Dieudonné-Faurisson 1 / Moyrand-Deguilhem 0

Dieudonné, en voulant donner un spectacle à Périgueux, rend un fier service aux médias locaux et aux politiques en mal de marketing électoral.

Dieudonné fait vendre, Sud Ouest sait vendre et il le vend bien. Planant en cercles au-dessus de l’évènement, Michel Moyrand a flairé une bonne carcasse, il fonce, descend en piquet pour verser dans la pire des outrances.

Peu importe, il y a des points à prendre sur l’autel de la démagogie la plus vulgaire. Vieux pots & bonnes recettes.

Le pavé en a marre : http://ow.ly/6YiR9

Orgie d’articles Sud Ouest qui peut remercier Dieudonné

Sud Ouest ne couvre pas l’évènement, il vomit l’évènement. C’est un filon en or pour le journal local Sud Ouest. Pas moins de 7 articles en 3 jours !

Les journalistes locaux ont troqué leur plume pour des pioches et ils creusent, ils creusent, ils creusent. Dieudonné et ses frasques leur rend un sacré service. Il fait générer du trafic, des commentaires, c’est tout bon. Il fait vendre. Et comme ça cause business avant de parler d’information à Sud Ouest, le journal envoie la purée avec plus de 2 articles par jour en moyenne.

Certes l’angle éditorial est restreint, orienté et intéressé. Tout est à charge contre le saltimbanque du Front National. Les titres d’articles sont dignes de la presse poubelle. Dieudonné appelle ses fans à téléphoner aux médias, mairie et conseil général ? Pas de problème, le 14 octobre Chantal Gilbert se lâche : « Dieudonné harcèle les périgourdins ».

L’occasion est trop belle. Quitte à remiser une partie de leur déontologie au placard, ils excitent les trolls en tous genres (241 commentaires au total) ; peu importe de donner dans le ridicule pourvu qu’on ait le trafic. Le trafic est roi, c’est lui qui est vendu aux annonceurs.

Le trouble à l’ordre public, c’est Michel Moyrand

Michel Moyrand ne  voulait pas démonter l’antenne relais au-dessus de la crèche, pour ne pas, disait-il risquer de perdre un procès contre les opérateurs de téléphonie mobile. Un courage tout à coup recouvré contre Dieudonné avec la menace d’un arrêté municipal bidon qui conduirait piteusement la ville devant un tribunal administratif.

Aujourd’hui le maire de Périgueux se torche avec la Constitution :

« Compte tenu de la personnalité de ce provocateur professionnel que d’aucuns qualifient d’humoriste (‘) je tiens à préciser que, si d’aventure ce spectacle devait se tenir dans notre ville, je prendrai un arrêté pour l’interdire en raison des menaces de troubles à l’ordre public qu’il serait susceptible d’entraîner ».

Ca sent bon l’Allemagne de l’Est. Depuis quand un dépositaire d’une autorité publique est-il fondé à apprécier les qualités (humoriste ou non, artiste ou non etc.) d’un individu ?

Depuis quand ce dépositaire d’une autorité publique est-il fondé à entraver les libertés fondamentales d’expression  et de commerce, au nom de son jugement personnel sur la « personnalité » d’un homme ou d’une femme ?

L’arrêté, au nom d’une menace de trouble à l’ordre public, sera illégal et la ville perdra. Et il le sait. L’ordre public, (CGCT L 2212-2), est appréhendé comme suit :

« Le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques »

Volontairement non défini par le Conseil d’Etat, l’ordre public est une acception large, mais pas sans limites. L’ordre public n’englobe pas la moralité publique. Désolé pour les staliniens périgourdins, mais la Constitution française est passée par là.

En tant que personne (seule), ledit Dieudonné représente-t-il une menace réelle pour la paix publique et la quiétude de la cité ?

Où sont les éléments concrets, qui permettent de prouver cette menace et justifier de se prémunir par une interdiction qui déroge aux libertés fondamentales posées par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ?

La privation de liberté d’expression et de commerce est une exception, exception qui n’est en rien justifiée à ce jour à Périgueux dans le cadre d’un spectacle. Pas plus celui de Dieudonné que celui de Michel Sardou.

Le stalinisme rampant des faux démocrates

Michel Moyrand sait qu’il enfreindra les lois de la République et perdra son procès. Au nom de quoi ? De la démocratie ? Et depuis quand on défend les valeurs démocratiques en violant ses lois ? Depuis quand la police administrative est fondée à se muer en police de la morale, des mœurs et des idées ?

Comment des gens se réclamant de la République, dépositaires d’une autorité publique, peuvent-ils justifier de la violer pour empêcher ceux qui sont justement accusés de vouloir eux-mêmes la violer ?

Michel Moyrand rejoint ainsi le camp de ceux qu’il croit combattre. On citera aussi dans cette croisade anti-démocrate son « collègue » Pascal Deguilehm, pourtant député à l’Assemblée Nationale, sur France Bleu Périgord (la grande mêlée) le 14/10/2011 :

« Parce que vous avez présenté Dieudonné comme un comique, moi il ne me fait pas rire, les propos, les thèses abordées, voir Faurisson, négationniste, à ses côtés sur la scène du centre de la communication j’en n’ai pas du tout envie. Trouver tous les arguments pour qu’il ne vienne pas, oui je crois qu’il faut le faire et il est de notre devoir d’empêcher sa venue ».

Qu’un député français appelle à violer les lois de la République (« trouver tous les arguments pour qu’il ne vienne pas » y compris fallacieux en l’espèce) pour interdire d’expression et de commerce un type qui ne le « fait pas rire » et qui ne correspond pas à son « envie », c’est du pur délire.

Quand on prétend défendre les valeurs de la démocratie et de la République, on commence par le faire en respectant et en appliquant ses Lois. Jusqu’à preuve du contraire, Dieudonné, dans le cadre de son spectacle périgourdin, n’a strictement rien commis d’illégal qui justifie la négation de ses droits fondamentaux.

On ne combat pas les fachos en le devenant soi-même

L’attitude de ces deux élus m’amène à la conclusion qu’ils sont aussi dangereux pour la démocratie que ne le sont les thèses portées par celui qu’ils combattent.

Votre « personnalité » dérange le maire de Périgueux ? Alors privation de droits fondamentaux

Votre humour ne plait pas au député périgourdin qui ne vous trouve pas « comique » ? Alors privation de droits fondamentaux

Le député n’aime pas vos fréquentations ? Alors privation de droits fondamentaux

En gros, ils ne partagent pas vos idées? –> Privation de droits fondamentaux

En tant que représentants du peuple, messieurs Moyrand et Deguilhem, vous faites honte à la démocratie, honte à vos mandats, honte à votre charge, honte à votre devoir.

Vous ne défendez pas cette démocratie, vous l’empêchez. Et par ce fait, vous êtes dans le camp d’en face, votre place est avec Dieudonné et ses idées.

Dieudonné a tort ? Démontrez-le !

En tant que citoyen j’exècre les idées auxquelles s’est rangé l’humoriste. Je suis contre ses thèses, je n’aime pas ses « amis » et ce qu’ils représentent, je le considère comme un danger politique, porteurs de haine, de clivages, d’injustice et d’inégalités identitaires. Ils contreviennent ouvertement au socle même des valeurs constitutionnelles.

Mais sauf exception légale ((apologie crime contre l’humanité, incitation à la haine raciale, homophobie, etc.)), ils en ont le droit. Et si Moyrand et Deguilhem avaient le courage nécessaire, ils n’appelleraient pas à violer la loi, mais se porteraient au devant de tous, sur l’agora, pour défaire par le débat, la raison, l’argument, celui qui se fait accompagner de Faurisson.

A contrario, en se montrant aussi délétères que l’adversaire, les élus périgourdins ne font que le renforcer. Avec ce genre de lâcheté qui consiste à violer la démocratie plutôt qu’à convaincre de sa force, Moyrand et Deguilhem donnent raison à Dieudonné et ses partisans. Idem pour Sud Ouest mais plus par cupidité que par idéal politique.

Dieudonné a d’ors et déjà remporté la bataille de la communication. Sud Ouest a garanti « l’effet Flamby ». En voulant l’écraser violement, il y en a maintenant pleins les murs. Ils n’attendent que ça.

Oui, aujourd’hui Dieudonné est victime des élus qui pour le combattre sont prêts à violer les lois. C’est un véritable boulevard sur la victimisation et la répression illégale des idées minoritaires.

Tant que nous subirons ces élus froussards et pleutres, incapables de défendre la démocratie autrement qu’en la souillant, les extrêmes auront beau jeu. L’interdiction de leurs idées est attractive, facile, elle incite à la transgression, au subversif et à la dénonciation du « système ».

La coercition de ces idées est l’aveu d’une faiblesse, là où il faudrait un cerveau et des burnes pour défaire ces idées, les anéantir par les faits, les statistiques, la justesse du raisonnement et la force des idées.

Oui ces gens là ont tort. Encore faut-il être capable de le démontrer sans leur donner raison.

Sinon oui, le Pavé a raison, vous ne serez que des clowns…

Cumul des mandats, les élus périgourdins livrent leur verdict

Le mandant (unique) sort du bois. Après le congrès socialiste (2009) de La Rochelle, le ton était donné au risque de contrarier le maire de Périgueux, celui de la consultation.
Les militants socialistes vont avoir l’occasion de se prononcer sur le cumul ou le non cumul des mandats le 1er octobre.

Du coup la Dordogne Libre (30 09 09) a fait un intéressant sondage sur ce qu’en pensent les élus socialistes locaux. Comme personne ne l’ignore, la plupart sont des cumulards accomplis et des briscards de l’addition de fonctions électives.

« êtes-vous favorables, comme étape vers le mandat parlementaire unique, à l’impossibilité de cumuler, sans attendre le vote d’une loi, dès les prochains renouvellements (cantonales 2011, sénatoriales 2011, législatives 2012) un mandat de parlementaire avec une présidence d’exécutif local (communes, intercommunalité, Conseil général, Conseil régional) ou la participation à un exécutif (vice-président, maire adjoint) ? »

Le sondage résumé à une question fermée, a le mérite d’être binaire, mais estompe des contradictions ou des grands écarts à s’en faire péter les adducteurs. Les avis sont recueillis tels que, le sondage sans analyse ni commentaire, au plaisir de se lire entre les lignes et de nous tomber dans les bras. Merci.

Alors reprenons et détaillons ces commentaires, mais en relation avec les actes. Car sinon la politique ne sert à rien et n’est qu’une fumisterie au long cours.

Dans la catégorie des « pour », on démarre par le champion toutes catégories confondues, le grand spécialiste en la matière, le bien nommé Bernard Cazeau.
S’il y en a un qui suscite l’étonnement dans cette catégorie, c’est bien le Sénateur et Président du Conseil Général Dordogne.
Le palmarès est à laisser sans voix les plus ambitieux du parti :

Maire de Ribérac de 1971 à 2001
Conseiller Général de la Dordogne du canton de Ribérac depuis 1976
Conseiller Régional d’Aquitaine de 1977 à 1998
Président du Conseil Général de la Dordogne depuis 1994
Elu Sénateur le 27 Septembre 1998

De 1998 à 2001, il n’était pas moins que Maire, Président du Conseil Général et sénateur.
Entre 1994 et 2001, il a aussi été maire, Conseiller Régional d’Aquitaine et Président du Conseil Général.
Bref l’homme est sans égal en Dordogne, non moins en terme de fonctions cumulées que de maitrise politique du territoire.

Et voilà notre sénateur de nous expliquer :

J’ai souvent eu deux mandats et j’ai longtemps été défenseur de ce cumul avec l’argument d’être à la fois au four et au moulin. Mais aujourd’hui, je reviens un peu là-dessus. Quand on mène corrélativement un mandat départemental important et un mandat national, on a parfois du mal à assumer l’un et l’autre. Il est difficile de mener de front deux exécutifs à la fois. Je pense qu’un mandat parlementaire se suffit à lui-même. Peut-être que ça vient un peu tard mais je suis tout à fait ouvert à cette réflexion.

Aujourd’hui, comme par hasard, il revient « là-dessus ». Cumulant des mandats, depuis plus de 20 années, il confesse publiquement avoir des difficultés à assumer un mandat national et un mandat local. Et c’est bien pour cette raison, car rarement un retournement de veste avec une telle impunité politique n’aura été si cynique, qu’il conclut « que ça vient un peu tard ».

Il aura donc fallu attendre le congrès de La Rochelle, en 2009, pour que Bernard Cazeau prenne conscience ou en tout cas l’affiche, de l’intérêt, soudain, du non cumul. C’est opportun pour l’homme qui est Sénateur et Président de Conseil Général depuis 11 ans. On ne saurait mettre en doute sa totale sincérité.

Au tour de Claude Bérit-Debat.
Sénateur, Adjoint au Maire de Chancelade et Président de la Communauté d’Agglomération périgourdine.

Je répondrai oui à la question de Martine Aubry à laquelle je suis favorable. Je le pense depuis que je suis sénateur. J’ai d’ailleurs laissé mon mandat de maire sans en avoir été obligé.

Encore un élu qui dira oui mais accuse réception du contraire. Ou plutôt agira comme s’il avait répondu non en continuant à jouir de la cumulation. Il faut préciser, à décharge, qu’élu Sénateur en 2008, l’homme alors encore Maire, et Président de la CAP n’avait pas une idée très claire sur la chose (France 3 Périgord 30 09 08):

Il n’y a pas de cumul de mandat puisque c’est une fonction de président et le mandat de maire et de sénateur sont parfaitement compatibles…

C’est donc après une sérieuse mise à jour que l’on peut le voir maintenant reconnaitre qu’effectivement, il cumule bien deux mandats.

Pascal Deguilhem
Député à Périgueux, Conseiller Général et Conseiller municipal à Saint-Aquilin (485 habitants).

Il l’a dit, il l’a écrit, il l’a fait. Après tout c’est bien la première chose que l’on peut demander à un candidat et par surcroît à un élu. Il est quand même hallucinant que celui qui apparaisse comme le plus intègre dans sa démarche soit en même temps le plus isolé…

Colette Langlade
Députée, Conseillère Générale et Conseillère Municipale à Thiviers.

En revanche, être député et maire ou vice-président, ça me paraît difficile avec la gestion du temps et des dossiers.

On passe. Rien à rajouter sur une suppléante qui est devenue députée dans des circonstances exceptionnelles et dont l’activité parlementaire demeure une des plus faible de France (153è/557).

Et nous voilà dans la catégorie des « contre » le mandat unique. Ceux-là, c’est un peu comme les parlementaires qui ont voté la loi Hadopi sans savoir se servir d’un mulot. Un combat d’arrière garde franchouillarde qui attachent à leurs bretelles, même le caleçon.

Michel Moyrand
Maire de Périgueux, 1er Vice-Président de la Communauté d’Agglomération périgourdine et Vice-Président du Conseil régional.

Je voterai non à la question de Martine Aubry. Le mandat unique, j’en ai toujours entendu parler. Il n’a jamais été mis en place. C’est une question qui passionne les militants. Sur le fond, je ne suis pas opposé mais il faut que cette règle s’impose à tout le monde et pas seulement au PS à titre d’exemple. Il faut légiférer. Nous risquons de perdre un grand nombre d’élus et je ne pense pas que le PS puisse agir de la sorte.

Amateur de syllogismes en tous genres, le Maire de Périgueux, toujours très franc, votera « non » tout n’étant pas opposé au mandat unique.
C’est qu’il a la sienne de logique. Lui qui ne jure que par l’exemplarité, là ça va trop loin. Il ne faudrait pas que le PS montre l’exemple. L’évolution de la démocratie de notre pays, propulsée par son propre parti politique, est bien secondaire à l’importance de la quantité d’élus socialistes à préserver.

Décidément, chassez l’apparatchik, il revient au galop.

On comprend bien que c’est une question qui passionne les militants, mais pas les élus. Il avait d’ailleurs qualifié ce sujet de « tarte à la crème » dénonçant toute la démagogie qu’il voyait derrière l’entreprise de sa Secrétaire Nationale.

Germinal Peiro
Député, Vice-Président du Conseil Général et Maire de Castelnaud

Au moins lui, il cumule, il aime ça, il le dit, il en redemande.

Je ne suis pas favorable au mandat unique de parlementaire. C’est même une erreur. Avoir un mandat local devrait être un critère pour les parlementaires à qui l’on reproche trop souvent de ne pas avoir les pieds sur terre, de ne pas connaître la réalité du terrain. Le mandat de maire permet d’acquérir une expérience irremplaçable. Et puis, il faut prendre en compte la taille des communes. Être député et maire de Limoges, ce n’est pas la même chose qu’être député et maire de Castelnaud.

Et au contraire de son acolyte il propose un raisonnement, faux, certes, mais un raisonnement.
Celui de la réalité de terrain qui permettrait au mandat national d’être en « contact » avec le local.

Pour ce faire, relisons Guy Carcassonne, professeur en droit public Paris X Nanterre et Institut d’Etudes Politiques de Paris (Cf.).

Quant au contre-argument habituellement avancé, selon lequel le cumul permettrait aux députés d’être au fait des réalités du pays et des tendances de son opinion, il n’est pas seulement stupide – car tous les députés, alors, devraient être invariablement réélus -, indécent – car il n’y a qu’en France que l’on cumule, or il n’y a qu’en France que la majorité sortante, quelle qu’elle soit, s’est systématiquement fait battre aux six derniers renouvellements généraux-, il est aussi insultant pour les parlementaires du monde entier – qui ne cumulent pas, et dont on ne sache pas qu’ils soient moins compétents que leurs collègues français.

Il est rejoint sur ce point par Marion Paoletti, maître de conférence sociologie politique Université Montesquieu Bordeaux IV (L’Obscure) :

On connaît l’argument sans cesse ressassé par les partisans du cumul local/national : l’exercice de fonctions politiques locales donnerait au parlementaire cette expérience irremplaçable du terrain, ce contact avec l’électeur qui garantirait la qualité de la loi.
Cet argument est souvent fallacieux : les intérêts locaux font oublier les perspectives nationales et internationales et favorisent la myopie politique. La soi-disant connaissance du terrain n’a pas empêché les parlementaires d’être souvent sourds et aveugles aux problèmes du moment. Un député n’exerçant que ce mandat, qui reçoit dans sa permanence les habitants et sillonne sa circonscription, est confronté aux problèmes et attentes de son électorat sans que sa vision ne soit déformée par la collectivité qu’il gère.

Il va falloir que Germinal Peiro propose un peu mieux que ses poncifs sophistiques pour espérer défendre ses ambitions de cumulard vertueux. Car en l’espèce, démonté de bout en bout dans son argumentaire archaïque, il ne s’affiche que comme le défenseur des néo-féodalités.

:: Conclusion ::

Les deux Sénateurs se disent pour le mandat unique mais s’affichent en cumulards invétérés. C’est l’argument Kung Fu Panda: la gourmandise mène au grand écart facial.

Le maire de Périgueux ne se dit pas opposé au mandat unique mais s’y refuse pour des raisons d’appareil politique. Argument politicien, comptable, il révoque la dimension réformiste en matière de démocratie du PS au profit d’une pure logique de parti.

Le député Germinal Peiro s’affiche en seul et unique défenseur du cumul des mandats pour légitimer ses ambitions mais en aval d’un argumentaire obsolète. L’argument du »terrain » était connu et récusé depuis longtemps.

Colette Langlade était suppléante, le moire destin l’a voulu députée, passons. Cela étant, son argument n’est pas politique mais strictement pratique et matériel. « Il pleut, mets tes bottes ».

Il n’y a donc que Pascal Deguilhem, qui assume volontairement, pour des raisons politiques (au sens générique et pas celui du maire de Périgueux), d’accorder le dire et le faire sur la question. Appliquant déjà cette hygiène politique il s’abstient sur l’argument, dommage.

En gros, en Dordogne, les propositions de Martine Aubry, et donc du PS en ce qu’elle en est la représentante élue, sont très largement minoritaires auprès des élus.

Maintenant on le sait.

Courage, l’union !

Ah, on allait oublier les secrétaires… Pardon, mais comme ils n’ont aucune fonction élective républicaine c’est secondaire.

Matthieu Druillole, secrétaire de la section du PS de Périgueux  :

Quand j’ai commencé en 1994, le mandat unique était l’une des revendications des jeunes socialistes. Je pense que c’est important mais ce n’est pas la question centrale sur laquelle les Français attendent le PS.

Dans la lignée de ses pairs: c’est important mais pas central. Démerdez-vous avec ça. (Avec mention en Travaux Dirigés « langue de bois » il reçoit les encouragements du jury politique).Au passage quand même, un tacle sur Martine Aubry, qui, elle, en a bel et bien fait une question centrale. Car au fond et dans le sens de Michel Moyrand, il ne semble pas considérer comme centrale la question de la démocratisation du système représentatif.

Benoît Secrestat, premier secrétaire fédéral du PS :

Je suis favorable au non-cumul des mandats mais pas à un non-cumul absolu. J’estime que l’on peut très bien être député et conseiller général ou maire d’une commune. C’est même souhaitable pour que l’élu ne perde pas le lien et les repères du terrain. Et puis, je ne vois pas pourquoi le PS appliquerait quelque chose que n’appliqueraient pas les autres partis. Cette question seule n’a pas de sens. C’est plutôt la question du statut de l’élu qu’il faut revoir dans sa globalité.

Un orfèvre. C’est la théorie du non-cumul relatif qui équivaut au cumul absolu. Il reprend l’argument de Germinal Peiro dont nous avons vu l’inconsistance à la fois logique et pratique. Ensuite il mixe le problème avec la thèse du maire de Périgueux sur la logique d’appareil politique. Entre le député Germinal Peiro et le maire Michel Moyrand, il se montre un fidèle secrétaire fédéral en plein syncrétisme.

Martine Aubry, le cumul des mandats et le cas de la Dordogne

Martine Aubry et le Parti Socialiste en tant qu’elle en est la représentante, s’attaque à l’exception française qu’est le cumul des mandats. Dans sa tribune du Monde du 27/08/09, elle écrivait :

Réinventer la démocratie, c’est changer profondément les pratiques et les règles politiques au sein de notre parti, notamment sur le non-cumul des mandats et sur l’organisation de primaires ouvertes pour la désignation de notre candidat.

Dans son intervention de La Rochelle du 28/08/09, (Libération) elle confirme et inscrit comme un des 5 axes de rénovation du parti, ce que les médias relaient très largement :

Et promet aux militants un changement du PS «de A à Z. De C comme cumul des mandats jusqu’à P comme primaires». Succès garanti auprès des adhérents. D’autant que la première secrétaire a «décidé d’organiser une consultation le 1er octobre pour que les militants nous fixent le cap».

C’est la première fois à cette échelle que le cumul des mandats est visé. Tout d’abord parce qu’il s’agit d’un parti de gouvernement, mais surtout parce que ce parti détient la grande majorité des exécutifs locaux (régions, départements, communes et intercommunalités). Il restera à voir l’essentiel. Les modalités d’applications et la profondeur de la mesure engagée. Car s’il s’agit encore d’une annonce pour sauver les meubles aux régionales, esquiver la stratégie sarkozyste temporairement, ou mettre en orbite un thème de campagne présidentielle dépendant du résultat de l’élection, on risque fort de voir se jouer le dernier acte du parti avant la déflagration finale.

Il y aurait bien des façons d’aborder cette proposition, tant sur le plan de la stratégie politique qu’institutionnelle, ou encore sur la pratique politique française, ou enfin sur l’habitus de l’électeur lui-même, premier responsable de la situation puisque c’est lui qui désigne ses représentants.

:: Le cumul des mandats ::
Mais avant d’en venir là, quelques chiffres permettent un bref état des lieux. Pour ce faire, le site l’Obscure – OBservatoire des CUmulants de la REpublique – propose un tableau détaillé (avril 2009) de cette pratique très franco-française.
Il apparaît qu’1/5ème des parlementaires ne cumulent aucun mandat, proportion inverse dans les autres pays européens grosso modo. Les 80% de cumulards font que sur les 100 départements, 51 sont présidés par un sénateur ou un député, ainsi que sur les 26 régions, 10 connaissent une situation semblable.

Sur le plan législatif, la loi du 30 décembre 1985 consacre plus qu’elle ne restreint l’addition des fonctions électives. Les propositions de lois successives sur la limitation du cumul n’ont jamais abouti à rien, sinon une justification législative. C’est un cercle vicieux dans lequel les cumulards sont amenés à se positionner sur le cumul : aucune chance.

Mais au-delà d’une loi déployée par les cumulards eux-mêmes, c’est une question de pratique et d’éthique, de conception de la politique.

Ainsi pour Jacques Chirac en 1995 :

Un député ou un ministre qui n’a pas de mandat local, qui n’a pas l’obligation d’aller passer ses week-ends sur le terrain, sur les champs de foire, dans les quartiers difficiles, auprès des gens, eh bien il y a un grand danger qu’il devienne rapidement un apparatchik.

Ou encore pour Valéry Giscard d’Estaing :

La trajectoire d’un élu politique en France répond à deux lois simples : on se présente à une fonction pour préparer sa candidature à la fonction suivante ; lorsqu’on est élu à la fonction supérieure, on conserve la fonction antérieure de manière à éviter qu’un « intrigant » ne vienne reproduire à vos dépens le parcours que vous venez de réussir. D’où l’obsession de cumuler les mandats.

Dans la lignée de Jacques Chirac et VGD, Arnaud Montebourg est l’exemple même de cette réalité. Lui le premier engagé contre le cumul des mandats, s’est rangé aux conseils des caciques en cumulant les fonctions de président de département et de député. Sa crédibilité et sa parole ont été anéanties et sa fonction à la rénovation du PS ne facilitera pas la réforme voulue par Martine Aubry.

:: Ne plus cumuler pour survivre ::
Sur le plan stratégique, c’est Patrick Roger dans un article du Monde du 29/08/09 qui porte un éclairage important :

La prise de position de Mme Aubry peut bousculer un parti où le poids des baronnies a tué la démocratie interne. De son côté, Nicolas Sarkozy, pour faire accepter la réforme des collectivités territoriales, va chercher à reléguer le PS dans la position du parti de notables et de conservateurs arc-boutés sur leurs prébendes. En prenant la main sur ce terrain, Mme Aubry espère déjouer le piège.

La secrétaire nationale va chercher l’oxygène là où il se trouve, à l’extérieur de son cockpit. Car en définitive, ce n’est qu’en passant par la base et en appelant la décision des militants que le non cumul des mandats au sein du parti pourra voir le jour. Les récentes commissions parlementaires sur le sujet ont montré un consensus entre élus de droite et élus de gauche dans un vaste mouvement de contraction corporatiste. Dans la lignée, les associations majoritairement de gauche des communes et régions de France ont également montré les limites à mettre entre les mains des cumulards le destin du cumul des mandats.

Parallèlement, les deux blocs politiques majoritaires font état du même conservatisme et du même corporatisme sur la question de la réforme des collectivités territoriales voulue par le gouvernement. Nous avons à l’œuvre un réflexe de défense identique et quasi syndical, qui transcende largement les clivages politiques. Au final, il se traduit par une défense des intérêts particuliers et un consensus communautariste, révélant avec acuité un phénomène de caste que les sociologues ont bien identifié depuis longtemps.

Le Parti Socialiste se retrouverait dans l’incapacité à proposer le moindre projet politique opposé à la majorité parlementaire, si dans le même temps, ses parlementaires eux-mêmes forment un bloc uni avec ceux de la majorité pour la défense de leurs intérêts.
Et ce a fortiori sur des questions aussi essentielles que la fonction élective au cœur de la démocratie et du renouvèlement des représentants.

:: Le cas de la Dordogne ::
A cet égard, la Dordogne illustre à la caricature cette situation. Et les récentes propositions de Martine Aubry frappent de plein fouet ce qui est énoncé par Patrick Roger. A savoir :
1. Bousculer un parti où le poids des baronnies a tué la démocratie interne
2. Sortir de la position du parti de notables et de conservateurs arc-boutés sur leurs prébendes.

:: Pascal Deguilhem, député PS ::
Un simple tour d’horizon suffit à comprendre pourquoi. Certes, il y a des exceptions, comme le député PS Pascal Deguilhem, (1ère circonscription), seul sur son blog à déclarer :

Je suis partisan d’un renouveau de la vie politique. Je défendrai notamment la réforme du mandat unique, renouvelable une fois, qui permettra aux députés et sénateurs de s’impliquer pleinement, faisant ainsi place à des personnes différentes, riches d’idées nouvelles.

Certes, la position est timorée voire contradictoire. Il prétend lutter contre le mandat unique mais uniquement horizontal, tout en défendant le cumul vertical : renouvelable une fois. Dans les faits en tout cas, il exerce volontairement un mandat unique , ce qui fait de lui le seul parlementaire périgourdin à respecter cette écologie politique. (Il est toutefois conseiller municipal et conseiller général mais pas à un niveau exécutif).

:: Germinal Peiro, député PS ::
De son côté, Germinal Peiro, député PS de la 4ème circonscription, en est à son 4ème mandat consécutif. Il lui sera difficile d’adhérer à ce projet, tout au plus pourra-t-il s’y placer sur un plan horizontal, lui qui fut pendant 4 années et demeure : maire, vice président du conseil général et député. Lancé pour être un mandarin local, il  aura bien du mal à changer de cap sans que la règle ne l’y contraigne.

Il incarne donc à lui seul le « poids des baronnies » et le « parti de notables » contre lequel les propositions de La Rochelle prennent corps. Mais en la matière nous verrons qu’il a un maître.

:: Colette Langlade, députée PS ::
Le cas de la députée PS de la 3ème circonscription, Colette Langlade, n’est pas significatif. Suppléante du député Michel Debet, elle a pris sa succession à la disparition subite de ce dernier.

:: Daniel Garrigue, député NI :: 
Il reste pour la députation le cas particulier de Daniel Garrigue, député de la 2ème circonscription. Sa démission récente de l’UMP en fait un non inscrit dépendant de son propre réseau local. Cela étant, il est l’exemple type du député-maire qui ne doit son mandat unique qu’à sa défaite électorale.

:: Claude Bérit-Débat, sénateur PS :: 
Elu sénateur PS depuis septembre 2008, Claude Bérit-Débat était auparavant maire (1992) et président d’une communauté d’agglomération (2001). Il s’est défait de son mandat de maire quelques mois après être devenu sénateur. Mais le concernant, le débat sur le cumul des mandats en est davantage à un niveau pédagogique que réellement politique.
En effet, le 30 septembre 2008 sur France 3, il déclarait alors qu’il était encore sénateur, président d’EPCI et maire :

Il n’y a pas de cumul de mandat puisque c’est une fonction de président et le mandat de maire et de sénateur sont parfaitement compatibles, mais heu parait’y que je souhaite effectivement abandonner soi mon mandat de maire, soi ma fonction de président.

Le cas est problématique vis-à-vis du projet du parti socialiste, car en l’espèce le sénateur n’était pas conscient de sa situation (ce n’est peut-être plus le cas aujourd’hui). En droit pénal, l’article 122-3 (modifié) pourrait métaphoriquement illustrer cette occurrence si peu courante :

N’est pas pénalement politiquement responsable la personne qui justifie avoir cru, par une erreur sur le droit le mandat qu’elle n’était pas en mesure d’éviter, pouvoir légitimement accomplir l’acte.

Il est opportun de considérer que cet homme a été élu au suffrage direct à l’occasion d’élections municipales. Pour le reste de ses mandats, de sénateur et président d’EPCI, il n’est pas anodin que son élection indirecte soit le fait de ses pairs en politique.

:: Bernard Cazeau, sénateur PS ::
Le meilleur pour la fin. Le sénateur PS Bernard Cazeau et président du conseil général de Dordogne écrase tous ses confrères sous le poids de son succès. Son parcours politique en première page de ce blog en est l’éclatant témoignage.
Il n’est pas exagéré de considérer qu’il incarne de manière suprême la réforme qui vise le parti socialiste, ainsi que le corporatisme de caste en politique.
Il cumule tous les chefs d’accusation qui émergent dans le parti socialiste et bloquent autant une réelle opposition à la politique gouvernementale que la moindre évolution en matière démocratique et politique.
1. Cumul des mandats vertical : à l’œuvre depuis 35 années
2. Cumul des mandats horizontaux : sénat, maire, conseil général, conseil régional
3. Corporatisme politique : même longueur d’onde que la majorité (minoritaire) réfractaire sur les collectivités
4. Phénomène de baronnie : système policico-financier à l’épreuve des élections
5. Démocratie interne : faiseur de carrières, il fait investir qui il veut (dernier exemple à Périgueux, municipales et cantonales)
6. Potentat local : capable de défaire n’importe quel représentant de l’Etat en opposition à son avis. Cf. Lascaux par exemple ou encore de menacer de coups et blessures un journaliste de Sud Ouest dans son bureau.

Il incarne une génération de politiciens qui arrive à son terme et dont il faut absolument empêcher la prolifération et la pérennité. Car à l’inverse, la décentralisation se muerait en une féodalisation. C’est en partie ce à quoi répond le PS aujourd’hui, promit à la mort à n’être qu’un parti de notables en cas d’immobilisme. Notables d’ailleurs dont il y a foule dans le parti conservateur à soutenir le cumul des mandats, mais éclipsés par l’irradiation présidentielle.

:: Conclusion ::
Cette proposition de réforme de la 1ère secrétaire ira à son terme nous l’espérons et le soutenons. D’une part pour modifier les règles du jeu politique sur le plan national et engager le mouvement au niveau institutionnel, et de l’autre pour crédibiliser une force politique nécessaire à l’équilibre démocratique.

Le mot de la fin pour le maire de Périgueux. Concerné également, il cumule les mandats de maire, exécutif de région et exécutif de communauté d’agglomération. Son portefeuille de mandats est local et par conséquent moins outrancier. Mais au final, les avantages en nature et les indemnités ne sont pas moindres, ni même l’effet de mandarinat ou la capacité de verrouillage. Car s’il a passé des années à illustrer l’apparatchik mentionné plus haut dans la phrase de Jacques Chirac (sans être ministre cela va de soi), il ne correspond pas moins à la figure du notable local décrit par Patrick Roger dans ce qui asphyxie le parti socialiste en matière de démocratie interne.

Les plumés du club de la presse

Nous vous écrivons en direct du toit de la mairie de Périgueux pour parler à notre façon du gala des 7èmes plumes du Club de la presse périgourdin, qui s’est déroulé samedi soir au théâtre. C’est une des particularités de ce club que d’organiser un tel évènement avec l’humoriste Jean-Pierre Dupin, (époustouflant) où les médias d’information peuvent énoncer aux premiers concernés ce qu’ils ont du taire le reste du temps. Sur le mode de l’humour, bien sur. Avantage, derrière le caractère farceur et incontestablement drolatique, c’est l’occasion de signifier que, face à certaines informations non publiables et non publiées, personne n’est dupe. Au cas où.

C’est au détour d’un sketch sur les volatiles départementaux, (à s’en décrocher la mâchoire), que nous entendîmes parler de buses (en quantité), de pigeons (dans les administrations), de canards (levant la merde en surface pour se nourrir), de faucons (ou l’inverse), de vautours (grand charognard), et enfin d’aigles, malheureusement absents du Périgord.

Certes la camaraderie s’y veut franche et bonne enfant, l’esprit potache et tourné vers la dérision. Une occasion immanquable pour les édiles de se voir brocardés pour leurs pires travers ou parfois cités pour un aspect attachant. Que nul ne s’y trompe. Le déficit d’image engendré par l’absence d’un élu à cette soirée serait pire que de se prêter au jeu avec un sourire de campagne électorale. D’où l’affluence record des huiles départementales.

Sur les 9 plumes décernées, 6 concernèrent des politiciens, cf. ici.

:: Plume Animale ::
Un hommage appuyé à Paulette LABATUT, couvrant l’ensemble de sa carrière, sonnant comme une occasion à saisir. Conseillère générale du département 24, elle incarne ce qui s’est depuis longtemps désincarné vers 1968.

 :: Plume de Paon ::
Un vibrant témoignage d’affection au maire de Boulazac, « permanent » du conseil général, ainsi que président d’une communauté de communes, Jacques AUZOU. Sur le thème d’une équipe de basketball de loosers, d’un maire sanguin, engagé, malin, dont la réussite du Palio a coûté des hectares de terrains privatisés aux bénéfices des franchises, qui ne font plus que de la ville une vaste zone d’activité économique. Et le communisme alors ? Dit la voix.
Afin de prouver la sincérité de ses engagements communistes, la maire n’a répondu que par les 41 années d’adhésion au parti communiste français. Ce n’est qu’une question de carte alors…
On s’attarde injustement sur le Palio. On pourrait tout aussi bien regarder vers la zone de Grand Font le long de la RN21. 20 hectares de lotissement pour des franchises et l’économie. Mais en avant première, l’abattoir à canards conclu dans la main du préfet d’alors. Juste une ICPE, Installation Classée pour la Protection de l’Environnement dont l’étude d’impact ne tient pas compte des futures installations autour de l’usine à bidoche. Un détail.

 :: Plume Assassine ::
Une récompense méritée pour le maire communiste de Trélissac et « permanent » du conseil général ainsi que vice président de la communauté d’agglomération périgourdine, Françis COLBAC. A l’honneur son cumul des mandats, (dans les pays civilisés c’est interdit mais en France, cet atavisme d’ancien régime est loué). 5 fois maire, 5 fois conseiller général, vice président de la CAP… Présenté comme un caïd, un dab local de la politique, on retient quand même l’annulation de sa victoire aux municipales par le Conseil d’Etat, reconnaissant une tricherie de nature à troubler la sincérité du résultat. Classe.
Mais peu importe, à Trélissac comme à Levallois-Perret, on ne tient pas rigueur aux élus de violer les règles du jeu.
C’est donc en Capitaine Haddock que le maire a accepté de se prêter aux questions.
La ville qu’il administre depuis 1983 est dans les tréfonds du classement financier des communes de l’agglomération dont elle fait partie. Cela n’a empêché, ni par la construction à outrance de logements aujourd’hui vides, ni par l’inflation de surfaces cédées aux franchises, le maire de conduire la ville là où elle est.

 :: Plume Nostalgique ::
Puis vint le tour de Jérôme PEYRAT, ex conseiller du président Sarkozy, maire d’une petite commune, et patron de l’UMP départementale, à qui il était prêté un intérêt particulier pour la mairie de Périgueux. Réponse plate et sans intérêt pour ce produit dérivé du sarkozysme..
Rappelons qu’il fut battu aux législatives par le candidat socialiste Pascal DEGUILHEM. Du coup à la question : que faut-il pour gagner ? La réponse fut nécessairement intéressante.
« Faire le plein dans sa famille et rassembler au-delà ». Il démontrait ainsi cette légitimité qui lui avait fait défaut, convié pour le saut en parachute à poursuivre l’entrainement.

 :: Plume Olé Olé ::
Sur fond de corrida, dans le rôle du taureau blessé, que tout énerve sauf le Général, l’hommage à Daniel GARRIGUE, député du bergeracois, fut chaleureux. Point de récompense pour le nouveau maire de Bergerac, Dominique ROUSSEAU (PS) en contre bas de la réputation de son prédécesseur. Comme aux Guignols de l’Info, cela peut sonner comme un désaveu. Dans le rôle du torrero il y avait Jérôme PEYRAT, tonton flingueur officiel de GARRIGUE, missionné par le parti pour le descendre. Alors forcément, quand l’émule gaulien jusqu’au bout des ongles, s’est trouvé face à notre Frédéric LEFEVRE local, le sang a giclé. Sauf qu’à l’avantage du torrero, ceux sont ses amis qui ont fixé les règles de la corrida.

 :: Plume Chercheuse ::
Mais le grand gagnant, le vainqueur des vainqueurs, l’étoile de la soirée, fut incontestablement le maire de Périgueux, Michel MOYRAND, (Michel Moyrand pour les intimes).

Il est rentré avec souplesse et naturel dans le profil des nominés et à même réussi par un tour de force à s’imposer, planant largement au-dessus du lot. Il avait su mettre ses convives du club de la presse en condition. Le financement du buffet de fin de soirée, jusque là assumé par la ville de Périgueux, a été refusé par le maire, avec pour motif la pauvreté de la ville et son besoin de faire des économies. Je vous le dis, il est passé haut la main.

A été épinglée sa communication, voire son état d’esprit ou pis encore sa philosophie sait-on jamais, en voulant faire du ludique à tout prix et des animations perfusées et artificielles. « Michel et son big bazar » ont déboulé en fanfare, avec « Poussez les murs » et « Bouge 2 place », résonnant comme des tubes des années 80. Et cela sans oublier de pointer que le ludique de mauvais goût et à tout crin tend à infantiliser et manipuler gauchement, plutôt qu’à informer correctement. Ce n’était que le début de la consécration.

La séance de questions est arrivée. Une scène noire, un fauteuil « détecteur de langue de bois » grâce à son dispositif de luminaires. Seul face à la poursuite, le maire est assis, répondant aux questions de « l’inquisiteur ».
La prestation du maire a prouvé que le club de la presse a eu le nez creux en en faisant la star de la soirée. Il s’est incrusté dans le fauteuil en essayant de se décontracter.
Le maire ne semblerait pas habiter la ville qu’il administre, malgré ses incantations à la proximité et à la fusion? C’est vrai admit-il.
Mais où habite-t-il alors lui demande-t-on ?
Et là le maire, sentant l’occasion d’un bon mot en mobilisant tout son sens de l’humour répond :

– Chanterac

Silence dans la salle. Puis silence.
Ce trait d’esprit à défaut de faire rire, s’explique assez bien en langage politicien, son favori sinon l’unique.
Chanterac est le village où habitait l’ancien maire Yves GUENA, d’où il administrait la ville de Périgueux. Une façon tellement drôle d’expliquer que, puisque son prédécesseur et opposant avait fait ainsi, il n’y avait pas de raison pour que lui ne le fasse pas aussi. Constatant que son raisonnement n’était ni probant ni marrant, le maire repris son sérieux.
Il expliqua qu’il ne vivait pas dans la ville, mais qu’il était propriétaire d’immeuble(s), faisant ainsi de lui un contribuable périgourdin. Ce qui était visiblement à ses yeux la meilleure des justifications.

Il glissa toutefois à ceux qui auraient voulu l’entendre, qu’au sujet de ses propriétés d’ailleurs, certains ne se seraient pas privés de vérifier, comme ces fouinards de journalistes par exemple.
Oui vous voyez, comme Roger FEDERER à la grande époque, tout en style et en précision.
Tout était parti d’une question simple sur la campagne et la ville. Finaud, le maire sentit le piège sur l’ambiguïté du mot « campagne », également électorale. C’est un métier.
Il attaqua dur par un slogan solennel fort adapté à la situation, lancé après une longue réflexion :

– La campagne pour la ville

C’est avec ce genre d’à propos qu’on flingue une soirée de gala où jusqu’à là tout le monde avait ri de bon cœur ou fait des efforts pour sourire.

En conclusion, à la question de l’ambition politique et du mandat comme marchepied vers des postes plus importants…
Là le maire s’est montré rassurant en confirmant qu’il avait placé toute son ambition dans son mandat et qu’aucun autre horizon n’était envisageable. (Sinon le cumul lucratif d’autres mandats locaux). Non seulement il n’y a aucune chance pour qu’un hypothétique président socialiste lui propose un portefeuille ministériel, mais même en cas de miracle, il refuserait. C’est dire si la proximité va être profonde.

Au final, nous avons eu une pensée émue pour son scénariste et directeur de cabinet, accablé de voir ruiné en 5 minutes tous les efforts consentis depuis des mois. Il lui avait bien dit d’en faire le minimum, de paraître léger, fin, séduisant. Et au pire de s’inspirer des copains rompus à l’exercice, adepte de l’exemplarité qu’il est. Rien n’y fit.
Rien n’y sembla drôle, et dominèrent des arguments politiciens, des règlements de comptes voilés, des sous-entendus malins. Qu’à cela ne tienne la soirée n’en fut pas gâchée pour autant.

Pas de doute, le maire de Périgueux sera présent lors de la prochaine édition. (Cf. annexe en fin de billet).

Et puis il y a ceux qui furent omniprésents sans être nominés, l’apanage des immortels. Ce fut le cas de Bernard CAZEAU, président du conseil général, sénateur, cité pour sa suffisance, son égo et sa main mise médiévale sur le département. Le ministre Xavier DARCOS fut également cité à plusieurs reprises. « L’albadarcos », que ses ailes de géant empêchent de marcher, mais également de voir, d’entendre et d’écouter.
Enfin le grand oublié de la soirée, le nouveau sénateur et président de la communauté d’agglomération, (mais-qui-ne-cumule-aucun-mandat), Claude BERIT DEBAT. Quelques allusions en chanson suffirent à en faire le tour.

Bravo et merci

:: Annexe ::
On peut rire de tout, certes.
Mais nous rajouterons que pour un maire qui se veut solidaire et rigoureux, proche des soucis quotidiens malgré ses 8000 euros d’indemnités cumulées et mensuelles, face à la situation financière critique et inquiétante qu’il décrit pour la ville, on peut s’étonner de l’achat d’une voiture de fonction flambant neuve, ainsi que le maintien au maximum légal du régime indemnitaire des élus. Son argument? Les autres le faisaient, alors pourquoi pas lui? Pourquoi s’en priver?

C’est de ce socialisme là que le socialisme est mort aujourd’hui. Espérons qu’il renaîtra bientôt, après avoir enterré sans couronne cette génération d’apparatchiks gloutons qui, non contents d’avoir ruiné nationalement leur parti, ont également renié tout idéal social tout en poursuivant leur hypocrite litanie.
Quand le projet politique de Périgueux Autrement nous annonçait :

Périgueux déçoit parce qu’elle se retrouve aujourd’hui aux mains de quelques-uns, et qu’elle est privée de beaucoup de ses forces vives. Notre ville a trop été utilisée pour servir des ambitions particulières et intérêts partisans.
Nous avons l’ambition de donner à notre ville une vie plus démocratique afin que chaque citoyen se sente responsable et donc fier d’être périgourdin.

Il est remarquable aujourd’hui de voir à quel point Périgueux Autrement n’était pas une autre façon de faire de la politique, combattant la « politique système », le clientélisme, le népotisme et le clanisme. Bien au contraire. Sur le constat d’une année de mandature, il fallait comprendre que le décor serait identique, le texte de la pièce inchangé, et que seul comptait le changement des acteurs sur la scène. Une façon de vendre l’alternance sans se risquer à l’alternative. La plus grande réussite du maire jusqu’à ce jour.

Décentraliser, démocratiser: Marion Paoletti

On parlera des carences de la démocratie représentative, sur la place faite au citoyen dans le dispositif de la prise de décision politique, de la Vème République, de ce qu’il est maintenant convenu ‘la crise de la représentativité’. Bien loin de Porto Alegre, en France, l’acte I de la décentralisation de la République débutait en 1982. Cette réorganisation en profondeur des institutions a depuis l’origine comme horizon la démocratie locale. C’est sur ce rappel que Marion Paoletti jette les bases de son ouvrage, Décentraliser d’accord, démocratiser d’abord.

:: L’ouvrage ::

decentraliser.jpg

Edition : La Découverte
2007

:: Biographie ::

Marion Paoletti est maître de conférence en sciences politiques à l’université Montesquieu, Bordeaux IV, membre de Spirit et membre fondatrice de la Convention pour la VIème République.
Elle a également été désignée par le Parti Socialiste pour les élections législatives à Bordeaux contre Alain Juppé en 2002.

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MISE A JOUR DU 30 JUIN 2008

Depuis peu, Marion Paoletti est animatrice du site l’Obscure:

OBServatoire des CUmulants de la REpublique.

Ce site permet d’approfondir la question au-delà des préjugés et donne toutes les clefs pour se faire une idée juste du problème. Il est également possible de signer une pétition en faveur de la réforme du mandat unique sur le site d’Oeuvrer.

On y trouve cette phrase unique de VGE:

La trajectoire d’un élu politique en France répond à deux lois simples : on se présente à une fonction pour préparer sa candidature à la fonction suivante ; lorsqu’on est élu à la fonction supérieure, on conserve la fonction antérieure de manière à éviter qu’un « intrigant » ne vienne reproduire à vos dépens le parcours que vous venez de réussir. D’où l’obsession de cumuler les mandats.

Valéry Giscard d’Estaing

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:: Quatrième de couverture ::

La décentralisation se fait depuis des années au nom de la « démocratie locale ». Or la France des collectivités locales est aujourd’hui un millefeuille qui superpose des institutions trop nombreuses, tournant le dos aux impératifs de séparation des pouvoirs et de responsabilité politique qui sont au coeur de la définition de la démocratie. La conception actuelle du pouvoir local rend au mieux décoratif l’appel récurrent à la « participation des citoyens » au plan local, au risque de renforcer défiance et scepticisme.

Dans ce livre percutant, Marion Paoletti montre comment le cumul des mandats locaux et nationaux, la fabrique de la loi nationale par des élus locaux et, plus largement, le corporatisme électif dans la Ve République sont largement responsables des possibilités avortées de démocratisation locale. Des réformes nécessaires, évidentes, concernant la simplification des structures, l’amélioration de la démocratie représentative locale, la crédibilisation de la participation des citoyens, se révèlent impossibles.

La décentralisation est faite « par les élus locaux pour les élus locaux« .

Ce n’est pas une fatalité : elle pourrait être menée par des parlementaires pour des citoyens et animée par des élus locaux. C’est d’autant plus nécessaire que l’individu contemporain cherche désormais à peser, personnellement, sur le cours des choses.

:: Sommaire ::

• Introduction
• L’héritage : la décentralisation au nom de la démocratie locale
• Timides progrès en démocratie représentative
• Criantes carences en démocratie représentative
• Les faux-semblants de la démocratie participative
• Faire sauter les verrous de la démocratie locale : en finir avec le cumul des mandats
• Points de repère en démocratie locale pour demain
• Changements en démocratie représentative
• Changements en démocratie participative
• Conclusion
• Bibliographie

De fait, la décentralisation consiste au nom de la démocratie locale à conférer des responsabilités et pouvoirs aux collectivités locales sans renforcer pour autant les contraintes démocratiques de la décision. Pire, elle obscurcit considérablement la lisibilité de l’action publique

:: Quelques pistes ::

Globalement, l’auteur constate cette déviance oligarchique de la démocratie, dont les effets sont sensibles aux niveaux locaux. Elle observe comment, des élus locaux, patrons d’exécutifs divers, (mairies, intercommunalités, conseils généraux, conseils régionaux), députés et sénateurs dans le même temps, ont dessiné une décentralisation à leur image, selon leurs intérêts, servant leurs carrières et leurs fiefs.
On leur doit donc que la décentralisation est confiée au Sénat, figeant « … les inégalités de représentation entre la France rurale et la France urbaine, et plus généralement toute évolution de la démocratie locale ».
On doit aux députés d’avoir accouché d’une souris avec la révision constitutionnelle de 2003, qui renforce encore le pouvoir des exécutifs locaux à outrance, concentrant les pouvoirs en les confisquant aux citoyens, légitimant cette forme de bonapartisme local au niveau des 4 découpages administratifs des territoires, en laissant quelques miettes de démocratie directe aux citoyens.

On leur doit aussi de préserver coûte que coûte le cumul des mandats, dont cet ouvrage fait la pierre angulaire des dérives politiques énoncées.

On leur doit d’entretenir savamment les clientélismes locaux, transformant les citoyens en électeurs/clients, maintenus à un niveau civique infantilisé et mineur.

On leur doit la loi Fauchon, votée à l’unanimité par les deux chambres, assurant une impunité corporatiste totalement choquante. On imagine que certains doivent même l’avoir encadré au dessus de leur lit.

Bref, la décentralisation des pouvoirs de l’Etat sans ambition réformatrice de l’architecture institutionnelle locale a surtout provoqué un jacobinisme local, une forme de césarisme localisé et non le renouveau attendu.

La liste est loin d’être exhaustive ni détaillée. Il y a, à la suite de ces mises en lumière, des perspectives sur les transformations institutionnelles nécessaires. Cet ouvrage est précis, clair, percutant, sans détour.

:: Sur Dailymotion ::

Durant la campagne présidentielle, l’Autre Campagne, qui continue, tant mieux, a proposé une interview en 3 volets. Cet entretien avec Marion Paoletti, outre le regard sur les candidats d’alors, explique parfaitement ses analyses.

Mation Paoletti I
Mation Paoletti II
Mation Paoletti III


:: Nos élus locaux ::

Les sénateurs
Bernard Cazeau
Sénateur de la Dordogne depuis 1998
Président du Conseil Général de la Dordogne

Dominique Mortemousque
Sénateur de la Dordogne depuis 2002 (Membre de l’ Observatoire de la Décentralisation)
Maire de Beaumont du Perigord
Conseiller général de la Dordogne (canton : Beaumont du Périgord)

Les députés
Pascal Deguilhem
Membre du Conseil Municipal de Saint-Aquilin
Conseiller général de la Dordogne (canton : Neuvic)
Pour la réforme du mandat unique (bas de page)
Art. Wiki (28 04 08) : mandats + fonctions : pour l’exemple

Daniel Garrigue
Ancien maire de Bergerac, mandat unique à contre coeur

Colette Langlade
Membre du Conseil municipal de Thiviers
Conseiller général de la Dordogne (canton : Thiviers)

Germinal Peiro
Maire de Castelnaud-la-Chapelle
Vice-président du Conseil Général (tourisme)

Le département de la Dordogne ne fait pas exception au sujet de ce livre, bien au contraire, il semble en être la juste illustration.