Le musée périgourdin fait sa galerie de personnages illustres

Le musée d’art et d’archéologie du Périgord (M.A.A.P) propose une nouvelle exposition temporaire du samedi 18 septembre au lundi 25 octobre. Cette exposition, « Figures illustres du Périgueux », se donne pour objectif de faire découvrir ou redécouvrir des personnages qui ont « marqué de leur empreinte l’Histoire de Périgueux ».

Une exposition certainement très intéressante que j’attends avec impatience de découvrir (je fais du Périblog là).

Cela étant, tout dépend de ce que l’on entend par « marquer de son empreinte ». Faire l’histoire, surtout quand on lui colle un H majuscule, incitant à contempler la grandeur du passé, consiste souvent à séparer le grain de l’ivraie à la faveur de l’historiquement correct.

Et si nous suivons le questionnement de Fernand Braudel :

Le but secret de l’histoire, sa motivation profonde, n’est-ce pas l’explication de la contemporanéité

Alors les bâtisseurs de panthéons sculptant une histoire mithridatisée ne tendent-ils pas vers une contemporanéité javélisée constituée de totems et de silences ?

Je ne sais pas. Peut-être. Toujours est-il que nous allons repeindre certains portraits façon Rue de la chouette et qu’après tout, chacun peut bien apprécier l’histoire à sa façon. Nous laissons l’Histoire (prononcer en expirant lourdement le H) à ceux qui sont chargés de la rendre officielle, cela s’appelle souvent la « version d’Etat ».

Pour finir cette présentation, je précise que je n’adopte pas, sur le fond, la distinction caricaturale entre « illustre » et « non illustre ».  C’est bien souvent une distinction artificielle répondant à des critères sociologiques, d’ailleurs relatifs en fonction des intérêts d’une époque, d’une culture.

Le maréchal Bugeaud (1784-1849) le laboureur d’algériens

Adulé en Périgord pour ses innovations agricoles, sa statue trône à Périgueux depuis 1853 (Cf. Bugeaud et le révisionnisme périgourdin). Une place porte son nom ainsi que la cité administrative. Alors que les élus de la République, (socialistes en l’occurrence), aiment entretenir son culte, l’homme est l’inventeur des premières chambres à gaz, procédé appelé durant la colonisation de l’Algérie : « Enfumade ».

Afin de soumettre les populations arabes, il mit en œuvre une politique de la terre brulée renforcée par les massacres de civils. Par sa comparaison entre « arabe » et « renard », il est également un précurseur de l’idée d’inégalité raciale et d’une hiérarchie naturelle entre les blancs civilisateurs d’un côté et les non blancs sous évolués de l’autre.

Bien que cette idéologie raciale ait plus perduré dans l’histoire que ses réformes agraires et rencontrèrent largement plus de succès, les représentants périgourdins préfèrent depuis 150 ans conserver l’image du bon laboureur. Voilà donc qui introduit un premier hiatus entre l’histoire avec un h et celle avec H.

Yves Guéna (1922-…) le Père fondateur

Tout est grand chez Yves Guéna, il reste la référence en matière d’élu au XX° siècle à Périgueux. Modèle patriarcal à outrance du maire de famille, il éblouit jusqu’aux plus socialistes des élus, à l’instar du maire actuel. Gaulliste de la première heure, il épousa un destin national lui valant l’idolâtrie de nombreux périgourdins.

C’est le totem par excellence. A Pierre Magne les ateliers du Paris-Orléans, à Yves Guéna l’usine des timbres. Figure tutélaire de la politique périgourdine, maire de Périgueux de 1971 à 1997, nul n’a plus le droit de sortir du dithyrambe enflammé à son égard.

Il laissera pourtant dans Périgueux une empreinte particulière. Alors que ses prédécesseurs, depuis 1950, s’acharnaient à détruire tout un quartier de Périgueux, les Rues Neuves et à expulser un millier de familles, Yves Guéna s’est trouvé face au problème de la reconstruction.

Contemplant le trou, le no man’s land laissé par cette destruction massive à la faveur d’un urbanisme barbare, que fit-il durant 26 années de mandat ? Rien ((Il aura fallu 10 ans à Xavier Darcos pour accoucher d’un projet resté dans les tiroirs, montrant ainsi son sens des priorités. Le maire actuel a récusé le projet préférant rénover le parking actuel)).

Ou plutôt si. Il fit édifier, au grand écœurement de l’Architecte des Bâtiments de France, spolié pour l’occasion, des constructions qui dénaturent toujours aujourd’hui le centre de la ville. Ainsi des barres de logements et surtout de l’hôtel Ibis au pied de la cathédrale.

Il n’a toujours pas répondu à ce jour sur les questions autour de l’attribution des marchés publics et la rénovation de la toiture de son château de Chanterac, (700 000 francs) opportunément réalisée dans le même temps.

[On entre à présent dans les heures troubles de la seconde guerre mondiale, qu’une vision trop manichéenne aurait tendance à simplifier excessivement. La tendance officielle est à acclamer les héros, dont fait partie Yves Guéna et à laisser de côté les autres. Ils valent pourtant d’être évoqués dans une histoire périgourdine protéiforme.]

Paul Faure (1878-1960) le pacifiste munichois

Dirigeant de la SFIO dans l’entre deux guerres, il dirigea les socialistes de 1924 à 1932. Nommé ministre d’Etat dans le gouvernement de Léon Blum, il lui reprocha finalement son bellicisme.

A cet effet, il soutiendra les accords de Munich en 1938 et s’opposera à Léon Blum (60%) lors du 36ème congrès national de 1939, échouant avec 39%. Il se ralliera alors à Vichy en 1940 et sera nommé au conseil national. (Eric Besson n’a vraiment rien inventé).

Exclu de la SFIO en 1944, il fonde le Parti Socialiste Démocratique, sans lendemain. Ce personnage périgourdin a tendance à être glissé sous le tapis de l’histoire périgourdine, il en est pourtant une des figures marquantes du XX° siècle.

Henri Amouroux (1920-2007) le défenseur de Maurice Papon

Figure incontournable du journalisme français, il dirigea le journal Sud Ouest, (directeur général entre 1968 et 1974) et fut président du jury du prix Albert Londres (1984-2006). Il est également présenté à tort comme un historien, (ce que lui-même a contesté être), et se distingua par des prises de positions controversées envers le régime de Vichy.

A l’occasion du procès Papon en 1997, il se présenta comme témoin à décharge du régime vichyste (l’ignorance du peuple français et la naïveté du régime seraient dans cette hypothèse des éléments à décharge) . Sa participation à la Petite Gironde, quotidien bordelais maréchaliste fut mise en cause. Il en est ressorti des accusations lourdes.

La Propaganda Staffel (comité de censure) organisait des réunions quotidiennes avec le représentant de la Petite Gironde : Jacques Lemoine, alors aux ordres de la communication allemande (Quel journaliste fut Henri Amouroux? ).

Le lieutenant Kurt Dornmann, président du comité de censure, attestera en 1997, n’avoir connu Henri Amouroux qu’en 1978.

Le procès de 1997 a jeté le trouble sur Henri Amouroux et Jacques Lemoine, alors qu’ils œuvraient à bâtir une image humaniste du journal Sud Ouest aujourd’hui devenu un groupe financier tentaculaire aux nombreuses implications politiques.

Michel Moyrand (1949-…) le déménageur périgourdin

L’actuel maire de Périgueux est la surprise de la liste. Lui conférer une place quelconque aux côtés de ceux qui firent l’histoire ne va pas de soi. Principalement parce qu’il est en train de la faire ou la défaire c’est selon.

Pour autant il s’est mis à la tâche d’un chantier historique pour Périgueux, celui de déménager la mairie pour la bagatelle de 10 millions d’euros.

A ce titre l’homme va marquer l’histoire, puisque la mairie périgourdine est dans ce lieu de la ville depuis plus de 800 ans, depuis l’origine même de Périgueux en 1240 (Cf. Un maire unique en 800 ans).

La décision implique donc une lourde charge symbolique, historique et urbaine, d’autant qu’il fait le choix d’une nouvelle mairie sans place ni parvis, de biais et excentrée du cœur de la ville. Les motifs politiques et administratifs auront donc raison d’une stabilité qui n’est pas le fruit du hasard de l’histoire, mais d’une organisation précise et raisonnée de la ville.

Il témoignera ainsi d’un changement d’époque, où la stratégie politique et les prétextes administratifs l’auront emporté contre la raison urbaine et le respect de l’histoire commune.

On s’arrête là, avec les ambigüités, les ombres et les non dits, loin des magnificences.