la première agglomération, source inconditionnelle de contradiction pour sa propre politique et ses ambitions personnelles.
Dans une réciprocité proportionnelle, les dirigeants socialistes de la première agglomération ne seraient plus importunés par les prétentions autocrates du dirigeant communiste.
Pressés par l’Etat de mettre un terme à cette aberration territoriale et administrative, les caciques locaux s’emploient dorénavant à trouver un terrain d’entente, afin que nul ne perde de son influence.
Depuis plus de dix ans, la politique bicéphale d’un même territoire engendre les pires consanguinités et des résultats contre productifs à travers des politiques communautaires concurrentielles, (via notamment la captation de la taxe professionnelle). Exemple parlant des vices et déviances de la décentralisation, quand les territoires ne sont gérés qu’en fonction des compétences transférées à travers des intérêts uniquement politiques.
Et c’est le même Etat, ayant introduit la décentralisation et libéré les atavismes médiévaux et les appétits carriéristes, qui est obligé aujourd’hui d’en corriger les déviances et les dérives.

Pour aller plus loin, quelques articles et essais à la source de cette modeste et maladroite présentation de ce thème :

Marion Paoletti
Décentraliser d’accord, démocratiser d’abord (La découverte)
La proximité dans le champ politique
Colloque (CERAPS/lille et CRAPE/Rennes)
Pierre Rosenvallon
La Légitimité démocratique (Seuil)
Christian Le bart / Rémi Lefebvre
La proximité en politique – Usages, rhétoriques, pratiques, (PU Rennes)
Lionel Arnaud, Rémi Lefebvre, Christian Le Bart
Ideologie et action publique territoriale, (PU Rennes)
Christian Salmon
Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, (La Découverte)

La CAP Cinéma dévoile son Plan de Démagogie Urbaine

:: Prologue ::
Ce billet est particulièrement long. A cet égard et en deux mots. Le Plan de Déplacements Urbains de l’agglomération périgourdine se voit doté de concertations avec les habitants qui sont faibles et incomplètes. Beaucoup d’autres choses pourraient se faire pour garantir le dialogue entre population, élus, techniciens, associations. C’est pourquoi se targuer aujourd’hui de « démocratie participative » pour un tel dispositif est une usurpation.

SOMMAIRE
1. Introduction caustique
2. Le PDU, la Loi, le Citoyen
3. La Communauté d’agglo et la démocratie représentative
4. Les étapes du PDU
5. La démocratie participative de C. Bérit-Débat
6. Après les mots, les actes
7. Et ailleurs ils font comment ?
8. Epilogue à l’attention de Monsieur Bérit-Débat
9. Documentation sur le PDU
10. Fin du 1er acte

Monsieur Claude Bérit-Débat, maire-sénateur-président-qui-ne-cumule-aucun-mandat, a eut l’honneur, dans les colonnes déployées du journal la Dordogne Libre en date du 24 novembre 2008, de nous présenter sa vision sur l’organisation des futures consultations publiques, dans le cadre de l’élaboration du projet définitif du Plan de Déplacements Urbains de la Communauté d’Agglomération Périgourdine et de la commune de Boulazac. Ouf ! C’était long mais le plus dur est fait.

Pour cet homme de dialogue, qui vient d’obtenir son Contrat d’Aptitude Parlementaire, il n’est pas encore temps de se contenter d’un train de sénateur, comme y tiennent pourtant les cheminots, qui verraient bien un PDU avec des trains partout, des gares, des rails, des caténaires et des pistes cyclables pour les jours de grèves, accessoirement bien sur.

OYEZ OYEZ ! Venez nombreux dans la nouvelle démocratie participative de la CAP, nous lance, joyeux, son président. Car il sait bien que les 4 scénarii du PDU ne sont pas cumulables, malheureusement, à l’inverse de ses mandats. Il faudra donc trancher, ou mixer les propositions actuelles. Dans une super production des déplacements urbains de la CAP et des communes, il faut aujourd’hui élire le scénario idéal, avant que son réalisateur ne commence le tournage.

Plus sérieusement, on se doit d’analyser les enjeux démocratiques liés au profil du PDU à choisir pour et par la communauté, chère communauté. Les lois en vigueur obligent à la consultation des citoyens, (Code de l’Environnement et Code de l’Urbanisme), ainsi que sur l’objectif démocratique de ces consultations, (c’est un objectif donc cela dépend de celui qui vise), depuis la loi Bouchardeau relative à la démocratisation des enquêtes publiques.

Que fait donc Monsieur Claude Bérit-Débat de mieux que la loi prescrit, de sorte que sa démarche est dite participative, à savoir plus démocratique encore que ne l’avait prévu le législateur ?
Aussi, pioche-t-il des mots à la mode dans le vocabulaire politique pour habiller avec force de paillettes et mascara le trois pièces législatif, ou bien est-il réellement en train de proposer une démarche politique justifiant l’AOC participative ?

:: Le PDU, la Loi, le Citoyen ::
Le Plan de Déplacements Urbains, obligatoire pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants depuis 2000, est un dispositif issu de la Loi d’Orientation des Transports Intérieurs (LOTI) de 1982. Il aura fallu attendre la Loi sur l’Air et l’Utilisation Rationnelle de l’Energie de 1996, et le point important de la réforme, la Loi de Solidarité sur le Renouvellement Urbain, (SRU), de 2000, parachevant le cadre juridique des PDU.

Tout l’enjeu du PDU réside dans l’équilibre entre l’organisation des transports, (tous déplacements confondus), leur égalité d’accès pour la population, (volet social) et la protection de l’environnement et de la santé, (volet écologique et sanitaire).

Un PDU contient des orientations obligatoires à présenter par les agglomérations :

– la diminution du trafic automobile,
– le développement des transports collectifs et des moyens de déplacement économes et les moins polluants,
– l’aménagement et l’exploitation du réseau principal de voirie d’agglomération,
– l’organisation du stationnement sur le domaine public, sur voirie et souterrain, en privilégiant les véhicules peu polluants,
– le transport et la livraison des marchandises,
– l’encouragement pour les entreprises et les collectivités publiques à favoriser le transport de leur personnel, notamment par l’utilisation des transports en commun et du covoiturage.
– l’amélioration de la sécurité des déplacements,
– la mise en place d’une tarification et d’une billétique intégrées pour l’ensemble des déplacements favorisant l’utilisation des transports collectifs « par les familles et les groupes » et « incluant sur option le stationnement en périphérie », dans le but de limiter l’accès des voitures au centre-ville,
– l’organisation et la gestion du stationnement des véhicules sur voirie et dans les parcs publics de stationnement.

Donc, par exemple, lorsqu’on entend le maire de Périgueux déclarer dans le journal qu’il veut diminuer le trafic automobile en ville, cela tombe bien, plutôt bien, puisque c’est une des orientations obligatoires d’un PDU. Pas de mal à se draper de la vertu du volontarisme quand la loi vous y oblige, n’est-ce pas ? Mais quand on sait qu’il enterre des projets de premier plan (Bas Saint Front) dont l’objectif premier est de diminuer ce même trafic, alors là, ça tombe vraiment très mal.

:: La communauté d’agglo et la démocratie représentative ::
Par-ti-ci-pa-tive, le maître mot de la campagne de communication de la CAP dans le cadre de l’élaboration du PDU. Mais avant d’en jeter davantage, il faut rappeler quelques faits concernant les habitudes démocratiques de la CAP.
En premier lieu, le conseil communautaire, ceux qui décident pour les habitants, sont élus hors la vue des citoyens, au suffrage indirect.
Ensuite, les séances du conseil communautaire, où sont prises les décisions, sont tenues dans la pénombre. N’a-t-on jamais vu la CAP lever le petit doigt pour inciter les habitants à assister aux délibérations?
Enfin, la communication au public des décisions du conseil, jugez par vous-même sur le site Internet de la CAPle 30 Mai 2008.

Autant dire que la désignation des élus, les décisions des élus et la communication de ces décisions, souffrent d’une carence démocratique réelle.
C’est pourquoi il est peu avisé de parler de démocratie participative sur un projet, le PDU, un cas particulier, quand l’ensemble du fonctionnement de la structure est démocratiquement opaque, voire volontairement embrumé. Cela revient à soigner un rhume au lieu d’intervenir sur une scoliose, mais comme le discours politique est invertébré pour s’adapter à toutes les contorsions, c’est censé passer inaperçu.

:: Les étapes du PDU ::
Aujourd’hui, après l’élaboration de différents principes d’orientation générale, la CAP entend présenter aux citoyens, pour recueillir leur avis, l’ensemble du projet.
Cette démarche s’inscrit dans un processus long et complexe, depuis le diagnostic jusqu’à la décision finale. La contrainte légale ne se situe pas à ce niveau, pas encore, mais à celui de l’enquête publique, obligatoire.
Cette enquête publique prendra place entre la consultation pour avis des Personnes Publiques, (institutions), et la délibération en conseil communautaire devant rendre le projet applicable.
Ce qui surprend, c’est d’en appeler à la démocratie participative pour nommer une cession de présentation du projet et de consultation des habitants, avant l’étape de l’enquête publique, dont la consultation est justement là pour en garantir le bon fonctionnement.
Les élus ne répètent-ils pas à longueur de temps que la décision leur appartient, de sorte que personne ne puisse distinguer « c’est moi qui décide » de « cause toujours tu m’intéresses » ?

:: La démocratie participative de C. Bérit-Débat ::
Interview du journal Dordogne Libre du 24/11/08
DL : Quelle place aura la parole de la population alors que ce sont finalement les élus qui choisiront le scénario définitif ?
C. Bérit-Débat :

Il me semble intéressant que tout le monde puisse s’exprimer, même si c’est souvent critique.
On va donc donner à la population tous les éléments en notre possession puis elle aura la parole. Même si nous prendrons les décisions qui s’imposent, je tiendrai compte des réflexions en fonction des moyens que j’aurai à ma disposition.

Citons encore, (Cf. site CAP novembre 2008) :

… l’élaboration de ce PDU se fait et continuera à se faire dans la transparence la plus totale et la concertation. J’y tiens. Il y aura un vrai débat public, et nous y mettrons le temps qu’il faudra. (Oui, 1 mois).

Ou encore sur la web TV de la CAP en juillet 2008 :

Comment on peut favoriser l’émergence ou la pratique d’une démocratie directe ? Nous allons avoir un très très bon exercice de ce type avec le PDU, puisque notre PDU va être soumis à enquête publique et nous sommes engagés dans une démarche où les citoyens auront la parole (sic).

Et plus loin :

On met une démarche de concertation, de démocratie, ou directe ou citoyenne ou participative, en sachant que ceux sont quand même les élus, les élus communautaires, ou quand c’est mis en place à l’échelle d’une commune, les élus municipaux qui décident.

Voilà pour les déclarations d’intention et la conception générale de la démocratie, « ou directe, ou citoyenne, ou participative », on verra bien. Notez que parler dans la même phrase de démocratie directe dans laquelle la décision revient aux élus, ne manquerait de faire exploser de rire nos amis helvétiques.
Certes on sent l’intention louable, rendons en lui hommage, mais tout cela demeure trop confus et approximatif pour être un réel projet politique en voie de concrétisation.
On pourrait attendre d’un élu un peu plus de rigueur quand on s’attaque à de tels sujets, qui ne sont après tout, que le socle de notre société et de l’usé jusqu’à la corde « vivre ensemble ».

:: Après les mots, les actes ::
Histoire que les deux concordent, un peu quand même, voici le dispositif mis en place par la CAP pour s’assurer de mener une démarche participative : une vaste consultation des habitants, visant à présenter le projet pour recueillir leur opinion.

Trois réunions publiques programmées les 1, 4 et 8 décembre, (20h30), et à Périgueux, Trelissac et Chancelade. 3 p’tits tours et puis s’en vont.
– Mise en ligne d’un forum de discussion sur le site Internet de la CAP.
– Mise en téléchargement d’une plaquette d’information très très générale de 4 pages.
– Distribution dans les boîtes aux lettres, en partenariat avec la Dordogne Libre, de la présentation des intentions de la CAP.

Chargé d’animer les débats autour de la présentation du projet au public, heu, débats participatifs, est nommé un monsieur Loyal expliquant dans la Dordogne Libre le déroulement attendu.
– Une présentation du PDU d’une dizaine de minutes. Cela ne fait jamais que 2.5 minutes par scénario, autant dire qu’on est en plein court métrage.
– Tout cela pour que « les gens soient les principaux acteurs du dispositif mis en place ». A défaut d’acteurs, on parlera au final de figurants, nous verrons bien.
– Mais pourquoi tant d’efforts Monsieur Loyal ? Car, « en appliquant les règles de la démocratie participative, on enrichit automatiquement le débat ».

Récapitulons. Cet animateur va appliquer les règles de la démocratie participative et cela consiste à donner la parole aux gens et favoriser un lieu d’écoute. Parce que la finalité de la démocratie participative, c’est bien sur d’enrichir le débat : de quoi osciller entre pitié et irritation. Les deux sûrement. Ne nous énervons pas et laissons à l’animateur le soin de chauffer la salle plutôt que de discourir vainement sur des sujets complexes.
Ca y est nous sommes en démocratie participative grâce à la CAP, car à toi le citoyen, il ne te manquait que la parole. Voilà en substance le message essentiel et profond que l’on doit accepter.

:: Et ailleurs ils font comment ? ::
A télécharger pour l’occasion, un rapport de 2002 du Centre d’Etudes sur les Réseaux, les Transports l’Urbanisme et les constructions publiques, (CERTU), intitulé :

L’ENQUETE PUBLIQUE DES PLANS DE DEPLACEMENTS URBAINS
Enquête publique et concertation :
Quelques recommandations

Dans le cadre de l’élaboration des PDU, ce rapport analyse 27 enquêtes publiques entre 1999 et 2000 et 5 cas de concertation + enquête publique, particulièrement détaillées.
En introduction, le renforcement des enquêtes publiques est clairement posé, via des concertations préalables :

Toutefois, il serait illusoire de penser que la seule enquête publique pourrait suffire à mobiliser largement la population, s’il n’y a pas eu avant, c’est-à-dire tout au long de la démarche d’élaboration, une volonté de concertation concrétisée par la mise en place d’un processus formalisé (information, groupes de travail, réunions publiques…).

L’objectif de cette étude est de proposer des recommandations pour améliorer le dialogue au cours des enquêtes publiques. Il est reproché aux enquêtes publiques leur rigidité et d’intervenir en aval des projets. Donc la principale des propositions, c’est d’organiser une continuité accompagnant toute la démarche d’élaboration, à travers l’information, la communication, la concertation, le dialogue. ‘Concertation’ est ici entendu en ce sens :
Politique de consultation des personnes intéressées par une décision avant que celle-ci ne soit prise’.

Autrement dit et c’est très important. Les consultations ne sont pas une fin en soi, car elles n’ont aucune valeur légale ni contraignante. En revanche elles sont un dispositif essentiel, en pré requis de l’enquête publique, cadre obligatoire et légal, dirigée non par l’agglomération mais par une commission d’enquête indépendante et nommée par le Tribunal Administratif.

Remarquez qu’à ce stade, nous nous dirigeons tout droit vers ce que propose la CAP, sans avoir évoqué une seule fois le terme « participatif », pas besoin il n’est pas approprié. L’exercice facultatif de la concertation, à l’inverse de l’enquête publique obligatoire, lui donne pourtant tout son sens, à moins de demeurer une étape administrative creuse et raide.

Aujourd’hui, la CAP nous propose d’appeler démocratie participative, un dispositif d’information et de concertation avec les habitants, accrochez-vous si vous l’avez oublié, de TROIS réunions en UN mois pour un bassin de population de 60 000 personnes. A chaque passage on devrait remplir un zénith ! Prière de ne pas oublier LA réunion de synthèse dont la date n’est pas fixée. De plus, Ces réunions sont fixées en novembre 2008, alors que l’enquête publique aura lieu en 2010 ! Et c’est exactement un des écueils décrits dans le rapport que de trop espacer la concertation de l’enquête. Pas de bol.

C’est pourquoi, préférant s’en remettre à des actes que se payer de mots, nous faisons état de quelques dispositifs de concertation qui ont fait leur preuve, selon différents degrés du dispositif démocratique, à savoir :
1. Information / Communication
2. Consultation
3. Concertation
4. Délégation de décision ou attribution de budget

(Cela paraît encore une aberration pour notre actuelle génération d’élus locaux, mais ce genre de dispositif fonctionne déjà concrètement en d’autres territoires depuis une dizaine d’années).

1. Information, communication, sensibilisation
1.1 Exposition permanente présentant le projet
1.2 Exposition itinérante
1.3 Plaquette d’informations claires et pédagogiques (sites EPCI, bulletin officiel, publipostage)
1.4 Relais d’information dans médias locaux
1.5 Editions spéciales de large diffusion
1.6 Site internet dédié au sujet
1.7 Forum d’information thématique
1.8 Diffusion du porter à connaissance de l’Etat
1.9 Ouverture d’une « permanence PDU » pour toute demande de renseignement

2. Consultation
2.1 Enquête d’opinion (attentes, besoins, enjeux, actions prioritaires)
2.2 Référendum consultatif
2.3 Questionnaires aux associations

3. Concertation
3.1 Réunions publiques : débats, échanges, dialogues
Noter par ex. que cela a pris une année dans le cadre du PDU grenoblois : 65 réunions.
3.2 Groupes de travail et réunions thématiques avec les associations, (usagers, environnement, personnes handicapées, etc.)
3.3 Réunions hebdomadaires entre élus, associations, techniciens, public, (une année à Lille par ex.)

Evidement cette liste d’outils permettant une réelle implication de l’ensemble des intéressés n’est pas exhaustive. Il n’est pas interdit d’innover et d’inventer, d’autant que ce rapport date de 2002. Nous avons volontairement laissé de côté la question de l’enquête publique en elle-même et y reviendrons le moment venu. Dans tous les cas, et à défaut de démocratie participative, on peut constater tout ce qu’on peut faire et qui n’est pas fait sur l’agglomération périgourdine. On doit remarquer aussi, tout n’est pas négatif loin s’en faut, que certaines choses ont aussi été menées.

:: Epilogue à l’attention de Monsieur Bérit-Débat ::

Monsieur Bérit-Débat
Au fond, il n’est jamais demandé que la concrétisation de vos intentions en un réel dispositif, efficace et juste, de concertation entre tous ceux qui forment la communauté d’agglomération. Car il s’agit bien d’une communauté que nous partageons. Il serait dommage que ce rendez-vous que vous appelez de vos vœux, ne soit manqué en l’absence d’un dispositif plus conséquent que le balbutiement actuellement proposé.
Vous savez bien que l’on ne fait pas une démocratie participative avec 3 réunions et un forum sur Internet. De même que l’on ne fait pas de l’ébénisterie en plantant un clou dans une bûche.
Nous vous invitons, « communautairement », à renforcer le dispositif de concertation avec la population et les associations, afin d’anticiper une enquête publique que nous souhaitons de première qualité, tant en terme démocratique que politique.
Mais s’il vous plaît, il n’est pas besoin, pour cela, d’en appeler à une « démocratie participative » qui n’est en aucun effective en l’état, au seul prétexte de vouloir écouter ce que les citoyens vous disent. C’est pourquoi appliquer ce terme à votre dispositif confine à la démagogie et la communication politique.

Merci par avance de votre compréhension.

:: Documentation sur le PDU ::
Etude la plus complète le porter à connaissance de l’Etat, MIAGE, 2006
Plaquette de présentation des scénarii de la CAP sur le site de la commune de Boulazac
Plaquette d’information de la CAP 4pages qui dit mieux, sur le site de la commune de Périgueux par exemple
Pour en savoir plus sur les arguments en faveur du rail, sur le site du collectif ETAPE
Rapport du CERTUtéléchargement en pdf

:: Fin du 1er acte ::
Tout cela n’est donc qu’un début, continuons le débat. Nous en reparlerons très bientôt.