Propagande pour bas du front ?

BAS ST-FRONT : LES HABITANTS ET USAGERS SE CONCERTENT

La ville de Périgueux poursuit les études d’aménagement du quartier Saint-Front et des abords de la cathédrale. L’équipe municipale, qui accorde une grande importance à la concertation et aux avis des usagers, a choisi de renouveler la participation du comité consultatif du Bas Saint Front aux études d’aménagements urbain. Chargé par ses avis d’éclairer la pertinence des choix faits, ce comité s’est réuni à la mi-juin pour examiner les propositions des concepteurs sur la place de la Clautre et l’avenue Daumesnil. L’inscription de membres supplémentaires permet d’articuler cette instance aux autres commissions intégrant des Périgourdins qui vont accompagner la vie municipale (voir la liste des commissions extra-municipales sur le site internet de la Ville : www.perigueux.fr)

Ce texte est tiré du bulletin municipal bulletin-municipal. Il n’était pas au programme d’en parler, mais, chemin faisant, on se surprend à se demander :

Diantre nous prend-on vraiment pour des bas du front ?

Le Code de l’Urbanisme, nous en avons déjà parlé, est très clair, à l’article L 300-2 :

I – Le conseil municipal ou l’organe délibérant de l’établissement public de coopération intercommunale délibère sur les objectifs poursuivis et sur les modalités d’une concertation associant, pendant toute la durée de l’élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées dont les représentants de la profession agricole, avant :
a) Toute élaboration ou révision du schéma de cohérence territoriale ou du plan local d’urbanisme ;
b) Toute création, à son initiative, d’une zone d’aménagement concerté ;
c) Toute opération d’aménagement réalisée par la commune ou pour son compte lorsque, par son importance ou sa nature, cette opération modifie de façon substantielle le cadre de vie ou l’activité économique de la commune et qu’elle n’est pas située dans un secteur qui a déjà fait l’objet de cette délibération au titre du a) ou du b) ci-dessus.

Encore heureux que la mairie ait choisi, sous la contrainte de la loi, de consulter les citoyens ! Nous devons marquer une infinie gratitude à nos élus de bien vouloir appliquer le Code de l’Urbanisme et de consulter les gueux que nous sommes sur des projets aux conséquences profondes sur leur vie quotidienne.

A la demande du maire, le projet a été soumis à modifications, il a été subdivisé en deux projets distincts contre l’avis général, pour remettre en cause la faisabilité de l’acte 1, la place Mauvard.

Nous avions parlé exactement du même subterfuge de l’ancienne équipe municipale. A savoir celui qui tend à faire croire, pour une question d’image et de propagande mayorale, qu’il agit de bonne grâce, par consultations citoyennes, alors que ces dernières sont obligatoires. Nous avions épinglé le maire-ministre sur cette instrumentalisation de la loi durant la campagne, nous ne pensions pas que le nouveau maire s’en inspirerait si vite.

Ces techniques d’auto promotion dans un bulletin municipal, bien que courantes, ne sont qu’une manipulation de la réalité. Quand l’élasticité de cette réalité est par trop malmenée, et ramenée à la question de la vérité, cela s’appelle tout simplement du mensonge.

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Projet « Bas Saint Front », concertation

La ville de Périgueux met en place une commission consultative extra municipale dans le cadre du projet d’aménagement du bas Saint Front, dite commission du « Bas Saint Front ». Le premier rendez-vous est fixé au mois de Juin.

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Il s’agit pour le nouveau conseil municipal de savoir s’il continue ou non le projet et dans quelle mesure il le modifie. Pour autant il faut souligner l’effort d’associer les habitants à ce projet et d’agir de concert avec eux. Cette expérience participative, avec toute la fraîcheur de la nouvelle équipe, sur un sujet fondamental pour Périgueux, au cœur de ses fondements historiques et identitaires, sera donc l’objet, au fur et à mesure, de toute notre attention.

C’est pourquoi à partir de ce premier article, nous mettrons en ligne toutes les informations à notre portée pour que chacun puisse suivre l’évolution conjointe de ce mode participatif ainsi que le projet en lui-même.

Pour mémoire, ce projet existe depuis un moment et a déjà fait l’objet de réunions de concertations avec les habitants, ce qui a permis de dégager un lauréat du concours organisé par l’équipe municipale précédente. L’association Renaissance du Greffe a participé activement au projet depuis plusieurs années et a fait partie de la commission qui choisit le projet lauréat. Ce projet a été aussi âprement débattu en conseil municipal aux différentes étapes de l’élaboration, nous en fournirons une synthèse si besoin était, afin d’en saisir quelques subtilités politiques et humaines.

Aux dernières nouvelles, il faut lire l’article de la Dordogne Libre dans lequel le maire parle du projet, où il expose 3 possibilités qui se présentent, selon les capacités d’investissement à dégager :

1. Réaliser le projet dans son ensemble, aménagement + parking souterrain
2. Réaliser l’aménagement sans le parking
3. Réaliser le parking uniquement

:: LE CONTEXTE ::

La cathédrale Saint Front est depuis trop longtemps otage du trafic routier, cernée de tous côtés par les routes et les stationnements. Elle est pourtant un des éléments emblématiques de la ville, à l’origine de la fondation du quartier historique, la ville du Puy-Saint-Front, longtemps autonome et de tradition communarde, ne serait-ce que dans l’esprit et l’histoire. Le Puy-Saint-Front fut, après Montmartre, la deuxième commune libre de France en son temps.

Le Puy-Saint-Front a toujours eu une identité forte. Que ce fut à l’époque des consuls, où l’on frappait monnaie en combattant les anglais, pris en tenaille entre les frères ennemis de la Cité et les fourberies d’Archambaud; à l’époque de la Commune, où l’on s’inscrit contre les versaillais et soutient les révoltes de cheminots contre les commandes militaires de Versailles: où l’on a pu croiser l’Empereur des rues Neuves, dans le quartier des Turcos, (Télécharger « Mourgoux, maire des rues Neuves »). Les grands-pères sur le marché, dont le mien avant, racontaient le Puy-Saint-Front à leur époque, où l’on allait pas comme ça, en tout cas la Police. Parlez-en à Dédé, samedi sur le marché, (le matin de préférence).

 

 

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Premier plan du Puy-Saint-Front connu, François Belleforest, 1575

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« L’ou s’ei de la Ruo l’Omperour! Si n’ai pas touto la valour de l’Autre per la canounàdo n’ai pas pôu d’uno charmenàdo« . R.B

L’histoire de ce quartier y est aussi riche que son patrimoine architectural et incite à la modestie celui qui veut le modifier. Dans le sens où l’on espère qu’il le modifiera avec modestie. La rénovation de la cathédrale par l’architecte Paul Abadie y a été un succès mitigé pour l’époque, entre le bysantin de coupe mécanique et le courant de restauration de Viollet-le-Duc, il a eu le mérite de ne pas la laisser s’effondrer définitivement. Avant les travaux, Victor Hugo avait offert à Périgueux en visitant la cathédrale qu’elle était « un mélange d’architecture et de hasard« .

Avec la destruction du grand moulin de Périgueux, le remaniement des berges de la rivière l’Isle et la création du boulevard Georges Saumande à la fin du XIXème siècle, les périgourdins furent coupés de leur rivière, ont dit que Périgueux lui tourne le dos. Avant la route, Périgueux plongeait littéralement dans la rivière de par ses berges et l’eau à fleur de bâtiment par endroits.

 

 

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Photos de Edouard-Denis BALDUS, 1860
Sur le site de la mairie de Périgueux

A une époque plus tardive, sous Yves Guéna, a eu lieu un second traumatisme local. L’autorisation donnée de construire l’hôtel Ibis en pied de la cathédrale, susnommé adéquatement « La Verrue » ainsi que les grands immeubles de logements collectifs qui n’ont rien à envier au surnom de l’hôtel. En son temps, le projet d’hôtel avait été conspué par beaucoup d’habitants. Des photos anciennes montrent toute la beauté de l’édifice se reflétant intégralement sur la rivière, ce n’est plus possible aujourd’hui. L’aménagement de la place Mauvard, entre l’hôtel et les logements collectifs, n’a jamais été pensé, jusqu’à aujourd’hui, autrement que comme un « trou ». D’ailleurs, on notera encore l’existence d’un petit îlot de friche, que je trouve avec le temps, à titre personnel, aussi insolite que charmant dans le contexte du bâti ancien.

Le projet d’aménagement du bas Saint Front est donc lié à la place de la Clautre et sa liaison avec la place Mauvard, la rue d’Enfert-Rochereau, l’avenue Dausmenil et le boulevard Georges Saumande. Cet ensemble de places et de rues forme l’étau routier, métallique et bitumeux, qui étreint la cathédrale.

:: LE PROJET ET LES ENJEUX ::

Au-delà de la problématique purement urbaine, qui n’est jamais isolée, on s’aperçoit que des thèmes importants sont en jeu, sur le plan social, historique et culturel. D’autre part, pour mémoire, la cathédrale St Front est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce qui, en terme d’enjeu pérogourdin et supra communal, devrait se traduire par une attention plus que particulière.

La rivière
Les périgourdins peuvent se réapproprier cette rivière, en rétablissant le contact avec elle, par un accès facile et direct. Que les berges immédiates servent uniquement de stationnement pour les camping car pose un problème ou en tout cas une question. Ne pourrait-on pas en faire quelque chose de plus utile pour le périgourdins, sans demander aux visiteurs de bivouaquer à l’extérieur de la ville ?

Les voies de déplacement
Desserrer l’étau routier autour de la cathédrale est primordial dans le projet. Le problème vient de ce qu’une quantité très importante de véhicules utilisent ses axes pour traverser Périgueux quotidiennement. La liaison avec la rue Saint Front est cruciale en l’état et cette dernière reçoit sauf erreur l’équivalent de 10 000 véhicules/jour, (volume égal à celui de la RN 221 par exemple).
Pour autant il va bien falloir trouver une solution pour libérer le transept Nord de la cathédrale.

Le stationnement
Le projet du bas Saint Front comporte également l’aménagement de la place de la Clautre. Cet espace de Périgueux, un des plus importants de la ville, est également à libérer des véhicules par une destination plus piétonne et plus verte. Il s’agira également de garantir l’accès au marché de plein vent pour les professionnels, ce qui n’est pas si évident dans la pratique.

D’où également le projet de parking souterrain, qui est la pierre angulaire des aménagements de surface. A terme, à l’horizon des 20 ou 30 prochaines années, nous savons que notre pratique de la ville et du déplacement auront changé. Les voitures seront stationnées en périphérie de la ville et les transports en commun seront de rigueur. Le défi environnemental et l’évolution de la ville passeront par cette solution. En préparant cette mutation, les parkings de centre ville sont nécessaires et souterrains si possible.

Les espaces piétons
La place Mauvard est un parking devant devenir un espace paysager pour piétons, créant un lien direct entre la ville et la rivière par le biais d’une grande perspective ouverte.
La place de la Clautre et le haut de la rue Taillefer, le parvis du transept Nord de la cathédrale et l’avenue Daumesnil devraient devenir des zones 30 avec des trottoirs élargis.

Concernant la liaison piétonne entre la place Mauvard et la place de la Clautre, via la place du Thouin, il semble y avoir un problème. Il est prévu un ascenseur partant du pied du mur d’enceinte et arrivant place du Thouin. Si l’on comprend la justification d’un tel équipement, en revanche, on peut prévoir un cout exorbitant pour sa réalisation.

:: LE PROJET LAUREAT ::

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Plaquettes de présentation du projet en pdf
Plaquette n°1
Plaquette n°2
Plaquette n°3

On peut également visionner le film d’animation qui synthétise le projet.
[youtube]http://fr.youtube.com/watch?v=LBgwECgDTYQ[/youtube]

La vidéo a été  réalisée par :

NÉOMONDE

PRODUCTION AUDIO VISUELLE

IMAGES DE SYNTHESE/VIDÉO

www.neomonde.fr

OO33.553.63.59.49

0033(0)6.83.36.7767

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:: APPROCHE GLOBALE ET PLAN LOCAL D’URBANISME ::

Le projet a bien entendu un impact plus large que le quartier Saint Front en lui-même. Il fait partie d’une logique globale, communale et supra communale, contenue dans le PLU de Périgueux. Ce document essentiel, fondateur des règles d’urbanisme des prochaines années, n’est pas encore applicable à Périgueux. Il ne reste plus qu’une approbation en conseil municipal pour qu’il le devienne. La nouvelle municipalité entend y apporter sa « griffe » avant de l’entériner.

Globalement, le PLU en projet vise à « mieux qualifier les différents pôles d’attractivité », à améliorer la fluidité des cheminements piétons en incitant à la promenade notamment et à favoriser la circulation des deux roues. La réappropriation des berges de la rivière fait aussi partie des objectifs du PLU. En ce sens, la CAP travaille déjà à ce programme intercommunal avec le projet des Berges de l’Isle et la voie verte qui emportent aujourd’hui l’adhésion générale.

Qu’on ne s’y trompe pas ; il s’agit d’un temps long. Il faut aujourd’hui anticiper ce que sera la ville à moyen et long terme, à l’horizon 2030. La facture économique et environnementale de nos déplacements étant en l’état une aporie absolue, c’est une véritable mutation des usages et des capacités à se mouvoir qui est à l’étude.

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Marchés dans le vent

Depuis quelques jours, un débat s’amplifie autour d’un projet municipal, porté pendant la campagne électorale, les marchés de pleins vents dans les quartiers. Le projet consiste à implanter des marchés dans les différents quartiers de Périgueux, sur le modèle de ce qui existe places de la Clautre et du Coderc.

De la bouche d’un conseiller municipal, Cf. article de la Dordogne Libre du 05 05 08, l’objectif est de « …revitaliser la vie de certains quartiers et apporter des services nouveaux à la population« .

La réaction a été rapide. Une partie des commerçants et marchands de la Clautre et du Coderc appellent à la vigilance sur la mise en place du projet de multiplication des marchés de pleins vents, Cf. article de Sud-Ouest du 10 05 08. Une autre partie s’inscrit directement contre ce projet appelé de « délocalisation », en faisant circuler un tract indiquant les risques économiques qu’engendreraient la multiplication des marchés dans Périgueux.

Dans l’article du 12 05 08, l’article de Sud-Ouest relate l’intervention de la mairie pour apaiser les esprits échauffés et inquiets des bourrasques suscitées.
Le conseiller municipal en charge du dossier ainsi que le maire interviennent, enfin, diront certains…

Ce qui est intéressant, au delà du problème des marchés de pleins vents, de leur « délocalisation », « multiplication », de leur cohérence ou de leur futur échec, c’est le traitement de l’information et la communication de la mairie.

Les titres des journaux sont éloquents:

Dordogne Libre du 05 05 08: « Les marchés de quartiers ont-ils un intérêt ? »
Sud-Ouest du 10 05 08: « Grogne au Coderc »
Sud-Ouest du 12 05 08: « Le Coderc se rebiffe »

Les références aux Tontons Flingueurs sont entre les lignes, dans l’éparpillement du marché, entre les tomates et les navets…

« J’m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévère ! J’vais lui montrer qui c’est Raoûl. Aux quatre coins de Périgueux (Paris) qu’on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse, j’ventile… »

C’est plus Raoul qu’on l’appelle, c’est Michel, Michel Audiard bien sûr.

Dans le dernier article de Sud-Ouest, qui fait comprendre que le Maire a été forcé de préciser sa position, ce dernier s’en remet pour toute justification à une demande des riverains en sous-entendant des manœuvres politiques pour dramatiser et plomber le projet. A défaut de plein vent, le projet est vent de face.

Ce qui est frappant, dans le cadre des préoccupations de La Chouette, c’est que l’annonce de la réalisation de ce projet par un conseiller municipal, en mai 2008 pour septembre 2008, fut faite sans aucune préparation avec les habitants, les marchands et commerçants concernés. On comprend aisément la volonté municipale de réaliser son programme et de répondre à la demande de certains riverains.

Mais où sont donc les concertations préalables, le travail de communication et d’échanges en amont avec les principaux intéressés, les rencontres délibératives, le recours à l’intelligence collective si âprement cantonné?
Il n’y en a aucune trace, c’est en l’état, un modèle de démocratie anti-participative. Pourtant, cette démocratie participative était dans le projet de campagne, au même titre que les marchés de quartiers.

Informations et concertations préalables, communication précise du projet et sensibilisation des intéressés par une étude d’impact économique et social, auraient surement évité ce tollé, ce plantage de communication politique et ce pain béni pour l’opposition qui n’a plus qu’à surfer le sujet.

Que ne faudra-t-il pas déployer maintenant pour que le projet ne soit pas vécu comme un passage en force municipal? Comment ne plus patauger dès lors en pleine symbolique de 49-3?

Tout va s’arranger par le dialogue, nous dit le Maire.
– Mais, Monsieur le Maire, et si tout commençait par le dialogue?

Espérons donc au final que cet épisode ne soit que la bavette mal taillée d’un conseiller enthousiaste; l’erreur est humaine.