Michel Moyrand détourne l’ordre public pour imposer son ordre moral ?

Maintenant que le Conseil Général Dordogne a échoué dans sa tentative d’interdire le spectacle de Dieudonné, c’est au tour du maire de Périgueux de s’y coller. En octobre dernier, il avait annoncé la couleur :

« Compte tenu de la personnalité de ce provocateur professionnel que d’aucuns qualifient d’humoriste (‘) je tiens à préciser que, si d’aventure ce spectacle devait se tenir dans notre ville, je prendrai un arrêté pour l’interdire en raison des menaces de troubles à l’ordre public qu’il serait susceptible d’entraîner ».

Il va donc falloir le prendre cet arrêté nom d’un nazi en string!  Et le maire s’est déjà mis des bâtons dans les roues en confondant jugement personnel et prérogatives d’un dépositaire d’une autorité publique. Ce que pense Michel Moyrand de la personnalité de Dieudonné, qu’il le considère comme un « humoriste » ou non ; tout le monde s’en moque. Ce n’est pas parce que Dieudonné ne fait pas rire Michel Moyrand que le maire de Périgueux peut se sentir légitime à l’interdiction (en Corée du Nord peut-être, mais pas en France).

On va commencer par la fin pour que le maire saisisse les choses par le bon bout, d’où cette phrase de Portalis

« Les lois s’occupent plus du bien politique de la société que de la perfection morale de l’homme. La vertu est l’objet de la morale, la loi a plus pour objet la paix que la vertu (…) »

http://www.dieudonne-officiel.com/news

Aujourd’hui, au pied du mur, le maire de Périgueux n’est plus aussi sur de lui. Sud Ouest a même titré  : « Périgueux : le maire hésite à interdire Dieudonné » (29/02/12). Il semble chercher du soutien parmi différentes associations, y compris la Ligue des Droits de l’Homme, ce qui ne manque pas d’ironie.

Aussi Michel Moyrand déballe un nouvel argumentaire pour tenter de justifier ses velléités de censure.  Ce dernier est rapporté par Sud Ouest :

« La Dordogne, qui est une terre de résistance, de liberté et de démocratie, a un devoir de mémoire. Il ne faut pas qu’elle devienne un lieu où l’on peut véhiculer des thèses qui visent à exclure une partie de la population. Je respecte la liberté d’expression, dans la mesure où elle est respectueuse de chacun, et où elle ne dresse pas les uns contre les autres. La liberté, ce n’est pas le droit de tout faire ou de tout dire »

Michel Moyrand, dans une certaine confusion, amalgame 3 type d’arguments : historique, juridique et moral.

La ville de Périgueux interdirait Dieudonné en raisons des caractéristiques historiques du département de la Dordogne entre 1939 et 1945

Oui je sais. C’est impressionnant. Mais sans sarcasme, feignons de trouver un sou de rationalité dans cette idée.

Convoquer l’histoire est toujours compliqué. Le Dordogne et Périgueux honorent publiquement le Maréchal Bugeaud, colonisateur de l’Algérie, criminel de guerre, tortionnaire sans pitié et assassin de milliers de femmes et d’enfants (Bugeaud l’agérien ou le révisionnisme périgourdin). Et quand bien même, la Dordogne n’est pas qu’une terre de résistance à l’envahisseur nazi, elle fut tout autant une terre de collabo et de miliciens…

Alors que vient faire Dieudonné là-dedans en 2012 ? Est-ce que « les thèses qui visent à exclure une partie de la population » est une manière à peine voilée pour Michel Moyrand, d’accuser Dieudonné d’antisémitisme ? Ca y ressemble fortement.

Dieudonné pourrait continuer ce spectacle:

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=_B3q3kt6S88[/youtube]

Passons. La Dordogne étant une terre de résistance, cela interdit tout spectacle, condamné par avance pour antisémitisme. En toute logique, cela suggère qu’en des terres moins résistantes, le dit Dieudonné serait fondé à se « pourvoir » en spectacle ? Les habitants de l’Auvergne apprécieront la logique du maire de Périgueux, car quand on a pour sous-préfecture la ville de Vichy, on est bien obligé d’accepter Dieudonné c’est ça ?

Ca a tout l’air d’une semi démence, mais il faut donc rappeler au maire de Périgueux que la loi s’applique de manière égale sur l’ensemble du territoire de la République. Et que l’histoire d’un département n’est pas un motif recevable à la « dérogation à Dieudonné » (sic). Il y a certaines bases de droit public que l’on aurait pu croire acquises au bout de quatre de mandat.

La liberté d’expression défendue par le bâillon (et mon poing dans ta gueule c’est pour ton bien)

Michel Moyrand himself:

« Je respecte la liberté d’expression, dans la mesure où elle est respectueuse de chacun, et où elle ne dresse pas les uns contre les autres. La liberté, ce n’est pas le droit de tout faire ou de tout dire ».

Ce seul critère de « respect de chacun » aurait suffit en son temps, à condamner Pierre Desproges à la réclusion criminelle à perpétuité…

Heureusement le maire de Périgueux en fait appel au droit :

« La liberté, ce n’est pas le droit de tout faire ou de tout dire »

Voilà pour le faire, article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen :

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Voilà pour le dire, article 11 :

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme: tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

Voilà c’est ça, limité par la loi. C’est donc devenu un délit. Les délits sont qualifiés par les juges. Les juges appartiennent au corps judiciaire. Le maire de Périgueux est-il investi du pouvoir de qualifier un délit  et d’interdire à un citoyen de parler ?

Michel Moyrand est-il magistrat ? A-t-il le pouvoir de contraindre un citoyen au silence ? Et quand bien-même, encore faudrait-il qu’un délit soit reconnu. Est-ce le cas ? Non. Les propos condamnés par la loi ne sauraient exister avant d’avoir été prononcés.

Est-ce en démocratie que l’on juge les gens coupables avant même qu’il n’aient commis le moindre délit ? D’où est-ce que la loi française a donné compétence à un maire pour se substituer à un juge ?

A la mairie de Périgueux pas de problème, ça semble naturel. A leur décharge, depuis qu’ils ont transféré la cour d’Assises au théâtre, le maire s’y perd un peu.

Le prétexte fallacieux contre la liberté d’expression: le trouble à l’ordre public

Le problème c’est qu’on juge d’un délit après qu’il ait été commis, signalé et visé par la justice. Il ne serait pas constitutionnel de limiter la liberté d’expression de Dieudonné avant même qu’il n’ai parlé. Le maire ne peut donc pas interdire le spectacle au prétexte qu’il subodore (mais sur quels fondements ?) des répliques diffamatoires ou injurieuses. Quant à Faurisson sa seule exhibition n’est pas un délit, le législateur, fort à propos, ne lui a pas fait cet honneur.

Reste alors l’arme bricolée de toute pièce du « trouble à l’ordre public » pour s’opposer à la liberté d’expression. L’ordre public n’est pas précisément défini, mais regroupe le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques.

Autrement dit le maire voudrait empêcher Dieudonné de parler. La loi ne l’y autorisant pas, il ne reste comme alibi que celui du risque à la « paix locale ». C’est donc au nom des « bonnes mœurs » que Dieudonné est condamné. La liberté d’expression, qui est normalement défendue par une procédure lourde avec un juge d’instruction, est littéralement liquidée dans ce cas par un simple acte administratif.

Michel Moyrand et le nouvel ordre moral

Le maire de Périgueux tenterait dans ce cas de faire passer l’ordre moral pour de l’ordre public. C’est justement ce qu’il n’est pas. La puissance publique n’est pas là pour instaurer un ordre moral. Elle n’est pas là pour entrer dans la sphère de l’individu et imposer des valeurs normatives à la conscience. La puissance publique n’est pas là pour nous dire ce qui est bien ou mal mais pour imposer ce qui est légal ou illégal.

Être en démocratie, c’est faire en sorte de protéger les libertés d’opinion et d’expression parce qu’elles sont les conditions de possibilités de ce régime politique. Les maires de France qui tentent aujourd’hui d’interdire Dieudonné forment le souhait d’imposer un ordre moral. Et comme la loi ne le leur permet pas,ils tentent de la détourner pour imposer une censure arbitraire de la liberté d’expression déguisée en respect de l’ordre public.

Faire respecter cet ordre public correspond d’ailleurs parfaitement au mandat confié au maire de Périgueux par les périgourdins. Sauf que dans une conception extensive de ce mandat, Michel Moyrand se croit maintenant légitime dans l’édification d’une censure publique en vertu de ses propres mœurs.

A-t-on voté « Michel Moyrand » afin que ce dernier, une fois élu, autorise ou censure les propos d’un tel ou d’un tel, selon son bon vouloir ?

Quand on se prétend démocrate, on n’interdit pas les idées nauséabondes par arrêté municipal, on se porte au devant d’elles, on les affronte et on les combat par d’autres idées.

Sinon on ne défend pas la démocratie, on la souille.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=mI021kUfLuM[/youtube]

Dieudonné-Faurisson 1 / Moyrand-Deguilhem 0

Dieudonné, en voulant donner un spectacle à Périgueux, rend un fier service aux médias locaux et aux politiques en mal de marketing électoral.

Dieudonné fait vendre, Sud Ouest sait vendre et il le vend bien. Planant en cercles au-dessus de l’évènement, Michel Moyrand a flairé une bonne carcasse, il fonce, descend en piquet pour verser dans la pire des outrances.

Peu importe, il y a des points à prendre sur l’autel de la démagogie la plus vulgaire. Vieux pots & bonnes recettes.

Le pavé en a marre : http://ow.ly/6YiR9

Orgie d’articles Sud Ouest qui peut remercier Dieudonné

Sud Ouest ne couvre pas l’évènement, il vomit l’évènement. C’est un filon en or pour le journal local Sud Ouest. Pas moins de 7 articles en 3 jours !

Les journalistes locaux ont troqué leur plume pour des pioches et ils creusent, ils creusent, ils creusent. Dieudonné et ses frasques leur rend un sacré service. Il fait générer du trafic, des commentaires, c’est tout bon. Il fait vendre. Et comme ça cause business avant de parler d’information à Sud Ouest, le journal envoie la purée avec plus de 2 articles par jour en moyenne.

Certes l’angle éditorial est restreint, orienté et intéressé. Tout est à charge contre le saltimbanque du Front National. Les titres d’articles sont dignes de la presse poubelle. Dieudonné appelle ses fans à téléphoner aux médias, mairie et conseil général ? Pas de problème, le 14 octobre Chantal Gilbert se lâche : « Dieudonné harcèle les périgourdins ».

L’occasion est trop belle. Quitte à remiser une partie de leur déontologie au placard, ils excitent les trolls en tous genres (241 commentaires au total) ; peu importe de donner dans le ridicule pourvu qu’on ait le trafic. Le trafic est roi, c’est lui qui est vendu aux annonceurs.

Le trouble à l’ordre public, c’est Michel Moyrand

Michel Moyrand ne  voulait pas démonter l’antenne relais au-dessus de la crèche, pour ne pas, disait-il risquer de perdre un procès contre les opérateurs de téléphonie mobile. Un courage tout à coup recouvré contre Dieudonné avec la menace d’un arrêté municipal bidon qui conduirait piteusement la ville devant un tribunal administratif.

Aujourd’hui le maire de Périgueux se torche avec la Constitution :

« Compte tenu de la personnalité de ce provocateur professionnel que d’aucuns qualifient d’humoriste (‘) je tiens à préciser que, si d’aventure ce spectacle devait se tenir dans notre ville, je prendrai un arrêté pour l’interdire en raison des menaces de troubles à l’ordre public qu’il serait susceptible d’entraîner ».

Ca sent bon l’Allemagne de l’Est. Depuis quand un dépositaire d’une autorité publique est-il fondé à apprécier les qualités (humoriste ou non, artiste ou non etc.) d’un individu ?

Depuis quand ce dépositaire d’une autorité publique est-il fondé à entraver les libertés fondamentales d’expression  et de commerce, au nom de son jugement personnel sur la « personnalité » d’un homme ou d’une femme ?

L’arrêté, au nom d’une menace de trouble à l’ordre public, sera illégal et la ville perdra. Et il le sait. L’ordre public, (CGCT L 2212-2), est appréhendé comme suit :

« Le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques »

Volontairement non défini par le Conseil d’Etat, l’ordre public est une acception large, mais pas sans limites. L’ordre public n’englobe pas la moralité publique. Désolé pour les staliniens périgourdins, mais la Constitution française est passée par là.

En tant que personne (seule), ledit Dieudonné représente-t-il une menace réelle pour la paix publique et la quiétude de la cité ?

Où sont les éléments concrets, qui permettent de prouver cette menace et justifier de se prémunir par une interdiction qui déroge aux libertés fondamentales posées par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ?

La privation de liberté d’expression et de commerce est une exception, exception qui n’est en rien justifiée à ce jour à Périgueux dans le cadre d’un spectacle. Pas plus celui de Dieudonné que celui de Michel Sardou.

Le stalinisme rampant des faux démocrates

Michel Moyrand sait qu’il enfreindra les lois de la République et perdra son procès. Au nom de quoi ? De la démocratie ? Et depuis quand on défend les valeurs démocratiques en violant ses lois ? Depuis quand la police administrative est fondée à se muer en police de la morale, des mœurs et des idées ?

Comment des gens se réclamant de la République, dépositaires d’une autorité publique, peuvent-ils justifier de la violer pour empêcher ceux qui sont justement accusés de vouloir eux-mêmes la violer ?

Michel Moyrand rejoint ainsi le camp de ceux qu’il croit combattre. On citera aussi dans cette croisade anti-démocrate son « collègue » Pascal Deguilehm, pourtant député à l’Assemblée Nationale, sur France Bleu Périgord (la grande mêlée) le 14/10/2011 :

« Parce que vous avez présenté Dieudonné comme un comique, moi il ne me fait pas rire, les propos, les thèses abordées, voir Faurisson, négationniste, à ses côtés sur la scène du centre de la communication j’en n’ai pas du tout envie. Trouver tous les arguments pour qu’il ne vienne pas, oui je crois qu’il faut le faire et il est de notre devoir d’empêcher sa venue ».

Qu’un député français appelle à violer les lois de la République (« trouver tous les arguments pour qu’il ne vienne pas » y compris fallacieux en l’espèce) pour interdire d’expression et de commerce un type qui ne le « fait pas rire » et qui ne correspond pas à son « envie », c’est du pur délire.

Quand on prétend défendre les valeurs de la démocratie et de la République, on commence par le faire en respectant et en appliquant ses Lois. Jusqu’à preuve du contraire, Dieudonné, dans le cadre de son spectacle périgourdin, n’a strictement rien commis d’illégal qui justifie la négation de ses droits fondamentaux.

On ne combat pas les fachos en le devenant soi-même

L’attitude de ces deux élus m’amène à la conclusion qu’ils sont aussi dangereux pour la démocratie que ne le sont les thèses portées par celui qu’ils combattent.

Votre « personnalité » dérange le maire de Périgueux ? Alors privation de droits fondamentaux

Votre humour ne plait pas au député périgourdin qui ne vous trouve pas « comique » ? Alors privation de droits fondamentaux

Le député n’aime pas vos fréquentations ? Alors privation de droits fondamentaux

En gros, ils ne partagent pas vos idées? –> Privation de droits fondamentaux

En tant que représentants du peuple, messieurs Moyrand et Deguilhem, vous faites honte à la démocratie, honte à vos mandats, honte à votre charge, honte à votre devoir.

Vous ne défendez pas cette démocratie, vous l’empêchez. Et par ce fait, vous êtes dans le camp d’en face, votre place est avec Dieudonné et ses idées.

Dieudonné a tort ? Démontrez-le !

En tant que citoyen j’exècre les idées auxquelles s’est rangé l’humoriste. Je suis contre ses thèses, je n’aime pas ses « amis » et ce qu’ils représentent, je le considère comme un danger politique, porteurs de haine, de clivages, d’injustice et d’inégalités identitaires. Ils contreviennent ouvertement au socle même des valeurs constitutionnelles.

Mais sauf exception légale ((apologie crime contre l’humanité, incitation à la haine raciale, homophobie, etc.)), ils en ont le droit. Et si Moyrand et Deguilhem avaient le courage nécessaire, ils n’appelleraient pas à violer la loi, mais se porteraient au devant de tous, sur l’agora, pour défaire par le débat, la raison, l’argument, celui qui se fait accompagner de Faurisson.

A contrario, en se montrant aussi délétères que l’adversaire, les élus périgourdins ne font que le renforcer. Avec ce genre de lâcheté qui consiste à violer la démocratie plutôt qu’à convaincre de sa force, Moyrand et Deguilhem donnent raison à Dieudonné et ses partisans. Idem pour Sud Ouest mais plus par cupidité que par idéal politique.

Dieudonné a d’ors et déjà remporté la bataille de la communication. Sud Ouest a garanti « l’effet Flamby ». En voulant l’écraser violement, il y en a maintenant pleins les murs. Ils n’attendent que ça.

Oui, aujourd’hui Dieudonné est victime des élus qui pour le combattre sont prêts à violer les lois. C’est un véritable boulevard sur la victimisation et la répression illégale des idées minoritaires.

Tant que nous subirons ces élus froussards et pleutres, incapables de défendre la démocratie autrement qu’en la souillant, les extrêmes auront beau jeu. L’interdiction de leurs idées est attractive, facile, elle incite à la transgression, au subversif et à la dénonciation du « système ».

La coercition de ces idées est l’aveu d’une faiblesse, là où il faudrait un cerveau et des burnes pour défaire ces idées, les anéantir par les faits, les statistiques, la justesse du raisonnement et la force des idées.

Oui ces gens là ont tort. Encore faut-il être capable de le démontrer sans leur donner raison.

Sinon oui, le Pavé a raison, vous ne serez que des clowns…