Périgueux? C’est mon beau-frère qui fait la promo

« Animations estivales : animations« .
Un titre accrocheur sur le site de la mairie de Périgueux, avec pour variante :
« Animations estivales : estivales » ?
Toujours avec autant de sève dans la plume, le webmestre du site (est-ce lui?) n’est jamais en reste pour qui ne saurait quoi écrire à part relever ces saillies littéraires. Mais ce n’est pas le cas comme vous vous en doutez.

Et puis si. Alors que nous allions aborder sans huile solaire quelque sujet hautement inflammable (ça viendra), nous en resterons à ce site internet que nous redécouvrons. Pour le dernier billet du mois d’aout, nous vous épargnons donc le son grave de l’orgue courant déjà dans les tuyaux.

:: Les chantiers ::
Nous reviendrons ultérieurement sur ce cadre dynamique d’une collectivité locale qui utilise les jardiniers de la collectivité pour entretenir son jardin privé. Considéré ici comme un sport local, nul ne s’en offense, surtout pas la presse d’ailleurs. Mais ce fâcheux code pénal considère en l’espèce un cas de prise illégale d’intérêt pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement. Ouf, heureusement que la Dordogne n’est pas la France, vive Groland !

Nous échappons pour l’instant à la tentative d’explication sur la précarité informationnelle locale. Toujours plus tournée vers l’écho que l’investigation, l’anecdote que l’analyse, nous essaierons de comprendre. Pas sur que les rédacteurs en chefs partagent donc le diagnostic et se prêtent au jeu. Pourquoi aucune affaire n’est jamais révélée localement comme s’il n’y en avait qu’à Paris? Quid de ce journalisme de cour où les confrères se retrouvent dans des sauteries mondaines organisées par les manitous du politico-financier? Juste pour recevoir une médaille en échange d’un joli poème? Quand même pas…

Différée également notre présentation de la théorie du Cachalot et du Chamallow en matière de ressources humaines dans les collectivités. Les deux flottent, (l’un c’est vrai davantage comme une olive dans un Martini), sont plutôt mous et se ressembleraient avec un peu d’imagination. Pourtant, ils ne travaillent pas dans les mêmes bureaux.

Enfin, nous verrons plus tard pour le débat entre pouvoirs politique et judiciaire à Périgueux. Il y a quelques mois, nous étions « prévenus » par téléphone d’un futur procès au cas où nous rendrions compte de la situation localement familiale entre justice et politique. Il nous faisait surtout un procès d’intention. Vous verrez bien qu’on peut en parler sans diffamer ni injurier quiconque dans le strict cadre de la loi élargie du 29 juillet 1881. Au début cela fait un peu potin mondain mais c’est vite intéressant du côté de Montesquieu.

Un programme de rentrée chargé que nous allons attaquer mollement par un commentaire de texte gracieusement versé par la mairie de Périgueux.
Billevesées direz-vous, ce n’est pas faux. On peut encore rester relax pour quelques jours non ?

 :: Du foie, du gras, du foie gras ::
Nous voulons parler de cette page en particulier qui vient d’être mise à jour puisqu’elle apparaît dans « nouveau sur le site ». A savoir la page  « Découvrir Périgueux capitale du Périgord ». Si vous n’êtes pas du coin et voulez en savoir plus, c’est là que vous allez en premier.
Aucun intérêt ? C’est vrai ou presque. Le vieux texte de présentation de l’ancien maire de Périgueux a été lourdé pour laisser place au regard perçant du nouveau maire.

:: Vésunna et le Gour de l’Arche ::
Il est notable que la présentation de la ville commence par celle de son musée. Le plus en vue certes : Vesunna. Le décor est planté. On apprend que Périgueux vit (avec) son temps,  » … et même avec une longueur d’avance« . Reste à savoir sur quoi.

Du musée on passe à la sacro sainte proximité du maire et son projet de rénovation du quartier du Gour de l’Arche, « … qui permet d’agrémenter la vie quotidienne ». De plus en plus attractif… On était sur un musée pour les vacances en Dordogne et on passe directement à un quartier de logements collectifs, certes mis à l’honneur pour être la terre d’élection du maire actuel. Dieu ne joue pas aux dés, Michel non plus.

:: De Bordeaux IV à Francheville I ::
Un petit tour par le « plateau universitaire de la Grenadière » et ses 2000 étudiants. Ne voyez vous pas ces hordes d’étudiants dévaler la colline et emplir la ville, festoyant en novembre comme en un jour d’été? Nous arrivons à un projet dont le maire actuel s’était fait un combatif pourfendeur. L’esplanade Francheville, son parking, son cinéma, ses commerces, bref, Satan insinué dans le capitalissssmeu… qui a depuis, de l’aveu du maire, « étendu l’aire d’activités de la ville ». Il n’y a pas qu’eux qui changent d’avis.

:: Deviser sur le vide ::
Tout ça pour dire. Mais quoi au fait ?
Et bien qu’à l’énumération du musée, des quartiers, de l’université, du parking et du cinéma, (« ainsi« ) la devise de la ville se « justifie pleinement » :

La fidélité de mes citoyens est ma force ou Je tire ma force de la fidélité de mes citoyens

C’est clair. Tout le développement précédent amène à cette conclusion. Fortitudo mea civium fides est une devise qui s’inscrit et se comprend à partir de la féodalité des XI° XII° XIII° siècles si on veut, sur l’importance de la fidélité dans le lien social. Cette devise peut se chercher du côté de la famille Valleteau de Moulliac et Angoulême par exemple. Elle peut aussi s’entendre au sens fort de l’allégeance, du serment et des relations fortes indues par ces derniers. JE tire MA force est personnifié, pour un individu ou une ville perçue comme une entité. En somme, le droit des obligations et la formation des Etats nations tendent à percevoir tout l’anachronisme dans la référence creuse à ce genre de formule.

L’indulgent dira que dans le texte municipal, la lisibilité et la logique manquent de zèle. Pour l’autre, que ce genre de bric à brac ne sert en rien l’image d’une ville que l’on voudrait déployée par des professionnels et non par des spécialistes du vide. Au mutisme opportun s’alloue parfois une apparente sagesse. Faisant fi de cette occasion, le communicant survivra à ce ridicule, longue vie à lui. Mais c’est encore l’image de la ville qui pâtit de ceux qui devraient la promouvoir.

:: Pôle fleuri et géranium multimodal ::
Mais ce n’est pas tout. Car dans le n’importe quoi, la limite ne tient qu’à la puissance créatrice. C’est donc infini et là nous avons un artiste, un vrai, un gabarit exceptionnel. Alors nous voilà lancés sans transition dans l’apologie du classement 4 étoiles au concours des villes fleuries. Et notez bien : « parallèlement, le regroupement de la gare de bus avec la gare SNCF contribue à créer un pôle multimodal susceptible de favoriser les transports en commun en limitant l’accès des véhicules en centre-ville ».
Parallèlement, il est difficile de voir à quoi ce dispositif contribue puisqu’il n’existe pas encore. Grâce à lui peut-être une 5ème étoile?

:: Il pense donc il pense :: 
Toujours en apnée, on apprend que la ville fait partie d’une intercommunalité (comme plus des 95% des autres communes de France) et qu’elle est préfecture du département. Un bol d’air pour la littérature. D’ailleurs, donc, ainsi, parallèlement, par surcroît, subséquemment, la ville est « un centre administratif et commercial fréquenté« . Un centre administratif fréquenté par ceux qui vont bosser et ceux qui font bosser ceux qui bossent. Il ne prend tellement pas de risque qu’il finit par en prendre. Ecrire ne consiste pas uniquement à agencer des signes alphabétiques pour faire des mots et des phrases. Au-delà du plaisir immédiat de déclencher l’activité verbale qu’est la lecture, cela sert aussi à donner du sens, signifier ou quelque chose comme ça. Mais pour l’heure nous n’en sommes pas encore là. Continuons.

:: L’avion, la voiture, le communisme ::
Approchant l’apothéose, nous apprenons béats que l’aéroport de Bergerac ne suffit pas au désenclavement de Périgueux. Et même l’amicale ULM de Milhac-Oie pourrions nous rajouter, nonobstant leur dévouement à la cause. L’autoroute n’y suffit pas non plus, d’ailleurs donc. Heureusement, il y a la ligne aérienne Périgueux / Paris comme le révèle le texte…
Ouiiiii. Celle qui était pourfendue par le candidat Moyrand, suivant en cela l’analyse du groupe communiste local. A leur honneur, même eux changèrent d’avis pour voter main dans la main avec l’UMP et le Modem la pérennisation de la ligne lors du dernier budget. Comme quoi, quand la Droite et le PCF se rencontrent ce n’est pas pour voler au ras des pâquerettes.

:: La phénoménologie du déclinisme périgourdin corrigée par le progressisme matérialiste de Michel ::
(ou quand Superman dans sa hâte n’avait pas remarqué l’homme invisible)

Pour conclure, le texte annonce l’embellie de la ville entre 1970 et 1990. Pas après puisque ensuite il s’agissait du ministre vaincu qui a commis l’esplanade Francheville vantée plus haut, c’est logique. Sans lui, l’actuel maire n’aurait aucun mérite à sortir du marasme et du déclin dans lequel le ministre l’a plongé, ouh le vilain ! Prenant à bras le corps une situation périlleuse, le nouveau maire va donc démontrer l’étendue de son talent en extirpant la ville de son funeste destin. Un destin que dis-je? Non ! Il va rendre son vrai destin à la ville, celui que lui avait confisqué son incurable prédécesseur.

:: C’est dans les vieilles pierres qu’on fait les meilleures défiscalisations ::

« Le secteur sauvegardé a bénéficié d’une rénovation exemplaire, valorisant les architectures médiévales et renaissances ».

« L’application de la loi Malraux a contribué à faire de Périgueux une ville touristique mais surtout à redonner vie à la vieille ville tout au long de l’année avec le retour d’habitants et d’activités commerciales dans ses immeubles ».

Certes, la loi Malraux a été appliquée à Périgueux uniquement après la destruction d’un quartier d’un millier de familles qu’elle aurait vraisemblablement interdite. Oui, celui des Rues Neuves, que Martine nous vend avec ses putes et ses ivrognes, mais à la Belle Epoque. Un détail de l’histoire. Enfin, grâce à cette niche fiscale, nous pouvons admirer les « rénovations exemplaires » de groupes de promotion immobilière tels qu’Investimmo. C’est incontestable.

On se quitte heureux sur la louange d’une loi Malraux dévoyée au fil du temps pour réduire un patrimoine immobilier à un produit fiscal, dont certaines sociétés n’hésitent pas à exploiter les failles avec les résultats que l’on connaît. Ils ont tellement le souci du patrimoine que les ABF sont à deux doigts du chômage technique. C’est connu.

:: Le médiocritisme n’est pas un humanisme ::
Bref, pour faire court, parallèlement nous allons conclure. Du musée Vésunna à la loi Malraux, la présentation de Périgueux capitale du Périgord est un exemple de mise en valeur que l’on ne souhaite pas même pour son pire ennemi. Vous croyez sortir du ridicule et vous sombrez dans l’incongru. Par petites touches, à petits pas, incidemment, cette médiocrité méthodique ou bien alors innée, fait de cette ville une farce. Pas que celle dont on s’amuse, celle surtout avec laquelle on gave les volailles.

PS: Téléchargement du PDF original avant que le bijou ne disparaisse de l’affiche.

PS’:Périgueux.com? c’est comme Zombo.com non ? On te dit que tu peux tout faire mais sans rien faire…

Homo touristus boude le train

C’est bien local ça (Sud Ouest). Menacé de disparition, tout d’un coup on l’aime. L’oraison funèbre serait inversement proportionnelle à la réputation de son vivant. Certes petit, mais « petit train » quand même, en thermomètre de l’activité locale, il fait mal.

Témoin fragile du marasme économique ou révélateur anxiogène de l’accidentologie ?

La faute aux subprimes, à B. Madoff, aux banques, au chômage ? Et si l’accident Rio/Paris avait à voir dans l’impact psychologique et la peur des transports en commun ? « Périgueux ne répond plus ! »

Nul plan de relance pour le train bloqué en gare ? Que fait-on, on délocalise la visite en Europe de l’Est?

Et si les habitudes changeaient ? Et si faire le tour de la ville en 30 minutes dans un transport en commun burlesque, confinant par ses commentaires insipides à traverser un parc à thème où les iroquois sont des gaulois, passait de mode, lentement ?

Et si en Périgord le concept même de « touriste » posait un problème, de sorte que la population ciblée traditionnellement par l’offre locale, correspondait moins à la conjecture économique qu’à une modification comportementale.

Car avec le petit train ici, Préhistoparc là-bas, le village du Bournat ou la maison forte de Reignac, ne finit-on pas sur l’impression d’un anachronisme entre l’offre locale figée dans ses habitudes et l’évolution de la demande ?

Le foyer (électrique) entouré de Playmobils magdaléniens, des ventes liées (sinon forcées), des visites au pas de charge « il est beau le château mais t’as pas vu ma grotte », le confis de canard à peine décongelé au moment de l’addition…

– Dans cette chambre séjourna Jules César, ainsi que plus tard Louis XIV, (mais c’est à mettre au conditionnel).
– Et voici un silex taillé préhistorique qui est peut-être passé sous une moissonneuse batteuse. Les deux ne sont pas à exclure.
– Là vous dégusterez un vrai foie gras de canard périgourdin élevé dans le nord de la Hongrie. Vive l’Europe !
– Ici vous traverserez une ville médiévale dont la plupart des rues ont été remaniées aux XIX°s. Pour les éléments Renaissance, visitez le musée.
– Attention, regardez mais ne touchez pas les habitants, il en serait de vos frais.
– Voyez comment on capturait les mammouths en creusant des pièges de 3 mètres dans le sol gelé. En pleine ère glaciaire ce n’était pas facile, mais on avait (déjà) des petites cuillères.
– Et là un village en pleine vie reconstitué pour vous. Respectez cependant les horaires d’ouvertures, les salariés-villageois sont tatillons sur les heures sup’. (N’allez pas à celui d’à côté, on s’y bat pour garder la Poste et l’Ecole).
– Voici la chapelle Sixtine de la préhistoire. Si la première est fermée pour cause de mycoses, la seconde est bien plus propre.
– Emotion garantie avec la scène de l’accouchement préhistorique et ses étriers en bois de cerf.
– Ici regardez la scène des moissons à la main financée par le Conseil Général. Là-bas c’est moins marrant, c’est avec des machines modernes et des subventions européennes.
– A côté de la figurine de l’homme de Neandertal, on vous a mis celle d’Albator, au cas où ça vous tente aussi…
– Entrez dans la peau de Jacquou le Croquant et achetez en souvenir sa paire de sabots coréens.

A exploiter les richesses locales comme un filon intarissable de touristes et de dividendes, sans jamais remettre en question la qualité de l’offre par rapport à l’évolution des demandes et des exigences, effectivement on aura beau jeu de crier contre les indicateurs que sont les conjectures économiques.

Il y a comme l’idée que le touriste serait un être à part entière, spécifique, dont les caractéristiques anthropologiques se trouvent dans l’oisiveté la plus creuse, un fort penchant à l’infantilisation, une propension à dépenser à la demande, et une grégarité sans limite mesurable à son incapacité de fermer la mâchoire.
Avantage de ce prototype, il serait même à l’occasion coprophage, assurant à certains restaurateurs une valorisation de leur tri sélectif.

Il est parfois contrariant de voir à quel point le tourisme périgourdin a été bâti sur ce modèle présumé de visiteur, certes en grossissant le trait jusqu’à la caricature, mais en n’inventant rien.
Le spécimen homo touristus a d’ailleurs existé et fait les heures de gloire de l’argent facile. Mais comme toutes les espèces, sont évolution était inévitable. Aujourd’hui homo touristus semble mettre un point d’honneur à être plus homo que touristus, la preuve, il va même sur Internet.

Il n’est peut-être pas étonnant que les jeux et occupations mis à la disposition d’homo touristus doivent changer selon ses attentes. Avant il criait un émerveillé « Tchou Tchou » en voyant le petit train, peut-être craint-il maintenant de passer pour un ringard ?

Enfin, la folklorisation à outrance, les pseudo reconstitutions, la muséification urbaine et rurale, la mise en scène cellophanée de l’histoire, le dictat du produit dérivé sur le fond, sont, espérons, des rubans à mouches qu’homo touristus saura éviter.

Longue vie à homo sapiens touristus