Vinci Park à Périgueux, les SDF nuisent au chiffre d’affaire

Merci à la Dordogne Libre d’éclaircir le mystère de l’état pitoyable des parkings périgourdins.

Voilà le topo.

J’arrive dans Périgueux pour faire des courses. Je cherche une place de stationnement pour y laisser ma bagnole.
J’enquille le parking Montaigne, me gare et me dirige vers la borne pour m’enquérir de mon ticket.

Et voilà qu’un clochard fait le pied de grue devant la borne pour me taxer 1 euros !
Heureusement que je suis garé en surface en plus. Parce qu’en sous-sol j’aurais pu remarquer dans les escaliers que par surcroît, l’indigent s’était soulagé par le fondement !
Mais on n’est pas devant une permanence de député périgourdin ici et que je sache, un SDF ça ne doit pas boire trop de lait non ?

Et bien mon bon monsieur, vous n’êtes pas prêt de me revoir vous donner un argent honnêtement gagné. C’est pas l’armée du salut ici non ?!

Voilà en somme la magnifique thèse défendue par la communication parisienne de Vinci Park pour expliquer qu’à Périgueux, la baisse de fréquentation de 7% en 2008 tient avant tout à ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter une voiture.

C’est donc à cause de ces vermines scotchées aux bornes et déféquant à tout va que le groupe, enregistrant une baisse de la fréquentation, n’est plus en mesure d’entretenir correctement la surface de roulement qui se dégrade d’année en année (compris le vandalisme sur les édicules hein…) Mais que fait la police nous dit Vinci.

« Les SDF représentent un vrai problème, surtout à Périgueux« , reconnaît ainsi François Levert, responsable de la communication au siège parisien.  » Leur présence est très désagréable pour la clientèle et, on l’a constaté, provoque une désaffection« .

Sortez les Taser et virez ces bipèdes !!!

Bon, c’est vrai que les temps sont durs, soyons réalistes:

Le chiffre d’affaires de VINCI Park ressort à 622 millions d’euros en augmentation de près de 11% (+6% à structure comparable). En France, la hausse du chiffre d’affaires (+3,1% à 409 millions d’euros) est entièrement imputable à la croissance organique.

Alors, messieurs les SDF, veuillez raison recouvrer. Trouvez un travail, achetez une voiture et venez leur confier vos stationnements. Sinon, ayez l’amabilité de foutre le camp, car en affichant votre misère à la face des clients, vous les faites fuir. Merci par avance.

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Périgueux, ville sous influence

[Nous sommes certainement aussi heureux de partir que certains le sont pour nous. Ou pour eux. L’intensité d’un plaisir partagé est sans commune mesure, ne boudons pas cette communion.]

La science des astres, en Grèce Ancienne, tenait de la théorie des sphères et de leurs influences. L’économie des relations humaines conserve encore le vocabulaire de l’antiquité désignant les sphères d’influence et les orbites, pour qualifier les différents rapports. Les astres aux plus fortes attractions orbitales sont généralement les plus volumineux et surtout, ils ont la particularité d’être immobiles dans le cosmos. Ce cosmos, qui, en équilibre, désigne un vaste réseau d’influences parfois contraires.

:: L’influence des réseaux ::
C’est donc par le terme de réseau qu’il faut entrer. Un filet destiné à capturer certains animaux. Ou l’ensemble de tout ce qui peut emprisonner l’homme, entraver sa liberté, menacer sa personnalité. Réseaux de conspiration ou de contradictions, de barbelés ou lignes de défense. Aussi un des quatre estomacs des ruminants ou un entrecroisement de voies de passages, un entrelacs de nerfs ou de canaux et de drainages. Interconnexion de machines communiquant entre elles, ou de personnes dépendantes d’un organisme central. Réseaux de concessionnaires, de correspondants, de distribution, de communication. Réseaux clandestins, de renseignement, de résistance, aussi.
Ou l’ensemble des contacts que l’on peut solliciter, directement ou indirectement, officiellement ou officieusement, pour l’aide nécessaire à la réussite de sa démarche.

:: Le cosmos périgourdin vu d’ailleurs ::
Périgueux. Hors du temps, c’est une petite ville sous cloche. Et sous cette cloche vit un univers, un écosystème semi autarcique régit par ses propres mécanismes. Les changements et les mutations du monde n’affectent que partiellement cet univers périgourdin, dont la stabilité et la réfraction au mouvement sont une de ses caractéristiques les plus nobles.

La tradition, les usages et les mœurs, n’y subissent pas l’érosion du temps. Et la vitrine offerte au touriste, sans cesse polie par l’institution, donne au voyageur l’image rassurante et conviviale d’une bourgade où il fait bon vivre, où le temps n’a pas prise. De la gastronomie, du patrimoine, un climat, des cartes postales. Bref, un parc à thème dédié à l’oisiveté et au plaisir.

Mais au fond cette image vaudrait aussi pour les périgourdins, invités à n’exiger davantage que ce que l’on offre au voyageur. Tant que cet état demeure et qu’il témoigne d’une quelconque satisfaction, tout n’y est que rondeur et bombance. Et le périgourdin étant par ses côtés frondeur, dans le besoin de chicaner et houspiller, c’est avec générosité qu’on lui verse tout sujet nécessaire à ce mode de relation sympathique, qui fait le folklore de son identité.

Pour autant, ce micro-cosmos obéit à des règles précises et ses gardiens en sont d’efficaces protecteurs. Pour la plupart, ces règles ne sont pas écrites, à peine orales, mais tacites et c’est ce qui fait leur force. A cet univers, dont on sait bien qu’il y faut un horloger, sinon plusieurs en réalité, sont dévoués divers organes, ou organismes, traitant chacun de leurs prérogatives.

Echo-système, écosystème, dans les deux, il y a système. Le cosmos périgourdin est un jeu de relations complexes entre des entités maîtresses. Dans son enquête de juin 2008, l’Express ne s’y était pas trompé. Ayant pour titre : Les réseaux de Périgueux, le journal dressait l’inventaire de ces principales entités qui participaient de ce petit cosmos. On y trouve pêle-mêle :
– Les réseaux politiques, du PS à l’UMP en passant par leurs nécessaires co-pilotes (PCF, Verts, Modem).
– Les confréries
– Le clergé
– La franc-maçonnerie
– La finance
– Les clubs
– Les médias

En définitive, le plus vaste de ces réseaux est constitué par l’interaction entre tous. Et le constat d’une omerta généralisée vient de ce que ces réseaux d’influence se nourrissent les uns les autres, (ce qui ne veut pas dire qu’ils s’apprécient), jusqu’à l’interdépendance ; ou en tout cas la neutralisation. On en retiendra 3, la franc-maçonnerie, les clubs de notables et les médias. Pour leur part, les réseaux politiques se nourrissent par essence de tous les autres. Et pour le reste, ils défendent des intérêts très ciblés, comme le clergé, ou paraissent comme des filiales des principaux, comme les confréries ou les clubs « affairo-sportifs ».

:: La franc-maçonnerie ::
L’exemple de la franc-maçonnerie est frappant. La société discrète ne cache pas son influence et expose l’effet magnétique qu’elle a sur les politiciens :

Les frères seraient au moins quatre dans le conseil municipal du socialiste Michel Moyrand.

A Périgueux, un politique qui, aujourd’hui, occulterait la maçonnerie se priverait d’un accélérateur, d’un catalyseur.

Il [ Michel Moyrand] a fait de l’entrisme à la Mitterrand. Toujours près de nous, mais sans revêtir le tablier.

Pour la petite histoire, certains seraient devenus fils de la veuve après avoir épousé leur mandat. Ce qui confère à la mariée une influence non négligeable sur la vieille veuve.

Un bâtiment ostentatoire et magistral, un nombre de maçons exceptionnel, un millier, (deux fois plus qu’à Poitiers – 100 000 habitants) et une déclinaison de loges à la carte. Un lieu de pouvoir dans lequel se croisent patron de presse, directeur des renseignements généraux, politiciens, fonctionnaires territoriaux, notables et affairistes… (tous en quête de philosophie et de philanthropie cela va de soi).

Bien sur, cela n’empêche nullement de faire des planches sur Pythagore et trois années de silence sont source d’humilité. Néanmoins, il y a rire et rire. Et tous ne sont pas là loin s’en faut pour Athelstan d’Angleterre ou le « Manuscrit Régius« .

:: Les clubs pas que de golf ::
Par ailleurs, le cosmos périgourdin n’a jamais dissimulé son système notabilaire. Pas moins de 9 clubs (Lion, Rotary, Kiwanis…) largement dominés par les professions libérales et en particulier médicales. En parallèle de l’objectif philanthropique affiché, nul ne dissimule aussi les avantages.

On s’adresse naturellement à l’un d’entre nous quand on a besoin d’un service. Mais c’est tout.

(C’est déjà pas mal)

On se donne des coups de pouce, sans plus.

(Sans plus ni moins)

Si l’un est banquier, il ne va pas faire de vacherie à un autre.

(Entre banquiers ce serait étonnant)

On essaie de ne pas être affairiste.

(Mais ça n’a pas l’air facile)

A ne pas confondre avec des clubs échangistes, ces clubs échangent pourtant bien plus que des amabilités. Ce réseau d’influence et de services, (en aval bien sur de leur mission philanthropique), permet de défendre des intérêts différents de ceux du Tiers Etat. Passant du statut d’orpheline à celui d’héritière de l’aristocratie, la bourgeoisie a su depuis longtemps regrouper ses intérêts en contrepoint des masses laborieuses. La preuve, elle lui vient en aide.

:: Le Club de la presse ::
Maillon essentiel de ce cosmos : les médias. Regroupés en Club de la Presse, s’y mélangent autant de journalistes que de communicants, de sorte qu’il pourrait s’appeler tout autant Club de la Communication. Cela étant, la chaîne de l’info locale y est complète. Presse, radio, tv, tous s’y coordonnent.

Le ton est donné :

Mais ça peut être pesant, confie un journaliste qui a officié à Périgueux il y a quelques années. On se dit tout, alors, quand on veut sortir une info avant le copain, c’est compliqué. Pourtant, ne pas aller au club, c’est se marginaliser.

Pour l’Express, ce réseau d’influence est carrément un « véritable groupe de pression » en désignant quelques exemples de lobbying par ailleurs. La force du Club, son gala biannuel :

Dans cette petite ville où tout le monde se connaît, les politiques sont interventionnistes ou tentent de l’être. Le gala remet les points sur les « i ».

A ne pas confondre avec la presse de gala, ce gala de la presse pourrait être un objet d’étude anthropologique. Il possède certains éléments d’un rite catharsique et collectif, dédié à la purgation par le rire d’un sentiment ou d’un état de complaisance. Le rire y est retenu en tant que vecteur et médium commun et les « victimes expiatoires » de ce rire (caricatures et sarcasmes) sont présentes et invitées à le partager. Leur absence serait même un défaut dans la liturgie.
Les victimes (les politiciens) sont même amenées jusque sur la scène, l’autel, pour y être brocardées face à une foule d’initiés communiant contre l’individu ridiculisé, ou ridicule ça dépend des cas.

En réalité ce rite, à la vocation de manifester l’indépendance des médias contre l’influence et la domination des politiciens, est savamment organisé à l’usage unique d’une partie de la société périgourdine. L’évènement est privé et ne s’ouvre que sur invitation. Comprenez qu’à la plèbe qui forme l’électorat, toute vérité n’est pas bonne à dire.

A travers le rire et la moquerie, beaucoup d’informations sont pourtant révélées et quantité non négligeable pourrait faire l’objet d’enquêtes approfondies et de révélations publiques. Entre deux galas, ce ne sera pourtant jamais le cas. Il y a en cela une forme de pacte entre deux réseaux d’influences, politique et médiatique. L’un se prête au jeu du ridicule en échange d’une information lisse et non dérangeante. L’autre se donne bonne conscience professionnelle par l’humour et en privé, (private joke), ce qu’il sait avoir oblitéré publiquement et sérieusement.

Dans les rires mêlés et imbriqués, au fond, on ne sait plus si les journalistes se moquent des politiques, ou si les politiques, heureux de s’en tirer à si bon compte, viennent se moquer des journalistes. C’est une neutralisation générale.

Un exemple. Quand le journal Sud Ouest parle du président du Conseil Général 24 et de son « système politico-financier » et qu’il ne va pas plus loin, c’est surement qu’il ne le peut pas. Autrement dit, qu’il n’enquête pas pour révéler publiquement les détails de ce système, comment il fonctionne, comment il influe sur les collectivités et leurs élus, comment circulent certains fonds ou sont nommés certains cadres, etc.
Ceux qui ne savent pas et seraient en droit de savoir demeurent dans l’obscurité et ceux qui savent déjà attendent le gala avec gourmandise. Car ce qui se trame derrière un « système politico-financier » est, sinon légalement douteux, au moins un sujet d’intérêt public de la première importance.

A titre d’illustration, aucun des médias locaux ne s’est étonné de voir des jardiniers du conseil général pénétrer et ce pour plusieurs heures, dans la résidence privée (avec jardin) d’un de ces cadres les plus influents. L’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’une prise illégale d’intérêt est évitée ainsi avec soin. Ou encore apprendre que la Chambre des Métiers de Dordogne a été épinglée par la Chambre Régionale des Comptes pour s’être exonérée de ses charges fiscales (TVA) pendant 5 ans n’a soulevé aucune interrogation particulière. Dans la foulée, lorsque en conseil municipal de Périgueux, le maire a nommé d’autorité son directeur de campagne à la tête d’un service territorial, nul n’en a fait mention, comme si cela était courant ou même normal. On saura tout en revanche et avec enthousiasme dans la Dordogne Libre (09/09/09) sur la visite du Président du Conseil Régional en campagne électorale au lycée Léonard de Vinci récemment rénové (avec succès).

Le président de Région Alain Rousset était hier en visite sur place en compagnie de son ami le maire de Périgueux Michel Moyrand, pour en apprécier le résultat.
Les derniers travaux du lycée professionnel du Gour de l’Arche ont abouti également en cette rentrée à un espace d’accueil sympathique et pimpant, venant donner un point d’orgue à des travaux déjà réalisés les années précédentes, comme la construction du petit gymnase et les mises aux normes techniques.

En somme, ce cosmos périgourdin tient dans la relation équilibrée entre des réseaux d’influences divers selon leurs intérêts propres. Un spectacle à la machinerie savamment dissimulée? Surement pas jusque là. Une auto censure pour des intérêts bien compris, peut-être. Une peur des représailles, c’est possible. Une chute des ventes, quand même pas. Ne jouons pas sur les mots c’est une affaire de clubs au sens large.

:: La confrérie des clubs ? ::
Le club maçonnique fait office d’astre principal ou principiel, dans lequel se résout ce qui demeure trop saillant dans les autres clubs. Il a la capacité de transcender les clivages et les différences de nature pour imposer un ordre métaphysique et atemporel.

Les clubs politiques (ou partis locaux) sont les clubs où l’on peut être membre de tous les autres clubs, sauf des clubs politiques adverses, et encore. Tous leurs efforts se concentrent contre l’aléatoire des cycles électoraux afin de s’installer le plus longtemps possible à la tête des collectivités.

Les clubs de notables défendent leurs intérêts de classe et sur la prévalence de leur condition matérielle, font valoir une distinction sociale, sinon de lignée. En deçà de la légitimité métaphysique ou politique, ils s’appuient, outre les services internes entre individus, sur la puissance financière, d’investissement, de fiscalité, de promotion, etc.

Enfin le club des médias, celui-là même qui est chargé de rendre compte publiquement et donc aussi des autres clubs, sait que tout dire des autres clubs pourrait lui nuire à lui-même. La catharsis collective dans un rire déchaîné apparaît comme un troisième terme entre la révélation risquée et un silence trop voyant.

Il va de soi que tous sont indépendants, libres, philanthropes, philosophes, dévoués à l’intérêt général, miséricordieux, gourmets et que rien dans ce texte ne sous-entend le contraire. Simplement les citations de l’Express semblaient évoquer une réalité un peu plus complexe, en tout cas plus nuancée.

:: Epilogue :: 
Voilà ce qui sous la cloche fait notre microclimat à la limite du micro-onde. Et voilà ce qui en dépit de la présence de l’Etat et donc aussi de l’appareil judiciaire, assure l’ordre et la stabilité dans notre petite société. Ou plutôt l’ordre d’une certaine société et pas n’importe laquelle.

L’individu isolé est au réseau d’influence ce que le micro plancton est à la baleine. Si le regroupement des individus augmente nettement leur sécurité, il n’empêche que la baleine ne chasse pas le krill un à un. Un réseau ne suffit donc pas, tant qu’il n’a pas atteint la taille suffisante pour son autonomie.

Ravivant modestement ce dossier de l’Express, il va de soi que l’errance de notre astre ne subit aucune orbite. Pis encore, certaines atmosphères nous sont interdites de séjour. Las, la méthode de Laurent Renard nous reste profondément hermétique. Mais à n’en pas douter, de même que certains ont vu Jésus Christ traverser l’Utah, d’autres ont vu Laurent Renard arpentant Périgueux.

De la Dordogne Libre à On a Tout Essayé

Au commencement était la conclusion. Ce billet est particulier, long, et micro local. Un fois n’est pas coutume, nous proposons pour les plus pressés la conclusion. Pour les plus entêtés, vous verrez qu’au bout, c’est la même.

Alors que nous annoncions hier avoir mis sur le métier le problème de la carence informationnelle locale, il est ironique de voir aujourd’hui cette journaliste verser tant d’eau au moulin en une seule page. Non contente d’inventer des parties de la visite, elle s’autoproclame critique ès tourisme & histoire et utilise ses « impressions » pour juger des travaux d’historiens. On en n’attendait pas tant. 

:: Le contexte ::
Une mise au point s’impose. Il y a quelques jours, une journaliste de la Dordogne Libre a effectué la visite audio/visio guidée de la ville médiévale de Périgueux, (Puy Saint Front), proposé par l’agence de tourisme Echapée Belle.
Etant impliqué dans ce projet je ne peux pas laisser dire tout et n’importe quoi.

Nous avons donc eu un entretien téléphonique avec cette journaliste fort douée par ailleurs, qui a justifié sa démarche. Malgré quelques explications, sonnant comme une fin de non recevoir, camping sur la méthode. Il nous fut rétorqué également que l’ensemble de l’article était plutôt positif. Comme si nous le demandions, ce n’est ni le cas ni le but. A chacun son avis et sa libre appréciation. En revanche, le respect des faits et du vrai est bien plus important que les opinions. Là est le déclencheur de ce billet un peu particulier.

Le compte rendu de cette visite a fait l’objet d’un article publié le 27 août 2009 –Les images et le son pour découvrir la ville-. Il faut revenir sur cet article car, loin de présenter un problème d’interprétation en soi, il comporte des contre vérités et des inexactitudes. Cela est d’autant plus étonnant que la journaliste semble avoir effectué l’intégralité de la visite.

« Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres » dit la devise du journal Sud Ouest. Les commentaires sur la forme n’importent pas ici. Leur liberté est respectée tant qu’ils ne sont pas faux, erronés, désinformatifs, hâtifs ou outrageusement subjectifs. Le goût ou l’impression subjective du journaliste n’est pas l’objet du débat. Nous ne critiquons ni la relation intime à son pôle d’objectivation ni son droit à un article de commentaire.

:: Sir Yes Sir ::
Mais l’interprétation et le jugement de valeur que la journaliste écrit font de cette personne une critique. Et lorsqu’on assume sa part subjective dans la critique, en général, l’usage veut que l’on argumente pour éviter l’arbitraire. Ce n’est pas le cas.

Je m’engouffre donc dans le dédalle des ruelles du secteur sauvegardé, direction rue de la Constitution, devant le Logis Gamenson. Mais là, des commentaires manquent. Et le parcours est parfois un peu long sans qu’il n’y ait aucune information sur l’endroit où l’on se trouve.

Pour information, la distance entre l’hôtel Fayolle et le logis Gamenson est de 200 mètres (là où des commentaires manquent). Dans cet ordre d’idée, la plus grande distance à parcourir sans commentaire est de 300 mètres, entre la rue de la Constitution et la place Saint Louis. Dans le détail, le parcours total est d’environ 2km et composé de 17 étapes. A peu près une étape tous les 115 mètres. A contrario il suffit d’imaginer une visite commentée de bout en bout, sans interruption de commentaire.

En fait, la journaliste soulève la question épineuse de l’arbitrage. Ou bien l’on se veut exhaustif et forcément pas au mieux à moins de proposer une visite de 48 heures, ou l’on fait une sélection traitée avec la plus grande rigueur, choisie pour le sens qu’elle donne à la cohérence générale.
En l’état, la journaliste signifie qu’à tel ou tel endroit il manque selon elle un commentaire. Sur quelles bases ? Sur quels critères ? Comme ça ? On ne sait pas.
Tant qu’à faire, elle pourrait aussi écrire à quels autres endroits elle considère les commentaires superflus.

Passant du journaliste au critique et du critique au juge, la plume d’Eurydice au demeurant délicate s’égare dans une posture professorale.

:: Les impressions de l’historien ::
L’orientation très subjective de la ballade est donnée et elle a la chance, en somme, de rendre son opinion publique dans un journal local, ce qui diffère largement de ce qu’on entend d’habitude par « journalisme », fut il de commentaire.

Les commentaires du présentateur alternent avec ceux de l’historienne, qui donne son avis et livre ses impressions sur les monuments.

L’historienne en question est unanimement reconnue comme une des meilleures spécialistes de l’histoire de Périgueux, dans la droite ligne de son ancien professeur, madame Higounet Nadal.
Cette historienne ne livre pas que des impressions sur le logis Gamenson, comme il lui a été demandé en fin d’interview. Elle permet d’en comprendre le choix architectural et le sens. Elle présente également l’histoire de la noblesse de la Renaissance, le parcours historique du ministre Bertin si important pour l’histoire de Périgueux, ainsi que la relation particulière avec les anglais et son influence sur les mentalités de l’époque.
Ramener le récit historique à une impression ou un avis est une réduction impropre et sans égard pour le travail de l’historienne.

La journaliste pour sa part, donne son avis et livre ses impressions dans cet article. Dans la visite, l’historienne fait avant tout son travail d’historienne et s’attache à une méthodologie historique corrélée à une science humaine. Là est toute la différence. Réduire l’avis de l’une au travail de l’autre relève de la flagornerie.

:: Le fantôme des halles ::

Puis on m’invite à visiter les halles qui sont encore actuellement occupées.

C’est faux. Cette « invitation » est une invention de la journaliste. A flatter le moi-je et l’impression on en déforme parfois la réalité.

:: L’anecdote pour horizon ::

Et j’ai pu apprendre de nombreuses anecdotes sur la ville.

En 02h30 de visite, il n’y aurait pour le principal que des anecdotes à retenir.
Pour mémoire, une anecdote, c’est un petit fait historique survenu à un moment précis de l’existence d’un être, en marge des évènements dominants.
Telle aurait été notre unique intention. Dénicher et transmettre des anecdotes. Cela en devient injurieux.

Cette visite est surtout riche en anecdotes mais manque parfois de précision sur les éléments historiques…

Première hypothèse, le manque d’éléments historiques concerne la qualité de l’ouvrage, notamment sur la différence entre l’anecdote historique et l’évènement dominant.
Aussi le concours de deux historiens, d’un historien de l’art et d’un ingénieur du patrimoine, autant que l’imposante bibliographie rassemblée pour l’occasion, ou encore les recherches aux archives départementales, n’auront pas suffit à faire sentir la différence entre l’anecdote et l’histoire.

Il semblait pourtant difficile de confondre les deux types de récits, c’est chose faite dans cet article.
A l’anecdote historique, par exemple quand il s’agit de l’histoire de Pierre Delcouderc ou du curé bistrotier.
A l’histoire dans ses grandes largeurs, lorsque plus de 10 minutes sont consacrées à la cathédrale Saint Front, à l’organisation politique, aux relations militaires et internationales, ou la destruction d’un quartier qui a profondément marqué la ville…
Donc, lorsqu’on s’engage dans la voie de la critique, ce qui est un droit indéniable, on peut en général se prémunir d’une certaine méthode à défaut d’étaler des sottises.

Nous allons donc apporter quelques précisions à cette critique en guide touristique. C’est la première fois qu’un tel travail de vulgarisation est accessible au public sous cette forme. C’est la première fois qu’en associant le son et l’image d’archive, on propose une histoire d’ordinaire réservée aux lecteurs peu nombreux de l’historiographie périgourdine. C’est également la première fois qu’une photo-animation permet de retracer l’évolution des travaux de la cathédrale. C’est enfin la première fois depuis longtemps qu’aucun pan de l’histoire locale n’a été révisé à des fins commerciales. Au final et sous réserve, c’est la première fois que sont associés des témoignages vivants aux exposés de spécialistes, afin d’articuler l’histoire à la micro histoire.

La critique est bienvenue tant est qu’elle est fondée et repose sur des éléments précis et étayés. Si c’était le cas, nous demandons ouvertement à la journaliste un débat sur ce qui relève de la richesse de l’anecdote ou du manque de précision sur l’élément historique dans la visite. Nous serions très attentifs à sa dissertation et ses propositions.

Deuxième hypothèse, le manque d’éléments historiques touche la quantité des éléments remarquables abordés. Nous retombons sur le problème du critique érigé en professeur, distillant ses bons et mauvais points sans autre forme de justification ni de connaissance. Or un quotidien même local n’est pas un carnet de bord personnel, c’est là que le bât blesse.

:: Le guide du Routard, l’histoire et la comparaison ::
Par ailleurs, la journaliste fait un comparatif troublant avec l’audio guide du Routard proposé par l’Office de Tourisme de la ville. La comparaison s’est imposée par le sujet traité, (Périgueux) et le format : une visite individuelle sur la base d’une bande sonore mp3.

Les différences viennent de ce que le guide du Routard s’attache à la visite de l’ensemble de la ville de l’antiquité à la modernité, se présente comme un texte lu (ou joué) et ne comporte aucune image d’archive.
Pour rester dans la comparaison, le petit train comporte aussi une bande sonore présentant l’histoire de la ville dans son ensemble, lui aussi à partir d’un texte lu. Comparaison n’est pas raison.

L’image d’archive modifie amplement la perception et la compréhension. L’histoire y est traitée d’une façon totalement différente, de part la méthode historique employée ainsi que les diverses interventions. Le thème est volontairement centré sur une zone signifiante de la ville, ainsi que la période étudiée. A ces détails près, effectivement, il y a une certaine ressemblance sur laquelle la journaliste a fondé toute sa comparaison.

A ce titre, la journaliste précise que

La visite [guide du Routard] reste complète surtout sur le plan historique et permet d’en apprendre beaucoup plus que la visite de l’Echapée Belle.

Pour bien saisir la portée de cette phrase, il faut savoir que l’audio guide du Routard comporte une séquence de 01:22 minutes sur la ville médiévale du Puy Saint Front et 02:00 minutes sur la cathédrale. Son total pour l’ensemble de la ville de Périgueux, de l’antiquité à la période moderne, est de 60 minutes (l’histoire médiévale et de Saint Front représente donc 1/40ème de l’ensemble, ce qui indique la modestie de notre entreprise n’est-ce pas?).

Par ailleurs, l’audio guide du Routard sur le Puy Saint Front est historiquement faux :

La rivalité entre Saint Front et la Cité dure jusqu’en 1240. A cette date, un acte d’union est signé sous l’égide de Saint Louis, donnant raison à la ville neuve.

Le traité d’union de 1240 n’a en aucun cas fait cesser la rivalité. Et l’intervention de Saint Louis en 1247 a été justifiée parce que précisément ces rivalités continuaient d’opposer les deux villes. En définitive, ces rivalités durent jusqu’à l’extrême fin du XIV° siècle, lorsque prend fin la dynastie des comtes du Périgord. Enfin il ne donne pas raison à la ville neuve, il entérine une traité librement consenti entre les deux parties qui fait office de constitution locale. (Cela me fait penser que ce traité quasi constitutionnel est un bon sujet de billet).

Ou encore pour la forme:

Ce lieu est devenu un passage obligé sur la route de Saint Jacques de Compostelle, ce qui vaut aujourd’hui à Périgueux d’être inscrite au patrimoine mondial de l’humanité.

Dommage. Ce n’est ni Périgueux ni sa cathédrale qui sont inscrites au patrimoine mondial de l’humanité mais le chemin de pèlerinage uniquement, que l’on voit incrusté de coquilles Saint Jacques.

Mais par égard pour l’Office du Touriste et son vénérable Guide, nous cesserons là l’inventaire des coqueteries…

Effectivement la journaliste ne pouvait pas vérifier ce genre de chose. Mais en l’état de ses connaissances sur le sujet, pouvait-elle comparer les deux objets sur la base de ressemblances qui ne sont pas plus explicites que celles du petit train ?
C’est bien le problème de la critique quand elle entend comparer les pommes et les mandarines au prétexte qu’elles sont dans la catégorie des fruits. Encore faut-il, au-delà de l’aspect et de la forme, connaître les arbres qui les produisent.

Affirmer que la minute et vingt deux secondes du guide du Routard livre plus d’éléments historiques que la visite qu’elle a faite en 02h30 est une aberration. Mais comparer les 02h30 consacrées au secteur sauvegardé à une visite de 60 minutes pour l’ensemble de la ville et de son histoire est également une aberration. Au prétexte qu’il s’agisse de deux quotidiens d’information généraliste, en quoi la comparaison et à quel niveau cette dernière serait pertinente entre la Dordogne Libre et le Monde par exemple?

Aussi titrer « Le Routard pour l’histoire » en parallèle d’une critique « surtout riche en anecdote » et le manque d’éléments historiques du côté d’Echapée Belle est non seulement faux autant qu’un dénigrement gratuit.
Evidement, les commentaires sont largement ouverts à cette journaliste si elle veut répondre.
Cela permettra aux 250 lecteurs quotidiens du blog de se faire une idée dans le respect du contradictoire, ce que ne saurait offrir le journal qui l’emploie autrement que par un entrefilet.

:: Conclusion ::
Alors que nous annoncions hier avoir mis sur le métier le problème de la carence informationnelle locale, il est ironique de voir aujourd’hui cette journaliste verser tant d’eau au moulin en une seule page. Non contente d’inventer des parties de la visite, elle s’autoproclame critique ès tourisme & histoire et utilise ses « impressions » pour juger des travaux d’historiens. On en n’attendait pas tant.