Périgueux au coeur de sa mutation

Un grand débat est en cours à Périgueux et concerne directement ses futurs habitants, de ceux qui marcheront bientôt ou ne sont encore qu’une étincelle dans les yeux des leurs parents. Pour l’heure, ce débat agite surtout ceux qui marcheront bientôt sur trois pattes.

Le cœur du centre ville est en débat pour savoir s’il sera ou non entièrement piéton, ce qui redessinera durablement les échanges, les modes de déplacement comme ceux de la consommation. D’où forcément l’idée que la problématique est globale et qu’elle engage la collectivité à prendre des décisions durables.

La Dordogne Libre vient de proposer un débat sur le thème vivant mais binaire du pour et du contre, avec en leitmotiv la question :

Le cœur de ville doit-il devenir piéton?

En parallèle, l’opération de la municipalité nommée Coeur Piéton consiste à fermer trois rues à la circulation, le samedi de préférence. Au titre de mesure compensatoire elle perfuse la ville d’animations diverses, censées compenser une perte de fréquentation générée par l’absence de flux routier.

Visiblement, cette opération Cœur Piéton a été au centre du débat de la soirée de présentation du schéma d’organisation pour le commerce, l’artisanat, le tourisme et l’animation de Périgueux. Le lien entre déplacement, consommation et activité économique a été apparemment exposé avec passion.

Il ressort de tous ces échanges que beaucoup de commerçants sont insatisfaits du dispositif municipal, jusqu’à remettre en question la piétonisation en elle-même, et jusqu’à produire 150 signatures pour une pétition contre le projet de déplacer l’aire de stationnement des campings-cars située en un endroit des quais dont chaque piéton aimerait pouvoir jouir.

Notre avis, c’est que la question est mal posée, l’avenir mal dessiné, voire non anticipé et que le dispositif municipal manque de pédagogie autant que de substance. Permettons nous humblement de développer et partir d’un peu loin et ce faisant, très sommairement.

:: Le XIX° s. et les voies de communications ::
La grande vague de destruction du cœur de Périgueux au XIX° s. devait servir à ouvrir la ville médiévale à un urbanisme correspondant à la Révolution Industrielle, mettant au centre du dispositif l’extension des voies de communication. (rue St Front, Bvd G. Saumande, rue Eguillerie, rue Taillefer, etc.)

Cette grande vague de destruction s’est achevée de 1950 à 1972, en rasant de la carte le quartier des Rues Neuves en contre bas de la cathédrale Saint Front. Certes, la destruction de ce quartier n’a servi en rien les voies de communications, mais a offert un lieu de stationnement, un point de chute tout aussi important.
Cette destruction aveugle par certains aspects, (ex. rue St Front et l’hôtel Saint Aulaire), était concomitante de l’extension de la ville et la construction hausmanienne de nouveaux axes, mêlant habitat, équipement public et déplacement.

:: XX° s. et préservation du patrimoine ::
Mais à partir du début du XX° s., la notion de patrimoine émergea (au sens moderne et institutionnel) et une série de lois vinrent consacrer la nécessité de protéger des biens communs, ceux-là mêmes que nous rasions sans états d’âme quelques années auparavant, au nom du progrès et de la modernité. Ces deux notions, conjointes au positivisme du XIX° s., firent détruire bien plus de bâtiments à Périgueux, que toutes les guerres réunies, allant des anglais à la Fronde, en passant par les Huguenots ou les comtes du Périgord.

Pour la petite histoire, la ville de Bordeaux connut le même phénomène, (national). Face à cet enthousiasme du désastre, Victor Hugo, alors en chemin vers les Pyrénées, avait eu l’occasion d’écrire des lignes d’une anticipation remarquable, entièrement confirmées aujourd’hui:

Rien de plus funeste et de plus amoindrissant que les grandes démolitions. Qui démolit sa maison, démolit sa famille; qui démolit sa ville, démolit sa patrie; qui détruit sa demeure, détruit son nom. C’est le viel honneur qui est dans ces vielles pierres.
Toutes ces masures dédaignées sont des masures illustres; elles parlent, elles ont une voix; elles attestent ce que vos pères ont fait.
Je l’ai dit autre part, respectons les édifices et les livres; là seulement le passé est vivant, partout ailleurs il est mort. Or le passé est une partie de nous-mêmes, la plus essentielle peut-être. Tout le flot qui nous porte, toute la sève qui nous vivifie nous vient du passé.
Qu’est-ce qu’un fleuve sans source? Qu’est-ce qu’un peuple sans son passé?

Revenons aux lois qui marquèrent une double prise de conscience, la préservation du patrimoine et les moyens de le préserver.

La loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, instaura la sauvegarde du patrimoine dans la législation. Puis la loi du 25 février 1943 étendit cette protection aux abords de ces constructions. Enfin, la loi dite Malraux, du 4 aout 1962, étendit cette protection à l’ensemble d’un secteur urbain historique – Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur – tout en prévoyant, en parallèle de la protection juridique, un dispositif fiscal particulier incitant à la rénovation privée.

:: Fin du XX°s. et nouveaux enjeux ::
Mais les enjeux ont évolué au cours du XX°s. La nécessité de stabiliser la concentration des gaz à effet de serre a entrainé la ratification du protocole de Kyoto et son entrée en vigueur en 2005.
En un siècle, les voies de communications élargies ou crées au XIX°s., ont été complètement saturées par l’inflation des déplacements automobiles. Le diagnostic du Plan de Déplacement Urbain de l’agglomération périgourdine est sans appel, de même que le Porter à connaissance de l’Etat produit en 2006.
La surcharge de ces voies de communication engendre des troubles polymorphes, concernant tout à la fois la santé publique, la qualité du mode vie, la dégradation du patrimoine architectural, et le plus important, une concentration de gaz à effet de serre issue du manque de fluidité du trafic.

Il est inconcevable aujourd’hui, autant à Périgueux que dans le reste de l’Europe, de continuer à vivre selon ce modèle, dont une partie non assumée nous entraverait dans le respect du protocole de Kyoto, pré requis fondamental aujourd’hui pour la survie des espèces. Autrement dit, la fréquentation et l’occupation des centres villes par les voitures n’est réglementé ni par la France ni par l’Europe, laissant le choix, pour l’instant, aux collectivités de s’adapter.

:: Cristallisation des enjeux du XXI°s. ::
Cela ne durera pas. Viendra le temps de la contrainte, de la directive européenne, du décret, de la loi, ou tout ce qu’on voudra du moment que l’on réponde, même dans l’urgence, aux obligations de notre siècle. Les lois sur l’environnement ou sur la protection du patrimoine auront le même effet de diminuer drastiquement les déplacements en cœurs de villes.
L’aboutissement de la loi Malraux, après celles de 1913 et 1943, devra considérer non seulement le secteur en ce qu’il est bâti, mais également ses voies de communications pour englober le construit et le non construit. Idem pour la régulation des gaz à effet de serre, appliquée aux véhicules comme à leurs surfaces de déplacement.

C’était un peu long mais nous y venons. La question « doit-on rendre le cœur de ville piéton? » n’existe pas, car il sera piéton, quoi qu’il advienne. Ce n’est pas un problème de choix, c’est une nécessité qui s’exprimera par la coercition étatique ou européenne au besoin. C’est en cela qu’il conviendrait de prévenir les habitants sur ce futur proche, de les informer sur qui modifiera bientôt leurs déplacements et leurs usages courants de la ville.

C’est en cela également, que des opérations d’animations lors de journées sans voitures, sans révéler la véritable finalité du processus, ne peut que s’avérer frustrant et incompris par ceux qui pâtissent de ces dispositifs.

:: Muter ou mourir ::
Il ne sert à rien d’habituer par l’usage, par petites touches, si en parallèle, on ne révèle pas l’objectif de la mutation. Or les commerçants s’inquiètent parce qu’ils s’imaginent avoir le choix face à cette mutation, ce qui n’est pas le cas et représente un déficit d’information.
Cela paraitra cruel, mais les enjeux liés à cette mutation des centres villes, même avec le soutien de la collectivité, engendrera la cessation d’activité de ceux qui auront cru à tort pouvoir ne jamais changer et s’adapter. En revanche, de nombreux exemples sur le territoire national prouvent qu’une mutation réussie entraine un accroissement de l’activité économique et commerciale.

Il est de la responsabilité des pouvoirs publics d’éduquer les commerçants périgourdins à prendre pour autre modèle de fonctionnement que celui en vigueur. Ce modèle est celui de la proximité de stationnement, celui-là même des centres agroalimentaires qui procurent envie et comparaison aux petits commerces de centre ville. Là n’est plus le référentiel de réussite dans le schéma de la consommation.

Le principe de causalité qui voudrait que la fréquentation résulte de la capacité de stationnement est obsolète pour l’avenir des centres villes. L’idée que la voiture est reine et que le consommateur doit se garer à deux pas de la boutique, sera balayée d’un revers de main par les nécessités environnementale et patrimoniale. Cela concernera autant le vendeur que l’acheteur.

L’ampleur de cette mutation à terme, s’approchera peut-être de celle de la Révolution Industrielle. Et en cas d’échec, l’idée même de voir la voiture du client devant sa boutique sera bien dérisoire, car il n’y aura plus ni voiture ni client… Et c’est demain.
De même, mais dans une moindre mesure, s’obstiner dans l’économie générée par le tourisme, sans mettre en valeur le patrimoine pour lequel le voyageur se déplace et consomme, est une aberration tragique qui ne conduit qu’au déclin. Un déclin incarné par l’abandon du projet du Bas Saint Front par exemple, auquel on substitue un projet strictement administratif en déménageant la mairie.

:: L’action collective ::
Pour finir, la piétonisation du centre ville de Périgueux n’est pas un choix. En revanche, relèvent des choix tout ce qui permettra de nous adapter le mieux possible à ce futur changement. Et la responsabilité de cette transformation incombe aux mandataires auxquels les électeurs ont délégué leurs pouvoirs, nos représentants élus. C’est pourquoi il n’est plus temps de se voiler la face à coups d’animations, faisant de la ville un parc à thème ou un samedi chez les Sims, mais rassembler la population autour d’un projet vaste et complexe dont on connait déjà l’objectif et l’enjeu. L’information et l’éducation sur cet objectif devraient déjà être au centre de ce rassemblement, en lieu et place des promenades à poney et des trampolines. Et ce afin de rechercher collectivement et conjointement, les solutions pour réussir notre mutation, afin que chacun y trouve sa place et en sorte grandi, en garantissant aux générations futures qu’elles jouiront de la ville qu’elles seront en droit d’attendre.

La Révolution Industrielle et sa philosophie pathologique ont entraîné la destruction de notre patrimoine architectural, pour ouvrir des voies de communications. 100 ans plus tard, nous avons pour devoir de protéger ce patrimoine, autant que de réguler les dangers mortels provoqués par ces voies de communication. Nous sommes en face d’un défi qui se résume à une Révolution Environnementale mondiale.

Mais localement, nous ne relèverons ce défi qu’en sachant protéger notre ville, notre nom, notre passé, l’histoire de notre famille, Périgueux, en s’appuyant sur ce que nos pères ont bâti pour le transmettre avec fierté, à nos fils et nos filles.

Nouvelles du Front

Les nouvelles du Front ne sont pas encourageantes. A un peu plus de 15 jours de la prochaine commission extra municipale autour du projet d’aménagement du Bas Saint Front, on peut se demander ce que nous réserve la municipalité.

:: Recadrage ::

Histoire de recadrer rapidement le projet, il s’agit ni plus ni moins que d’aménager les abords de la cathédrale Saint Front pour les raisons suivantes.

Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, l’édifice religieux possède aujourd’hui le plus petit parvis dans sa catégorie, à peine équivalent à un trottoir de rue secondaire. Tout l’espace a été voué aux automobiles, pour atteindre un carrefour dont les caractéristiques dimensionnelles sont celles d’une route départementale.

Le trafic routier généré, via la pénétrante de l’avenue Daumesnil, a un impact direct sur la zone:

  • – Baisse de la qualité de l’air,
  • – dégradation de l’habitat, (salubrité des logements et apathie du quartier),
  • – abandon des commerces, (perte d’activité économique et impact sur l’emploi),
  • – érosion accélérée de la pierre, (conséquences sur les monuments et couts de rénovation),
  • – difficulté des déplacements piétons, (praticabilité et dangerosité),
  • – sous exploitation du potentiel touristique et culturel.

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.:: La position du maire ::

Etroitement lié au projet d’aménagement urbain et paysager, le projet de parking souterrain de place Mauvard est l’objet de toutes les attentions. Depuis longtemps le maire actuel n’y est pas favorable, il suffit de lire les comptes rendus des conseils municipaux où le sujet a été débattu. Pour autant, face au caractère d’intérêt public majeur de ce projet, on aurait pu penser que la filiation du projet avec l’ancienne municipalité ne soit pas un obstacle à sa continuité.

Aujourd’hui pourtant, force est de constater le contraire. Alors que le projet de parking souterrain est proposé à 8.8 millions d’euros par Vinci, le maire, dans Sud-Ouest, annonce un coût de 15 millions d’euros, alors qu’en dernière instance il avait toujours était question d’une estimation à 11 millions d’euros. Il lui plaît ainsi d’ajouter 4 millions, comme ça, histoire de tailler une bavette. Les chiffres seraient donc un peu comme les mots à la veille des élections. Pour flinguer ou retarder un projet, on ne s’y prendrait pas autrement; aussi, quand on veut se débarrasser de son chien, on commence par dire qu’il a la rage.

On notera au passage que le projet du Bas Saint Front a également pour objectif de rapprocher les périgourdins de la rivière l’Isle, à laquelle ils tournent actuellement le dos. Un des projets du maire est de faire de Périgueux une ville d’eau, notamment par le biais d’un festival bi annuel sur le thème Art et Eau. On pourrait donc penser que le projet BSF va dans le sens de ce projet de ville d’eau. Ca n’a pas l’air.

Un autre projet a été directement mis en concurrence, celui du déménagement de la mairie dans un bâtiment tout aussi adapté que le premier, bien que plus vaste, mais qui a le mérite d’être vierge d’une odeur politique qui n’est pas la sienne.

Aujourd’hui qu’entend-on ? Les commerçants du Puy Saint Front semblent un peu désabusés. Lorsqu’ils demandent des nouvelles du projet BSF au maire, ce dernier répond :

on a plus d’argent

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.:: Tombé du ciel ::

Et oui, depuis que Périgueux a fait l’objet d’un rappel à l’ordre sur l’état des finances, assorti d’une note de 29.09 / 30, communiqué par le Préfet et le Trésorier Payeur Général, ami de la famille politique au pouvoir, rien ne va plus. Cela a d’ailleurs valu au préfet un petit tour au Ministère de l’Intérieur, où MAM n’a pas du se montrer des plus souriante, on l’en sait fort capable. Bien sur, le préfet a tenté de minimiser l’affaire dans la presse, mais trop tard. La manœuvre réussie de la gauche a mis en difficulté le premier représentant de l’Etat, coincé entre l’habileté du TPG et un Ministère de l’Intérieur acquis à la cause du Ministre de l’Education Nationale..

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Du pain béni pour la majorité qui voit dans cette note toute l’opportunité de manœuvrer à son avantage. En terme de gestion de bien public c’est désolant. Cette difficulté, au lieu d’être mise sur la table en toute transparence, pour voir quels sont les problèmes réels, est instrumentalisée en tactique politicienne. Traduction pour les habitants :

on a pas plus d’argent

Comprendre, on n’a plus d’argent, sauf bien sur pour ce qui nous intéresse. Le projet du Bas Saint Front semble ne plus intéresser le conseil municipal, entièrement tourné vers le déménagement de la mairie, projet devenu prioritaire en coulisses. Il faut rajouter en coulisses, car le maire ne prend pas ses responsabilités de décideur politique. Il ne défend pas un projet contre un autre, en assumant ses décisions, mais camoufle d’un côté et agit en douce de l’autre, comme s’il n’y avait pas de choix à faire.

Ainsi, le projet du Bas Saint Front, fait maintenant l’objet d’une commission de pilotage, dont on se demande si, tant qu’à faire, il ne faudrait pas y associer Saint Pierre et Miquelon, tant les acteurs invités à donner leurs avis sont disparates et pour certains fraichement concernés par le projet.

:: Le dernier en premier et vice et versa ::

Cela n’empêche pas, au contraire, de poursuivre les études sur l’aménagement qui ne concerne pas le parking. Pour mémoire le projet bas est en stand bye, mais doit commencer en premier. Le projet haut avance bon train mais doit commencer à être réalisé en second. Cette logique, qui ferait froid dans le dos à tout investisseur averti, devrait être clarifiée lors de la prochaine commission extra municipale.
D’un côté, pour la réalisation du projet du Bas Saint Front, il est présenté par le maire comme nécessaire de :

  • – Consulter une commission de pilotage
  • – Attendre les résultats de l’audit financier sur les finances de la ville
  • – Reconsulter les entreprises de réalisation du parking
  • – Attendre la mise en place du Plan de Déplacement Urbain par la communauté d’agglomération
  • – Avoir une démarche budgétaire extrêmement serrée

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De l’autre côté, pour le déménagement de la mairie, rien. Il est simplement accessoire de prendre en compte le cout de :

  • – Rachat du foncier et du bâti de l’ancienne CCI
  • – Réhabilitation et mise aux normes du bâtiment et des abords
  • – Réhabilitation et mise aux normes de l’actuel bâtiment municipal

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Pour ce projet, plus rien de ce qui est évoqué plus haut n’est nécessaire, cela coule de source. Disparue la rigueur budgétaire invoquée en déesse de la méthode comptable, envolées les commissions techniques « essentielles », évaporée la gestion des flux communale et extra communale, aucune importance de l’audit financier en cours, accessoire également l’inscription du projet au Plan Local d’Urbanisme de Périgueux. Seule réponse aux périgourdins :

Un projet de première nécessité

 

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:: Deux poids deux mesures ::

Il n’est pas question de dresser un projet l’un contre l’autre, les deux ont leurs propres justifications. Mais c’est dans la différence de traitement sur le plan de la communication du maire que l’écart est le plus éloquent. Là où l’on ne devrait parler que d’intérêt général, de priorité en terme de gestion de bien public, d’équité et de transparence dans la présentation des enjeux, on se heurte à l’ego, à la dissimulation, à la manipulation de l’information; au service de la couleur politique et des ambitions personnelles, à l’inverse de la mission de service public découlant de l’élection.

Il n’est pas certain que ces manipulations, somme toute grossières, trouvent satisfaction chez les électeurs. Si d’un côté le nouveau maire a obligation de se démarquer de la politique de ses prédécesseurs pour matérialiser la promesse de rupture qui l’a porté au pouvoir, de l’autre, avec un écart de 113 voix aux élections et une population en attente de résultats concrets et rapides, l’absence de lisibilité politique par le biais d’un homme peinant à incarner la fonction de maire, (ce qui oblige entre autre à assumer les yeux dans les yeux avec la population des choix politiques), risque de se traduire par un désaveu brutal.

Cette absence de lisibilité et les tâtonnements convulsifs des trois premiers mois de mandature ont été absorbés par la difficulté compréhensible de prendre ses marques. Si en revanche cet état perdure et s’inscrit comme griffe de la méthode municipale, se caractérisant par l’absence de vision à long terme pour Périgueux et de projets structurants, il est certain que les périgourdins ne s’y retrouveront pas et le feront savoir.

Le projet porté par le maire était celui d’une ville dynamique, avec une démocratie locale modernisée, au commerce relancé, au tourisme redynamisé, aux quartiers revitalisés, avec une politique de l’emploi volontaire et un rayonnement extra communal de fait et non de droit. En somme, il s’agissait de proposer un projet faisant entrer Périgueux de plein pied dans le XXIème siècle.

En commençant par saborder le projet du Bas Saint Front et en déplaçant la mairie à 300 mètres, on a du mal à comprendre les moyens mis en œuvre répondant des objectifs du projet de campagne électorale.

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Nouvelle CAP, nouveau cap?

La Communauté d’Agglomération Périgourdine présente un dossier synthétique retraçant les grandes lignes du nouveau mandat qui se présente, ainsi que l’équipe responsable du cap à suivre.

:: Le développement durable ::
L’édito de mandature est sous le signe du développement durable pour le président du conseil communautaire, M. Bérit-Débat. Etant un enjeu de survie des espèces à terme, on ne peut qu’y souscrire. Cela serait l’occasion, dans le cadre d’aménagements des parcs d’activités économiques et des entrées de villes, fussent-ils menés « tambour battant », là aussi et peut-être surtout, d’appliquer cette politique bien absente des projets économiques, si alléchants en terme de taxe professionnelle.

Le principe du « je t’échange de la taxe pro contre du rabais environnemental », (toujours trop coûteux), lui, ne durera pas, c’est certain. Ainsi, puisqu’il ne s’agit pas que de mots, on ne peut qu’encourager les édiles à être exigeants et vigilants, ne cédant pas aux grands programmes de défiscalisation ou à quelques créations d’emplois au mépris d’une gestion durable des eaux et des sols. A ce titre il serait intéressant de connaitre le bilan environnemental de toutes ces opérations économiques menées « tambour battant », ainsi que les mesures compensatoires au titre du développement durable qui ont présidé aux règles d’urbanisme. Et oui, la rhétorique est heureuse en ces temps, car cette question était une colle; avis à la population. La réalité est tout autre. Ces projets représentant des investissements massifs en terme d’aménagement, ils se doivent d’être rentabilisés rapidement. Pour ce faire, l’on n’hésite pas à se montrer accommodant avec les acquéreurs potentiels. Cela passe par une gestion relaxée de tout ce qui touche au paysage, à l’environnement, aux eaux de ruissèlements, etc.

Au-delà du développement durable, la CAP semble se donner également certaines directions marquées.

:: L’aménagement du territoire ::
Ce dernier fait partie intégrante des enjeux liés au développement durable. On ne peut qu’exhorter la CAP à produire les Schémas de Cohérence Territoriale et le Plan de Déplacement Urbain au plus vite et au mieux, qui permettront de rationaliser et maitriser le territoire, le bâti et les flux routiers. Mais las, qu’entend-on parler de ces documents depuis de trop nombreuses années, signe manifeste de désinvolture, volontaire ou non.
Ces documents fondateurs de l’agglomération et de ses orientations environnementales sont la clef de voûte d’un aménagement durable du territoire. L’urgence se fait sentir aujourd’hui. Il n’est pas nécessaire d’agir dans la précipitation, (entendu trop souvent pour gagner du temps), mais il est nécessaire d’agir.

En ce sens, on pourrait attendre de la CAP qu’elle mette à disposition un état des lieux de ces projets en proposant un planning à titre de repères, en soulignant les prochaines échéances. Tout le monde y gagnerait.

:: Le renforcement partisan de la structure ::
La gauche y gagne en pouvoir. Cela offre deux regards, selon l’humeur.
Le premier est optimiste. La droite n’y existant qu’en parole et non en pouvoir, cela renforce la cohésion d’action du groupe communautaire, et rend caduque les rivalités politiques du passé, petit jeu de partis politiques dont l’intérêt général faisait les frais.
Maintenant que le groupe socialiste a toute latitude de décision, on peut penser que la cohésion de l’action en sera renforcée et que Périgueux sera associée à la synergie globale, on s’en réjouit. Normalement, mais ne présumons de rien en la matière, l’intérêt général devrait y gagner.

Le second regard est moins enthousiaste. Il n’y a plus aucun contre pouvoir politique (réel) à la CAP, ni à l’échelle de la Dordogne d’ailleurs. Résultat ?
Une forme de potentat local entièrement dévoué à sa continuité, composé de partisans professionnels, ici un chargé de mission du Conseil Général, là un médiateur du Conseil Régional, tous en quête de pérenniser un système en vase clos et excluant tout ce qui n’est pas adoubé par les barrons. Ainsi quoi de mieux qu’un salarié d’une collectivité territoriale pour exercer un mandat électif, tout en se gardant bien d’indiquer leurs vraies fonctions et leurs origines aux habitants ? Pourquoi cette dissimulation s’il n’était présumé qu’elle constitue un déficit d’image ou un problème moral ?

Le pouvoir délégué par la peuple n’a pas pour but premier d’être conservé mais d’être utilisé au mieux pour le bien commun. Allez expliquez cela à un professionnel de la politique qui nourrit sa famille exclusivement des ses indemnités diverses et cumulées, missions, primes, etc. Il vous rira au nez.

:: L’élargissement de la structure ::
On parle « d’anticiper l’élargissement incontournable » de la CAP, tant à l’Ouest qu’à l’Est. Cela permettrait certainement d’évoluer à terme vers une Communauté Urbaine. Pas sûr que le président de la Communauté de Communes « Isle Manoire », à l’Est, dont la vocation est justement de ne pas faire partie de la CAP, (par surcroît en concurrence à grands coups de parcs d’activités économiques), n’abandonne comme ça un pouvoir si patiemment et méthodiquement acquis.
En bref, la partie commence.

:: De l’organisation politique ::
M. Bérit-Débat fait une déclaration importante, faisant partie de 3 questions centrales qui lui sont posées.
En effet, il se prononce en faveur d’un suffrage universel direct pour élire le conseil communautaire.
« Il faut admettre que la politique c’est faire des choix et que le citoyen attend que ceux-ci soient d’une façon ou d’une autre assumés. C’est pour cela d’ailleurs, que je suis favorable à l’élection de la CAP au suffrage universel direct ».

Autrement dit, pour que les choix soient pleinement assumés – par les responsables élus – il faut en passer par le suffrage universel direct. Cela revient à dire qu’aujourd’hui cela n’est pas le cas et admet en creux la persistance de cette carence démocratique au niveau des EPCI, (Etablissements Publics de Coopération Intercommunale).

Nous savons pourtant, malheureusement, que ce n’est pas M. Bérit-Débat qui pourra peser sur cette législation quasi inique, en revanche peut-être, un peu plus le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale. Nous verrons. Ce n’est en tout cas pas des Hautes Seines que viendra l’initiative.

Partant de ce constat de carence démocratique, en revanche, la CAP, avec la volonté politique adéquate, pourrait si elle concrétisait son constat par des actes, aller vers une politique générale plus démocratique, recentrée sur les citoyens, au moins par une concertation et une information renforcées et accrues. Application simple et peu onéreuse, cela nous amène à la communication.

:: De la communication ::
bouquet.jpg Le nouveau vice-président à la communication est M. Dupuy, conseiller municipal de Périgueux.
Il déclare avoir la volonté d’informer et favoriser le débat, c’est une bonne chose. Sûrement autrement qu’en « s’occupant du cas » du fleuriste qui le dérange, grâce à sa position d’élu. Un bouquet de roses et une place de stationnement privatif en face de la boutique du Pont Neuf résoudront-ils l’affaire ?
On peut d’ors et déjà lui demander, plus sérieusement, de tenir le site Internet de la CAP à jour, des rubriques sont inactives depuis des mois au chapitre évocateur de « Bienvenue au bon sens ». On demandera, en terme de communication, un peu moins d’auto promotion pour un peu plus d’information réelle et détaillée, tant au niveau papier qu’en terme de TIC. Détails des dossiers, comptes rendus et débats sur l’environnement et le développement durable, les projets à moyens et longs terme, l’actualisation des procès verbaux du conseil communautaire, l’amélioration de la démocratie locale, etc.

Pour se comprendre. Il n’est pas question de querelles, de procès d’intention, ou autre jovialités qu’on laisse volontiers aux partisans et rivaux politiques. Il est simplement question de l’environnement, d’un développement réellement durable et non un thème batelé parce qu’il est il dans le vent, comme une rhétorique prête à l’emploi pour les édiles soucieux de leur image. Clairement parce qu’il en va de la survie des espèces, de la possibilité de survivre même qui se dégrade et que les décisions de la CAP, même locales, participent ou de cette destruction, ou de cette survie. L’état global et les bilans mondiaux ne permettent plus de finasser dans un entre deux poussif, offrant de simuler l’impuissance et l’incapacité d’agir pour éviter l’affront de la lâcheté et du je-m’en-foutisme.

Pour finir, il en ira d’un état d’esprit similaire, pour faire en sorte que la démocratie représentative – dont les signes d’usure et défaillance se mesurent autant par le 21 avril 2002, la méfiance et la suspicion parfois à l’égard des représentants politiques, l’abstention, le désintérêt de la chose publique pour les destinées égotiques – se renouvèle et se renforce, au lieu de décliner avec les institutions de la Vème République. On peut toujours jouer avec les mots, faire en sorte de sauvegarder ses intérêts personnels en brouillant les cartes, se garder de clarifier les faits et les organisations pour prétexter le besoin de spécialistes que seraient les politiciens professionnels, au final, la note sera laissée aux citoyens, et dans le plus grand désarroi, ils peuvent déléguer au pouvoir le pire d’entre eux.