Elections régionales en Aquitaine, premières observations

Ce billet servira d’aide mémoire en abordant sans creuser quelques éléments de ce 1er tour des élections régionales en Aquitaine et en Dordogne. Il se décline en quatre zooms thématiques :

– Les sondages
– La particularité Aquitaine
– Les grandes alliances de second tour
– L’abstention

:: Les sondages ::

Le 25 février 2010, Sud Ouest diffusait un sondage SO/Tv7/Ifop donnant les intentions suivantes :

Alain Rousset : 31%
Xavier Darcos : 24%
Jean Lassalle : 12%
Monique de Marco : 11%

Dans cette affaire, le FN était superbement ignoré, erreur classique à partir de laquelle on a beau jeu de s’étonner par la suite, face au résultat toujours trop élevé.

Les résultats du 1er tour, 14 mars (JDD) :

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En moins de 3 semaines, le PS a donc progressé de 6.63%, ce qui marque la différence la plus notable. Alors que les écarts pour les autres partis candidats, 2% pour l’UMP, 1.73% pour le Modem, 1.25% pour EE semblent indiquer la stabilité du sondage.

Certes, Europe Ecologie et le Modem étaient à 1% prêt, induisant sa capacité à négocier pour le premier et à se présenter en finale pour le second. Le FN pour sa part recule depuis les élections de 2004 de 2.73%, ce qui suffit à l’éliminer du second tour, une très bonne nouvelle pour l’Aquitaine.

Au final, l’instantané du 25 février est contradictoire. L’ordre d’arrivée est correct et les chiffres assez fidèles pour 3 formations politiques sur 4, mais il demeure sous-estimé pour le PS. Il faudrait comprendre pourquoi il était erroné à l’instant T ou comment le PS a gagné 6.63% en 3 semaines. L’écart cumulé à la baisse des 3 autres formations atteint 5.98%, c’est peut-être une piste.

:: Les particularités de l’Aquitaine ::

En comparaison des résultats nationaux, l’Aquitaine se fait mutine:

– Europe Ecologie arrive en 4ème position perdant 3.55% sur la moyenne nationale.
– L’UMP et son candidat « malgré lui » accuse un retard de 4.65% par rapport à une moyenne déjà jugée mauvaise.
– Le Modem aura son unique candidat présent au second tour avec +6.43% sur le national avec un score global de 4%.

Le PS s’y montre souverain avec +7.62% sur la moyenne nationale. La niche électorale de l’alternative à la suprématie PS/UMP (près de 60% des voix cumulées) n’est pas occupée par les écologistes mais par le Modem. Ou plutôt par son candidat (Jean Lassalle) à la ruralité claironnée qui a plus convaincu dans les campagnes que des écologistes intrinsèquement citadins. (En particulier dans les Landes, Cf. Carte dynamique de 20minutes.fr).

:: Les grandes alliances de second tour ::

L’UMP se vante de ne pas en avoir, faisant contre mauvaise fortune bon cœur. La négociation sera en revanche toute autre entre le PS et Aquitaine Ecologie.

En 2004 les deux formations s’étaient présentées conjointement. Elles avaient gagné de la même façon et par conséquent partagent en 2010 un bilan commun au terme du mandat, ce que les socialistes ont largement rappelé. C’est le cas aussi pour les mandatures en cours dans les municipalités.

Or après les élections européennes, les écologistes ayant décidé de faire cavalier seul au premier tour, ont du trouver à redire sur le bilan régional, subitement devenu socialiste, comme si les Verts n’avaient fait que de la figuration pendant 6 années.

Il faut donc aujourd’hui recoller les morceaux pour retrouver son fauteuil régional, en expliquant que l’unique objectif est de battre la droite, ce qui est déjà chose faite. N’en demeurent pas moins des divergences, véritables ou de façade.

Au meeting PS du 22 février, les Verts ont été vilipendés au même titre que la droite (SO 23/02/10) :

Bien sûr, la problématique environnementale est très présente, mais cela ne peut pas se faire sans l’économie, sans la démocratie, sans une synthèse. Il faut laïciser cette problématique ; qu’il n’y ait pas de dogme.

Ils ne sont par cette phrase que présentés comme une sorte de secte à grand bonnets pointus, non blancs ici mais verts.

On est pour le TGV à Bègles, mais quand on sort de Bègles, on le combat ! Il ne faut pas s’aimer quand on a des mandats et qu’on abuse autant la population. Les Verts expliquent être contre le TGV ; c’est une imposture ! Même chose pour le terminal gazier. C’est le retour à la grotte primitive !

Ici ils auraient trompé la population et sont affichés comme des rétrogrades, des passéistes anti progrès. Ce n’est ni plus ni moins que l’angle d’attaque de l’UMP sur le plan national avec la décroissance par exemple.

L’attaque fut si vivement ressentie que la candidate Aquitaine Ecologie avait répliqué sur son site :

Le Néandertalien écologiste ne remerciera donc jamais assez Sapiens Savary [candidat PS Ndlruedelachouette] pour lui avoir permis d’apercevoir la lumière de la modernité. Une idée vient à Néandertal : Homo Sapiens serait-il nostalgique du 20ème siècle ? Néandertal, lui, est sur d’une chose : il préfère le 21ème.

C’est ainsi que Monique de Marco a fini par fustiger l’action du PS (SO 06/03/10):

Elle a évoqué hier le ripolinage écolo des propositions du Parti socialiste qui a la même politique de croissance que la droite depuis des années.

Aquitaine Ecologie doit donc maintenant expliquer la fusion avec un Parti Socialiste qui a tant d’accointances avec une gestion de droite. Et cela en sachant qu’ils sont en position de faiblesse pour négocier quoi que ce soit proportionnellement à un score qui demeure un échec en deçà des 10%. Sans le levier de négociation que représente la capacité à se présenter au second tour, cela risque de ressembler à un piteux retour au bercail.

:: L’abstention ::

Le Monde.fr

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En quelques chiffres d’abord : 50.44% en Aquitaine, soit 1  150 340 absents. En Dordogne, 45.85%, soit 141 328 absents. A Périgueux, 47.91%, soit 8 576 personnes.

Nous n’irons pas plus loin aujourd’hui sur l’abstention. Elle mérite du recul et de l’analyse considérant que 23 millions d’inscrits n’ont pas voté. La plupart des réactions politiques sont simplement consternantes, nous en formons un bouquet garni dont nous reparlerons à l’occasion.

En dégustation quand même, il faut connaitre l’analyse de Michèle Delaunay (députée socialiste de Gironde – voir son activité sur Nosdéputés.fr). L’abstention est causée par les sondages. Ces derniers ont pour effet de perturber psychologiquement l’électeur, entrainant un état de confusion mentale entre « réel » et « virtuel ». De fait :

De plus en plus de gens ne perçoivent plus une stricte séparation entre le virtuel et le réel

Ce phénomène psychologique de masse a donc touché cette fois là plus d’un million de personnes en Aquitaine. Une thèse ainsi défendue par une députée semble plus grave encore pour le Parlement que pour les résultats électoraux.

Mais ce n’est pas tout, car les médias aussi livrent leurs explications sur l’abstention. En la matière c’est Sud Ouest Périgueux via Hervé Chassain qui livre aujourd’hui ses conclusions :

Une inquiétude cependant pour tous : le faible niveau de participation. Avec 54,15 %, il est très loin de celui des régionales de 2004 (72,10 %). Il est vrai que les scrutins précédents étaient jumelés à des cantonales, renforçant leur intérêt, surtout en secteur rural. Il est vrai aussi que c’était ce week-end l’ouverture de la pêche à la truite…

Première cause : le jumelage aux élections cantonales
Deuxième cause : la pêche à la truite

Aux dernières élections régionales couplées, l’abstention avait été de 29.69%, soit 89 682 personnes. Sur plus de 140 000 abstentions en Dordogne en 2010, il nous reste donc pour Sud Ouest 51 646 pêcheurs à la truite. Il n’y a jamais en Dordogne qu’un total de 21 000 licenciés à la fédération de pêche… Et par conséquent un niveau de braconnage très inquiétant.

Reste donc la truite comme métaphore de la paresse pour expliquer l’abstention à Sud Ouest. Métaphore que l’on doit retourner au journaliste pour aiguiser ses analyses au regard d’un phénomène grave qui requiert autre chose que légèreté et imprécision.

La CAP Cinéma présente: « Petite Borie et gros Flamby « 

Revenons ici sur cette annonce du conseiller municipal de Périgueux, Jean-Paul Mingasson, que les quotidiens locaux ont relayé avec une pointe de mystère et de circonspection dans leurs éditions du 27 janvier 2010. Elu MODEM, il est intervenu en qualité de conseiller intercommunal sur un vaste projet d’aménagement commercial au Pont du Cerf, au lieu-dit Petite Borie.

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Dordogne Libre titrait : Un projet commercial pharaonique redouté
Sud Ouest n’était pas en reste : Une étrange rumeur de centre commercial
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Pour Patrice Bouscarrut, de DL c’est un « véritable pavé dans la mare ».
Pour Hervé Chassain de SO, ce projet « a pour l’instant l’aspect d’un pétard mouillé ».
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Ces éléments de langage journalistique s’opposent, indiquant une lecture assez différente du dossier, laissant alors supposer quelques ambigüités (voire quelque parti pris). Nous ne saurions les dissoudre, cela étant, nous pouvons prendre le temps de poser les éléments accessibles.

En complément, France Bleu Périgord a fait l’effort de s’y pencher. Le reportage est à écouter ci-dessous :

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Cette « séquence » médiatique soulève quelques questions. Comment se fait-il qu’à l’intérieur d’une collectivité locale, un projet commercial de 35 000m² puisse être l’objet soit d’une négation, soit à minima d’une telle confusion ?
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Comme nous allons le voir, les principaux détracteurs de Jean-Paul Mingasson ne nient pas l’existence d’un projet commercial, mais l’existence d’un projet commercial de 3.5 ha déjà présenté par une société privée.
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Monsieur Mingasson est-il si mal informé en tant qu’élu, ou bien ment-il, ou bien est-il frappé de démence passagère ?
Comment se fait-il qu’au sein d’un conseil intercommunal de telles divergences de vues puissent apparaitre sur des éléments matériels et par surcroit d’une telle importance ?

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:: Les déclarations de Jean-Paul Mingasson ::
Selon SO : « Un projet s’est ourdi derrière les portes de la CAP : une galerie commerciale de 35 000m² ! »
Selon DL : « … c’est un véritable conciliabule, une gouvernance opaque. Ce projet de galerie commerciale a été étudié secrètement dans les bureaux afin que rien ne transpire ».

Jean-Paul Mingasson :

Ce dont je suis certain, c’est que le bureau de la CAP a été saisi de ce projet, que le promoteur leur a présenté […] ce que je regrette c’est que ce projet soit suffisamment mûr alors que la population périgourdine en est encore ignorante ; notamment la communauté commerciale qui est la première visée.

Devant confirmer ou infirmer ces dires, les médias ont interrogé les principaux intéressés. A savoir le maire de Coulounieix-Chamiers, Jean-Pierre Roussarie (vice-président « grands projets routiers et entrées de ville » à la CAP) et le vice-président à la CAP chargé du développement économique et TIC aussi maire de la commune de Notre Dame de Sanilhac. Le président de la communauté d’agglomération (Claude Bérit-Débat) quant à lui n’a pas daigné répondre aux journalistes, maintenant qu’il joue les cumulards à Paris dans les ors du Sénat.
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:: Les déclarations de Jean-Pierre Roussarie ::
Pour DL : « C’est un tuyau percé, indique Jean-Pierre Roussarie. Nous avons effectivement mené une étude, mais pas pour une galerie commerciale. Plutôt pour un projet d’éco-pôle qui réunirait différentes structures en lien avec les emplois verts ».
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Précision, c’est l’occasion officielle pour l’élu d’annoncer que sa commune, « en concertation avec la CAP », va céder à l’intercommunalité son droit de préemption sur les terrains concernés par ce « mystère ».

SO n’a pas jugé bon apparemment de contacter le maire et rapporte, très sobrement :

Ce projet s’appuie sur des bruits venant des mairies, notamment celle de Coulounieix Chamiers, qui a lancé un projet de zone d’activité en octobre 2009 et sur une délibération que va étudier la CAP vendredi sur ces mêmes terrains.

« Bruits » et apparence de « pétard mouillé » sont donc les conclusions de l’investigation pour SO, qui, sans en révéler davantage ou apporter d’autres témoignages, semble satisfait de la réponse apportée; les élus aussi très certainement.

:: Les déclarations de Jean-François Larenaudie ::
Le vice-président chargé du développement économique, (urbanisme), décide pour une position tranchée.
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Selon DL : « Il existe bien un projet autour du Super U, confirme Jean-François Larenaudie. Mais il s’agit de quelques commerces, d’un pôle médical, d’un fleuriste, d’une cafétéria, etc. Mais sûrement pas d’une énorme galerie marchande à côté de Cré@vallée ».
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Une précision cependant : « L’élu admet toutefois que des promoteurs ont proposé un projet de ce genre mais à des prix exorbitants ».

Nous effectuons juste de la réserve foncière.

Pour SO, la version est sensiblement différente. Il y a bien volonté de « contrôler les projets sur ce site qui jouxte Cré@vallée ». Mais « Jean-François Larenaudie … assurait ne rien en savoir hier ». Et ce même s’il savait « pourtant qu’un promoteur périgourdin était intéressé par des terrains à vendre ».
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Sur ce point Jean-François Larenaudie est ferme :

Mais ils sont chers, encore en terre agricole … Dans la situation actuelle je ne vois pas qui a de l’argent à mettre là-dedans.

A la radio, cet élu fait un peu la synthèse de tout cela :

35 000m² de surfaces commerciales au Pont du Cerf non je connais pas. Le terrain dont on parle qui est la propriété d’une personne de Coulounieix-Chamiers, c’est un terrain qui est en zone agricole. Donc nous CAP si on va sur ce type de terrain, c’est essentiellement pour faire de la réserve foncière, mais aujourd’hui nous n’avons aucun projet défini sur ces terrains là.

Nous allons terminer le tour du (futur) propriétaire par la référence à la société d’aménagement qui aurait présenté un projet. Jean-Paul Mingasson affirme qu’il s’agit des sociétés Blot Immobilier et Site Plus. Selon DL, cette société, sans vouloir s’exprimer, confirme qu’elle connait ce projet.

Sur ce point, Jean-François Larenaudie nie catégoriquement tout contact avec la société Blot Immobilier sur France Bleu Périgord.
Quant à Hervé Chassain pour SO, il n’aborde à aucun endroit cette question. Aucune mention, aucune vérification. Elle ne devait pas sembler poser question.

D’ailleurs, aujourd’hui même dans un autre article, Hervé Chassain aborde cette question pour conclure :

Mais, pour l’instant, il n’y a officiellement pas de véritable projet sur les 20 hectares de terrains à vendre à la Petite Borie, qui ont toujours le statut de terres agricoles.

Ce qui est officieux ne semble vraiment pas digne d’intérêt pour le journaliste, concluant ainsi l’article d’hier qui allait déjà dans ce sens. Notez, que toujours très officiellement, il rappelle que cette zone a le statut de terres agricoles, c’est important pour la suite. Car ainsi, ce n’est que quand la commune aura requalifié cette zone en terre constructible qu’il annoncera officiellement qu’elle est constructible.

Voilà l’état des lieux dressé le plus fidèlement possible.
Nous allons pouvoir aborder maintenant les documents officiels et publics, ainsi que ces déclarations sous l’angle du droit de l’urbanisme. Pour ceux d’entre vous qui sont les plus pressés, voici le résumé :

– En premier lieu, ce projet d’aménagement à Petite Borie (terrain de 20 hectares), officieusement ou officiellement, existe.
– En second lieu, la CAP et Jean-François Larenaudie, à moins d’un manquement caractérisé, ont connaissance de ce projet.

:: Coulouniex-Chamiers et son projet de ZAC ::

Conseil municipal du 06 octobre 2009.

 

Point 16. LANCEMENT DE LA ZAC DE COULOUNIEIX-CHAMIERS
– Etudes préalables à la création d’une ZAC dans le secteur de « la Petite-Borie ».
– Modalités de concertation.

Monsieur le maire rappelle que la commune souhaite favoriser l’accueil d’activités économiques complémentaires à « Cré@valléeNord », avec des pôles d’activités et de commerces dédiés.

Il propose alors au conseil municipal, non un éco-pôle, mais « de lancer une procédure d’aménagement sous la forme d’une Zone d’Activité Concertée et de fixer les modalités de concertation conformément aux dispositions de l’article L 300-2 du Code de l’Urbanisme ».
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En clair, le maire veut créer une ZAC. Une ZAC, c’est une procédure d’aménagement qui vise à urbaniser une zone. En l’occurrence, la commune vise une urbanisation commerciale et économique. Autrement dit, après avoir aménagé la zone sous la forme d’un lotissement, (viabilisation et création de lots), elle louera ou vendra ces lots pour que s’implantent des exploitations commerciales.
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De plus et outre la procédure de ZAC au titre du L 300-2 du Code de l’urbanisme, cette opération modifie l’économie générale des documents d’urbanisme en vigueur, ex. PLU, PADD, SCOT, POS, etc.
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Et pour cause, lors de cette séance, madame Arlette Esclaffer cite le Plan d’Aménagement et de Développement Durable inclus dans le Plan Local d’Urbanisme. Ce dernier expose les zones à urbaniser et en devenir économique. Mais celle de la Petite Borie n’en fait pas partie. Au contraire, le PADD classe cette zone dans les terres agricoles à préserver en terres agricoles, « avec préservation du caractère rural et un principe de limitation de bâti nouveau aux hameaux existants ».
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C’est pour cette raison, au moins à titre principal, que la révision du PLU de la commune va débuter le 03 février prochain. En l’état, ce projet de ZAC sur cette zone est antagoniste avec les documents d’urbanisme. Cette révision du PLU et du PADD aura donc pour objet, prochainement, de requalifier ce qui est aujourd’hui une zone agricole ZA en zone à urbaniser ZAU.
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Enfin, la commune délimitera la zone sur laquelle elle entend se prévaloir de son droit de préemption L221-1 Code de l’urbanisme. La prérogative de puissance publique n’est pas une improvisation. Tout caractère arbitraire serait qualifié en excès de pouvoir par le juge administratif.

En réponse, le maire confirme qu’il travaille en concertation avec l’agglomération :

J’ai obtenu du Président de la C.A.P, Claude BERIT-DEBAT, la création d’une cellule de CONCERTATION ouverte et agissante comme force de proposition avec l’ensemble de nos partenaires.

Plus loin le rapporteur, monsieur Bernard Barbary confirme :

A cet égard le projet de ZAC, avec les perspectives d’implantations d’entreprises qu’il sous tend, est cohérent avec ce besoin de redressement de la commune de Coulounieix-Chamiers sur le plan économique.

Peu importe ici qu’il s’agisse d’éco-pôle ou de pôle tout court. L’important pour la commune est d’attirer des ressources financières et de créer des emplois pour les habitants. Et dans ce but elle transformera du terrain agricole en terrain à bâtir. Cette décision n’est pas prise en amont avec les communes de l’agglomération, mais en solitaire. Ce n’est qu’ensuite qu’il est envisagé un transfert de compétences pour la réalisation et le droit de préemption.

:: Le malaise de Larenaudie ::
Il dit ne rien connaitre de ce projet, mais quand même. Il sait bien que c’est une zone agricole et :

Donc nous CAP si on va sur ce type de terrain, c’est essentiellement pour faire de la réserve foncière, mais aujourd’hui nous n’avons aucun projet défini sur ces terrains là.

Comme s’il ignorait que le PLU va être révisé et que cette zone sera bientôt constructible, dotée d’une ZAC et d’un projet de surfaces commerciales sur un terrain de 20 hectares. Alors il s’agirait simplement de faire une réserve foncière par l’acquisition d’un droit de préemption sur des terrains non constructibles.
La question à poser à Jean-François Larenaudie est :
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Comment, en vue de la formation d’une réserve foncière, exercer son droit de préemption sans projet préalable ?
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Dans les limites seulement de L 210-1 du Code de l’urbanisme, car la dynastie des comtes du Périgord a disparu depuis longtemps :

Toute décision de préemption doit mentionner l’objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans la cadre d’une zone d’aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l’acte créant la zone.

Dans le cadre de la ZAC, le dossier comporte nécessairement les éléments suivants, R 311-2 Code de l’urbanisme à moins que la famille comtale des Archambaud ne soit de retour :

a) Un rapport de présentation, qui expose notamment l’objet et la justification de l’opération, comporte une description de l’état du site et de son environnement, indique le programme global prévisionnel des constructions à édifier dans la zone, énonce les raisons pour lesquelles, au regard des dispositions d’urbanisme en vigueur sur le territoire de la commune et de l’insertion dans l’environnement naturel ou urbain, le projet faisant l’objet du dossier de création a été retenu ;
b) Un plan de situation ;
c) Un plan de délimitation du ou des périmètres composant la zone ;
d) L’étude d’impact définie à l’article R. 122-3 du code de l’environnement.
Le dossier précise également si la taxe locale d’équipement sera ou non exigible dans la zone.

Au regard de sa fonction, Jean-François Lareunaudie devrait donc savoir, même s’il ne sait rien que :
– Le projet de ZAC est en cours et fait nécessairement l’objet d’un projet d’aménagement précis.
– La révision du PLU va ouvrir à l’urbanisation une zone aujourd’hui agricole (même si officiellement SO l’ignore).
– La commune va transférer son droit de préemption à la CAP, droit de préemption qu’elle devra motiver selon des éléments concrets.

Mais c’est vrai, toujours aucune trace de cette fameuse galerie commerciale de 35 000m². Le projet d’aménagement urbain aurait quand même permis d’expliquer beaucoup de choses non ?

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:: Blot immobilier et Site Plus::
Car en l’espèce, la commune de Coulounieix-Chamiers serait en train de réviser son PLU, modifier son PADD, créer une ZAC, transférer son droit de préemption, et tout cela sans le moindre plan, sans le moindre projet d’aménagement urbain à l’appui. Autrement dit à l’aveugle.
Il vaudrait mieux pour l’urbanisme périgourdin qu’il y ait de vilains mensonges là-dessous. Car engager de telles procédures sans la moindre idée finale, sans plan d’aménagement urbain préalable, relèverait d’une incurie totale.

Ce serait bien sur différent si la commune avait fait réaliser un projet par un professionnel. Comme Blot Immobilier par exemple. Un réseau d’agences immobilières dont la spécialité porte sur la transaction en fonds de commerces et immobilier commercial. C’est vrai qu’ils n’auraient pas proposé un projet d’aménagement. Mais pour cela ils auraient pu faire appel à la société Site plus, spécialisée dans le conseil en équipement et l’urbanisme commercial. Par exemple…

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:: Epilogue ::
Le terme de « galerie commerciale » est un écran de fumée derrière lequel se cachent les élus questionnés, qui n’hésitent pas à jouer avec les m² pour feindre d’ignorer de quoi il est question.
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Jean-Pierre Roussarie déclare lui-même qu’il a fait réaliser des « études » pour un projet éco-pôle. Ce projet est un projet d’aménagement urbain à destination commerciale pour générer emplois et activité économique. Les plans de ce projet sont à la mairie de Coulounieix-Chamiers et doivent comporter des éléments nécessaires en relation avec la ZAC.
Même s’il s’agit d’un avant projet, il doit comporter motivation et opportunité, surfaces et implantations, prévision financières et cout prévisionnel. Comme il le dit c’est effectivement un « tuyaux percé », il n’a donc aucune raison de dissimuler ce projet à la population et aux autres élus plus longtemps.
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Quant à Jean-François Larenaudie qui veut faire des réserves foncières sans projet c’est autre chose. Une réserve foncière sans horizon d’urbanisation future n’existe pas et il n’ignore sûrement pas les exigences introduites par la jurisprudence en la matière. Par ailleurs, les collectivités ne s’amusent pas à faire des réserves foncières sans une idée précise et un calendrier, c’est une politique couteuse qui immobilise des ressources.

Par conséquent, n’en déplaise au « pétard mouillé », il serait peut-être temps que les représentants de l’agglomération et de Coulounieix-Chamiers dévoilent leur travail accompli jusque là. Il mérite à n’en pas douter sa place dans l’espace public.
A l’heure où les responsables de cette agglomération sont dans l’incapacité de produire un Schéma de Cohérence Territoriale, incapables d’harmoniser les PLU des différentes communes pour donner une cohérence urbaine à l’ensemble du bassin de vie.
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A l’heure où ils en sont à se chamailler, avec un PDU bloqué dont la seule proposition consiste à ne pas réaliser ce qui fait débat (quelle ambition !), où ils en sont, chacun dans leur coin, à s’approprier des compétences qu’ils n’ont plus en tant que commune, où ils en sont à se faire des procès devant le Conseil d’Etat faute d’être capables de trouver des accords, etc.
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A l’heure où l’on est, ces responsables politiques ont démissionné de leur devoir envers l’action publique, pour ne garder que la gauloiserie politique, mélange d’hypocrisie, de mensonge et d’ambition personnelle.