Conseil municipal du 22 juin 2011: Le Grand Détournement

Le procès verbal du conseil municipal de Périgueux du 22 juin 2011 recèle quelques perles (télécharger le .pdf). Il est tout frais, tout chaud, il vient de sortir, c’est donc l’occasion d’en partager les meilleurs moments, d’autant qu’un des morceaux de choix était la validation du budget 2010.

On en est là. Dans Le Grand Détournement de Périgueux, Michel Moyrand a vraiment la classe américaine.

L’investissement pour Périgueux rabaissé à celui des années 2000

Des années 2000 à 2009, la dépense en équipement était en augmentation. Sur la période, l’investissement pour la ville a plus que doublé. Mais pour des motifs qui lui sont propres, Michel Moyrand a décidé pour 2010 de ramener cet investissement au niveau des années 2000.

Cette régression spectaculaire suscite quelques interrogations. Le débat d’orientation budgétaire 2010/2014 de février 2010 (pas si vieux) prévoyait une baisse, certainement pas de cette ampleur.


La justification du maire est éloquente :

« je me suis dit tiens ils vont me parler des investissements sur les trois années et je vais regarder ce qu’ils avaient fait, eux, sur les trois premières années de leur précédent mandat. Vous aviez sur vos trois premiers mandats, 2001, 2002, 2003, investi une moyenne annuelle de 779 € par habitant. Nous, nous sommes à 960 € ».

Les chiffres gouvernementaux et les données de l’INSEE ne permettent jamais d’arriver à ce résultat. Peu importe. Le fait est que cette dépense d’équipement est la plus basse depuis 2001 et qu’elle ne se justifie que par une pirouette du maire.

Forcément les caisses sont pleines. Quid du développement de la ville dans ces conditions ?

Suez augmente déjà ses tarifs sur l’eau potable. Et alors ?

Au détriment de tous ses engagements, Michel Moyrand avait reconduit le contrat de Suez dans des conditions rocambolesques à la sauce région PACA. Seul argument d’alors pour conforter sa décision : la baisse du prix de l’eau potable.

Pas de chance. Suez Lyonnaise des Eaux, comme on pouvait s’y attendre, a déjà trouvé un moyen d’augmenter ses tarifs. Cette augmentation stipule une conseillère municipale :

Pour que cette baisse des tarifs ne soit pas trop douloureuse pour les comptes de la Lyonnaise, celle-ci, s’appuyant sur votre courrier, profite de cet effet d’annonce pour faire valider une augmentation par anticipation des échéances mensuelles obligeant les consommateurs que nous sommes à faire une avance sur trésorerie au profit de la Lyonnaise.

Allô Thérèse ?

Pour répondre à cet entubage de première catégorie, le maire, en guise de réponse, laisse la place au métaphysicien :

A l’égard des grands groupes privés, je vois et je partage ce que vous dites, les grands groupes peuvent faire des dividendes et des bénéfices sur les usagers. On en est là et on peut le dénoncer voilà.

Voilà. C’est simple, le maire de Périgueux reconnaît ne pas avoir su (ou voulu) défendre les intérêts des périgourdins. Effectivement maintenant, on ne peut que le dénoncer. Mais on vous a bien niqués quand même !

La vente de la maison Estignard pour financer la nouvelle mairie

Personne n’ignore aujourd’hui que la nouvelle mairie de Michel va couter un bras. Le projet vendu pendant les élections à 1 million d’euros, puis rapidement à 3 et maintenant à 7 millions sans compter la rénovation de l’actuelle mairie absente du budget 2010/2014 va faire très mal. Pour information, cette rénovation non budgétée coûtera au minimum 2.8 M€.

L’ardoise pour la ville sera supérieure à 10M€ à l’arrivée. On peut le comparer à la dépense totale d’équipement de 2010 s’élevant à 6 M€…

En contrepartie, le maire s’était engagé à une « opération blanche ». Comment ? En se débarrassant d’autant de patrimoine communal qu’il serait nécessaire pour payer sa nouvelle mairie.

On apprend donc ainsi que la maison Estignard sera vendue et qu’elle est estimée aujourd’hui à 700 000 €. Classée aux Monuments Historiques, la maison Estignard est considérée comme un des plus importants édifices de la Renaissance périgourdine. Acquise par la ville en 1951, elle a été rénovée en 1953 et 2001 pour la toiture.

Source: http://jintrans.com/1PHOTOessay/Perigueux/Perigueux.htm

En parallèle de cette vieille casserole de maison Estignard, on apprendra que le maire juge le bâtiment de la CCI « de bon goût ».

Cette erreur historique, reniant pas moins de 800 ans d’histoire autant que les principes essentiels d’un urbanisme public, sera doublée d’une incroyable braderie du patrimoine périgourdin.

Un peu à la manière des positivistes du XIX° siècle, les périgourdins d’aujourd’hui confondent modernité et progrès. Cette confusion qui amène à violer l’histoire au nom de la modernité est la même qui a conduit à la destruction des Rues Neuves entre 1950 et 1970.

Le positivisme bourgeois qui caractérise Moyrand avec son « bon gôut » XIX° ne semble pas alerter les périgourdins, au contraire. La tâche n’en sera que plus rude pour leurs descendances.

Un nouveau poste municipal pour aider un ami du maire

Michel Moyrand créé un nouveau poste de cadre pour l’assister dans sa tache. La réponse à la question de savoir ce qui justifie une telle embauche est géniale. Simplement dit-il parce qu’il en a le droit.

En réalité, le poste fait-il l’objet d’un concours de recrutement ? Non. Car ce nouveau poste de cadre au sein du cabinet du maire n’est pas justifié par un besoin, loin s’en faut. On apprend par la suite que Michel Moyrand rend en réalité un service à un « ami ».

Cet « ami » est Pascal Bourdeau. Ayant été élu aux cantonales, il ne peut plus jouir de son poste de salarié dans la commune de Nontron. Sans emploi, il est donc embauché par Michel Moyrand. Elle est pas belle la vie ?

Le meilleur est qu’à cela, totalement décomplexé, Michel Moyrand ne disconvient nullement, bien au contraire, il confirme.

« … c’est vrai que Monsieur BOURDEAU savait qu’il prenait le risque, il ne savait pas qu’il allait être élu au départ, alors après comment cela s’est passé effectivement ne pouvant pas rester sans travail parce que l’indemnité d’élu, d’un conseiller de base n’est pas d’un niveau exceptionnellement élevé… »

Soit, c’est donc pour cette raison que la commune de Périgueux a un nouveau poste au cabinet du maire. Simplement parce qu’un pote de Moyrand, en gagnant les élections cantonales, s’est retrouvé au chômage.

On sera donc ravi d’apprendre que cet argent public, loin de se justifier par un besoin réel pour l’intérêt général, n’est utilisé que pour sortir les copains du maire de la panade.

Un dialogue surréaliste sur le principe de Peter

Nelly Perraud-Dausse y avait consacré un billet, mais le verbatim du dialogue est simplement irréel. A la tirade sur le contournement de la légalité pour embaucher son copain, Jean-Paul Mingasson commente :

« Principe de Peter »

Manifestement ignorant de ce principe, Moyrand embraye comme il peut et part en sucette :

Je ne vous réponds plus parce qu’il y a longtemps que vous êtes atteint par le principe de Peter. Vous êtes très agressif quand les choses vous dérangent.

Ok, Michel ne sait pas ce que c’est, donc joue à « c’est çui qui dit qui l’est ».

Réplique de Mingasson :

J’ai mis le doigt sur quelque chose qui fait mal.

Moyrand dans le brouillard fait diversion :

Non vous êtes un homme de mauvaise foi. Je vous le dis parce que vous utilisez cette tactique, cette stratégie à maintes reprises y compris avec le Président de la CAP, ce qui n’est pas à votre honneur.

Mingasson tombe dans le panneau :

Il m’avait insulté.

Et là Moyrand, pète gentiment un câble en direct :

Vous êtes un petit élu.

Mingasson, visiblement pris au dépourvu et piètre rhéteur s’enfonce :

C’est invraisemblable, il y a les grands élus et les petits élus.

Pour finir, Moyrand, ne comprenant toujours pas qui est ce fameux Peter qu’il ne connait ni d’Eve ni d’Adam, justifie son indignation :

Taisez-vous. C’est vous qui dites que je suis atteint par le principe de Peter.

Nananananèreuuuuuuuuuuuu

En conclusion

« Au revoir messieurs dames. C’est ça la puissance intellectuelle »

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=dg41Pxm7qB4&feature=related[/youtube]

Dieudonné-Faurisson 1 / Moyrand-Deguilhem 0

Dieudonné, en voulant donner un spectacle à Périgueux, rend un fier service aux médias locaux et aux politiques en mal de marketing électoral.

Dieudonné fait vendre, Sud Ouest sait vendre et il le vend bien. Planant en cercles au-dessus de l’évènement, Michel Moyrand a flairé une bonne carcasse, il fonce, descend en piquet pour verser dans la pire des outrances.

Peu importe, il y a des points à prendre sur l’autel de la démagogie la plus vulgaire. Vieux pots & bonnes recettes.

Le pavé en a marre : http://ow.ly/6YiR9

Orgie d’articles Sud Ouest qui peut remercier Dieudonné

Sud Ouest ne couvre pas l’évènement, il vomit l’évènement. C’est un filon en or pour le journal local Sud Ouest. Pas moins de 7 articles en 3 jours !

Les journalistes locaux ont troqué leur plume pour des pioches et ils creusent, ils creusent, ils creusent. Dieudonné et ses frasques leur rend un sacré service. Il fait générer du trafic, des commentaires, c’est tout bon. Il fait vendre. Et comme ça cause business avant de parler d’information à Sud Ouest, le journal envoie la purée avec plus de 2 articles par jour en moyenne.

Certes l’angle éditorial est restreint, orienté et intéressé. Tout est à charge contre le saltimbanque du Front National. Les titres d’articles sont dignes de la presse poubelle. Dieudonné appelle ses fans à téléphoner aux médias, mairie et conseil général ? Pas de problème, le 14 octobre Chantal Gilbert se lâche : « Dieudonné harcèle les périgourdins ».

L’occasion est trop belle. Quitte à remiser une partie de leur déontologie au placard, ils excitent les trolls en tous genres (241 commentaires au total) ; peu importe de donner dans le ridicule pourvu qu’on ait le trafic. Le trafic est roi, c’est lui qui est vendu aux annonceurs.

Le trouble à l’ordre public, c’est Michel Moyrand

Michel Moyrand ne  voulait pas démonter l’antenne relais au-dessus de la crèche, pour ne pas, disait-il risquer de perdre un procès contre les opérateurs de téléphonie mobile. Un courage tout à coup recouvré contre Dieudonné avec la menace d’un arrêté municipal bidon qui conduirait piteusement la ville devant un tribunal administratif.

Aujourd’hui le maire de Périgueux se torche avec la Constitution :

« Compte tenu de la personnalité de ce provocateur professionnel que d’aucuns qualifient d’humoriste (‘) je tiens à préciser que, si d’aventure ce spectacle devait se tenir dans notre ville, je prendrai un arrêté pour l’interdire en raison des menaces de troubles à l’ordre public qu’il serait susceptible d’entraîner ».

Ca sent bon l’Allemagne de l’Est. Depuis quand un dépositaire d’une autorité publique est-il fondé à apprécier les qualités (humoriste ou non, artiste ou non etc.) d’un individu ?

Depuis quand ce dépositaire d’une autorité publique est-il fondé à entraver les libertés fondamentales d’expression  et de commerce, au nom de son jugement personnel sur la « personnalité » d’un homme ou d’une femme ?

L’arrêté, au nom d’une menace de trouble à l’ordre public, sera illégal et la ville perdra. Et il le sait. L’ordre public, (CGCT L 2212-2), est appréhendé comme suit :

« Le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques »

Volontairement non défini par le Conseil d’Etat, l’ordre public est une acception large, mais pas sans limites. L’ordre public n’englobe pas la moralité publique. Désolé pour les staliniens périgourdins, mais la Constitution française est passée par là.

En tant que personne (seule), ledit Dieudonné représente-t-il une menace réelle pour la paix publique et la quiétude de la cité ?

Où sont les éléments concrets, qui permettent de prouver cette menace et justifier de se prémunir par une interdiction qui déroge aux libertés fondamentales posées par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ?

La privation de liberté d’expression et de commerce est une exception, exception qui n’est en rien justifiée à ce jour à Périgueux dans le cadre d’un spectacle. Pas plus celui de Dieudonné que celui de Michel Sardou.

Le stalinisme rampant des faux démocrates

Michel Moyrand sait qu’il enfreindra les lois de la République et perdra son procès. Au nom de quoi ? De la démocratie ? Et depuis quand on défend les valeurs démocratiques en violant ses lois ? Depuis quand la police administrative est fondée à se muer en police de la morale, des mœurs et des idées ?

Comment des gens se réclamant de la République, dépositaires d’une autorité publique, peuvent-ils justifier de la violer pour empêcher ceux qui sont justement accusés de vouloir eux-mêmes la violer ?

Michel Moyrand rejoint ainsi le camp de ceux qu’il croit combattre. On citera aussi dans cette croisade anti-démocrate son « collègue » Pascal Deguilehm, pourtant député à l’Assemblée Nationale, sur France Bleu Périgord (la grande mêlée) le 14/10/2011 :

« Parce que vous avez présenté Dieudonné comme un comique, moi il ne me fait pas rire, les propos, les thèses abordées, voir Faurisson, négationniste, à ses côtés sur la scène du centre de la communication j’en n’ai pas du tout envie. Trouver tous les arguments pour qu’il ne vienne pas, oui je crois qu’il faut le faire et il est de notre devoir d’empêcher sa venue ».

Qu’un député français appelle à violer les lois de la République (« trouver tous les arguments pour qu’il ne vienne pas » y compris fallacieux en l’espèce) pour interdire d’expression et de commerce un type qui ne le « fait pas rire » et qui ne correspond pas à son « envie », c’est du pur délire.

Quand on prétend défendre les valeurs de la démocratie et de la République, on commence par le faire en respectant et en appliquant ses Lois. Jusqu’à preuve du contraire, Dieudonné, dans le cadre de son spectacle périgourdin, n’a strictement rien commis d’illégal qui justifie la négation de ses droits fondamentaux.

On ne combat pas les fachos en le devenant soi-même

L’attitude de ces deux élus m’amène à la conclusion qu’ils sont aussi dangereux pour la démocratie que ne le sont les thèses portées par celui qu’ils combattent.

Votre « personnalité » dérange le maire de Périgueux ? Alors privation de droits fondamentaux

Votre humour ne plait pas au député périgourdin qui ne vous trouve pas « comique » ? Alors privation de droits fondamentaux

Le député n’aime pas vos fréquentations ? Alors privation de droits fondamentaux

En gros, ils ne partagent pas vos idées? –> Privation de droits fondamentaux

En tant que représentants du peuple, messieurs Moyrand et Deguilhem, vous faites honte à la démocratie, honte à vos mandats, honte à votre charge, honte à votre devoir.

Vous ne défendez pas cette démocratie, vous l’empêchez. Et par ce fait, vous êtes dans le camp d’en face, votre place est avec Dieudonné et ses idées.

Dieudonné a tort ? Démontrez-le !

En tant que citoyen j’exècre les idées auxquelles s’est rangé l’humoriste. Je suis contre ses thèses, je n’aime pas ses « amis » et ce qu’ils représentent, je le considère comme un danger politique, porteurs de haine, de clivages, d’injustice et d’inégalités identitaires. Ils contreviennent ouvertement au socle même des valeurs constitutionnelles.

Mais sauf exception légale ((apologie crime contre l’humanité, incitation à la haine raciale, homophobie, etc.)), ils en ont le droit. Et si Moyrand et Deguilhem avaient le courage nécessaire, ils n’appelleraient pas à violer la loi, mais se porteraient au devant de tous, sur l’agora, pour défaire par le débat, la raison, l’argument, celui qui se fait accompagner de Faurisson.

A contrario, en se montrant aussi délétères que l’adversaire, les élus périgourdins ne font que le renforcer. Avec ce genre de lâcheté qui consiste à violer la démocratie plutôt qu’à convaincre de sa force, Moyrand et Deguilhem donnent raison à Dieudonné et ses partisans. Idem pour Sud Ouest mais plus par cupidité que par idéal politique.

Dieudonné a d’ors et déjà remporté la bataille de la communication. Sud Ouest a garanti « l’effet Flamby ». En voulant l’écraser violement, il y en a maintenant pleins les murs. Ils n’attendent que ça.

Oui, aujourd’hui Dieudonné est victime des élus qui pour le combattre sont prêts à violer les lois. C’est un véritable boulevard sur la victimisation et la répression illégale des idées minoritaires.

Tant que nous subirons ces élus froussards et pleutres, incapables de défendre la démocratie autrement qu’en la souillant, les extrêmes auront beau jeu. L’interdiction de leurs idées est attractive, facile, elle incite à la transgression, au subversif et à la dénonciation du « système ».

La coercition de ces idées est l’aveu d’une faiblesse, là où il faudrait un cerveau et des burnes pour défaire ces idées, les anéantir par les faits, les statistiques, la justesse du raisonnement et la force des idées.

Oui ces gens là ont tort. Encore faut-il être capable de le démontrer sans leur donner raison.

Sinon oui, le Pavé a raison, vous ne serez que des clowns…

Michel Moyrand et sa conception congolaise de l’information périgourdine

La municipalité de Périgueux a sorti (à vos frais bien sur) sa dernière publication, appelée « journal d’information de la ville de Périgueux ». Véritable force de frappe, ce journal trimestriel est tiré à 92 000 exemplaires par an. Le directeur de publication en est Michel Moyrand et les rédacteurs sont rattachés au service de communication.

La question commence à germer de savoir si cette municipalité a le droit de nommer sa publication trimestrielle « journal d’information ».

Il faudra bien qu’un jour un magistrat tranche cette question. Elle n’est pas neutre et pourrait remonter au Conseil d’Etat. Car qu’est-ce que l’information supportée par un « journal » ?

Est-ce un message qui a pour unique finalité de mettre en valeur une action politique, d’exclusivement en vanter les mérites afin d’influencer le comportement électoral ?

Est-ce un message produit par des fonctionnaires (anciens journalistes) totalement dépendants de leur hiérarchie (politique) à laquelle ils doivent la plus totale obéissance ?

Leo Burnett http://www.leoburnett.de/flash/index.htm

Moyrand, directeur de publication d’un « journal d’information »

Prenons au mot ce que prétend cette publication, à savoir produire, en tant que journal, de l’information.

Si ce qu’on appelle habituellement « journal d’information » répondait aux critères de dépendance au pouvoir politique, nous ne serions plus en démocratie. Si la technique par laquelle cette plaquette de communication était étendue à l’ensemble du territoire national, pour s’imposer comme la norme en matière d’information, nous serions alors en dictature. Ni plus, ni moins.

Celui qui produit l’information serait exclusivement financé par le pouvoir politique, servile et dévoué à sa cause (en tant que fonctionnaire). Il n’aurait plus le pouvoir d’informer, mais le devoir de flatter.

Ce qui n’est aujourd’hui qu’une dérive sémantique, consistant à usurper le terme d’information pour donner l’illusion de l’objectivité, peut s’avérer, dans les faits, bien plus dangereux.

Cette figure du « journaliste-fonctionnaire » au service d’un pouvoir politique n’est rien moins que l’antithèse du statut de l’information dans la législation. C’est pourquoi le nom par lequel on désigne la chose est ici fondamental.

S’il s’agit, comme cela est prétendu, d’un journal d’information, alors ceux qui le rédigent sont des journalistes. Quelle est la liberté de ces journalistes ? Quel est leur statut ?

Le journaliste-fonctionnaire, de Périgueux à Brazzaville

On citera alors la thèse de Diankouika C. « Le journaliste-fonctionnaire au Congo : statut et conditions d’exercice de la profession » 1987 :

La situation socio-professionnelle du journaliste-fonctionnaire en République populaire du Congo. Le journaliste n’est pas protégé par un statut particulier comme dans les pays industrialisés mais est engagé comme agent de la fonction publique soumis au lien de subordination de l’Etat, son employeur. La nécessité de définir ses droits, obligations et responsabilités.

Nous en sommes donc au niveau de la République du Congo avant 1987, sous la présidence de Denis Sassou-Nguesso, peu réputé pour son souci démocratique.

En l’absence de législation pertinente, voilà où nous a conduit la décentralisation sur cette question. Chaque élu, dans son fief, peut s’attacher les services de journalistes-fonctionnaires tout en faisant passer pour de l’information ce qui est en réalité de la propagande. Oui, exactement comme dans le Congo des années 80.

Il faut alors un certain culot, pour, comme le maire de Périgueux dans son édito du 3ème trimestre 2009, s’adonner à une leçon de démocratie et déclarer :

La démocratie ne se morcelle pas. Du moment – fondateur – de l’élection, jusqu’aux débats du conseil municipal, en passant par les commissions et les rencontres avec la population, c’est une chaîne.

Une chaîne brisée, piétinée et violée tous les trimestres par un journal d’information à la congolaise dont les journalistes-fonctionnaires n’ont pour choix que la soumission et la servilité.

Je suis sidéré que les journalistes laissent passivement proliférer cette confusion, de même que l’on se permette cette duperie lorsqu’on prétend servir l’intérêt général. Cette forfaiture relève de la pure malhonnête intellectuelle et ne sert que la manipulation des consciences.

Un exemple (parmi d’autres) de désinformation

Le journal d’information de ce trimestre nous dit :

« En 2008, le constat était clair : la ville, en perte de vitesse commerciale, économique et démographique, avait besoin d’un nouvel élan. Le maire Michel Moyrand et son équipe se sont donc mis à la tâche afin d’élaborer des mesures et de les mettre en pratique ».

Comprenez, le déclin démographique (autrement dit le déclin tout court) est une responsabilité des opposants de Michel Moyrand. Depuis des années, oppositions et majorités, quelles qu’elles soient, se balancent ça à la tronche. Avec un peu de recul…

http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9rigueux

Pourtant Périgueux est en déclin démographique depuis les années 50, de manière constante et structurelle. La population est aujourd’hui arrivée au niveau de la fin du XIX° siècle. Tout journaliste normal évoquerait d’abord cette tendance, réelle, nette, neutre, objective, avant d’en attribuer la responsabilité à un maire ou un parti politique.

D’ailleurs la plus grosse chute de la population se situe entre 1950 et 1970. En 20 ans, Périgueux avait perdu environ 5 000 habitants, du fait de son dépeuplement volontaire via la destruction du quartier des Rues Neuves, action conjointe entre municipalités de droite et de gauche.

Mais non. Le journal d’information de Michel Moyrand instille l’idée que ce déclin serait de la responsabilité de son prédécesseur (ce qui n’est pas faux mais en partie seulement). Instrumentaliser ce problème majeur à des fins de marketing électoral tout en prétendant informer la population est juste énorme.

Ce foutage de gueule est lassant et n’engage que ceux qui y croient.

La propagande comme cancer de l’information

Mais il y a pire. L’usurpation du terme d’information est une usurpation de la démocratie même. Non, Michel Moyrand n’est pas directeur de publication d’un journal d’information. Il dirige des journalistes-fonctionnaires réduits à la servilité qui ne sont rémunérés que pour servir les intérêts électoraux du maire de Périgueux.

En réalité, cette usurpation devrait être strictement interdite et même punie de sanctions pénales. Laisserait-on sans la moindre sanction, le rédacteur en chef d’un journal écrire des arrêtés municipaux au nom d’un maire qu’il n’est pas ?

Intercommunalité, la guerre des bananes n’aura pas lieu

La révision du périmètre de l’intercommunalité périgourdine, donne lieu, depuis quelques temps, à un spectacle étonnant. Ce combat entre les mâles dominants, ou plutôt les « maires dominants », pour savoir qui gouvernera le nouveau territoire, a pris une tournure particulière.

Les sciences politiques, la sociologie ou l’économie ne sont plus adaptées pour décoder ce qui se joue réellement. Seule l’éthologie devient pertinente. Peu importe les ouvrages complexes sur la politique territoriale française, il suffisait en réalité de revoir Gorilles dans la brume.

http://chenzorama.tumblr.com/post/2515233918/dont-make-the-monkey-angry-from-matt-cioffi

Les grands principes de la territorialité des pouvoirs

Il y a des chefs. Il y a des territoires. Il y a des chefs de territoires. Sur les territoires, on fait des bananes. Donc le chef du territoire, c’est le chef des bananes de ce territoire. Plus on a de bananes, plus on domine ceux qui n’en ont pas autant.

Mais les chefs sont inégaux entre eux. Certains territoires sont naturellement fertiles en bananes, alors que sur d’autres c’est moins facile. Par ailleurs, les chefs sont plus ou moins doués pour faire des bananes. Ce n’est pas simple.

Normalement on choisit comme chef celui qui sait faire des bananes. Mais il arrive que certains chefs ne sachent pas faire de bananes. Dans ce cas, ou ils font illusion, mais ça ne dure pas, ou ils essaient de s’en procurer chez les autres.

Ainsi, chaque chef de territoire échange des bananes avec les autres sous de multiples formes, ce qui finit par créer un équilibre des pouvoirs, matérialisé par les territoires.

Mais quand le périmètre du territoire change, se pose la question de savoir qui sera le chef du nouveau territoire et par conséquent des bananes. C’est tout l’équilibre des pouvoirs qui est à redéfinir. C’est l’occasion pour les prétendants de montrer leur force, d’impressionner l’adversaire, pour s’imposer comme nouveau chef des bananes.

C’est ce qui se passe en ce moment pour la Communauté d’Agglomération Périgourdine et la Communauté de Communes d’Isle Manoire. Toute la question est de savoir qui sera le nouveau chef du territoire le plus riche en bananes de toute la forêt périgourdine.

Ne vous étonnez donc pas de voir vos représentants s’écharper dans vos journaux locaux, c’est leur moyen (à eux) de vous dire qu’un nouveau combat pour la domination des territoires est engagé. Ca fait beaucoup de bruit, ça brasse beaucoup d’air, mais la jungle politique est ainsi faite.

Nous allons essayer de comprendre les enjeux pour les deux prétendants à la nouvelle domination territoriale et remercions Dian Fossey pour ses travaux sans lesquels nous n’aurions rien compris.

Etre chef de Périgueux, c’est être chef de la CAP

Le maire de Périgueux ne veut pas que le clan de Boulazac (allié en théorie) intègre en totalité le nouveau périmètre de la CAP. Car le chef de la CAP, naturellement, devrait être le chef de Périgueux, la plus grosse ville (c’est toujours une question de taille), celle qui a plein de bananes, historiquement et naturellement.

Par exception ce n’est pas le cas puisque jusqu’en 2008, le chef de Périgueux était de droite, un clan rival. Donc jusqu’à aujourd’hui les chefs des petits clans de la CAP avaient désigné comme chef de la CAP un chef intérimaire, ou disons faute de mieux, le chef de Chancelade, un petit clan de 4 174 feux pour faire semblant d’en diriger plus de 60 000.

Alors forcément, le territoire de la CAP ne donnait pas autant de bananes qu’il aurait du. Mais peu importe, ce qui comptait jusque là n’était pas les bananes mais d’empêcher le chef de clan rival de dominer le territoire.

Coup de théâtre en 2014, le chef de Périgueux changea. Et ce nouveau chef fait partie du même groupe que les autres chefs de la CAP. Du coup, le chef de Périgueux se verrait bien couronné chef de la CAP, ce serait bien normal, c’est lui qui a la plus grosse.

Mais patatra. Le chef de Boulazac va revenir (contre son gré) dans le clan de la CAP. C’est une menace pour le chef de Périgueux, qui sait très bien que si le chef de Boulazac entre à la CAP avec tout son clan, il sera désigné comme chef de la CAP. D’autant que le clan rival, ennemi juré du chef de Périgueux, se ferait un plaisir de se rallier au chef de Boulazac pour ennuyer le chef de Périgueux.

Alors le chef de Périgueux fait tout ce qu’il peut pour que le chef de Boulazac entre à la CAP avec le moins de bananes possibles. Plus le chef de Boulazac a de bananes en entrant dans le clan de la CAP, plus il a de chances d’être chef de la CAP.

Boulazac, c’est celui qui sait faire les bananes qui doit être chef de la CAP

Pour le chef de Boulazac c’est différent. Il a fait partie il y a longtemps du clan de la CAP. Mais il faisait de l’ombre aux autres chefs de la CAP, parce qu’il était très fort pour multiplier les bananes. Il finissait par avoir beaucoup plus de bananes que les autres chefs, qui se contentaient fort bien de leur paisible train-train.

Alors les autres chefs de la CAP décidèrent d’embêter le chef de Boulazac en l’empêchant de faire trop de bananes, ce qui finissait par les faire passer pour des feignants ou des incapables. C’est là que le chef de Boulazac décida de quitter le clan de la CAP pour faire son propre clan où il serait chef et où personne ne l’empêcherait de faire ses bananes.

Alors le chef de Boulazac fit plein de choses que les autres chefs ne savaient pas faire. Et son clan de Boulazac devint vite le plus riche en bananes. Mais aujourd’hui il n’a plus le choix. Il doit réintégrer le clan de la CAP et par allégeance, il doit aussi donner toutes ses bananes. C’est injuste !

La seule solution pour le chef de Boulazac de ne pas voir ses bananes dilapidées, c’est de devenir chef de la CAP. Donc il veut y entrer avec tout son clan pour être désigné chef de la CAP. Sans tout son clan derrière lui, c’est le chef de Périgueux qui gagnerait.

Or il n’y a rien de plus insupportable pour le chef de Boulazac que d’obéir au chef de Périgueux. Car ce dernier n’a jamais su multiplier la moindre banane et s’est toujours servi des autres pour faire croire qu’il en avait. Pour le chef de Boulazac, ce serait un véritable holdup de bananes.

Non seulement le chef de Boulazac devrait donner toutes ses bananes, mais en plus il devrait obéir à ceux qui ne savent pas en faire. C’est à vous dégoûter non seulement de faire des bananes mais même d’être chef.

Le chef de la CAP: presque chef de toute la forêt

A l’échelle du territoire de la Dordogne, ce combat est très important. Car bientôt, le grand dos argenté du Conseil Général, le vrai chef de toutes les bananes locales, sera à la retraite.

En plus son successeur aura bien moins de pouvoir à cause de la réforme territoriale. Le chef du clan du Conseil Général fera bientôt moins peur.

Du coup, si le clan de la CAP devient vraiment important, son chef pourrait devenir aussi fort que grand dos argenté. Car c’est sur le territoire de la CAP qu’il y a toutes les bananes. Et le vrai chef, c’est le chef des bananes.

Forcément, ça créer autant de tensions que cela ouvre l’appétit.

La guerre des bananes n’aura pas lieu

On comprend mieux dès lors les causes de tout ce tintamarre.  Les hurlements et les cris traversant les paisibles vallées périgourdines depuis quelques temps ne sont que les échos de ce combat des chefs.

Ils cassent des branches, bombent le torse tambouriné de leurs poings serrés, mâchoire ouverte, dévoilant leurs longues canines.
Spectacle cruel de la vie sauvage : la lutte pour la domination territoriale. Ils s’impressionnent et se menacent hou hou hou.

Mais pas d’inquiétude. Tout cela est symbolique. Jamais ils n’iront jusqu’à se confronter directement, au risque de se blesser même superficiellement. C’est ce qu’on appelle la politique.

Quant à imaginer le dessin d’un territoire selon l’unique critère de l’intérêt de ceux qui le peuplent, l’habitent et l’enrichissent, et non bien évidement de l’intérêt de leurs chefs, ce serait une utopie.

Internet, la liberté d’expression et les commères du Coderc

En octobre 2009 Jacques Séguéla se fendait d’un mot devenu célèbre par sa stupidité et son ignorance: « Internet, la plus grande saloperie qu’aient jamais inventé les hommes ».

En août 2011, Pascal Serres (Périblog) cherche à rivaliser avec le publicitaire : « internet est la plus terrible invention de l’homme après le diable ».

Celui qui a fait de ses commérages une chronique pour concierges n’y va pas avec le dos de la cuillère. Allons bon, de quels maux encore le réseau de communication se voyait-il imputer la responsabilité ?

« Oh con l’internet c’est mal »

Alors cette fois, internet est une terrible invention, selon Serres, à cause de photo-montages satiriques trouvés sur Facebook. Apprécions le niveau. C’est bien connu. Lorsqu’un chauffard ivre mort renverse un scooter, c’est le moteur à explosion qui est coupable.

En réalité, Serres prend ici la défense du maire de Périgueux, visé par ces satires qui circulent sur les réseaux sociaux. Elles sont toutes signées « Le Pavé en Marre », un compte anonyme qui écrit :

« Le pavé, la rue, le peuple, les citoyens lambdas en ont marre. Que l’on arrête de nous prendre pour des veaux, des moutons, ou autres vaches à lait. Depuis un certain mois de mai, le pavé est un symbole de l’opposition au pouvoir. Le pavé est lancé… »

Florilège

michel-moyrand-le-pave-en-a-marre-assises-tranquilite

michel-moyrand-le-pave-en-a-marre-lyonnaise-des-eaux

michel-moyrand-le-pave-en-a-marre-philippe-cornet

michel-moyrand-le-pave-en-a-marre-place-montaigne

michel-moyrand-le-pave-en-a-marre-sondage-municipalite

Pascal Serres n’écoutant que son courage

Quand on sait que Serres se fait payer par Périblog pour écrire son Cancan du Coderc, ça laisse pantois. Car au fond, notre concierge de terrasse de café y trouve une tribune bien pratique pour envoyer ses messages de soutien au maire de Périgueux [Ce n’est pas la première fois].

N’hésitant pas à tourner sa veste de journaliste en celle de moraliste pudibond, voilà Serres lancé contre le Pavé : « détestable ». Uuh.

Il nous explique ce qui est bien et ce qui mal, ce qui est acceptable ou non, en légende des photo-montages satiriques. Sachant pourtant qu’il s’agit d’une vieille tradition française que la loi de 1881 a consacré en liberté, Serres ne trouve qu’une référence. Hara-Kiri, journal satirique créé en 1960 dont le dernier numéro date de 1985

26 ans plus tard, on lui conseille le blog C’Politic, dont le journaliste Daniel Schneidermann s’est inspiré sur Arrêt sur Images pour lancer un concours de caricatures du Figaro. Attention c’est très très mal !

Les réac’ contre attaquent

Le respect consisterait pour eux à agir comme ils pensent qu’il est bien d’agir, dans une posture aussi doctrinale qu’anachronique. J’aurais tendance à leur répondre que ce respect commence par celui de la liberté d’autrui.

Par ailleurs, la commère fustige l’anonymat du Pavé, ainsi elle « déplore l’absence de courage de ceux qui en sont à l’origine ».

Sur l’anonymat attaqué par le piètre Cancan, faisons le point. Il faut se souvenir qu’en mai 2010, le sénateur de Moselle Jean-Louis Masson avait fait une proposition de loi visant à interdire l’anonymat des éditeurs de sites de communication en ligne et en particulier les blogueurs.

Dommage pour le Cancan du Coderc, cette proposition a été refoulée car elle ne respectait pas le droit européen applicable en France.

La loi en vigueur dite LCEN de 2004 transpose une directive européenne de 2000 qui protège cet anonymat en ligne. Au nom de quoi ?

La protection de la liberté d’expression.

On ne saurait que conseiller à la bande de Cancan, au moins pour comprendre de quoi ils parlent, de lire le billet d’un avocat anonyme sur internet, Eolas, intitulé Haut les masques. Juste pour leur donner l’eau à la bouche :

Une démocratie digne de ce nom non seulement tolère l’anonymat, mais le protège.