Intercommunalités périgourdines : gauloiseries consanguines en milieu tempéré

Les pages du quotidien Sud Ouest servent en ce moment de cour de récréation. C’est à ce niveau de chicanerie que se situe le débat politique. Alors qu’avec un retard d’au moins 10 années, les responsables d’intercommunalités devraient être autour de la table pour dessiner un périmètre rationnel et déterminer les enjeux à long terme, ils s’obstinent dans leur concurrence toxique.

Toxique non pour leur pouvoir, ni pour leurs indemnités, encore moins pour leurs poissons pilotes, mais tout simplement pour le bassin de vie périgourdin, l’environnement et l’économie, les citoyens.

:: Le niveau zéro du débat politique ::

Il y a peu nous expliquions, avec quatre rapports de l’Etat et de la Région à l’appui, comment Claude Bérit-Débat, président de la CAP tournait en bouffonnerie de boulevard la consistance de l’action publique sur sa web TV.

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Ensuite, un point sur l’interview de Jacques Auzou, maire de Boulazac et président de la Communauté de Communes Isle Manoire, expliquant sans détour (SO La méthode sans états d’âme de Jacques Auzou):

La légèreté dans la gestion publique de ses principaux concurrents de la CAP

Une culture de la corruption consistant à pourvoir des postes de complaisance

Voilà qu’aujourd’hui Claude Bérit-Débat (président de la CAP) réplique vertement, accusant à son tour le maire de Boulazac :

Les charges de personnel sont justifiées à la CAP et inférieures à celles de Boulazac

– A la CAP pas de corruption, au contraire de Boulazac bien sur

Citations :

J’ajoute que le pourcentage de la masse salariale de la CAP, même si cela n’a pas de véritable signification, est inférieur de plus de la moitié à celle de Boulazac

Je ne lui ferai pas injure de penser qu’il parlait de ses propres pratiques [Ndlchouette, la corruption]

Voilà. C’est-celui-qui-dit-qui-l’est répond Claude Bérit-Débat sans surprendre. La gageur en conclusion de cette salve, d’appeler Jacques Auzou à la coopération est d’une ironie tordante.

:: Sur la corruption ::

Vous noterez la métaphore en usage. Personne ne parle de corruption. Ici on n’appelle pas un chat un chat. On parle avec discrétion de « plaçou ». Que penser maintenant que les deux protagonistes s’accusent symétriquement de corruption ?

Boulazac c’est fait, la CAP c’est fait, la commune de Périgueux aussi. Il manque le Conseil Général décrit souvent comme une vaste « usine à beaux frères » par certains observateurs. On n’omettra pas de signaler que la plupart des responsables d’intercommunalités sont également vice-présidents de l’assemblée départementale.

Bref, si ces responsables politiques ne sont pas des diffamateurs, alors se lève timidement le voile qui couvre la corruption locale. Timidement encore, parce qu’il faudra un jour rendre des comptes sur le rôle des Bureaux d’Etudes Techniques dans les marchés publics locaux, par exemple.

:: Sur la débilité du périmètre de la CAP ::

Pour Claude Bérit-Débat, la faute revient à Jacques Auzou :

Monsieur Auzou découvre que le sens de l’histoire est d’aller vers un élargissement de la coopération intercommunale. Mais nous, à la CAP, nous le savons depuis longtemps. Là encore, où était « l’utilité sociale » lorsqu’il a quitté le Sivom pour fonder ensuite la Communauté de communes Isle-Manoire, faisant fi de la logique la plus élémentaire ?

Avec 10 ans de retard, Bérit-Débat se dit concerné par ce problème depuis longtemps. Depuis longtemps incapable, ce sera sa confession, de rendre le meilleur des services aux administrés. Les différents rappels des services de l’Etat et de la Région depuis des années sont accablants.

Aujourd’hui Jacques Auzou est sur de sa force. Il a mieux anticipé que les autres l’arrivée de l’A89, ses structures sont opérationnelles et il a les meilleurs résultats économiques du bassin de vie. En revanche, il mène un règne autocratique à l’opposé du concept d’intercommunalité et de coopération dans une forme de communisme fortement centralisé mais économiquement débridé, un peu comme la Chine.

De son côté, Claude Bérit-Débat est président de l’intercommunalité légitime (canal historique), mais dans un consensus mou qui nuit à l’efficacité de l’action publique. Au contraire de Jacques Auzou, il est président précisément parce qu’il n’a aucun leader ship et un déficit profond de vision globale. Ce n’est pas lui faire injure, tant ce n’est pas un scoop).

La majorité de la CAP est majoritairement divisée. Le PCF y mène des push lobbyistes avec les syndicats locaux, les vice-présidents déposent leurs contentieux près le Conseil d’Etat, un autre vice-président renie les compétences de l’intercommunalité en menant dans son coin des projets immobiliers, conduisant un autre vice-président au mensonge public.

Incapables de produire une charte commerciale et un Schéma de Cohérence Territoriale, les élus de la CAP pataugent dans la contradiction de leurs intérêts personnels.

Dans ces conditions, c’est Jacques Auzou qui apparait sans difficulté comme l’homme fort du territoire. Et le pauvre Bérit-Débat n’a guère que la question (restreinte) de la gestion des déchets pour répliquer, en espérant briller sur le traitement des ordures. C’est maigre.

:: Gauloiserie consanguine en milieu tempéré ::

En lieu et place de rattraper leur retard comme l’exige leur responsabilité (ce que rappellent l’Etat et la Région), voilà où en sont les présidents d’intercommunalités: à de belliqueuses déclarations par tribunes interposées.

Il y a quand même un problème. Outre la dégradation de l’environnement, les paysages dévisagés et uniformisés, l’étalement urbain, l’anarchie économique et urbaine, la guerre des Zones d’Activité Economiques le long de l’A89 est perdue d’avance.
Aujourd’hui ces trois intercommunalités produisent toujours plus de surfaces à bâtir, dans l’espoir d’attirer des entreprises et de créer des emplois. D’ici quoi, 10 ans, 15 ans, nous verrons les perdants constater amèrement des friches urbaines, car toutes ne peuvent rencontrer le succès. Mais la défaite de l’un sera celle de tous.

A ce jeu là qui peut dire que celui qui aura gagné aura vraiment gagné ? Est-ce là le sens, le but des intercommunalités ?

Les périmètres d’aujourd’hui sont incohérents car ils découlent d’une logique politicienne. Chacun bombe le torse en brandissant ses autorisations de lotir. Faut-il rappeler que nous sommes sur un territoire minuscule organisé autour de l’Isle et de voies de communication communes ? Que la totalité de la population des ces trois intercommunalités atteint à peine celle d’une grande ville française ?

Mais c’est quoi ces petits villages de gaulois qui passent leur temps à s’envoyer à la gueule leurs poissons pourris !

Chaque petit chef de village, fier, debout sur son bouclier porté par ses sbires, défend son clan comme si celui d’en face était un irréductible adversaire. Et c’est cette décentralisation que ces messieurs promeuvent ?

A l’aune de l’intérêt général en tant que gestion publique, aménagement du territoire, cohérence économique, développement durable et création d’emplois, c’est un spectacle pitoyable. Et c’est exaspérant de voir ces intérêts supérieurs et fondamentaux bafoués systématiquement et rabaissés par des responsables politiques qui placent plus haut que tout le jeu de la politique politicienne.

Et bien merde à la fin. Ce n’est pas grave. Nous resterons des gaulois, avec leurs petits chefs de villages à l’écart du monde, des attardés dont on s’amuse des gesticulations folkloriques.

Et puis il n’y a pas le feu au lac. On peut raconter à peu près n’importe quoi, les critères d’efficacité et de probité sont marginaux dans le choix électoral. En rehaussant le trottoir de madame Michu ou en trouvant du boulot à Machin ça suffit. Les habitudes font le reste et l’alternance est une chimère qui ne porte en projet aucun changement.

Mais vous concevez comment on regarde les périgourdins vu de l’extérieur? Ca ne vous dérange pas de n’être évoqués dans le monde que pour vos pâtés et vos magouilles? Et que dans la Région Aquitaine on ne vous observe que comme des gaulois corrompus qui s’amusent dans leur réserve naturelle, aux statuts différents d’un véritable Etat de droit?

La ruralité ça ne se défend plus en frappant ses sabots.

Bas Saint Front et Haut Moyrand

Il commence à y avoir une certaine confusion au sujet du projet du Bas Saint Front à Périgueux. On le nomme aujourd’hui indifféremment Projet Mauvard, synonyme journalistique oblige et le maire se targue de poursuivre l’œuvre de son prédécesseur moyennant une modification sensible.

Nous allons voir dans ce billet le détail du rapport délibéré en conseil municipal du mois de novembre 2009. (Ceux qui connaissent déjà la situation peuvent passer rapidement le récapitulatif). Annonçons la couleur, le projet du Bas Saint Front n’existe plus. Il a été remplacé par le projet Moyrand, radicalement autre.

:: La situation d’abord ::
La majorité précédente avait décidé d’en finir avec le trou laissé par la destruction plus politique que sanitaire d’un quartier d’environ un millier de familles, « déplacées » entre les années 50 et 70. A la saint tractopelle le maire (M. Pugnet) avait attaqué la destruction de l’ensemble du quartier, comportant de nombreux bâtiments patrimoniaux mais aussi une population qui ne correspondait plus à l’image de la ville. Un repère de pauvres, de communistes et d’individus dotés d’une autonomie politique certaine. (Cf. La démolition de Périgueux)

Une insalubrité politique insupportable qui après sa destruction devait, dès l’origine, être poursuivie par de nouvelles constructions. Las, l’argent abondait pour détruire, mais manquait pour reconstruire; hormis un hôtel grotesque et décalé, ainsi qu’une barre HLM en plein secteur sauvegardé. Bref, une politique urbaine rondement menée par Lucien Barrière et Yves Guéna qui se traduit en trois photos:

Avant(1940)

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Pendant

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 Maintenant

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Depuis 1954, la population baisse inexorablement, étant passée de 40 000 habitants à moins de 30 000 aujourd’hui. La ville a perdu une partie de son identité et de son énergie même, vivotant sous perfusion municipale. Elle a connu une gentrification certaine et a conquis par le vieillissement de la population, le titre de petite niçoise du Sud Ouest. Fortement tenue par un réseau maçonnique puissant, elle a vu aussi se développer un système notabilaire régnant sur l’économie locale et la vie politique. Bref, une petite ville tranquille pour certains, comateuse pour d’autres. Et puis le nouveau maire est arrivé en mars 2008. Le projet du Bas Saint Front est depuis le début de cette nouvelle mandature un problème.

:: Le Bas Saint Front en héritage ::

Au commencement était le mensonge l’élection,
En premier lieu la rénovation est nécessaire. Après avoir tenté de diviser la ville en quartiers pour mieux régner, le maire a du faire face au rassemblement de l’ensemble des quartiers pour la préservation de ce projet (27 février 2009). Sentant le vent du boulet électoral et comprenant tardivement l’attachement des habitants à ce dernier, il s’est ravisé. Après avoir menti en campagne électorale (lettre du 28 février 2008), alors qu’il cherchait toutes les voix susceptibles de lui profiter, il avait annoncé par écrit la réalisation de ce projet pour le premier trimestre 2011. Une fois élu, le nouveau maire a « oublié » ses engagements:

Je confirme donc que les aménagements prévus sur l’avenue Daumesnil, la rue Denfert Rochereau seront réalisés comme ceux de la place de la Clautre au plus tard dans les 3 années qui suivront mon installation à la mairie.

 puis vint le versatile et l’opportun,
En second lieu, le maire, a bien mal supporté que son prédécesseur ait initié un bon projet (on peut l’entendre par nécessaire si on préfère), lui qui aimait tant à critiquer dans l’opposition, y compris des projets qu’il soutient aujourd’hui comme celui de l’aéroport (conseil municipal 25/11/06, rapport n°29 – Exploitation d’une ligne aérienne entre Périgueux et Paris au départ de l’aéroport de Bassillac):

Nous atteignons le sommet de l’absurde. Votre contrainte, c’est votre choix. Ce dossier ne pourra aboutir, alors pourquoi prolonger dans cette voie qui mène à l’impasse. Vous n’avez que des engagements de principe, ni le Conseil Général, ni la Communauté d’Agglomération ne financeront cette structure. Vous engagez de l’énergie et de l’argent pour rien. Abandonnez ce type de dispositif, il ne conduit à rien

Comprenez que pour l’apparatchik, tout ce qui ne vient pas de sa camisole partisane est forcément mauvais, sauf s’il peut en retirer un bénéfice politique le moment venu. Ce moment étant venu, le voilà donc reprenant le flambeau de ce qu’il conspuait il y a peu. Car ce projet du Bas Saint Front contre lequel il s’est toujours abstenu dans l’opposition, il en est aujourd’hui concerné parce qu’il n’a jamais pu s’en débarrasser (il aurait mieux valu en réalité nous verrons pourquoi).

le temps du surmoi,
En troisième lieu, le coût de ce projet bloquait ses propres ambitions, dont le déménagement de sa mairie, sa marotte, son sésame, au détriment du reste évidement, fut-il prioritaire et urgent. Ce déménagement étant son unique projet urbain (et encore c’est discutable) inscrit à son programme, il est par conséquent le symbole de sa mandature, la trace de frein de son passage dans l’histoire de la ville. Il s’est précipité sur celui-ci avant même de l’avoir objectivement et financièrement analysé. (En dépit des effets de manche sur la rigueur budgétaire des deniers publics).

suivi de la démagogie démocratie
Pour clore ce chapitre, le maire a donc gelé le financement des études (conseil municipal 09 décembre 2008) dans le même temps où il « consultait » (décision du 19 juin 2008) la population comme si de rien n’était (les 16 juin et 15 septembre 2008). Vraiment comme si de rien n’était car dans la foulée, comme par hasard, l’urbaniste chargée de la prospective a subrepticement quitté la mairie. Un poste que l’on désirait certainement vacant en dépit des compétences remarquables de son titulaire, afin de pourvoir à l’exigence d’un profil moulé dans la nouvelle doctrine et inféodé au dogme municipal.
Consulter est d’ailleurs un grand mot. Se targuant d’une démocratisation de la vie locale, il organisa deux réunions extra municipales, histoire d’exposer à tout le monde son refus de financer un parking souterrain. Il faut dire qu’en matière de démocratie participative il est aussi volontaire qu’un romancier russe de la belle époque pour pratiquer le ski de fond en Sibérie.

:: Projet du bas du front ::
Aujourd’hui, nous découvrons donc plus précisément (vous verrez que ce n’est pas évident) de quoi il retourne dans le rapport délibéré :

AMENAGEMENT URBAIN DU SITE DU BAS SAINT FRONT

Autorisation de signer l’avenant n°1 au marché de maîtrise d’œuvre du 12 décembre 2007 passé avec le groupement Atelier Villes & Paysages/ Riches Associés/ Egis Management/ L’atelier Lumière.

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Nous apprenons que les travaux étaient estimés à 5.2 M€ (en général lorsqu’on annonce un coût de travaux on fait un rappel même succin de la nature des travaux, mais le document n’en dit mot, cela évite de comprendre et de savoir). Bonne nouvelle, les études , sont réalisées à 40% nous dit le maire:

Les études d’avant projet ont été commencées en 2008 par l’équipe de maîtrise d’oeuvre et réalisées à hauteur de 40%

Je crains sur ce point de ne pas bien comprendre cette proportion, devrais-je en demander l’explication à l’adjoint à l’urbanisme? En effet, lors de la présentation du projet le 15 septembre 2008, l’autorité publique avait annoncé que les études APD (avant projet définitif: dernier stade de l’AVP) étaient achevées et que le dernier trimestre 2008 serait consacré à la phase PRO (projet). Autrement dit, les études d’avant projet étaient bouclées. Soit ils mentaient alors, soit aujourd’hui on minimise volontairement le niveau d’avancement des études pour justifier sa totale reprise en main. A vous de choisir…

Peu importe, c’est de l’argent public. Voyez plutôt :

le programme d’aménagement pour la place Mauvard a évolué ensuite à la suspension temporaire pour le parking souterrain.

Ici c’est drôle, car cette suspension n’a jamais été temporaire ni même une suspension. Une pure et simple annulation immédiate du projet de parking souterrain, décidée depuis le début et présentée comme telle en commission extra municipale; confirmant d’ailleurs la position du maire quand il s’inscrivait contre le projet, siégeant (le mot est faible) alors dans l’opposition (comme nous le verrons ensuite). Le rédacteur du rapport n’a pas du saisir les subtilités de la langue pratiquée par le maire.

Ce que nous savions sur le saucissonnage du projet est confirmé, relevant plus de la charcuterie que de l’urbanisme, ou, proche du miracle, de la multiplication des pains à la multiplication des tranches :

Afin de tenir compte de ce report (sic) et pour poursuivre les autres volets du projet, il est nécessaire de scinder le marché initial en deux tranches : une tranche ferme et une tranche conditionnelle.

En réalité, la tranche ferme est déjà subdivisée en deux phases, histoire de bien étaler les travaux dans le temps pour en optimiser les nuisanses. On se demande jusqu’à quel point son inconscient ne le conduit pas à se venger de ce quartier qui ne lui a pas été totalement favorable aux élections. Vous n’avez pas voté pour lui? Vous lui êtes hostile? Alors vous allez le payer très cher par le doux ronron d’un chantier étalé sur le reste de la mandature.

Et là attention les yeux, le conditionnel a rarement été autant à l’honneur pour un projet d’urbanisme :

La tranche ferme porterait sur le périmètre initial

On ne le sait pas encore ? Mais où pourrait-elle bien porter?

Le programme de la place Mauvard évoluerait vers la création d’un parking de surface temporaire

On ne le sait pas non plus ? On croyait savoir pourtant; puisqu’en conseil municipal Michel Moyrand, solennel dans l’opposition, déclarait au sujet du rapport n°13 relatif à la construction du parking souterrain dont le rejet était acquis:

… il faut faire attention, ce n’est pas un lieu adapté pour faire un parking [souterrain]

En réalité il doit bien connaitre son propre avis ce monsieur ou alors c’est inquiétant dans sa situation. Mais dans ce cas ce n’est plus nécessaire de commander des études d’avant projet, autant passer directement à la consultation des entreprises et à l’exécution. Ces précautions de langage sont de pure forme, quoique peu honnêtes avec la réalité. Il y a peu, lors de la présentation du budget 2009 et du Programme Prévisionnel d’Investissement 2009/2014 du 17/03/09, (Cf. aussi DL 17 mars 2009) le maire écrivait fermement à cet effet:

Nous avons choisi de ne pas construire le prestigieux et onéreux parking Mauvard qui, je le rappelle, aurait coûté la modique somme de 15 millions d’euros, dont 13,5 restaient à la charge directe des contribuables de Périgueux. Nous avons néanmoins inscrit dans ce PPI pour 2011 et 2012 l’aménagement de surface de la place Mauvard en nouvelle aire de stationnement avec l’installation d’un ascenseur

Et là, soudain, encore ce conditionnel du rapport qui en dit tellement long:

La tranche conditionnelle porterait quant à elle sur l’aménagement des quais, du boulevard Georges Saumande et de la dalle du parking souterrain, dans l’optique de la réalisation à terme de cet ouvrage.

Il faut bien saisir ici que le maire a récusé depuis l’origine et confirmé par la suite cet ouvrage inutilement coûteux. 11M€ ! clamait-il puis 15M€ pour finir… (Oui l’inflation est impressionnante en politique puisque Michel Moyrand, en conseil municipal du 24/11/07, déclarait connaitre l’estimation municipale de 9.25 M€ avant négociation). Là, nous apprenons que ce projet n’est pas enterré ; peut-être que… C’est une sorte de blague, il ne faut pas confondre l’emprise de « la dalle du parking souterrain » et la réalisation du parking souterrain. En effet (et on a eu peur à la première lecture), ce n’est pas le parking souterrain qui est visé mais ce qu’il fera dessus, à son emplacement originel. Mais alors pourquoi une dalle de parking souterrain?

Vous nous direz, incrédule, qu’il a déjà annoncé faire des travaux sur le parking à hauteur de 400 000 € et c’est vrai, mais éventuellement « temporaires » je précise, (si l’on peut dire). Ca c’est la tranche ferme. Mais s’il est réélu, il fera peut-être la tranche qui est conditionnelle et qui comporte de nouveaux travaux sur le parking à la hauteur précise de 1.324 M€. Agacez, vous rétorquerez alors qu’il vient d’annoncer l’éventualité de « la dalle du parking souterrain, dans la réalisation à terme de cet ouvrage« ; c’est vrai aussi. Je vous concède que ce texte raconte n’importe quoi, ce à quoi j’ajoute qu’il traduit assez fidèlement l’état du projet.

Et je vous sens tout rouge à l’idée de réaliser une dalle de parking souterrain avant de le creuser; parking souterrain qui est catégoriquement refusé depuis l’origine et pour lequel il n’y a aucun budget. J’en suis désolé, mais je ne fais que retranscrire ce qu’il y a d’inscrit sur ce document. C’est d’une cohérence à se faire péter le carafon un soir de pleine lune, je souscris. Mais en l’absence de projet réel, le maire préserve une grande marge de manœuvre, CQFD.

Les maîtres d’œuvre sont gâtés. Oui, non, peut-être. Mais ce n’est pas si bête. Car le maire avait prévenu la population. N’avait-il pas déclaré à la presse (DL) le 17 mars 2009 :

Si nous sommes réélus en 2014 nous mènerons une autre tranche de travaux

Mais rien n’était moins sûr pour SO qui avait ainsi retranscrit :

Nous ferons le reste si nous sommes riches et réélus

En somme, il faudra voter pour lui afin de connaitre le fin mot de l’histoire. Ce genre de suspens n’est peut-être pas ce qu’on attend en réalité d’un décideur politique, a fortiori sur un projet urbain de plusieurs millions d’euros. La chose est claire: Michel Moyrand investit moins pour la ville de Périgueux qu’en vue de la prochaine échéance électorale. On peut aussi attendre une autre utilisation de l’argent public. En l’espèce, il ne veut que le pouvoir de signer l’avenant, sans aucune contrepartie et sans rien dévoiler de la réalité du projet qu’il a en tête (si cette dernière contient bien un projet).

En somme il s’engage à minima pour conserver toute marge de manœuvre en fonction des aléas politiques et électoraux, ce qui fait de lui un maitre d’ouvrage imprévisible, un décideur qui ne décide rien, un homme qui tend les bras en reculant avec les jambes, empêtré dans des déclarations publiques contradictoires.

:: Le projet Moyrand-Mauvard ::
(Ne cherchez pas le contrepet, ce n’est pas là qu’il est). Car ce projet n’est plus le projet du Bas Saint Front. Sans le dire explicitement le commentaire du journaliste de DL 24 novembre 2009 est édifiant :

Le projet Mauvard devrait refaire parler de lui

D’ailleurs, l’opposition elle-même, selon le journaliste, ne semble pas encore avoir saisi la radicalité du changement :

Un projet majeur du candidat Darcos revu « a minima » selon l’opposition qui dénonce depuis des mois la mise en place d’un parking de surface au lieu du parking souterrain prévu au départ.

Notez, c’est normal puisque sur ce point l’opposition ne contredit pas ce que rabâche le maire (DL 20 mars 2009) :

Un budget de 4 170 000 euros est prévu pour la place Mauvard et la rénovation urbaine autour de Saint-Front. On peut donc difficilement appeler cela abandonner !

Cela comme si les projets étaient les mêmes, considérant que la dernière mouture modifie le projet initial. En réalité il y a deux projets différents, qui n’ont pas les mêmes finalités et objectifs. Le maire emporté par son calcul électoral, feint de confondre. Ce n’est pas parce que l’on parle de la même zone et d’un même investissement que le contenu du projet est le même. On peut bien abandonner un projet, conserver une ligne de crédit affectée à un zone précise et développer un nouveau projet radicalement différent du premier. Et c’est ce qui se passe. Mais pour des raisons strictement politiques, le maire à tout intérêt à ce que les habitants confondent le pure-sang et le percheron. Maintenant, libre à eux.

Le projet du Bas Saint Front avait pour objet de réconcilier la ville et la rivière, un point déterminant et substantiel. Le projet actuel n’a pas cette finalité puisque les travaux faisant le lien sont repoussés en une tranche (très) conditionnelle, en particulier sur le boulevard G. Saumande qui sépare la ville de la rivière.
Par ailleurs le projet du Bas Saint Front avait pour fin de permettre ce lien de manière piétonne par l’aménagement d’espaces verts créant une continuité entre la ville et l’eau. Ce n’est plus le cas, puisque la seule ambition du maire est de refaire un parking de surface pour un investissement de 400 000 €. (Pour comparaison, l’investissement pour l’aire de campings car est d’environ 500 000 € pour une surface moindre).

Pour mémoire, les principaux objectifs de ce projet étaient stipulés sur ses plaquettes de présentation :

– « une nouvelle perspective s’ouvre sur l’Isle et sur le grand paysage »
– « un jardin en terrasse pour offrir un nouveau trait d’union au cœur du quartier »
– « un projet qui réconcilie l’Isle et le quartier St Front »
– « la place libérée du stationnement offre un nouveau lieu de convivialité au pied de la cathédrale »
– « la zone 30 offre un espace mixte partagé où chaque usager trouve sa place »

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A ce titre, l’appel d’offre de mars 2007 était sans ambigüité:

L’enjeu du projet est de recomposer un espace public face à la rivière mettant en valeur les atouts de la ville ancienne: le secteur sauvegardé et ses monuments historiques

Les objectifs poursuivis consistent à réaménager plusieurs espaces situés autour de la cathédrale Saint-Front (inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco) et à proximité de la rivière Isle, sur une surface totale de 22 300 m² pour arriver à une fluidité piétonne et à un agrément des parcours, en dépit des reliefs. Il s’agira en particulier de transformer le parking de surface actuel situé place Mauvard en espace piétonnier à dominante végétale

C’est à cette consistance générale de la maitrise d’ouvrage que les concepteurs ont répondu. Et non bien sur à un projet dont le but est de rénover chichement un parking en occultant la problématique essentielle du lien avec la rivière. Les « 40% » (non ne riez pas) des études effectuées correspondent à ce projet et non à ce « machin » qui n’est plus ni végétal ni piéton, rien d’autre qu’un projet de parking de supérette de village.

Le projet actuel n’a strictement rien de commun avec le projet initial. C’est autre chose, un projet différent. Nous ne savons pas encore quoi, mais c’est autre chose. Pour l’heure ce n’est qu’un projet d’aménagement de parking et rien de plus, sinon l’ascenseur pour gadget.

Autrement dit, ce projet pose le problème de s’adosser à des études réalisées à « 40% » (concède; difficile à contenir) mais qui n’ont strictement pas les mêmes visées. Dès lors, se pose un problème de cohérence par lequel seul le maire ne semble pas gêné. Au risque de compliquer sa situation politique en 2014, on finit par conclure qu’il aurait mieux valu, surement, « assumer l’abandon de ce projet ». En avait-il le courage politique ? Visiblement non.

Nous voilà donc avec des études réalisées à « 40% » (ça suffit maintenant) qui n’emportent aucune satisfaction au regard du nouveau projet municipal, projet sans objectif sinon celui de rénover le parking existant pour leurrer les périgourdins sur la continuité du projet. Certes, le maire fera sa tambouille en simulant l’assimilation de deux projets qui sont pourtant des corps étrangers. Il touillera jusqu’à faire croire l’incroyable, en s’appuyant sur le reste du programme. Mais la réalité est différente et plus crue.

Aussi, à notre humble avis, il conviendrait davantage d’en rester là avec le Bas Saint Front. Surtout que le maire n’y entreprenne rien que les périgourdins regretteront par la suite, comme un projet sans queue ni tête ayant pâti d’être amputé pour la réalisation de son caprice de star municipale, le déménagement de la mairie.

:: Monsieur le maire ::
Monsieur Moyrand, par pitié, ne touchez pas au Bas Saint Front, nous ne sommes plus à quelques années près. Il sera bien un jour où un politique assez courageux et visionnaire se présentera pour réaliser un vrai projet. La Mairie de Ken vous l’avez, c’est une réussite, votre réussite, alors pourquoi infliger tant de médiocrité à ce quartier du Bas Saint Front?

Que votre ambition pour le quartier sauvegardé se résume à la rénovation du parking existant nous fait conclure que les 400 000 € prévus seraient bien plus utiles ailleurs (par exemple pour décorer la Mairie de Ken avec les Fleurs de Barbie). A défaut, vous ne ferez qu’inscrire votre nom au bas de la longue liste des décideurs qui ont maltraité ce quartier. Vous répondrez sûrement que ce n’est qu’un aspect du projet et vous aurez raison. Sauf que le reste du projet consiste en une large piétonisation de l’ensemble. Une piétonisation pour laquelle vous balbutiez mensuellement le samedi avec Cœur Piéton, étant incapable ni de la pérenniser ni de l’étendre. Heureusement le dimanche, vous vous reposez.