2012 ? Chouette la crise !

Après les superbes (a)vœux du Président de la République, 2012 ne nous promet pas de la brioche mais plutôt du pain sec, sec, sec, comme le hareng saur de qui vous savez. Tout augmente, gaz, électricité, essence, contrôles techniques, TGV, taxis, TVA des restos, du bâtiment, assurances, mutuelles, cinéma (s’ils nettoient les fauteuils et la moquette, je suis partante !)…

Pour les amoureux, pas de problème ! Avec un peu d’eau fraîche, tout est supportable. Mais pour les autres, ceux qui n’ont toujours pas trouvé de lien pour leur fagot ? Dur, dur.

Vous me direz, on peut toujours se souhaiter une bonne santé ! Mais à quel prix ?

Possible avec une bonne hygiène de vie qui se résume à un « auxiliaire de négation » : PAS. Pas d’alcool (adieu cirrhose), pas de cigarettes (adieu cancer), pas d’auto… (Décoller ses fesses de la voiture : marcher, pédaler : adieu cellulite).  Ca en fait des économies, hum ? Bon côté convivial,  ce n’est pas top, je vous l’accorde. Mais pensez que vous serez en pleine forme jusqu’à votre mort…avec la bénédiction de la sécu.

Moins évident avec une bonne alimentation, précédée d’une préposition tout aussi frustrante : SANS. Sans sucre, sans graisse, sans colorant… Mais « sans » devient « plus »… lorsqu’on passe à la caisse. Ca coince côté porte feuille. Un exemple, le fruit préféré des Français : « Jacques a dit : les pommes ». Je suis sûre d’ingurgiter 27 pesticides par pomme-pas-chère (même épluchée). Achetons donc des bios ! Mais là, on ne joue plus dans la même cour, sans doute parce que les insectes boulottent la moitié des récoltes. Comment faire alors ? En manger deux fois moins, augmenter son budget fruits et se priver de cinoche, manger toute l’année de la compote de pommes-bio-pas-chères ?

Et pour tous les produits frais, c’est la même chan-son.

A nous  de choisir. A nous d’agir

Aller au marché où l’on repère vite les authentiques maraîchers ; pour ceux qui ont la chance d’en avoir un, cultiver son jardin. Mais à condition d’oublier définitivement les produits  « phytosanitaires », que les fabricants n’ont pas voulu vendre sous leur vrai nom : « pesticide » parce que ça  sonnait trop comme génocide, fratricide, infanticide –. Ces pesticides en vente libre nous empoisonnent trois fois : quand on les inhale, quand on les mange, quand on les boit (en passant par la case nappe phréatique). Et attention aux graines stériles qui engraissent Monsanto en vous empêchant de ressemer. Sinon autant retourner dans les supermarchés.

On peut aussi redécouvrir la Dordogne. La Dordogne est un jardin (abstraction faite des  périphéries bétonnées par la grande distribution), Périgueux est son coeur. Allez le re-visiter, ce jardin, vous rencontrerez des agriculteurs fous (pdf guide) mais d’une  folie qui nous sauve.

Vous voyez comme c’est facile de passer de « consommateur » à « consom-acteur ». Se dire qu’en croquant une pomme cultivée dans la tradition,  j’encourage les agriculteurs dans la bonne voie, celle de la sauvegarde de l’humanité. Certes c’est plus long que remplir un caddy, mais finalement, si tout le monde s’y mettait, on inventerait une autre forme de croissance : la solidarité économique de proximité.Une belle aventure, vous ne trouvez pas ?

2012 ? Chouette la crise…

« Le mal vient à cheval et le bonheur à pied« 

Silence et dors !

Oui je sais, je sais… J’avoue que j’ai eu –comment dire ?- un petit coup d’ « à quoi bon ? ».

Entre l’été et une ambiance politique pourris, j’ai subi une vague de découragement sans précédant. Ca, plus, au retour, l’augmentation du prix du gaz et de l’électricité, les impôts, les taxes, le conseil municipal….

Et vous ? Sentez-vous ce mal-être cultivé par les medias qui, chaque jour, arrosent la plante vénéneuse d’une eau crasseuse et nauséabonde ? Ne rêvez-vous pas de silence et de sommeil profond, d’un détour par le « pays bleu » comme disait ma grand’mère ?

Où commencent les vilaines petites odeurs ?

Dans le fatras des informations, certaines interpellent : Le harcèlement et l’agression sexuelle sont ils si différents ? Doit-on supporter que des pays étrangers financent nos élections ? Est-ce normal que nos impôts renflouent les banques ?

Ou plus près de nous : un collège privé doit-il « oublier » que 6 de ses lycéens ont tabassé l’un de leur camarade pendant un cours d’éducation physique ?

Est-il normal que des ados répandent leurs détritus et dégradent la nature ? Une soignante peut-elle refuser de nourrir un homme aux deux poignets cassés ?

La tradition autorise t’elle les fêtards avinés à hurler et renverser les poubelles dès potron-minet ? Si l’on répond « non » à toutes ces questions, c’est que vous, comme moi, simples citoyens, vivons dans un autre monde que ceux qui, peu ou prou, détiennent un pouvoir.

Malheur à celui par qui le scandale…

Le fait est que le harceleur, comme les lycéens, les ados, les banques, la soignante ou les fêtards, n’auront droit qu’à une simple remontrance, tant la violence « ordinaire » a intégré nos modes de vie, tant abondent les « bonnes raisons » -essentiellement liées au temps et à l’argent- de ne rien faire.

A l’inverse, c’est le plus petit qui trinque. Celui qui ne peut rien parce qu’il est démuni et sans soutien. Il est bien connu que la honte retombe sur celui par qui le scandale arrive, même s’il en est la victime.

Le gamin tabassé sera méprisé et traité de mauviette parce qu’il avait osé pleurer dans les bras de sa mère ; on laissera les jeunes dégrader la nature « parce qu’il faut bien que jeunesse se passe » ; on plaindra la soignante débordée par manque de personnel, et on traitera les Périgourdins qui souhaitent dormir la nuit de petits bourgeois intolérants et, pire, de sympathisants du FN. Pour ce dernier constat, c’est bien ce que j’ai entendu mardi dernier, au conseil municipal.

« S’avachardirait on » ?

Un certain général disait : « les Français s’avachardisent » (s’avachir en grognant)… Il est vrai que la tentation est grande de se replier sur soi et de laisser (ne rien) faire. Entre les puissances financières qui désarticulent notre monde et manipulent les gouvernements, les ministres déconnectés des contingences, les politiques locaux qui confondent humanisme et pitié, qui s’emmêlent les pieds dans le tapis de leur (peu de) convictions, et qui n’ont qu’un idéal : la réélection, bien des raisons nous sont données de nous avachardiser…

A moins que : Les Indignés! convocation mondiale pour le 15 Octobre 2011

Pour ne point rougir devant sa victime
L’homme qui a commencé par la blesser, la tue.

Honoré de Balzac.

11 novembre 1918 : Interdiction d’oublier

Quand j’étais môme, j’avais une passion pour l’histoire de la guerre de 14

Sans doute n’était-ce pas étranger à l’histoire de mon arrière grand père, Léon-Aristide. Deuxième classe de réserve du 55e régiment d’infanterie, il embarqua à Toulon direction Salonique le 3 octobre 1916 pour faire la guerre aux Turcs. Il disparut en mer le lendemain. Il avait 43 ans.

Ce sabotier du Jura ne savait pas nager ; il laissait au village une femme et trois enfants, dont l’aîné, 15 ans -qui deviendra mon grand père- fut quelques années plus tard déclaré pupille de la nation.

Léon-Aristide, mort aux Dardanelles

Petite fille, on m’avait raconté que mon ancêtre était mort aux Dardanelles. Ce mot merveilleux, qui semblait sorti tout droit d’un livre de conte oriental, entourait Léons-Aristide d’un halo de mystère et de gloire. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’appris qu’il était mort bien avant d’atteindre le détroit.

Un sous-marin Allemand avait torpillé le Gallia en Méditerranée et envoyé par le fond le navire avec ses 2500 passagers d’infortune. Léon Aristide, Pioupiou en passe de devenir un «darda », est mort en buvant la mer quand d’autres mouraient à Verdun, la bouche pleine de terre.

Les commentaires des rescapés permettent de vivre les derniers instants de ce fantassin-paysan, dont la seule eau qu’il eût jamais fréquentée fût celle de la rivière capricieuse et transparente où il aimait à pêcher (Petite étude sur le torpillage du Gallia le 04 octobre 1916).

C’est quoi maman, une gueule cassée ?

Lorsqu’on prenait le bus à plateforme à Paris, je m’asseyais sur les genoux de ma mère qui me faisait lire les inscriptions des places prioritaires. Elle m’expliquait ce que signifiait « gueules cassées » et j’étais inquiète à l’idée d’en voir apparaître. La plupart d’entre eux cependant étaient morts emportant avec eu le cauchemar de leur miroir.

On comptait 1 385 000 morts à Noël 1918. … « si cette « armée d’ombres » défilait, la marche du cortège durerait deux jours et deux nuits » disait-on. A ces morts s’ajoutent 350 000 disparus. Et une armée les mutilés de guerre ou gazés qui sont tombés comme des mouches après l’armistice.

Plus tard, le prof d’histoire m’apprit, année par année, l’origine et les respirations de cette guerre, de mouvement puis de position. Des explications rationnelles et presque mathématiques censées nous rassurer sur le bien fondé de toute cette boucherie.

Depuis je crois que mon arrière grand-père avait péri, à l’été de sa vie, la peur au ventre, sans véritablement comprendre pourquoi on envoyait un fantassin jurassien combattre les Turcs.

Pourquoi tu pleures ?

Dans notre village du Jura, un monument est érigé comme dans des milliers de communes de France, tout à côté de l’Église. Chaque année, le rassemblement se fait autour des grilles qui entourent la stèle où sont inscrits les noms peints d’or des sacrifiés de la grande guerre.

Maman m’y emmenait. Je devais avoir 5 ou 6 ans. Je me souviens encore de la chaleur de sa main ferme tenant la mienne. Nous écoutions l’appel ; chaque nom était ponctué d’un « mort pour la France !» monotone et solennel. J’attendais fièrement que l’on prononce le nom de mon arrière grand-père.

Et quand s’élevait dans le silence, la sonnerie aux morts, je voyais de grosses larmes couler sur le visage de ma mère.

Dis, Maman, pourquoi tu pleures ?

« Les jurons, les râles, le canon, tous les bruits de notre pauvre vie de bêtes, cela ne pouvait pas endurcir notre âme et flétrir sa tendresse infinie »

Roland Dorgelès.