Périgueux: à 100 mètres de la crèche l’antenne relai est un succès

A Périgueux, la récente installation d’une antenne relai (novembre 2009) en centre ville laisse aujourd’hui planer quelques questions. Installée en catimini et destinée à le demeurer puisqu’elle était dissimulée, l’antenne a été découverte fortuitement par les habitants, soigneusement tenus à l’écart jusque là.

Faisant suite, un collectif s’est formé, le collectif Antenn, pour prévenir le maire de ses inquiétudes. Car cette antenne relai pour téléphonie mobile est située à moins de 100 mètres d’une crèche. Blog, articles de presse, pétition, groupe Facebook, ce collectif s’est fait entendre.

Conséquence, le maire a répondu par une demande de mesures imprévues à l’origine (du champ électromagnétique) à l’opérateur. Or il est déjà acquis que ces mesures (prévues pour le 08 mars 2010) correspondront aux normes règlementaires, qui ne feront que justifier la légalité de cette déclaration préalable octroyée par le maire. Ce n’est pas sur ce terrain là que le problème se pose.

:: L’ambiguité du collectif Antenn ::

Il est étonnant de voir aujourd’hui ce collectif se contenter de telles mesures; on ne peut y croire. Leur récente déclaration dans la presse est pour le moins optimiste dans leur forme interrogative. Pour tout dire, on la croirait presque politique. Le lundi 1er mars 2010, Mariette Lavigne, du Collectif Antenn, déclarait :

C’est bien que la mairie se soit saisi de ce dossier, mais est-ce qu’elle va prendre des décisions contre cette antenne, au nom du principe de précaution ? Nous ne savons pas.

La mairie n’a pas saisi ce dossier suite aux demandes du collectif Antenn en janvier 2010. La mairie a été saisie du dossier à l’automne 2008, lors de la demande d’autorisation de construire. Rien ne lui avait alors posé de problème. Elle a accordé cette autorisation sans la moindre question ni demande particulière concernant l’impact de l’ouvrage sur la santé publique. A aucun moment elle a considéré que la population devait en être informée. Et ce n’est qu’à la demande des habitants que la mairie s’est manifestée auprès de l’opérateur (en janvier 2010) pour des informations complémentaires.

Au nom du principe de précaution ? Pas vraiment. Le principe de précaution suppose nécessairement une anticipation. En accordant l’autorisation de construire, la mairie ne s’est pas placée sous le principe de précaution. Au contraire, elle a considéré qu’il ne valait pas d’être appliqué en l’espèce.

:: Politique en eau trouble ::

Or en avril 2009 Moyrand (le maire) devait déjà être prévenu du rapport du Parlement européen (Courrier des maires):

Ce rapport préconise une distance minimale entre les antennes relais et certains établissements « sensibles », comme les crèches, les écoles, les maisons de repos et les établissements de santé. Il insiste également sur la question de l’information des citoyens…

Pourquoi? C’est simple poursuit le Courrier des maires:

Enfin, Le Parlement invite à « procéder à la révision des limites fixées pour les champs électromagnétiques (…) et ce d’autant plus que certaines études ont révélés que de très faibles rayonnements ont des effets très néfastes ». Il reconnait que neuf Etats membres au niveau national ou régional ont déjà adopté des normes de protection plus sévères (la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche et la Bulgarie, entre autres).

Lorsqu’un maire entend s’appuyer sur le principe de précaution, c’est pour bloquer ce genre de projet à titre préventif. Que se passe-t-il alors ? Il mobilise et informe la population, se fonde sur les préconisations européennes, alerte les associations, s’appuie sur la jurisprudence récente et n’hésite pas s’il le faut, à fermer l’établissement public sujet à précautions. Bref, le maire n’est pas « prisonnier » de ces règles d’urbanisme comme s’en défend avec veulerie le maire de Périgueux (Sud Ouest avait complaisamment relayé cette version pour Playmobil en janvier 2010).

Mieux, en décembre 2008, quand Moyrand signait sans sourciller l’autorisation de construire, le conseil municipal de Valence, à l’unanimité prenait un arrêté interdisant les antennes relais à proximité des écoles. Voici l’argumentaire de l’adjointe au maire de Valence, Michèle Rivasi:

D’abord, par le rapport scientifique « Bio initiative » qui prouve les dangers des champs électro-magnétiques notamment sur le système nerveux. Deux : une résolution du parlement européen qui demande la réduction des normes. Trois, le principe de précaution. Et enfin, je vais argumenter sur le fait que le nombre de collectifs qui se créent pourraient troubler à terme l’ordre public.

Voilà ce que cela donne quand un maire concrétise sa volonté politique en ne se cachant pas derrière des prétextes fallacieux:

Par exemple enfin, le maire de Périgueux est tellement « prisonnier des règles » qu’il aurait pu participer à l’opération pilote pour tester l’abaissement de l’exposition aux ondes. L’appel à candidature date de septembre 2009 et pas de danger, le président est un député socialiste. Cela n’aura pas suffit, mieux vaut se dire impuissant qu’eunuque, ça laisse toujours un espoir.

Ce n’est pas non plus le Code de l’urbanisme qui lui interdisait d’informer la population, non?

C’est donc avec une ironie consternante que le maire relate aujourd’hui dans Dordogne Libre (04/03/10) la pétition contre l’antenne relai de Gay Lussac, sans faire mention de celle du collectif Antenn:

Rue Gay-Lussac, les gens ont demandé que des mesures soient réalisées. Elles ont été faites et on a transmis les résultats.

:: Des antennes relais politiquement instrumentalisées ::

D’un côté les Verts, au sein de la majorité municipale, ont fait preuve de ténacité en dénonçant l’installation de l’antenne Gay-Lussac, installée par « l’irresponsable » municipalité précédente, de droite. Mais de l’autre côté, ces mêmes Verts sont bien plus discrets, voire atones, sur cette nouvelle antenne relai, installée par leur propre majorité. Dans les deux cas ce traitement différencié peut surprendre. Une alerte publique et tonitruante pour l’une et un grand silence révérencieux pour l’autre.

Il ne saurait y avoir une « antenne de droite », qui sert à conspuer l’adversaire et une « antenne de gauche » légitime, car installée par les alliés politiques. A l’inverse, s’inscrire contre cette antenne relai placerait les Verts dans une forme d’opposition, d’où peut-être leur mutisme. Difficile dans ces conditions de faire de la politique au nom de l’écologie, mais rassurant de faire de l’écologie au nom de la politique. 

Pire, l’instrumentalisation politique d’un problème de santé publique témoigne d’une dérive des responsables locaux. Passe encore qu’ils justifient leur gabegies budgétaires par celles de leurs prédécesseurs pour dissimuler leur frivolité (+62% au budget de la CCI). Personne n’est dupe. Mais là on touche à la santé des individus et a fortiori d’enfants en bas âge. C’est exécrable et ça sent tout comme.

:: Quel est le bilan provisoire sur ce dossier en attendant des mesures ? ::

Politiquement la majorité fait bloc au détriment du reste, la solidarité municipale joue à plein. Le maire a refusé l’application du principe de précaution, ce qui est loin d’être l’orientation de beaucoup d’autre maires (dont certains n’instrumentalisent pas la réglementation pour justifier leur immobilisme). Les Verts, surpris par cette autorisation, sont contraints à la compromission au détriment de leurs engagements. La droite de son côté est disqualifiée pour se porter à la rescousse du principe de précaution, dénigré par les orientations gouvernementales, (le Grenelle des ondes ayant accouché d’une souris).

Pour sa part, le collectif n’apparait que relativement soutenu, suite peut-être à une stratégie en apparence très policée (la gentille question au gentil maire fera sourire le gentil opérateur). Quelle pression! C’est là encore loin d’être la tendance générale. On sait très bien que les opérateurs sont rompus au rapport de force et qu’ils maîtrisent leurs dossiers. Ils ne peuvent qu’être satisfaits des demandes périgourdines, qu’elles proviennent des habitants ou du maire. Elles sont en l’état l’assurance de la pérennité de l’antenne. Cette partition ils la connaissent par cœur.

Pour l’heure tout va bien. L’antenne a été autorisée et elle fonctionne. Ce dossier est visiblement trop loin de l’échéance électorale (municipale) pour avoir le poids qui lui revient. Car en attendant, à 100 mètres de là, les bambins courent gaiement.

Où l’on s’embarque pour des années à négocier platement à coup de contrainte de couverture du territoire, d’égalité de la concurrence  et de consommation de communications, où l’on dit NON maintenant. Certes avec un effet juridique et politique non neutre mais rejoignant un mouvement vaste et organisé. Ce sera difficile, car Moyrand s’est positionné depuis l’origine dans le camp de l’opérateur au détriment des habitants. Mais c’est loin d’être impossible, car un politicien a en général une veste adaptée à ses intérêts.