Régionales 2010: Michel Moyrand remporte la mairie de Périgueux

Beaucoup de candidats aux régionales, au lendemain du premier tour, ont été tentés d’esquiver les véritables causes de l’abstention en l’expliquant par une méconnaissance des français de l’action des Régions.

Piètre explication, puisqu’elle stigmatise à juste titre l’absence de communication et de pédagogie des exécutifs sortants, tout comme le flou entretenu au niveau national. En somme, les responsables de ces collectivités n’ont que peu à faire de l’abstention, le jeu électoral consistant à gagner ou perdre, non à améliorer la démocratie.

Ombre d’une démocratie en souffrance au lendemain du 1er tour, l’abstention au lendemain des élections est le cadet des soucis. Parce qu’elle a nettement reculé au 2ème tour ? Pas du tout. En Dordogne, passer de 141 328 à 127 450 abstentions sur 308 000 électeurs n’est en rien une satisfaction.

En réalité, l’abstention a effrayé au 1er tour parce qu’elle constituait un dangereux réservoir de voix, imprévisible, potentiellement captable par l’adversaire, intéressant à gratter pour améliorer son propre  score. Le 14 mars, c’était un échec de la démocratie. Le 21 mars, on s’en fout, on a gagné ou perdu.

Il n’y évidement aucune hypocrisie dans ces changements de discours à une semaine d’intervalle.

:: La confusion des enjeux entre scrutins: niveau 1 ::

Pourtant, on peut douter que les discours politiques rendent plus lisibles l’enjeu du scrutin régional. Il suffit d’écouter les candidats.
Michel Moyrand pour le PS, appelait à sanctionner la politique gouvernementale. Du désengagement de l’Etat à la réforme des collectivités territoriales en passant par la protection sociale, il fallait presque davantage voter contre Nicolas Sarkozy (incarné par Xavier Darcos) que pour Alain Rousset, le président PS sortant.

Il fallait comprendre ainsi que les Régions étaient des foyers de résistance quasi guévaristes contre le néo-libéralisme de l’Elysée et la tentative (avortée par la crise) d’adapter le pays au modèle anglo-saxon.

Ceci est le premier niveau de confusion généré par les candidats, la nationalisation du scrutin. Tactiquement, s’appuyant sur un bilan de 3 années et de lourdes difficultés nationales, le jeu a été payant (au moins électoralement).

:: La confusion des enjeux entre scrutins: niveau 2 ::

Le second niveau de confusion fut apporté par le candidat UMP Philippe Cornet. Leader de l’opposition à Périgueux, il voulut donner au vote régional une allure de scrutin municipal, en appelant à sanctionner Michel Moyrand pour sa politique communale. Au point même que Dordogne Libre titrait entre les deux tours : Des Régionales aux allures de Municipales à Périgueux.

Ben voyons. Soucieux de nationaliser le débat mais pas de le municipaliser, le maire Michel Moyrand rétorquait à juste titre sur le terrain de la Région :

Les gens ne votent pas là en fonction des personnes, mais pour un projet ou un bilan. Moi j’ai un bilan de 12 ans positif à la Région.

La tactique était mauvaise et pour cause. Le maire de Périgueux a mis un an à découvrir le « métier », il en est pour la 2ème année à mener des études et à ajuster ses budgets: il n’y a aucun bilan à tirer. De plus les amalgames entre scrutins sont verticaux et à sens unique. On peut élargir l’enjeu d’un scrutin local, bien plus rarement réduire un enjeu électoral à un scrutin plus modeste.

:: La confusion des enjeux entre scrutins: niveau 3 ::

Troisième niveau de confusion au lendemain de la victoire de l’exécutif régional sortant. Alors que l’on attendait le maire de Périgueux se féliciter des résultats de l’ensemble de la gauche pour la Région Aquitaine, il focalise la victoire sur sa personne à Périgueux (DL) :

Rendez-vous compte, j’ai gagné les municipales avec 113 voix et je suis ce soir à 57 %

De ce point de vue, il remet ses partenaires d’Europe Ecologie et du Front de Gauche à leur place, les ramenant à la réalité qui est la leur : des équipes d’amateurs évoluant en CFA.

Partageant un peu de son succès, il pense soudain à citer sa dream team :

C’est une grande victoire pour l’équipe municipale

Plus surprenant, c’est lui, à son tour, qui municipalise le scrutin en comparant les deux élections, concluant que son action municipale est largement confortée par ce score de 57%. A une semaine d’intervalle, alors qu’il ne fallait pas le juger sur son action municipale, voilà cette dernière confortée par les résultats du second tour.

Cette auto satisfaction est d’ailleurs relative. Aux municipales de 2008, Michel Moyrand recueillait 6 741 voix alors qu’il en récolte aujourd’hui 5 405. Au jeu des comparaisons hors-sol il n’y a donc pas lieu de se gargariser.

Hier il ne fallait parler que d’élection régionale, aujourd’hui c’est un scrutin municipal à la limite du plébiscite, mais qui n’en demeure pas moins une sanction pour la droite parlementaire. C’est bien en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui, même maire d’une ville de 30 000 habitants.

:: Responsabilité politique de l’abstention ::

L’instrumentalisation et la confusion des scrutins, couplées à l’absence totale de pédagogie sur les différents niveaux territoriaux entretient sciemment l’ignorance et la confusion. Rien dans la mise en œuvre de cette méthode ne va contre l’abstention, elle la conforte et la nourrit. On fait ainsi passer les abstentionnistes pour des absentéistes des rendez-vous démocratiques. Cela permet à peu de frais d’obérer la réalité en se croyant légitime avec la moitié des électeurs. C’est simplement une rhétorique de faux-cul.

Mais pardon, nous parlions encore de l’abstention alors que les élections sont finies. Désolé.

#RégionalesAquitaine2010 / Twitter: un 2.0 en forme de 0.2 beta test

Depuis le mois de décembre, nous observons comment les candidats aux régionales d’Aquitaine communiquent sur les réseaux sociaux. Pour la première fois, ces outils ont été intégrés à leur stratégie de communication. Rappel: le principal objectif est de gagner des électeurs. A défaut il s’agit de ne pas en perdre ou de donner l’image d’un candidat déphasé. Dès qu’il y en a un cela devient quasiment une contrainte pour les autres d’y aller aussi. Et c’est comme les auvergnats, tant qu’il y en a un ça va…

Le 14 février, Hervé Pargue a mis en ligne sur pargatruk.com une étude des sites web PS et UMP ainsi que quelques observations acerbes concernant leur présence sur les réseaux sociaux. Il leur prodigue finalement quelques conseils que les candidats ne devraient pas manquer.

Sa conclusion est sans appel :

En fait, les candidats ne sont présents que parce qu’en cette année 2010, la dictature du médiatiquement correct contraint chacun à être présent sur les médias sociaux. Mais la démarche s’arrête là : y être. Pour faire comme les autres. Sans réfléchir, surtout, à une stratégie innovante d’utilisation des plateformes. Alors, dira-t-on, cette élection 2010 aura été la 1ère à voir les candidats investir massivement les médias sociaux. Ils essuient les plâtres et ne peuvent que progresser. Moui, peut être. Quoique à bien y regarder … le web existe en France depuis une bonne grosse douzaine d’année (1997). Depuis toutes ces années les sites de candidats auraient pu / dû s’améliorer. Quand on voit la piètre qualité de la cuvée 2010, on est en droit d’être septique.

Il faut insister sur le fait que les candidats auront fait les 2/3 de la campagne électorale sans avoir mis à disposition leur programme politique. Ce dernier apparait ainsi comme second dans les priorités de communication, alors que pourtant, il est le socle même sur lequel est censé s’appuyer le choix électoral. Signe des temps, on aura eu toutes les dates jusqu’au moindre rendez-vous sur le marché de Levignacq, mais il aura fallu attendre les dernières semaines pour découvrir leurs projets.

Pour ce qui nous concerne, nous observerons ici plus en détail les candidats aquitains sur Twitter durant le mois de février. Où en sont-ils ? Comment progressent-ils ? Comment communiquent-ils ? Bref, comment intègrent-ils l’outil à leur stratégie de communication au fur et à mesure de la campagne ?

:: La présence des candidats ::
Au crible de SiteVolume il est possible de voir combien de fois un terme a été utilisé. Le nom des candidats existe apparemment dans un circuit assez intimiste. La comparaison avec le nom de Xavier Darcos en tant ministre est assez intéressante.

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On peut noter le contraste entre Jean Lassalle pour le Modem (?) et Monique de Marco pour Europe Ecologie. La visibilité de cette dernière sur le réseau est quasi nulle. Est-ce un déficit d’image ou bien est-ce parce qu’EE fait une campagne collective au contraire des autres candidats qui misent tout sur leur nom propre ?

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:: L’évolution du nombre d’abonnés ::

Il serait faible de dire que les courbes ne sont pas flatteuses. En nombre d’abonnés (200) le PS devance largement ses concurrents, bien qu’il demeure relativement confiné. L’UMP avec 44 abonnés est actif (162 tweets) mais souffre de s’être lancé sur Twitter à la fin du mois de janvier.
Ce qui peut paraitre étonnant (à première vue) est la stagnation (70 abonnés) d’EE durant tout le mois de février. Ce n’est pourtant pas faute de communiquer (90 messages). Sur ce point nous étions dans l’erreur la dernière fois en supposant que le Modem serait derrière EE au regard des contenus envoyés (99 abonnés), des liens FB sans commentaires. Les principales données via TwitterCounter:

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Enfin il faut minorer encore le nombre d’abonnés qui semblent réellement suivre un candidat. Une part non négligeable les suit tous, visiblement par curiosité ou en tant qu’observateur. Proportion non négligeable, une trentaine en tout suit plusieurs candidats à la fois (Twiangulate).

:: La méthode et l’usage de l’outil ::

A juste titre, le relatif échec rencontré par les candidats provient de leur usage de l’outil. Un classique Top/Down servant essentiellement d’agenda et de relai pour des liens Facebook. On note quelques efforts dans la manière de s’exprimer, mais hors d’un usage complet des fonctionnalités possibles. Peu ou pas de Retweets, de Htags et de Reply. Les statistiques ci-dessous permettent de mesurer la très faible utilisation de ces fonctionnalités (sur un échantillon de 50 tweets) et leur résonnance sur le réseau (Tweetreach).

Deux repères et deux comptes bien utilisés pour comparer. Anne Hidalgo (3540 folowers) et Nathalie Kosciusko-Morizet (40 232 followers).

Anne Hidalgo

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Nathalie Kosciusko-Morizet

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Monique de Marco

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Alain Rousset

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Xavier Darcos

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Jean Lassalle

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L’absence d’utilisation des ces fonctionnalités est directement corrélée au niveau d’interaction sur le réseau. Plus les interactions sont faibles, plus les probabilités de rencontrer des abonnés baissent. Évidemment cela comprend des exceptions. On ne saurait mesurer ces principes à la présence du Dalaï-lama qui totalise plus de 132 000 abonnés depuis le 11 février 2010…

:: Followers/Following ::

Dans un réseau essentiellement horizontal, cette communication académique ne rencontre pas le succès, car les candidats ne rencontrent pas les utilisateurs. Leur statut de candidat à une élection locale est largement insuffisant pour générer un intérêt de masse traduit en nombre d’abonnés. Configuration classique donc, moins il y a de following, moins il y a de followers. Là encore cette règle n’est pas intangible, mais s’applique aux candidats aquitains avec une certaine sévérité.

Le désintérêt que les candidats manifestent pour les autres utilisateurs se traduit par une indifférence réciproque :

Monique de Marco: 13 following / 70 followers (créé le 05/01/10)

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Jean Lassalle: 66 following / 100 followers (créé le 07/01/10)

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Xavier Darcos: 12 following / 44 followers (créé le 29/01/10)

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Alain Rousset: 55 following / 199 followers (créé le 11/09/09)

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Ce « twittocentrisme » n’est pas l’unique cause de l’indifférence que ces candidats suscitent globalement mais en fait certainement partie. Truisme visiblement non intégré au niveau de la stratégie de communication, dans « réseau social », il y a « réseau » et il y a « social ». Les candidats ne s’intéressant qu’à eux-mêmes, ils demeurent seuls ou presque, isolés en tout cas, dans une communication à sens unique.

Nous tirerons le bilan de cette campagne après les élections. Pour l’heure et malgré quelques efforts dans certains cas, il semblerait qu’il n’y ait ni méthode ni objectif précis. Autrement dit on présume une absence de stratégie visant ce réseau social, ce qui laisse dubitatif quant au concept même de communication politique en période électorale.

:: Innovation du mois: QR Code ::

Le mois de janvier était pour le PS avec la proposition d’une application Iphone pour la campagne. Mais le mois de février a vu la réponse de l’UMP qui modifié son site en profondeur. Il n’y avait que des bonnes raisons à cela, a fortiori avec le candidat Modem qui en avait proposé un clone.

Dernière touche en date, la tête de liste pour la Dordogne, Jérôme Peyrat, vient de se mettre au QR code. Sur l’affiche ci-dessous, le candidat code un message mais lequel ?

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Sauf erreur, ce n’est ni plus ni moins que l’adresse du site de campagne. Et oui, tout ça pour ça. Pour mémoire, ce type de cryptage en deux dimensions permet d’intégrer plus de 7000 caractères, permettant de compresser des informations déchiffrables avec un mobile par exemple. En terme de décoration pour fournir une URL, ça reste hésitant.

:: Coup de chapeau ::

Il faut noter localement le travail accompli par des étudiants en journalisme de l’IJBA (Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine) qu’on peut suivre via leur compte Twitter. Ils apportent des infos qu’il n’y a pas ailleurs (en suivant meetings et réunions) dans un style incisif et souvent plein d’humour. C’est l’autre regard sur la campagne, pertinent, frais, impertinent.

Extrait :

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Allez, on espère que le niveau d’abstention ne ressemblera pas à ça. Rendez-vous au mois d’avril pour le bilan définitif de ces candidats sur Twitter qui restent pour l’instant bien twittocentrés.

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Régionales Aquitaine: cyberpolitique, Rousset devant Darcos ?

Nous vous avions proposé de suivre l’évolution de la campagne des régionales sur la toile en ce qui concerne le PS et l’UMP. Le 02 décembre avait été l’occasion d’un premier regard. Après un peu plus d’un mois, quelques changements sont à observer.
Nous nous limitons à mettre en parallèle 3 médias principaux : le site de campagne, Facebook et Twitter.

:: Les sites internet ::
Le PS
Le site est actif. En particulier, les responsables de la communication misent sur un mur Dailymotion dynamique, enrichi régulièrement par des interventions d’élus et responsables politiques. Si cette forme de communication fonctionne bien, en revanche les contenus dépendent de la prestation de l’intervenant. Celle de Benoit Secrestat, secretaire fédéral PS 24 est calamiteuse. Il lit un texte placé un texte au-dessus de la camera, un peu comme une pelleteuse ferait de l’art lyrique. C’est sa marque de fabrique, puisqu’il a réitéré l’exercice dans sa présentation des vœux 2010 pour le PS. Effet Botox garanti, il passe à côté du message et de l’intérêt même de la vidéo.

Le bandeau défilant sur les actus met à ce jour l’accent sur l’écologie, Flopenhague et le service public notamment avec les transports en commun. Pied au plancher sur les réalisations écolo par exemple avec le lycée de Blanquefort HQE. Peu importe que ce label n’ait aucune signification réelle, en com’ il passe bien.

L’UMP
A la place des vidéos, les communicants ont misé sur une carte interactive pour créer du lien « participatif ». Signaler un problème, poser une question, etc. Ces participations semblent surtout être une tâche confiée aux militants pour faire vivre une relation à l’apparence poussive. En prime, l’équipe des portes paroles y est sans voix, ce qui ne manque pas d’ironie.

Côté actus 5 nouvelles déclarations. Hormis un sujet sur Flopenhague, (obligé), le site suit les consignes de l’Elysée : taper sur la fiscalité et les finances, 14/12/09.

Impôts régionaux +17%
– Pression fiscale sur les ménages et les entreprises +26% > moy. nationale.
– Taux de la taxe professionnelle de + 64% en 11 ans en multipliant par 3 en 11 ans les charges de personnel.
– Aquitaine comme la 7ème région pour le poids de la fiscalité.

Bref, c’est affreux, l’UMP n’augmentera pas les impôts nous assure-t-on.

Evidement c’est à comparer avec le bilan proposé par le candidat socialiste :

– Un redressement spectaculaire des finances de la Région en 10 ans.
– L’Aquitaine est passée de l’avant-dernière place au trio de tête des Régions les mieux gérées de France entre 1998 et 2007.
– La dette a été divisée par deux tandis que les recettes de la Région étaient dans le même temps multipliées par deux.

Débrouillez-vous avec ça.
A part cette sortie pour honorer le plan com’ national, soit le site sommeille, soit il est en gestation. L’activité n’y est en tout cas pas visible.

:: Sur Facebook ::
Le groupe PS
Au 02/12/09 : 740 inscrits. Au 07/01/10 : 815. +75.
Dernier message officiel, 21/12/09.
Le groupe UMP
Au 02/12/09 : 478 inscrits. Au 07/01/10 : 706. +228.
Le retard est en train d’être comblé. On notera une forte participation d’utilisateurs quand pour le PS il s’agit essentiellement d’annonces officielles.

:: Sur Twitter ::
Le groupe PS
Au 02/12/09 : 70 followers et 6 tweets. Au 07/01/10 : 102 followers et 12 tweets.
C’est toujours extrêmement bas, sinon inexistant. L’augmentation des followers ne tient quasiment qu’à des comptes factices pour faire du chiffre. L’utilisation du média est restreinte au minimum pour des annonces officielles, ce qui ne fonctionne pas sur Twitter.
Ou bien la com’ se plante, ou ils ont fait le choix délibéré d’ignorer ce média, peut-être parce qu’au regard de sa notoriété il n’est pas encore jugé rentable en terme de visibilité.
Le groupe UMP
Au 02/12/09 : 441 followers et 16 tweets. Au 07/01/10 : 611 followers et 20 tweets.
Là encore quelques comptes fictifs, mais marginaux. Même s’il est loin d’une NK_M (34 933) ou d’un Benoit Hamon (26 065), il est là, participant très peu et pour des annonces officielles.
On est loin sur Twitter d’une campagne politique à tendance urbaine et numérique. Il semble que cette présence tienne à la dimension nationale du candidat, au fait des tendances, contre un président de Région dont le 1/3 de la population ignore le nom.

:: Conclusion ::
La campagne ne semble pas avoir encore pris sur les réseaux sociaux malgré un début de mobilisation. Cela étant, l’activité du site et le taux de couverture est à mettre à l’actif du PS, face à un groupe UMP qui semble attentiste. Cette impression provient également de la structure même des sites, dont la plateforme socialiste est conçue dans un schéma beaucoup plus dynamique.

Pour l’instant en Aquitaine apparemment, il faut faire du terrain. Les usages numériques semblent encore éloignés d’une population rurale ou composant de moyennes et petites villes. La campagne des principaux candidats sur internet doit être proportionnelle à ce qu’ils en attendent : pas une influence déterminante visiblement. Mais il faudra continuer à suivre pour le savoir.

Quant à Aquitaine Ecologie, dans un style beaucoup plus classique et voulant montrer son attachement pour le fond, du débat, des textes et quelques vidéos. Une surprise cependant qui témoigne de l’ambiguité de cette campagne. Bérénice Vincent, par exemple, est conseillère régionale et adjointe au maire dans des majorités socialistes. Comment justifier dans ce cas les critiques contre le bilan d’Alain Rousset et de pointer les carences du Conseil Régional en matière environnementale?

Critiquer son partenaire et cracher dans la soupe de sa propre majorité, tout en sachant qu’en cas de non victoire d’Aquitaine Ecologie, les fauteuils Verts sont acquis si le PS veut conserver la Région, c’est limite et ça ne peut faire illusion qu’un temps. Bérénice Vincent contre Alain Rousset, c’est un peu comme si Hervé Morin faisait campagne contre le gouvernement Sarkozy. Ce n’est simplement pas crédible.

On ne peut pas se poser en alternative de son propre bilan tout en étant garanti de poursuivre la même politique après la victoire. Il y a là une schizophrénie politique et une forme d’hypocrisie.

Des élections régionales en Dordogne? Ah bon? Nonnnn

Si Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux sports et Alain Rousset, candidat sortant à la Région Aquitaine, étaient à Périgueux, hier, ce n’était pas pour faire campagne. Rien à voir. D’un côté Rama Yade annonçait une « simple visite privée à des militants UMP » pour partager une petite bouffe et de l’autre, Alain Rousset passait par là et en a profité pour boire l’apéro avec ses amis socialistes.

Pour fêter ça, ils se sont tous retrouvés à l’inauguration d’un stade, occasion de faire quelques discours pour savoir, qui, des collectivités locales socialistes ou du gouvernement UMP, avait le plus contribué à ce projet pharaonique.

Croix de bois croix de fer, aucun d’entre eux n’avait présence liée avec la campagne électorale des régionales. Je ne comprends pas à quel point ces gens là sont-ils capables de nous prendre pour des cons. Cela semble hors limite. Ils seraient pris la main dans le sac, ils diraient encore que le sac leur a sauté dessus.

Une brève revue de presse permet néanmoins de dénuder les fils de la manipulation.

:: Alain Rousset est en (pré) campagne ::
Comment dire. Ce n’est pas facile. Attends, on va copier. Alors par exemple, on peut le faire à la manière de Jérôme Glaize pour Sud Ouest :

Dans ce petit jeu, à l’évidence, tous les regards sont bel et bien tournés vers un seul objectif : les élections régionales de mars prochain.

Ca marche bien, c’est habile. La métaphore du regard tourné permet de ne pas la nommer tout en indiquant le chemin (de la compréhension).

Après il y a une autre technique, consistant à ne rien laisser entendre de la réalité de l’évènement et à citer fidèlement le candidat, tout en déroulant les faits contradictoires avec les termes :

Alain Rousset, le président de la Région Aquitaine n’aime pas que l’on dise qu’il est en campagne.

La preuve encore, nous détaille Julie Martinez qu’il n’est pas encore en campagne, puisqu’il est en pré-campagne :

Hier, sa venue à Périgueux, au centre de la communication pour les Rencontres de l’Aquitaine, autour de la fédération de la Dordogne du parti socialiste, était « une préparation de la campagne », nuance-t-il.

Une préparation de campagne dans laquelle l’article détaille le programme politique d’Alain Rousset pour la Dordogne, occasion de dérouler son slogan, « innovation, solidarité, écologie ».

Nous sommes prévenus, Alain Rousset n’est pas en campagne électorale. Il fait simplement un tour de chauffe dans lequel il bat la campagne en exposant son programme devant des citoyens au sujet desquels il ne verrait aucun mal à ce qu’ils votassent pour lui. Vous voyez la nuance j’espère ?

:: L’UMP, au hasard des rencontres ::
Côté UMP cette fois, la campagne n’est pas lancée non plus. Peu importe que le Figaro, (que l’on ne saurait soupçonner de félonie envers le chef de l’Etat), titre le 29/11/09 :

Régionales : Sarkozy lance la campagne UMP

Euh oui, ce titre fait suite à une petite réunion du parti UMP avec le conseil national de l’UMP dans laquelle Nicolas Sarkozy a effectivement évoqué les élections régionales.

Mais force est de constater que là encore, l’UMP n’est pas en campagne en Dordogne et à Jérôme Glaize encore d’en démontrer l’ambiguïté :

Rama Yade a beau assurer qu’elle ne vient pas en Dordogne dans le cadre de la campagne des élections régionales, qui n’est d’ailleurs pas encore officiellement lancée du côté de l’UMP, l’autre volet de sa visite est bel et bien politique.

Bref, la venue de la médiatique secrétaire d’Etat aux sports n’a rien à voir, mais strictement rien à voir avec la l’échéance des élections régionales.

Au point même que la coupe en est pleine de ces manières politiques qui ne sont qu’un écran de fumée aussi grossier que malhabile. Jérôme Glaize à la manœuvre conclut :

Si ce n’est pas un lancement de campagne électorale UMP en Dordogne, ça y ressemble en tout cas drôlement !

Tout ce petit monde n’est pas en campagne électorale, mais agit et parle comme s’il l’était. Au point que ce double jeu s’avère bien trop hypocrite pour être traité dans la dentelle littéraire.

:: Tout ce qui peut être dit… ::
peut être dit clairement, ce dont on ne peut parler, il faut le taire. 

Ainsi, Michel Labussière pour la Dordogne Libre ne s’embarrasse pas de la communication officielle des partis politiques et titre :

Élections régionales – Deux rassemblements gauche-droite se télescopent aujourd’hui.Le match Alain Rousset – Rama Yade

Et là le journaliste déroule sans se soucier des apparences que les politiques essaient de préserver contre l’évidence :

Plus autistes que névrosées, les deux organisations politiques confirment avoir prévu leurs rencontres périgourdines respectives parallèlement? Voici plusieurs semaines, en s’ignorant l’une l’autre.

Histoire de finir au bazooka contre cette mascarade :

En revanche, en apprenant que les deux manifestations de campagne allaient se télescoper, elles ont essayé d’ajuster savamment le tir pour occuper le terrain chacune à leur façon.

Il n’y avait pas besoin de jouer les avaleurs de sabre pour expliquer la situation. Ils parlent comme s’ils étaient en campagne, ils agissent comme s’ils étaient en campagne, ils sont en campagne. Maintenant que les candidats minaudent parce que ces actes et ces mots ne correspondent pas exactement à leur calendrier officiel, cela n’a aucune espèce d’importance pour la réalité de leurs objectifs. Essayer en plus d’en convaincre les populations et les journalistes (vigilants) est un déni de réalité insultant pour ceux qui sont contraints de subir leurs logorrhées auto satisfaites.

Aquitaine, les régionales sur Twitter?

La campagne électorale pour le région Aquitaine est comme les 21 autres, modifiée par l’apparition de médias et de réseaux qui, soit étaient largement moins imposés, soit n’existaient pas du tout lors de la dernière campagne.

Une partie de la campagne, comme les autres, va se jouer sur la toile. Certes pas à l’échelle des présidentielles américaines, mais quand même. Des outils il y a peu dont on entendait qu’ils étaient réservés à la « jeunesse » se sont avérés être des moyens de communication incontournables. C’est en tout cas ce qu’a montré Barak Obama à nombre d’élus français qui voyaient dans ces activités des occupations juvéniles réservées à leur enfants et petits enfants. Le cas est flagrant pour Facebook et Twitter et les députés ont même droit à leurs ateliers de l’élu 2.0, c’est dire.

En tronc commun des réseaux sociaux, le site de campagne demeure la plateforme principale. Enjeu de taille s’il en est, ce que montre l’intrusion du blog de Xavier Darcos consistant à rediriger l’url vers le site de son adversaire. On peut dire sans emphase, et c’est une première, que cet évènement marque le réel lancement de la campagne électorale.

Nous allons donc un peu, de temps en temps, observer cette campagne dans son développement numérique. Ce billet ne fait donc que poser certains jalons à partir desquels nous reviendrons relever les compteurs à l’occasion. Mélange d’observations objectives et d’interprétations subjectives, nous n’éprouverons aucune crainte à les mélanger, vous vous débrouillerez avec, je vous fais toute confiance pour cela.

:: Au fait ::
A ce propos, c’est l’occasion pour vous annoncer que pour la première fois depuis sa mise sur orbite en mars 2008, ce modeste blog local vient tout juste, au mois de novembre, de dépasser la barre fatidique des 10 000 visites. Notre humilité nous interdisant de nous attribuer cette progression inattendue, c’est donc aux sujets abordés qu’en revient le mérite. Et comme principalement ce blog a parlé de la politique générale du maire Périgueux, Michel Moyrand, c’est donc lui que nous remercions chaleureusement, ayant permis ainsi au fragile volatile de voler de branches en branches.

:: Les principaux réseaux sociaux ::
Les compteurs au 02 décembre 2009

Pour Alain Rousset
Facebook, 740 inscrits et un album photo déroutant pour l’instant.

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Twitter, 70 followers et 6 tweets. Il annonce le lancement de son site internet le 06 novembre et rien depuis.

Pour Xavier Darcos
Facebook, 478 inscrits
Twitter, 441 followers et 16 tweets. A noter que c’est le compte du ministre ouvert depuis le 21 septembre 2009 et qu’il sert essentiellement à relayer les liens vers ses nouveaux billets sur son blog personnel.

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(Parfois, les bandeaux de pub sont impitoyables…)

Les débuts en la matière ne montrent pas un engouement particulier, il y a aussi peu d’inscrits que de followers, la mobilisation et l’actualité ne sont pas encore palpables. Nous verrons donc si ces mouvements s’intensifient durant la campagne ou si stagnants, il faudra trouver d’autres conclusions. Pour comparaison sur Twitter, un blogeur « influent » peut dépasser les 10 000 followers et 500, pour un homme public, est vraiment le minimum syndical.

:: Les sites ::
Question sites, celui du PS se veut une véritable plateforme de campagne, fonctionnelle et déjà opératoire. La preuve, jusqu’au kit militant pour bien apprendre sa leçon et les widgets : classe.

 

La rubrique vidéo est déjà bien garnie et l’on remarque la prestation de Michel Moyrand (le maire de Périgueux). Son instinct pour l’improvisation et son sens inné de la scène font déjà beaucoup pour l’efficacité de ces vidéos. Il se permet même un remake de la sortie de VGE en 1981, luxe réservé à l’élite des grands hommes politiques (il l’a fait).
Pour le reste, c’est efficace et direct : actu/bilan/projet/débat.

Le site de l’UMP est encore assez vide. Graphique, jeune, collectif, vert/écolo, tonique. Il colle à une certaine tendance « graph » joyeux, clair avec des boutons énormes. A ma connaissance ce n’est pas si fréquent pour un site politique, il faut noter là une pointe d’audace dans une communication visuellement à l’ordinaire uniforme et aussi stimulante qu’un pv sur le pare-brise. Comme son homologue, le ton est devenu traditionnel maintenant : Par-ti-ci-pez ! (enfin donnez votre avis quoi). La plateforme est largement moins complète et présente moins de contenus, moins de fonctionnalités, moins de formats. Il faut dire que pour l’instant, à part exprimer des désaccords sur la ligne LGV, projet sur lequel PS et UMP sont d’accords contre les Verts, ce n’est pas facile…

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:: Les slogans ::
On y reviendra à l’occasion.
Pour le PS, c’est : l’Aquitaine, innovante, solidaire, écologique. Je ne sais quel plaisantin aurait pu défendre l’inverse. On n’est pas plus avancé et ce slogan ne veut pas moins dire qu’ensemble, tout est possible.
Pour l’UMP, c’est : Votre Aquitaine, donnons lui de l’ambition. L’ambition de quoi, on ne sait pas très bien, d’être innovante, surement, solidaire, oui, écologique, c’est certain.

:: Les grands thèmes ::
Là, en tant qu’électeur, il n’y aura pas besoin de suivre l’actualité politique comme un forcené, c’est simple.

Pour Alain Rousset, son projet est à la mesure de son bilan: excellent (avec assez de choses en suspend pour engager un autre mandat quand même). Cela est d’autant plus méritant que l’Etat, tant qu’il est dirigé par la droite, ne lui facilite pas le travail, bien au contraire. Bref, si ce n’était lui, ce serait un miracle.

Pour Xavier Darcos, le candidat sortant est incompétent, il fait perdre un temps précieux à la Région et n’est pas un gestionnaire à la hauteur des enjeux, surtout en matière de fonctionnaires territoriaux. Quant aux transports, qui sont un enjeu général de cette campagne, c’est une catastrophe.

Pour l’occasion nous créons un onglet Aquitaine 2010, afin de faciliter le rangement de billets qui ne manqueront pas de venir…