Périgueux, après la faillite, la défaillance.

20 janvier 2008, jour de l’investiture du président des Etats-Unis, Barak Obama et conseil municipal du maire de Périgueux.
Quand les grands hommes se rencontrent au hasard du calendrier, on ne sait plus où donner de la tête.
18h00, le maire arrive sans cravate, il est cool. Il va faire présenter dans quelques minutes son audit organisationnel des services municipaux. Eric Dosset, est là, stoïc, concentré, personne ne parle, il prend déjà des notes, c’est rassurant.

:: Chérie, fais moi un mot du médecin ::
Le responsable détaché par KPMG, la société d’audit, est un tueur. Une sorte de Jean-Michel Apathie des collectivités territoriales.
Pour l’occasion, une dizaine de fonctionnaires de la mairie sont là. Pourquoi ont-ils fait le déplacement ?
Pourquoi sont-ils venus écouter une analyse dont on aurait pu penser qu’ils la connaissaient déjà ?
Et bien. Par simple curiosité ? Peu probable. Parce qu’ils savaient que l’homme était un tueur ? Peut-être plus.
Une plaidoirie à charge d’une vingtaine de minutes, menée tambour battant par un procureur déchaîné.
Choc et terreur, il commence par une bombe. 16 000 journées d’absentéisme pour 617 salariés, soit 26 jours par personne, ou l’équivalent de 80 emplois à l’année. Inutile de préciser que c’est plus que la moyenne.
(Tousse tousse). Mes voisins s’étranglent.
Oh il ne faut pas dramatiser, l’absentéisme parlementaire rigole de ce genre de statistiques.

:: Malaise dans la civilisation municipale ::
Il y aurait un malaise dans la mairie du à une mauvaise organisation des compétences. Du coup, fortes carences en qualité de fonctionnement. Organigramme non opérationnel. Hypercentralisation des décisions. Faible dialogue social. Pléthore d’agents pour un désert de cadres. Culture d’entreprise municipale inexistante. Atomisation de la gestion sociale. Peu de culture de résultat. Faible suivi des carrières, un service des ressources humaines en dessous de tout. Un pilotage budgétaire à l’aveugle, pas d’informations de gestion, « hors de toute logique de cohérence ». Une culture dispersée au capital humain gâché. Un bon point pour l’organisation des services techniques, « plus cohérente ». N’en jetez plus, fermez le ban.
Personne n’est responsable, ce n’est qu’un problème d’organisation. Quoi… Même pas le ministre ?
Non, il a dirigé la mairie pendant 11 années, on laissera donc le soin à chacun de tirer lui-même les conclusions. On appelle cela de la communication en creux. L’audit financier était en bosse, l’organisationnel en creux.

:: Mention pour Jean-Paul Lacot ::
Une mention spéciale cependant pour l’hypercentralisation des décisions, dont on a compris qu’elle serait le fait de l’ancien Directeur Général des Services. Mais comme le nouveau, M. Laporte, porte déjà partout l’étiquette du digne successeur de l’ancien, ça promet. On nous dit dans l’oreillette qu’il s’agit du même, mais en plus jeune et plus séduisant. C’est toujours ça.
La charge a été d’une telle intensité que le maire a cru opportun de passer 5 minutes de pommade à la gloire des fonctionnaires municipaux. Que surtout personne ne sente en cause hein ?! Non tu m’étonnes. Ne vous inquiétez pas, on ne va licencier personne ! A côté de moi ça ricane :

  Facile à dire, il ne le peut pas.

Pourtant, chaque périgourdin « achète » à la mairie un service public qui lui revient à 691 euros par tête de pipe, un score au-delà de la moyenne, pour un résultat en dessous. Pas classe.
Enfin le maire nous rassure sur la libre pensée des services municipaux :

On ne demande pas au personnel d’adhérer au projet politique.

En revanche, le choix est plus clair lors du recrutement, ce qui revient sensiblement au même.

:: Sans appel ::
La dessus, ceux qui visiblement faisaient partie des services municipaux se lèvent et quittent l’assemblée. On se demande encore pourquoi ils ont eu la curiosité de venir. Non qu’ils ne fussent pas leur place, au contraire, bien au contraire. Mais c’est bizarre.
On résume. Une organisation pourrie. Une inefficacité hors norme. Une absence de cohérence de pilotage. Et en prime des salariés qui restent au pieux 16 000 jours par an.
Réorganisation des services, recrutement de cadres, rationalisation des effectifs, diminution de la masse salariale. Et vlan. C’est la faute à personne, vous êtes tous merveilleux, mais c’est la crise.
Merci docteur, combien je vous dois ?

Affaire classée. Suivant !

:: chambre régionale des comptes ::
Présentation du rapport de la chambre régionale des comptes d’Aquitaine sur la gestion de la ville de Périgueux, sur la période 2002/2005, avec quelques détails jusqu’au 31 décembre 2007. Tiens tiens.
Le maire a lourdement insisté sur ce que ne devaient pas écrire les journalistes dans vos journaux préférés. Il ne s’agit pas d’une « analyse financière ». Comprenez, ce rapport n’est pas vraiment ce qu’il espérait et a tendance à contredire certains résultats de son audit. Alors bouclez-là !
C’est vrai quoi, un magistrat de la cour des comptes, depuis quand ça sait compter ?
Notez, il s’agit du seul organisme public qui rende publics certains résultats de gestion des collectivités territoriales ou des sociétés d’économies mixtes. Enlevez cet organisme et c’est le Moyen-Age de la transparence républicaine des collectivités. Ce n’est pas pour rien que certains parlementaires, élus locaux, cumulards et viandards, s’acharnent à obtenir son élimination. Après celle des juges d’instruction sans l’indépendance du parquet, cela devrait venir un jour…
Ne nous étalons pas. Attendons le texte, il sera certainement en ligne sur le blog du maire prochainement. Nous en publierons des commentaires détaillés.
En revanche, aux commentaires de l’opposition quant à l’interprétation de ce document, le maire eut un mot, en une conclusion laissant place au silence :

Je pourrais vous le prouver, que même dans ce rapport il y a quelques éléments qui auraient pu y figurer.

Qu’est-ce à dire ?
Des éléments qui auraient pu y figurer mais n’y figurent pas, tenus en discrétion par le maire ?
Des éléments, on peut supposer, qui par leur absence, arrangeraient l’opposition ?
Des éléments donc, que l’analyse d’un magistrat aurait pu surprendre plus qu’à l’ordinaire ?
Pourtant il y a visiblement dans ce rapport un relevé non négligeable d’actes en infraction du Code Général des Collectivités Territoriales. Cela n’a pas conduit le magistrat à renvoyer le dossier en Tribunal Administratif, mais à des significations d’irrégularités que l’on juge ordinaires.
Que penser de cette phrase alors ?
Mystère et boule de gomme.