Confit d’oie, journalisme et corruption

Hasard du calendrier, c’est pendant les élections régionales que le Conseil Général de Dordogne s’est déployé pour la première fois et en direct sur l’internet. Le jeudi 11 février, il était ainsi possible d’assister à la séance du budget 2010, la messe n’avait qu’à bien se tenir.

Jusque là rien qui ne mérite commentaire. L’ADSL a plus de 10 ans, et depuis bien longtemps, dans la contrée éloignée qu’est la France, nombre de collectivités retransmettent les séances publiques sur le réseau. De là à célébrer cette première dans la baronnie périgourdine, c’est une autre paire de manches.

C’est vrai, il eut été de bon aloi de faire honneur au baron et à sa cour, en moult génuflexion high-tech devant son droit de franc-fief numérique. Toc toc toc, plaise à la cour, entre le président !

Prends garde à ta queue Ysengrin il commence à geler…

:: Alors parlons d’un vrai sujet ::

A l’occasion de cette première très péridourdine, vous aurez noté que le quotidien Sud Ouest a ouvert ses colonnes à l’évènement. Et largement même, puisqu’il y fait témoigner des zinternautes, des gens qui vont sur l’internet:

Pour cette première diffusion, nous avons demandé à des citoyens périgordins familiers du Net de donner leur avis.

D’un côté il y a l’avis d’un blogueur, JF Cros et de l’autre François Pelatan, sans autre précision sur son lien avec le réseau. Alors nous y voilà. Le journaliste de Sud Ouest qui a organisé ça, m’a convié le 11 février, à produire un commentaire dans son journal sur ce même sujet.

J’ai évidement refusé. Pourquoi commenter un évènement aussi futile, consistant à rattraper un retard typiquement local, alors que dans le même temps, des sujets bien plus importants errent dans les friches de l’indifférence. En particulier celui du niveau de corruption qui n’est pas anodin mais contre lequel personne ne s’élève. Et surtout pas, surtout pas les médias locaux, qui développent une science toute particulière pour éviter d’aborder ces sujets. Tous les deux ans, le gala organisé par le Club de la Presse local (les plumes d’or), rappelle avec humour aux politiciens, que les médias en savent bien plus qu’ils n’en dévoilent tout au long de l’année. Une piqure de rappel qui ressemble à un pacte de non agression.

La chape de plomb qui pèse aujourd’hui sur l’information périgourdine et qui induit ce sentiment d’impunité dans les malversations politico-financières et les manipulations politiques de tous ordres n’est pas un horizon durable. Le modèle économique de ces journaux consistant à faire de l’abattage sans jamais avoir le temps de l’investigation, n’est pas une excuse valable bien que souvent avancée. C’est au contraire une « circonstance accablante ».

Le journalisme de circonstance, qui par exemple s’obstine à maquiller en rumeur des faits pourtant avérés, est issu pour sa part de longues années de relations et plus si affinité. On ne peut donc compter que sur les jeunes générations pour reconquérir cette indépendance devenue trop relative à l’occasion. A contrario, lorsque la relation n’est pas complaisante ou amicale, les pressions sont multiples. Du coup de boule de Bernard Cazeau aux coups de téléphones colériques, la profession est sous un joug politique exacerbé, mais inévitable dans une région aux traditions féodales persistantes et vivaces.

:: Quelques miettes pour ne pas s’y perdre ::

Souvenons nous que la fraude à la TVA organisée par la Chambre des Métiers de Dordogne pendant 5 ans et dénoncée par la Chambre Régionale des Comptes d’Aquitaine n’intéresse toujours aucun journaliste. Et ce même si le fisc vient de faire valoir ses créances il y a peu. Et ce même si le résultat comptable 2009 fait apparaitre la provision d’’une somme conséquente pour la vente d’un immeuble qui n’a pas encore eu lieu. J’en ai bien parlé avec un journaliste… Mais il m’a répondu qu’il n’avait pas le temps. Que cette actualité n’était plus assez fraîche en somme. Et même que l’URL de la CRC que j’avais envoyé n’était pas bonne et qu’ainsi il n’avait pas pu consulter le site internet de la CHAMBRE REGIONALE DES COMPTES ! (http://www.ccomptes.fr/fr/CRC02/Accueil.html)

C’est vrai, c’est vrai que les Chambres Régionales des Comptes vont disparaitre par le fait du Prince présidentiel. Sarkozy hait la Justice politico-financière, il exècre les magistrats et il le leur fait payer le prix du sang. Mais là on ne les entend plus hurler les barons socialistes du Périgord. La réforme des collectivités territoriales ça les met hors d’eux, c’est une atteinte à la démocratie et à la République, une recentralisation autoritaire. Mais la disparition d’un contrôle public de gestion des collectivités et établissements publics, l’élimination des juridictions financières, ne suscite aucune réaction particulière, comme s’il s’agissait d’une aubaine. Rarement bal de faux cul aura été si luxueux.

Comprenez que ce qu’on nomme ici un « sport local », ailleurs, en République, c’est un délit inscrit au Code pénal passible de 5 ans de prison (pour ce que je vise). Et que quand un cadre important d’une collectivité territoriale utilise régulièrement sur leur temps de travail des jardiniers pour soigner son jardin privé, ce n’est pas drôle, c’est un délit et ça s’appelle de la corruption.

C’est une réalité que la réputation du Périgord résonne jusque dans les ors parisiens. Mais pas pour la bouffe mon ami (on s’en fout de ton canard), parce qu’ici la corruption et les magouilles politiques y sont hors normes. Les préfets et les procureurs, sont formés et s’aguerrissent en Dordogne avant d’être envoyés en Corse ou à la Réunion. Et les hauts fonctionnaires étant des gens méticuleux, ce n’est peut-être pas un hasard.

Quant à l’Etat, il observe. Il y a quelques années, sous la pression commerciale, j’ai vu en réunion, à Condat le Lardin, un préfet autoriser la construction d’une plate forme logistique de 20 000m² sans permis de construire! Plus près de nous, il faudra en reparler, la préfecture a sous son autorité les chambres consulaires, elle en est donc co-responsable.

Voilà parmi quelques exemples donnés en retour de mon invitation à faire l’intéressé dans le journal. Et nous parlons de faits, pas de thèses ; d’affaires graves, qui sont par malice ou par laxisme étouffées au nom du désintérêt du public pour la démocratie et l’Etat de droit. (Hormis bien sur les faits-divers sanglants ou les contentieux sexuels).

Mise à jour – 15 02 2010

Anticor.org vient de mettre en ligne une conférence avec Eric Alt et Renaud Van Ruymbeke, enregistrée aujourd’hui à Sciences Po Paris. Interventions de 88.40 mns à écouter en ligne ou à télécharger avec pour titre: Corruption, paradis fiscaux et suppression du juge d’instruction

:: Et les moutons sont bien gardés ::

Ah en revanche, ne vous inquiétez pas, vous aurez ce lundi tous les résultats sportifs de long en large, on vous dira même qu’il neige au cas où vous ne l’auriez pas vu. Et je ne vous dis rien sur les « Tartes aux pommes, primevères et tourterelles » du village de La Force !

Car à quoi servent les lois sinon à assurer notre démocratie ? Combien de gens savent dans Périgueux mais se taisent aujourd’hui par peur, oui, par peur des pressions et des représailles. Comment se nomme un système dans lequel on s’oblige au silence par la seule crainte ? Alors souvenez-vous de Rousseau disant qu’en démocratie il n’y a que les lois que nous devons craindre et non les hommes. Et qu’en est-il dans cette démocratie locale, de ce quatrième pouvoir que sont les journalistes ? Qu’avez-vous fauté pour être punis aujourd’hui à coups de tartes aux pommes et de basketball en lieu et place de la vérité tout simplement ?

Pour indication, Dordogne Libre, entre le 08 et le 13 février 2010 a publié pas moins de quatre articles sur le club de basket local (BBD). Combien de tournois de pétanque et de lotos dominicaux pour un article (09/02/10) du rédacteur en chef de Sud Ouest sur les incuries de la Semitour? Cela « simplement » pour apprendre que des copies de Lascaux sont traitées comme « un vulgaire tas de gravas » au seul motif qu’elles ont été rentabilisées, ce qui reste à prouver mais demeure une métonymie cynique du tourisme périgourdin.

:: Information et fin d’un monopole ::

En conclusion, j’ai dit au journaliste que j’allais écrire un billet sur son invitation en lui proposant de commenter à son tour le texte. Mais il faut croire que nous n’avons pas les mêmes valeurs, car il me répondit alors qu’il n’avait pas le « goût pour ce genre d’exercice qui mélange trop souvent les genres ».

Aussi compris-je que moi, crétin de blogueur, j’étais voué à commenter des futilités dans son journal. Mais que le journaliste, lui, n’allait quand même pas s’abaisser à écrire sur un blog !

Et c’est très intéressant. A l’heure où l’ensemble de la société est en train de muter avec l’internet, les journalistes sont frappés de plein fouet par cette révolution. Le processus de désintermédiation est implacable et le monopole de l’écrit de l’information dans l’espace public a volé en éclat. Les journalistes sont contraints, parce qu’ils seront toujours nécessaires, de rechercher de nouvelles valeurs ajoutées à l’information et à leur travail. Certes, il demeure quelques niches, notamment pour la presse spécialisée ou la presse locale ; Sud Ouest Périgueux en fait partie. Mais pour combien de temps et sous quelle forme à terme? Combien de temps pour que ce qui change le monde aujourd’hui ne change à son tour Périgueux ?

Et oui, le journaliste qui vous explique qu’il neige et que ça glisse finira par ne plus faire recette. D’ailleurs nos deux quotidiens locaux le sentent. Depuis peu ils se sont mis à communiquer leurs informations sur Twitter et Facebook, un pas important dans leur adaptation et dans leur intégration aux réseaux sociaux, part aujourd’hui essentielle de la circulation et l’échange d’informations.

Comme beaucoup l’expliquent, avec l’imprimerie nous avions conquis la lecture pour tous, avec l’internet nous sommes passés à l’écriture. Ca s’apprivoise. Mais le journaliste qui décide de ce qui deviendra une information ou non, de ce qui méritera d’être communiqué ou masqué, est un archétype obsolète. C’est ailleurs qu’il ajoute aujourd’hui de la valeur. Et ce n’est certainement pas par le mépris et le dédain qu’il survivra à ceux qui, hier encore, étaient dans le silence et qui ont aujourd’hui conquis la parole.

A ce titre on peut retenir cette phrase de Manuel Castel issue d’un article (Naissance des « médias de masse individuels ») publié récemment dans Manière de voir Internet révolution culturelle (février-mars 2010) :

L’influence la plus déterminante que les médias exercent ne procède pas de ce qui est publié, mais de ce qui ne l’est pas.

Cette phrase résonne en Dordogne comme un long cri de douleur.

Pour finir, au lieu de cette propagande misérable servie par Arte le 09 février, nous vous invitons à voir ce documentaire québécois  « On tue la une » (06 février). C’est encore aujourd’hui très loin de la réalité périgourdine, mais cela ira beaucoup plus vite qu’on ne peut probablement l’imaginer.

Dordogne, les Faucons du marxisme

Les communistes périgourdins s’opposent au projet de réforme des collectivités territoriales et ils le font savoir. Dans Sud Ouest ce jour, s’y montrent les patrons du néo marxisme local. Vianney Le Vacon, adjoint aux sports de Périgueux et salarié du Conseil Général, Jacques Auzou, maire de Boulazac, président de la communauté de communes Isle Manoire et vice Président du Conseil Général Dordogne, Françis Colbac, maire de Trélissac, vice président de la communauté d’agglomération périgourdine et vice Président du Conseil Général Dordogne et pour finir, Jean-Claude Pineault, conseiller général de Dordogne.

:: UMP, PCF, diagnostic commun ::
Ils sont d’accords avec le gouvernement sur le réel besoin de réforme du mille-feuille territorial à la française. Pour mémoire, c’est 550 000 élus et autant d’entités administratives que dans tout le reste de l’Europe. Partageant le diagnostic, ils s’opposent à la méthode. Il faut réformer mais visiblement sans toucher aux strates administratives. Nous en saurons bientôt davantage, lorsqu’ils auront proposé leur positive contribution.

:: Des propositions concrètes en mal d’application ::
Pour avoir quelques précisions, il faut lire le communiqué officiel du PCF 24 lors de la conférence de presse du 03 septembre 2009, en ligne sur le site du parti, qui s’arroge le symbole de Jacquou le Croquant comme le FN celui de Jeanne d’Arc:

Travailler l’exigence démocratique : la réforme des territoires met à mal le pouvoir souverain des citoyens, comment peut-on travailler à la réappropriation de la chose publique ? Comment faire que nos Région soit le creusé d’une nouvelle forme de démocratie ? Et comment travaillons-nous l’élaboration et la prise de décision citoyenne ?

En réalité, ces questions ont déjà trouvé nombre de réponses via l’Association des Elu(e)s Communistes et Républicain(e)s et sa charte pour un nouveau contrat local adoptée en conseil national:

Nous voulons une pratique démocratique véritable
Nous voulons dépasser le simple stade de la concertation qui consiste à soumettre à l’avis des populations les projets locaux définis par les candidats, les techniciens et les élus. Il s’agit pour nous d’appréhender collectivement les besoins, de construire les programmes locaux dans le pluralisme des opinions, d’en définir la faisabilité dans la transparence, d’élaborer des outils d’évaluation accessibles à chacun et d’organiser l’information afin de permettre à chaque habitant de se faire sa propre opinion.

Cette approche est guère opposée au texte de l’ANECR qui fait suite à gesticulations présidentielles, dont on peut trouve le texte en pdf sur leur site:

Démocratiser les institutions locales. Il faut combattre l’éloignement des lieux de décision
et développer la démocratie participative de proximité.

Bref, autant de positionnements forts, concrets et positifs.

:: Paroles, paroles, paroles ::
Mais apparemment, ces propositions ne valent rien en dehors d’un discours d’opposition. Car sinon, le groupe communiste, fort de ses poids dans la majorité de Périgueux ou celle du conseil général, dans la communauté de commune Isle Manoire ou les communes de Boulazac et Trélissac, aurait mis en œuvre ces propositions dans ces différentes entités territoriales.

Rien de tout ce qui est dit n’a été réalisé. A contrario, l’adjointe communiste à la démocratie participative de Périgueux n’a, en bientôt deux ans, pas fait la moindre proposition. Françis Colbac imprime une représentativité archaïque classique, jusqu’à la sincérité du scrutin. Quant à Jacques Auzou, son autoritarisme n’est plus à vanter, jusqu’à créer pour lui-même une collectivité lui assurant un leadership qui lui aurait échappé dans la naturelle et rationnelle communauté d’agglomération périgourdine.

Ce n’est pas du côté de la démocratie que ces élus prennent position contre la réforme des collectivités. Pour l’amélioration des droits des citoyens ils peuvent bien hurler au loup, mais là où ils ont autorité, surtout, ils n’ont jamais agi.

:: Le libéral-communisme, un néo conservatisme local ::
Remarque, le communisme local s’exprime surtout, dans ces communes, par une incroyable capacité à privatiser les espaces publics pour favoriser une concurrence acharnée entre franchises. Dans ce cas, il n’est pas étonnant de voir des emplois précaires et sous payés, un urbanisme morbide, des programmes de logements défiscalisés en friche, etc. Et à ce compte là évidement c’est la notion même de communisme qui devient floue et insaisissable. Peu importe, cela fait le bonheur des promoteurs les plus libéraux.

En revanche, on saura ô combien ils s’opposent au remaniement des collectivités! Surtout il ne faut toucher à rien. Cela voudrait dire peut-être moins de postes de fonctionnaires attribués aux militants, moins de pouvoirs et moins d’indemnités.

Le libéralisme sans frein qu’ils dénoncent au niveau national, ils en sont des promoteurs zélés à l’échelon local. Alors que dans le même temps, ils n’ont jamais mis en pratique la charte pour un nouveau contrat local promulguée par leur propre formation politique.
L’amélioration de la démocratie locale qu’ils promettent dans l’opposition, ils l’évitent comme la peste quand ils sont majoritaires.
Et ce conservatisme territorial affiché aujourd’hui, bien loin d’œuvrer pour « le pouvoir souverain des citoyens », n’est autre qu’une revendication syndicaliste pour défendre des « acquis » obtenus par la décentralisation.

:: Les notables territoriaux ::
Ils sont devenus, en cumulant les mandats et élargissant leurs réseaux, des notables locaux installés dans de bourgeoises et confortables habitudes. Les voilà donc en train de défendre leurs petits postes et quantités de mandats, autant de petits pouvoirs qui font vivre leur parti et assurent de paisibles retraites.

De grâce messieurs, ne feignez pas en plus d’agir pour la démocratie, c’est pitoyable.

Pistes pour décrypter la proximité en politique

Le terme de proximité a envahi la grammaire de l’action publique, un mot valise associé mécaniquement à une pluralité hétérogène de formes publiques. Tout se doit d’être « de proximité », y compris et surtout la politique. Le sens dans lequel comprendre cette proximité est flou, sinon volotairement ambigu:

La proximité, invoquée, martelée et déclinée sur tous les modes par des acteurs politiques très divers, est devenue un mot magique sans cesse mis en avant. La locution « de proximité » donne lieu à une véritable prolifération d’usages : démocratie de proximité (objet d’une loi récente), élus de proximité, police de proximité, justice de proximité, communication de proximité… Ce nouveau mot totem est ainsi devenu un incontournable dans le lexique et le répertoire politique. 

On aura aisément remarqué combien le concept de proximité a pris du poids dans la politique locale du maire de Périgueux, dans la lignée du mouvement général. Après avoir fondé une grande partie de sa campagne sur ce principe de proximité, il concrétise et s’attache aujourd’hui à le rendre efficient, au strict opposé du développement de la démocratie participative, totalement laissée à l’abandon.

:: Exemple de proximité périgourdine ::
La mise en place des mairies de quartiers, est un exemple intéressant, puisque ces dernières figuraient trait pour trait, également, dans le programme du candidat de droite Xavier Darcos. Les deux prétendants avaient saisi à l’unisson un même besoin de faire dans le proche, le pas loin, identifiant à des degrés divers ses occurrences sociale, géographique, institutionnelle, etc.
Pourtant, ce n’est pas la géographie de la ville, sa densité, sa population ou son étalement qui justifiaient un tel dispositif. Avec 30 000 habitants et une surface inférieure à 10 km², la priorité n’était pas dans l’extension des services administratifs. La décision impliquant le dispositif n’étant pas matérielle ni pragmatique, c’est dans la pensée qu’il faut y voir l’origine, et cette pensée relève de l’idéologie du « proximitisme ».
A Périgueux comme dans tant d’autres communes, les candidats s’opposant par ailleurs, convergeaient unanimement vers cet axiome politique de la proximité.

:: Une proximité politiquement consensuelle ::
Il en ressort un « consensus transpartisan » qui se lit de la même manière au niveau national, allant de Jean-Pierre Raffarin (caricature du notable provincial « monté » à la capitale), lorqu’il était premier ministre à Laurent Fabius et tant d’autres leaders socialistes convertis à la « proximité-attitude« . Label généralisé en idéologie commune à l’ensemble de l’offre politique – tous partis politiques confondus -, le « proximitisme » est devenu une figure imposée de la posture politique, à la recherche d’un lien supposé, censé être bénéfique à la satisfaction des électeurs et conjurer à lui seul la crise de confiance de la représentation.

:: La communication de proximité ::
Dans la concrétisation de cette politique de proximité, par exemple, le maire de Périgueux a mis en place sur le site internet de la ville, deux rubriques étalant son emploi du temps officiel et ordinaire, c’est-à-dire sans intérêt, et l’autre relatant avec force de photos, une narration élogieuse vouée à mettre en valeur autant l’homme que ses actions. Les questions trouvant réponse sont les suivantes :
– que fait-il ?
– où va-t-il ?
– et quand ?

La mise à disposition de ces informations est censée donner plus de lisibilité à l’action du maire, comme si cette prise de connaissance se suffisait à elle-même pour appréhender l’étendue et les enjeux de son action publique territoriale. Rien n’en est plus éloigné. Comme si l’anodin et l’accident pouvaient se substituer à tout ce qui constitue la réalité politique.
Inaugurations, vœux annuels, évènements commerciaux, rencontres associatives, gestion des aléas, jusqu’à la « rencontre » avec le Père-Noël, point culminant d’une présence prouvée par des photos, à la recherche de la meilleure image politique espérée et calculée.

Il inaugure par là à Périgueux, certes avec approximation et amateurisme, ce qu’on pourrait appeler une communication de proximité, relatant presque en temps réel ses faits et gestes, à la manière d’une émission de télé-réalité. De cette façon, mettant en scène sa propre histoire et invitant à suivre le récit de son action, le maire propose une sorte de « proto storytelling », dont on devrait voir une sensible évolution dans la communication municipale d’ici les prochaines années.
Sur le plan physique et urbain, il développe une extension des services municipaux à travers des surfaces administratives annexes, déployées dans les quartiers. Frauduleusement appelées mairies de quartiers, ces annexes administratives symbolisent la faible distance séparant le maire de ses administrés, veillant sur eux, presque, au cas par cas.

:: Proximité et intercommunalité ::
Au niveau sénatorial et inter-communal, Claude Bérit-Débat ( sénateur et président de la CAP) applique également cette doxa politicienne, d’aller au plus proche, au contact, faire du terrain. A la fin de l’année 2008, l’organisation de 3 réunions publiques sur un bassin de 60 000 habitants que compte la communauté d’agglomération, dans le cadre préliminaire à l’enquête publique du Plan de Déplacements Urbains, ont été l’objet d’une communication commune à celle du maire de Périgueux. En effet, ces réunions publiques ont été présentées comme des outils de démocratie participative et surtout de proximité: exemplaires. La faiblesse du dispositif était censée être compensée par la force du discours. Les réunions publiques n’étaient pas la nouveauté évidement. La nouveauté résidait dans le discours justifiant ces réunions publiques, le pas du tout à la proximité était franchi. 

:: Proximité et transparence ::
Il semble que le thème politique de la proximité s’accompagne en corollaire d’un discours sur la transparence de l’action politique. Or ce qui est proposé comme transparent, est, dans la plupart des cas, DEJA transparent, puisque soumis à publicité par une contrainte légale. Il en va ainsi des indemnités des élus (Sud-Ouest sur Claude Bérit-Débat 07/02/09) comme de la mise à disposition des documents administratifs, (site de la ville de Périgueux). Non seulement il faut connaître un tant soi peu la loi pour savoir qu’il s’agit d’obligations légales, pour identifier une transparence de façade; mais par surcroît, les journalistes qui relaient complaisamment et sans autre forme de commentaire ni analyse les contenus communicationnels transmis par les politiques, laissent supposer, avec complicité, la réalité de cette transparence.
Autrement dit, les politiques locaux s’appliquent à faire de la transparence avec ce qui est déjà légalement transparent et les journalistes se posent en portes voix de ce lavage « plus blanc que blanc ».
Une politique réellement transparente consisterait bien sur à rendre publiques des informations qui ne le sont pas obligatoirement, expliquant les causes et les effets de tels ou tels choix politiques. C’est très loin d’être le cas.

:: Avant la proximité :: 
Il est donc intéressant d’observer d’où provient et quelles sont les origines de cette obsession de la proximité, s’apparentant pour Michel Moyrand et Claude Bérit-Débat au terminus de leur action et de leur programme. On relève en cela que le discours sur la proximité, (de quoi elle est le nom), s’oppose aux politiques des années 60/70, cherchant hauteur et « arrachement aux logiques particularistes du territoire ». Le principe de distance était attaché à ceux d’impartialité, d’égalité de traitement, de recul nécessaire. Rien ne saurait être moins vrai aujourd’hui, signe des temps.
C’est à partir du début des années 80, parallèlement au chapitre 1 de la décentralisation de la République, que les premiers changements apparurent. Depuis 30 ans, décentralisation et proximité se nourrissent l’une l’autre, au gré de la « crise de la représentation ». A partir de 2001, les sondages d’opinion mettent fortement en avant la défiance envers les élites nationales au bénéfice des édiles locaux, le maire au premier plan d’entre eux.

:: Proximité et légitimité du pouvoir ::
A l’inverse, face à la « crise de la représentation », ensemble d’opinions et de comportements indiquant justement une prise de distance -mais de quelle nature en réalité ?- du peuple par rapport à ses représentants, (à travers l’abstention constante, les sondages d’opinions négatives, ou la présence d’un contre démocrate au second tour de l’élection présidentielle en 2002), tout est dans le rapprochement. La proximité est censée valoir équivalence de lien social, comme si ce dernier ne se résumait qu’au rapprochement, faisant fi de l’idée de citoyenneté par exemple, pour exacerber la relation immédiate, l’originalité locale et en fait, le primat de l’individu.

La proximité est censée compensée une dérive de l’action politique territoriale, s’organisant en oligarchies locales, à travers les errements de gestion et d’utilisation de l’argent public. La gestion « versaillaise » de l’Assemblée Nationale a été stigmatisée par la Cour des Comptes, autant que le Sénat fonctionne comme un paradis fiscal, de sorte que le Parlement se place de lui-même et pour lui-même au-dessus des lois, faisant prévaloir un fonctionnement « affranchi » et opaque en déni de tout Contrat Social.
En parallèle, les votes blancs sont toujours assimilés à des bulletins nuls, amalgame archaïque et symptomatique d’un autisme législatif. L’absentéisme touche en priorité les classes socioculturelles les plus défavorisées, mettant au jour une population reniant son droit fondamental et constitutif de notre société, avec en vox populi d’arrière fond, que le vote ne change rien et donc ne sert à rien.

:: Proximité, décentralisation, crise de la représentation::
Sur le plan de la Décentralisation de la République, le cumul des mandats âprement défendu par tous les partis politiques de pouvoir, offre enrichissement personnel, système nobiliaire et permet surtout de prodiguer la capacité d’être soi-même au-dessus des lois.
Depuis une quinzaine d’années, les politiques sont en recherche d’une fonctionnarisation de leur mission, ce à quoi ils aboutissent aujourd’hui par les statuts qu’ils se sont eux-mêmes conférés. En d’autre terme, les électeurs pourraient bien être conscients sans les détails parfois, d’avoir à voter pour des fonctionnaires en mandat à durée déterminée, dont la principale occupation, une fois en place, consiste à faire de leur mandat une fonction à durée indéterminée, à savoir un cumul vertical, dans la durée.
L’émergence d’un champ politique clos, sociologiquement uniforme et dont les intérêts sont ouvertement communs, d’un bord à l’autre de l’offre politique, ne facilite pas la légitimité d’un pouvoir fondé sur l’alternance des partis. Bien au contraire, il renforce l’intuition d’un corporatisme à tendance oligarque, dont les rivalités s’estompent dès qu’il s’agit de défendre les intérêts communs et bien compris. On prendra par exemple l’unanimité du Conseil Général de la Dordogne pour défendre ses acquis contre une hypothétique réforme de leurs compétences, à savoir un risque de redéfinition de leur entreprise, pouvoirs et budgets compris.
Ajoutant à cela les faits divers politico judiciaires, jetant le soupçon sur une corporation entière, la défiance s’est installée durablement envers les motivations réelles des prétendants à la représentation et envers la probité exigée par une délégation de pouvoir.
Pour finir, sans être la fin des explications mais simplement des pistes, la décentralisation n’a pas endigué le phénomène de perte de pouvoir réel des politiques au profit d’instances non publiques et dont la capacité de décision et d’influence sur l’économie et le social, le monde et les hommes, semblent parfois bien supérieures à celles des représentants politiques. La mondialisation est à ce prix nous a-t-on dit. Dans un rapport de force inversé entre pouvoir public et pouvoir privé, ce dernier cloue la question en influençant les décisions parlementaires par un lobbysme puissant, largement déterminant, en certains cas, sur l’orientation d’un texte de loi.
A quoi bon voter si c’est pour entretenir un régime sans pouvoir réel sur le monde et la société et servant uniquement à légitimer une caste politique s’affranchissant elle-même des lois élémentaires de la République?
La question est triviale, et pourtant bien présente aujourd’hui dans le calcul du rapport vote/non vote.

Or, loin de répondre à toutes ces questions, de prendre à bras le corps les problèmes engendrés, il semble que la seule réponse réelle des politiques aujourd’hui, passe par la tentative de la proximité.

:: Proximité vs démocratie ::
Car la proximité, cette « valorisation compulsive du proche », est bien une tentative de reconquête de la légitimité démocratique, dont il est espéré que l’offre politique compense les carences de l’action publique sur le plan social et électif, de même que les défaillances de la représentation :

Il s’agit en somme d’accréditer le dialogue et l’ouverture sans pour autant remettre en cause la division des rôles politiques. A cet égard, la démocratie de proximité, réduite au face à face élus/citoyens, permet d’empêcher l’approfondissement d’une véritable démocratie locale, construite sur des bases collectives et délibératives.

Ce hiatus entre démocratie locale et démocratie de proximité s’est concrétisé, par exemple, dans la politique locale du maire de Périgueux. Confondant au début les deux enjeux, croyant en faisant l’un qu’il faisait aussi l’autre, sa politique actuelle de proximité le dirige davantage vers un clientélisme de terrain, fait d’échanges et de services, appuyé par une surproduction de l’offre administrative. Il n’aura fallu que 11 mois d’expérimentation à Périgueux, pour constater la contradiction entre proximité et démocratie. Aussi peut-on lire en guise de litanie :

La mairie à vos côtés dans les quartiers.

La séquence de logique politique qui se joue pourrait se décomposer en :
Proximité / Quartiers / Lien social. L’espoir de la réélection tient à faire croire à l’amalgame entre cette logique et les réels résultats d’une politique générale.
C’est en ce sens que Michel Moyrand, loin de proposer un projet politique qui déploie la commune et ses citoyens vers un futur à moyen et long terme, (il n’a jamais rien proposé de la sorte), se concentre au contraire sur l’unique présent, une sorte d’« ici et maintenant » permanent, comme si, en définitive, la proximité dans le temps et l’espace se substituait à la politique elle-même.
C’est pourquoi il faut lire ce qui suit à la lettre:

Au final, on peut douter que la proximité entraîne la politique dans un cercle vertueux de légitimité. Elle traduit le « déclin » du politique autant qu’elle ne le consacre. Incapable de projeter la société dans l’avenir, de tracer des perspectives, le politique se dissout dans l’immédiateté du discours minimal de la présence.

Il y a en bien des points de quoi douter de l’efficacité d’une telle démarche, non en terme de résultat électoral immédiat, le clientélisme étant une satisfaction imminente. Mais c’est à l’horizon de cette pratique de la proximité, une fois la baudruche dégonflée, que l’on peut se poser la question de ce qu’il restera, de se demander sur quel type de sable l’action publique aura-t-elle été bâtie et quelles en seront les conséquences.

:: Bernard de Cazeau, Comte du Périgord :: 
Le défi est immense et s’adresse en premier lieu à ceux qui sont responsables de leurs représentants en démocratie: les citoyens. Les parlementaires, (ceux qui en tant que caste dirigent les deux Chambres), grâce au contrôle de la Constitution et à la maîtrise du pouvoir législateur, ont réussi à fonder une forme d’aristocratie élective et à détourner l’Esprit des Lois, en contredisant le principe d’égalité devant la loi essentiel à la République.
Par la décentralisation, cette aristocratie élective a permis de refonder les fiefs, les baronnies et la vassalité qui régissaient le découpage territorial d’Ancien Régime. Politiquement, administrer un territoire signifie comme l’expression le consacre, « tenir » un territoire, comme militairement l’on tient une position.
Depuis une vingtaine d’années, plus la démocratie se modernise et moins elle se démocratise. La difficulté réside moins dans le fait de se voir attribuer un mandat électif que d’être désigné, adoubé par un parti pour se présenter à l’attribution de ce mandat. Les pouvoirs que s’attribuent les représentants nationaux au niveau local, par ce principe de cumul de mandat unique au monde, permettent de renforcer le contrôle des territoires à défaut de servir le subalterne « bien commun ».
Pour illustration, le sénateur Bernard Cazeau a toute latitude au Parlement, pour travailler à la prospérité de ses pouvoirs locaux. Le système politico-financier, qu’il a avec ruse et talent, mis en place au Conseil Général de la Dordogne, lui assure non seulement l’absence de tout concurrent à son fauteuil, mais également la quasi certitude de la reconduction de ses mandats. Sous couvert du respect des lois démocratiques, le système, par un mouvement centripète, fini par évoluer en périphérie de ces mêmes lois démocratiques.
Eloigner la concurrence, s’assurer un cumul horizontal pour renforcer son cumul vertical et faire de lui un baron, ne saurait se faire sans contourner d’une manière ou d’une autre, l’Esprit de la démocratie, ou à tout le moins évoluer dans l’ombre des Lumières.

Qu’il s’agisse d’un élu socialiste ne fait aucune différence. Sa politique pourrait se diluer dans n’importe quelle idéologie, car ce n’est pas pour une politique qu’il évolue, mais pour lui-même.

:: La décentralisation comme proximité, ou la guerre des intercommunalités ::
Un dernier exemple du primat des intérêts politiques sur l’intérêt général, qui stigmatise l’état de trahison permanente envers la mission de gestion publique. Les intercommunalités sont des enjeux politiques majeurs. En Dordogne, il existe autour de Périgueux non une communauté d’agglomérations mais deux. La Chambre Régionale des Comptes, dans un rapport récent, en a relevé l’incurie à travers l’incohérence induite par le découpage territorial.
L’analyse administrative et géographique de la présence de ces deux communautés d’agglomérations fait conclure à une incohérence.
En revanche l’analyse politique de cette anomalie administrative, elle, devient parfaitement cohérente. Le maire de la petite ville de Boulazac, limitrophe de celle de Périgueux, est également président de la seconde communauté d’agglomérations. Or il n’a créé cette dernière que parce qu’il n’était pas certain de diriger la première, et que dans la seconde, sa petite ville était la plus grande. Aussi, le maire communiste, Jacques Auzou, craignant plus que tout le partage du pouvoir, n’avait plus à se confronter aux dirigeants socialistes de la première agglomération, source inconditionnelle de contradiction pour sa propre politique et ses ambitions personnelles.
Dans une réciprocité proportionnelle, les dirigeants socialistes de la première agglomération ne seraient plus importunés par les prétentions autocrates du dirigeant communiste.
Pressés par l’Etat de mettre un terme à cette aberration territoriale et administrative, les caciques locaux s’emploient dorénavant à trouver un terrain d’entente, afin que nul ne perde de son influence.
Depuis plus de dix ans, la politique bicéphale d’un même territoire engendre les pires consanguinités et des résultats contre productifs à travers des politiques communautaires concurrentielles, (via notamment la captation de la taxe professionnelle). Exemple parlant des vices et déviances de la décentralisation, quand les territoires ne sont gérés qu’en fonction des compétences transférées à travers des intérêts uniquement politiques.
Et c’est le même Etat, ayant introduit la décentralisation et libéré les atavismes médiévaux et les appétits carriéristes, qui est obligé aujourd’hui d’en corriger les déviances et les dérives.

Pour aller plus loin, quelques articles et essais à la source de cette modeste et maladroite présentation de ce thème :

Marion Paoletti
Décentraliser d’accord, démocratiser d’abord (La découverte)
La proximité dans le champ politique
Colloque (CERAPS/lille et CRAPE/Rennes)
Pierre Rosenvallon
La Légitimité démocratique (Seuil)
Christian Le bart / Rémi Lefebvre
La proximité en politique – Usages, rhétoriques, pratiques, (PU Rennes)
Lionel Arnaud, Rémi Lefebvre, Christian Le Bart
Ideologie et action publique territoriale, (PU Rennes)
Christian Salmon
Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, (La Découverte)

Congrès mal gré, le défi d’Eric Dosset

Si dans deux ans on n’a pas fait décoller cette activité, c’est que l’idée n’était pas bonne 

C’est ainsi que résume le monsieur développement économique de la mairie de Périgueux, Eric Dosset, sa dernière trouvaille en matière de business.

Périgueux ville de congrès

Dans les colonnes déployées de la Dordogne Libre, en date du 10 décembre 2008, le directeur de la société d’économie mixte SEMITOUR, organe centralisé politico-économique du tourisme périgourdin, a pu se livrer à l’un de ses exercices favoris : annoncer.

Sous son impulsion, Périgueux va essayer de devenir une ville de congrès. En deux ans, sinon rien.

:: La méthode du discours ::

Développons d’abord la commercialisation, on verra ensuite pour l’outil

C’est une sorte de vente en état futur d’achèvement (la commercialisation) sans savoir comment on va assurer la prestation vendue, (l’outil). En cas d’échec, on en a vu devoir éplucher le Code du Commerce pour moins que ça.

Voilà le concept, faire du tourisme d’affaire en VEFA, et créer l’outil une fois le produit vendu. Il ne manque plus que d’être éclairé sur les moyens à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif, autrement dit dépenser de l’argent pour savoir si cela a raté ou pas. La philosophie d’Eric Dosset tiendrait-elle en 3 concepts majeurs ?

COMMUNICATION – COMMERCIALISATION – CONSTERNATION

:: Un esprit de conquête à l’aventure de nouveaux marchés ::
Une nouveauté ? Non, pas vraiment, mais un parcours éloquent.
Ce qu’il ne faut surtout pas souhaiter pour cette nouvelle idée d’Eric Dosset, c’est une quelconque ressemblance avec son Salon International de l’Innovation Touristique (SIIT), catapulté à grands frais de communication en 1998, devant sceller l’union de la modernité numérique avec l’industrie du tourisme périgourdin entre autre. Cette union n’a duré que le temps du salon, exemplaire unique d’un succès qui se finit le lendemain de la noce, en divorce à l’amiable, mais néanmoins durable.

L’évènement en quelques chiffres. (Sud-Ouest, Octobre 1998)
Durée de l’évènement : 4 jours
Lieu : Foire Expo de Marsac
Fréquentation à atteindre : 5000 visiteurs
Fréquentation comptée : 6872
Entrées payantes à 15 francs : 1000
Conclusion : selon Eric Dosset c’est un succès, puisque 5872 invitations sont totalisées.
Coût total : 3 200 000 francs
Participation Région : 350 000 francs
Participation Département : 1 600 000 francs
Participation Sémitour : 600 000 francs
Total participation : 2 550 000 francs
Total recettes : 650 000 francs dont 15 000 francs d’entrées payantes, en 4 jours : « les ventes, les bars et la librairie ».
Autant dire qu’à raison de 158 750 francs/jour, (pas loin de 25 000 euros), non seulement les visiteurs ont du prendre une cuite mémorable, mais en plus ils sont rentrés chez eux avec des palettes de bouquins.

:: Objectif: 50 000 visiteurs ::
Un détail retient l’attention. L’objectif de fréquentation, dans cet article tirant le bilan de l’évènement, est de 5000 visiteurs pour Eric Dosset, pas peu fier de son « succès ». Objectif atteint et dépassé nous dit-il, avec 1000 entrées payantes ?

Eric Dosset pour Sud Ouest, 27 octobre 1998:

Nous avions annoncé qu’à 5000 visiteurs, le SITT serait un succès

Et du journaliste de conclure: « La fréquentation constitue donc un premier point de satisfaction pour les organisateurs« .
Pourtant, le même Eric Dosset, dans sa campagne de communication, annonçait non 5 000 visiteurs mais 50 000 visiteurs ! Ce n’est pas une coquille. Simplement une erreur de 45 000 visiteurs, comme ça, en passant. Face à l’échec de son salon, soutenue par une fréquentation 10 fois inférieure à celle qu’il annonçait avant le lancement, splatch. Un gros mensonge, en plein dans Sud Ouest.

Cette belle fréquentation, placardée sur la plaquette de présentation de l’évènement et en dossier de presse, devait servir à justifier un budget de communication de 1 500 000 francs. Pas moins. Le budget a été confié à l’agence parisienne Concept Corporate et Communication, qui a aujourd’hui apparemment disparu de la circulation.
Aussi plus de la moitié du budget total aurait été consacrée à une campagne de communication d’envergure nationale (jusqu’à Thiviers?), pour environ 230 000 euros, et aurait ramené moins de 7000 visiteurs
Ce bel argent public a donc servi, en lieu et place d’un évènement international, à organiser un fiasco magistral, dont on se demande aujourd’hui s’il n’a pas servi au passage à autre chose qu’essayer de faire venir les 45 000 visiteurs manquant à l’appel.
Parce qu’atteindre un tel niveau de nullité n’est quasiment pas humain, on ne saurait croire que les sommes colossales engagées n’aient pas été recyclées à bon escient d’une manière ou d’une autre.
Au bénéfice du doute, il faut pourtant conclure au pur gaspillage d’argent public, au mensonge sur la fréquentation et le succès de l’évènement, à l’incompétence arithmétique sinon plus, rien d’autre n’est autorisé.C’est déjà pas mal remarque.

Bref, ne soyons pas trop près de nos sous. Toujours est-il que cet évènement fut fondateur pour Eric Dosset :

Nous avons assis le concept d’innovation touristique en Dordogne. Il ne peut désormais pas y avoir de SIIT autre part qu’ici

Dans cet élan de triomphalisme tout de même assez onéreux, bien que l’on n’espérait pas vendre autant de canettes de bières que lors de la victoire de l’équipe de France en Coupe du Monde la même année, on annonçait déjà la prochaine édition pour l’an 2000.

Trop bien assis peut-être, le concept s’est endormi et deux ans plus tard, il ne s’est pas réveillé. Effectivement rien. Rien ailleurs, rien en Dordogne.

:: Lascaux, l’Art et la Manière ::
Dans l’art d’asseoir des concepts, cet été 2008 fut encore l’occasion de la preuve par l’exemple. Il ne s’agissait plus seulement de l’asseoir le concept, mais carrément de le planter au marteau.
Le concept était de commercialiser un billet jumelé pour Lascaux II, le Thot et Lascaux Révélé.
Tu ne veux voir que Lascaux II ? C’est possible mais tu achètes quand même mon multipass pour les 3 sites. Seuls les esprits chagrins ont pu voir là une forme de « vente forcée ». C’est pourtant une fourniture de service, sans commande préalable, accompagnée d’une demande de paiement.
Cela ne correspondait pas stricto sensu à l’article L 122-3 du Code de la Consommation. Mais de peu. C’est pourquoi on a parlé de vente très très aidée.
Peu importe, en terme d’image et de professionnalisme ce fut un carton. Le public, en masse, fit part de son extrême ravissement et loua le Code de la Consommation de ne pas interdire directement ce genre de pratiques de ventes, à la hauteur de la qualité de la prestation : offre inadaptée, visites au pas de course, conditions d’accueil déplorables, suppression des visites guidées…
Cet été, Eric Dosset a fait le grand schelem, au grand dam des professionnels du tourisme. On a même été obligé, de planquer le livre d’or de l’exposition qu’il aurait fallu interdire en lecture aux moins de 18 ans.

:: Un peu d’histoire récente ::
Mais au fait, se dit-on benoîtement. N’a-t-on pas un centre des congrès à Périgueux ? Non. Enfin plus. Jadis au temps jadis, un homme eut la même idée qu’Eric Dosset, (si si c’est possible), faire des congrès. C’était sous l’ère Yves Guéna, (qui inspire encore le maire actuel en matière de démocratie participative), qu’un élu en charge du tourisme, Jean-Jacques Rathier, avait initié ce chantier. On se souviendra même de ce concept « Périgueux Ville d’Accueil », associé à une agence de voyage qui n’en fit pas beaucoup sur ce thème.
Il fit donc construire un magnifique Palais des Congrès, au bord de la rivière, bien en co-visibilité avec la cathédrale Saint Front, pour le plus grand bonheur des amateurs d’architecture Est Allemande (moderne). Les connaisseurs le savent, ce bâtiment est appelé depuis son édification en 1988, « La Cuve », on vous laisse deviner pourquoi.
Mais enfin, comme le maire de l’époque fit raser les abords de la cathédrale avant même de recevoir l’autorisation de l’Architecte des Bâtiments de France, on était plus à ça près, l’ABF non plus, encore pas remis de l’anéantissement de son quartier historique.
Le temps passa, et toujours pas de congressistes. Fluctuat nec mergitur, le « Palais des Congrès » devint, dans les esprits, « Centre des Congrès ». Toujours à flot, il devint enfin le « Centre Départemental de la Communication ». En guise de congressistes, le Conseil Général loue des locaux à France 3 pour concocter sa quotidienne. Tout cela tourne rond depuis 2002. Tous les détails : ici.

:: Histoire très récente ::
Plus près de nous, un « event manager » de la société Ericsson s’était rapproché de la municipalité pour organiser un congrès à Périgueux. A chaque changement d’âne, les mouches changent de méthode. Cette fois-là un fonctionnaire territorial avait produit une étude sérieuse avant de conclure n’importe quoi. Or le résultat de cette étude avait sonné pour Ericsson comme une fin de non recevoir. Un bête problème d’accès, d’accueil, d’hébergement, trois fois rien. Comme une idée d’infrastructures à développer pour être à la hauteur d’une prestation de qualité en matière de congrès, déjà concurrentielle. En somme, un vrai travail à fournir en amont avant de prétendre quoi que ce soit en la matière.

Et pourtant. Cela n’empêche nullement l’organisation de congrès, mais adaptés aux capacités de la ville. Quand on sait qu’il n’y a guère plus de 500 chambres d’hôtel, pour une gamme de qualité et de prestations inégales, on adapte le cahier des charges à ses moyens. Dans ces cas là, on pourvoit à l’image du département en s’adonnant à notre savoir faire premier, bien manger, finir ronds comme des queues de pelles, et admirer les paysages en découvrant les châteaux et l’art pariétal.

:: Le coup de l’amnésie ::
Mais avec Eric Dosset, il faudrait faire comme si la page était vierge et repartir de plus belle, mais sans toujours avoir de bases et en se contentant de rhétorique « marketico-volontariste ».
Lorsque Eric Dosset suggère de dynamiser l’offre mais que l’accès n’est pas un problème si important, il est le seul à s’en convaincre :

L’accès est un souci mais ne rebute pas ! C’est bien la preuve que l’on a une carte à jouer, que l’on bénéficie d’une véritable attractivité.

C’est tout le charme d’un souci attractif. On va bientôt entendre que Périgueux est justement choisie pour sa difficulté d’accès et que cette touche d’exotisme est une indéniable valeur ajoutée. Il n’y a qu’à voir les commentaires des congressistes.

Quant à l’hébergement ce n’est plus un problème. Notre maire, devenu par définition spécialiste de tout, l’a résumé en une sentence magistrale (La Vie Economique du Sud-Ouest, 03/12/08) :

Il y a assez d’hôtels et de restaurants à Périgueux

Faites donc confiance au maire, il en connaît un rayon sur la capacité hôtelière de Périgueux. A moins que sa langue ait fourché, peut-être voulait-il parler de Bassillac en fait.

Peu importe donc que 650 congressistes soient ventilés dans un rayon de 30 à 40 kilomètres autour de Périgueux en pleine saison creuse. Après tout ils sont là pour ça, faire des ballades en bus. C’est bien connu.
Peu importe que certains se retrouvent dans la suite de l’hôtel Accor en centre ville et d’autres envoyés en chambres d’hôtes à Pétaouchnock ou encore dans un hôtel « entrée de gamme » de bord d’autoroute vers Terrasson.
Au contraire, on peut parier que cette coquetterie locale va faire un vrai carton. Il leur reviendra de découvrir, sous des apparences trompeuses, le charme glamour de nos bretelles d’autoroutes.

Pour Eric Dosset il n’y a qu’à communiquer et sensibiliser les « locaux ». Pour d’autres, il y a d’abord un problème de capacité d’accueil et d’organisation, pour une logistique performante à mettre en place. Au cas où, si vous voulez organiser un congrès en France et que vous n’avez pas le numéro de portable d’Eric Dosset, vous pouvez quand même consulter le site de France Congrès, on se ne sait jamais. Ce site regroupe l’offre nationale des villes structurées autour de l’organisation de congrès. N’y cherchez pas Périgueux.

:: Epilogue ::
En l’état, cette annonce sonne creux tant qu’elle ne répond pas d’un critère professionnel, d’une organisation structurée et d’un plan solide du développement de l’outil. Faudra déjà commencer par la base, prévoir les cintres…
La méthode consistant à dilapider investir l’argent public pour simplement vérifier qu’une idée est bonne ou non relève d’un concept que l’on n’aurait pas cru d’actualité, même chez Dexia.
Ce genre d’idées lancées à la volée ne nourrit que les animaux trouvant pitance à même le sol.
Errare humanum est, perseverare diabolicum. En langage actuel. Se planter une fois, ça passe. Mais l’ériger en méthode n’est pas acceptable.
Or l’expérience du SIIT promu à un grand avenir, consistant à utiliser un violon pour satisfaire la nature, de même que planter un évènement comme « Lascaux Révélé » en inclinant les touristes à s’aligner sur la trayeuse électrique, cela ne relève pas d’un objectif atteint. On sent bien ce que commercialiser en état futur d’achèvement peut comporter comme dérive.
Une dernière chose. Si l’homme dispense volontiers son tutoiement en échange de votre vouvoiement, n’en attendez pas moins un accueil cordial à toute bonne idée. (Proverbe d’architecte à Montignac).

Du 109 à Périgueux: merci !

Aujourd’hui, 109apx met la clef sous la porte. Michel Grégoire est allé au bout de ce qu’il avait proposé pour la campagne municipale de Périgueux, un site internet à la disposition des citoyens désireux de voter, autant que faire ce peut, en connaissance de cause.

Pour ce faire, nous avons pu lire des articles, ses fameux éditos, participer à un forum, regarder des interviews des différents candidats, présentant leur programme, sur un ton dégagé, personnel, équitable, libre. Ce dernier terme n’a pas été du goût de tous les candidats, qui le lui ont fait savoir par la bande, notamment via des appels anonymes aux contenus menaçants.

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:: Fatwa sauce périgourdine ::

Aujourd’hui encore, il subit des pressions sur sa situation économique par exemple. Certains sbires zélés – peu suffisent – du Conseil Général de Dordogne, s’y entendent pour lui faire payer, au prix fort sa liberté d’expression et son refus d’alignement sur la pensée officielle. On ne sait même plus ce qui lui est reproché, d’avoir dit ou de dire, ce qu’il ne plaît pas d’être entendu à certains endroits. Et il faudra demander à « ces gens là » d’où provient leur acharnement envers cet homme dont la situation actuelle, financière et sanitaire, est sous la garantie de notre société.

On pourrait demander à « gens là », qui ont lancé contre lui une procédure de radiation inique et vengeresse, ou plus sommairement une sorte de fatwa version sauce aux cèpes, s’ils lui reprochent sa grande gueule, son insoumission, sa plume ou s’ils sont tout simplement antisémites?

Aussi, « ces gens là », en larmoiement de circonstance sur les injustices de la mondialisation, d’un côté plaideront l’aide publique et la solidarité, mais de l’autre, en priveront qui ils auront décidé de châtier pour ses opinions. Et quand on dit opinion, encore faudrait-il les connaitre sans les déformer d’un air pitral.

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Il faut souligner que le département de la Dordogne a une des politiques les plus dures, sur le plan national, en matière d’obligation alimentaire, pour faire jouer cette dernière plutôt que les allocations publiques. Peu importe les liens du parent âgé ou isolé que l’on cherche avec méthode, cela fait toujours quelques économies au Département. Il fallait plusieurs de ces économies de RMI pour remplacer l’ordinateur portable du Président, balayé d’un revers de main parce qu’il n’était pas de la bonne couleur, un vrai crime de lèse majesté.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à « ces gens là ». Qu’ils sachent par la présente que leurs manœuvres ne resteront pas souterraines, dans leur obscurité sournoise, et qu’il sera fait jour, pour l’instant seulement dans un modeste blog, de ces actions qui trahissent et bafouent leur mission de service public, sous le frontispice de « Liberté, Egalité, Fraternité ». On ne règle pas des comptes politiques ou d’opinions, en supprimant impunément des RMI, via des commissions sociales transformées en tribunaux d’inquisition.

:: Révérence et interview ::

Aujourd’hui, 109apx propose deux interviews, correspondant au premier bilan de 109 jours de mandature pour le maire, Michel Moyrand ,et d’opposition, pour Philippe Cornet. On pourra également consulter le dernier édito de Michel Grégoire. Des éclairages ultérieurs seront apportés sur l’état des lieux des 100 premiers jours du maire, notamment sur la démocratie participative.

L’interview de Michel Moyrand et Philippe Cornet

L’édito de Michel Grégoire

 

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Bonne route !