« Où ils ont fait un désert, ils disent qu’ils ont fait la paix »

Xavier Darcos est débarqué par Nicolas Sarkozy. En tant que ministre poids lourd du gouvernement depuis 2007, c’est lui qui, parmi les 8 ministres mis en échec aux régionales, est censé représenter l’accusé réception du vote sanction.

L’annonce non officielle a été relayée amèrement par son entourage. Hier, dès 18h13 sur France Info, il était décrit comme une « victime expiatoire » du sarkozysme renâclé, le « bouc émissaire » désigné pour une branlée aussi mémorable que collective. Bref, il était l’animal sacrifié sur l’autel gouvernemental pour apaiser les dieux d’une démocratie grimaçante.

Dans un flash du Figaro de 19h12, l’ex ministre rappelait pourtant (avec un bâton entre les dents) toute sa confiance envers le Président de la République. L’idée de lui tirer un coup de saton dans les parties génitales a du être rapidement maîtrisée (il aurait atteint la tête).

Le matin même encore sur RTL et visiblement irrité, la tentative d’exorcisme valait au ministre de déclarer :

Je crois qu’il [Nicolas Sarkozy] sera content de voir qu’en Aquitaine nous avons contenu la progression socialiste… Cessez de parler d’échec […] je considère qu’on a fait le boulot. Si je frôle les 30% dans une triangulaire, c’est un très joli score.

Mouais. Il était donc viré  au crépuscule de ce matin là pour avoir pris une déculottée de premier plan avec l’un des pires scores ministériels, en dessous de la moyenne nationale déjà calamiteuse.

C’est le prix à payer pour sa fidélité au Président de la République, mais plus avant encore, à sa fonction. Et c’est bien plus à l’Etat que Xavier Darcos se montre fidèle qu’au matamore à talonnettes. Il aura au moins refusé le maroquin de l’infâme en ne succédant pas à Eric Besson au ministère des charters.

:: Un ministre en Périgord ::

La question n’est pas tant celle du désaccord ou accord avec la politique nationale menée par le ministre. Encore moins de le vomir au nom d’une idéologie monoculaire et pseudo progressiste qui n’a rien a envier aujourd’hui aux systèmes de classe du XIX° siècle, tout en se faisant l’héritière incestueuse des valeurs inverses.

Car pour l’heure, le Périgord perd un ministre, comme autrefois il a perdu Henri Léonard Bertin (1720-1792) Pierre Magne (1806-1879) et plus tard Yves Guéna (1922- ). Aucun de ces hommes n’a eu dans l’idée, aux plus hautes fonctions de l’Etat, d’ignorer leur terre d’origine.

Chacun amena en Périgord un fruit rapporté de Paris. Et si l’on dit la terre périgourdine fertile en ministres et hommes d’Etat, force est de constater qu’aujourd’hui le Périgord entre en période de disette.

On ne peut méconnaitre en politique l’intérêt de fréquenter les rois pour sa propre maison. On ne peut ignorer aussi en l’homme d’Etat, l’ambassadeur de ses origines. Soit, cela ne fait pas tout, mais cela ne gâche rien. Le besogneux bourgmestre, arpentant chaque jour les rues de sa ville, espérant compenser l’inefficace par son taux de présence, est amputé de ce que l’écho est au verbe.

Chaque homme d’Etat au Périgord, comme ses poètes et ses voyageurs, a proposé de sortir de l’entre soi, de la tendance au repli et à la répétition. Chacun à sa manière, avec plus ou moins de succès et de visibilité. Mais certainement plus que dans la consanguinité coutumière tendant aux baronnies électives du moment, réduisant le Politique à une stricte logique partidaire.

Les héritiers entretenus dans les collectivités locales en attendant de décrocher un mandat ne le diront pas mais ils le savent. Si ce n’est pas nécessairement par l’envergure que l’on acquiert la fonction, la fonction oblige à une certaine épaisseur. C’est de cette épaisseur entre autre dont est privé aujourd’hui le Périgord. Le champ vient de se rétrécir un peu, à proportion de l’éloignement du centre induit par l’absence d’homme d’Etat. Il y en aura d’autres; un jour.

:: Les dépouilles en politique ::

Pour l’heure, les détracteurs du ministre feront entendre leur orgasme de substitution, jouissant en solitaire de cette annonce, tant il n’est plus seulement un adversaire politique mais une incarnation du mal, une marionnette du grand Satan capitaliste. Quitte à ce que cela ne change rien à la politique gouvernementale, c’est un détail dévoilant ainsi leur véritable motivation.

Ceux là ne voudront pas comprendre le sens de ce texte, qui n’est pas un éloge de l’homme, mais qu’importe.

La danse du scalp des apparatchiks haineux peut battre son plein. La dépouille ministérielle est déjà jetée en pâture comme une victoire contre le capitalisme mondial.

Par exemple, aujourd’hui dans Sud Ouest les commentaires du maire PCF Francis Colbac à Trélissac :

Après un désaveu électoral aussi massif, cela me paraît assez normal

Francis Colbac conclut par : je ne suis pas sûr que le gouvernement de la France perde un élément indispensable.

La leçon a de quoi surprendre. Epinglé pour ses manœuvres électorales son élection fut annulée par le Conseil d’Etat en 2008. Réélu à la gouaille d’un sous Chavez de boulevard et soutenu par les barons locaux défendant un des leurs, il fut stipendié récemment par le président du Conseil Général comme un fin amateur de « propagande soviétique » (sur le ton de l’humour bien sur).

La commune qu’il gère depuis plus de 20 ans est une habituée de la Chambre Régionale des Comptes, comme la ville la plus mal gérée du bassin périgourdin. Résultat, une commune lourdement endettée (2 fois supérieur à la moyenne), une fiscalité écrasante et un urbanisme désastreux à force d’une proximité boiteuse avec les faucons canards du néolibéralisme local.

Fermons la parenthèse de ce quasi fonctionnaire de la décentralisation, icône d’un nouveau féodalisme territorial accroché aux deniers publics comme la couenne à la viande.

Il est de ces spadassins de l’Injustice qui tirent à blanc de peur qu’en l’atteignant elle ne s’effondre, emportant avec elle une rente facile.