La place Montaigne appartient au peuple français

« Je ne vous demande QUE de déclasser le terrain ! ». C’est avec emphase que le maire de Périgueux défend son projet de privatisation de la place Montaigne, domaine public de 3000 m² qui doit être vendu à un promoteur immobilier.

Que n’aura-t-il insisté sur la trivialité de cette décision, se heurtant pourtant à l’abstention d’une partie de sa majorité ((Les Verts se sont abstenus et les courageux communistes ont voté pour, dans le droit fil de leurs convictions)). Le déclassement de la place Montaigne, une décision triviale ?

Triviale mais rapide, voire empressée. Le maire a justifié hier cette décision par la pression du promoteur. C’est donc dans l’unique intérêt de l’acquéreur qu’est déclenchée cette délibération de déclassement.

Le domaine public est inaliénable, imprescriptible et insaisissable. Il n’est pas la propriété de l’Etat ou d’une collectivité territoriale et encore moins celle d’un de ses représentants. Un domaine public est la propriété indivise de TOUS les français ((Cf. Excellent point de la situation de François Patard, Departement Génie civil et urbanisme – INSA RENNES)).

D’où un régime extraordinaire, exubérant de droit commun, de la domanialité publique. On n’exproprie pas le peuple français. Aucun de ses représentants, du Président de la République au maire de Périgueux, n’a le droit de vendre la terre de la Nation.

C’est dans l’ignorance de ces principes fondamentaux qu’on peut croire à la trivialité de cet acte de déclassement, à la hauteur d’une vulgaire parcelle de lotissement. Et c’est cette ignorance toujours qui créer la confusion chez le maire, confondant le gestionnaire et le propriétaire.

Car en refusant la procédure légale qui doit au préalable accompagner ce déclassement vers le domaine privé, le maire agirait en propriétaire terrien de la commune de Périgueux.

A contrario, cette procédure vise, au préalable du déclassement, à constater que ce domaine n’est plus à l’usage du public et que ne rendant plus ce service public, (parking), il peut être déclassé dans un régime ordinaire de droit commun.

Autant dire que le contrôle de légalité préfectoral devrait montrer la confusion des vanités municipales en frappant la décision d’illicéité.

Reporter sans frontières

Au peuple le choix de vendre son bien commun

Mais en attendant, nous ne nous laisserons pas réduire au silence sur une telle décision, alors que la loi nous invite à nous exprimer en premier chef. Aujourd’hui c’est la place Montaigne. Et demain c’est quoi??? La place de la Clautre? La place du Marché au bois?

Nous sommes propriétaires de notre terre et sommes conviés à exercer nos droits fondamentaux avant même qu’un de nos représentants n’en décide.

Aussi avant que le maire ne puisse vendre une partie du domaine public à un promoteur immobilier, tous les périgourdins sont, en droit, invités à donner leur avis. Toute procédure inverse, mettant les habitants devant le fait accompli, serait un ukase.

La justification d’un bâtiment commercial d’1 hectare en centre ville est seconde. Il s’agit en premier lieu de savoir si nous acceptons que 3000 m² du domaine public soient privatisés.

Face à ces enjeux, il est inacceptable que la mairie s’abaisse dans la rétention d’information, (projet architectural, impact financier et commercial, plan de travaux, etc.).

En refusant de mettre à disposition les documents permettant aux habitants d’appréhender le projet, la municipalité manque à ses obligations d’information du public.

Il sera bientôt demandé auprès d’un juge administratif de remettre cette procédure dans le chemin de la légalité.

Notre terre ; la terre du peuple, n’est pas à vendre. Et si elle l’était, ce serait par la décision directe de son unique propriétaire, le peuple et non ses représentants. Un mandat électoral n’a jamais été un titre de propriété.

  • Ceux qui considèrent donc que la privatisation d’un domaine public n’est pas triviale.
  • Ceux qui considèrent donc que la terre de la Nation n’est pas la propriété des représentants mais de tous.
  • Ceux qui considèrent donc que l’application de la loi prévaut sur les intérêts privés et les demandes d’un promoteur.
  • Ceux qui considèrent donc que leurs droits fondamentaux doivent être appliqués avant que l’on ne décide pour eux.

Ceux qui considèrent donc tout cela, sont invités à se faire entendre et à faire acte de citoyenneté.

Au Tribunal Administratif de trancher bientôt

Hier le maire a présenté sa vision de la procédure. D’abord il s’ouvre la possibilité de déclassement ((Attention, « Le fait d’engager une procédure de déclassement d’une voie n’implique pas son déclassement. Tant qu’il n’est pas intervenu, la voie ne cesse d’appartenir au domaine public« .
(C.E. 2 mai 1994, Verdeille, req. 142313)).

Ensuite il fait fermer le parking et constater sa désaffectation. Là il signera ensuite le déclassement vers le domaine privé ((Méfiance pour le recours: « La délibération portant déclassement de la voie n’est pas un acte réglementaire (il en va d’ailleurs de même pour la décision de classement). Son illégalité ne peut donc être invoquée par voie d’exception après l’expiration du délai de recours contentieux pour contester un autre acte. (C.E. 23 octobre 1995, commune de Moiselles, req. 125961)). Puis il rouvrira le parking en attendant de vendre la place Montaigne. NI VU NI CONNU.

A cette présentation des choses qui nous met tous devant le fait accompli, nous opposons la procédure suivante. En préalable, l’article L 3111-1 du Code Général de la Propriété des Personnes Publiques exige l’inaliénabilité d’un domaine public.

Une des questions importantes sera celle posée par le « détournement de pouvoir« .

1. Constater la désaffectation « effective et matérielle » de la place Montaigne

Le déclassement d’un domaine public est la conséquence d’un constat de désaffectation ((Par exemple, affaire Michaud, position du commissaire du gouvernement Franc: « Une désaffectation formelle ou déclassement n’est possible que si elle consacre une désaffectation de fait du bien en cause, soustrait à l’utilité publique qu’il servait jusqu’alors. Une décision de déclassement est illégale si elle ne sanctionne pas ni réalise une désaffectation de fait« .)) du domaine public. L’argument s’appuie sur l’article L 2141-1 du Code Général de la Propriété des Personnes Publiques.

Or le Code de la Voirie Routière prévoit en tel cas l’obligation d’une enquête publique (article L 141-3) quand « l’opération envisagée a pour conséquence de porter atteinte aux fonctions de desserte ou de circulation assurées par la voie« .

Par conséquent il sera demandé l‘annulation de toute délibération de déclassement avant d’avoir, sur conclusions d’un commissaire enquêteur, constaté que la place Montaigne « n’est plus affecté à un service public ou à l’usage direct du public« .

2. Dénoncer la future désaffectation artificielle du parking

L’idée du maire de fermer le parking, le temps de sa désaffectation, puis de l’ouvrir à nouveau en attendant sa vente sera dénoncée. Il va de soi que cette désaffectation ne serait pas sincère, mais uniquement au service d’un stratagème pour contourner la loi. Prévoyant, le législateur indique qu’il faut « constater la désaffectation  » et non l’organiser intentionnellement, bien sur.

Ce n’est pas la désaffectation qui sera alors constatée, mais l’obstruction municipale à l’accès du domaine public (constat d’huissier à l’appui), une faute valant recours en excès de pouvoir. A l’appui, on peut citer une référence discrète:

« Une collectivité publique ne peut déclasser un bien de son domaine public pour le vendre ou permettre la constitution de droits réels tant que l’affectation publique de ce bien demeure, car, dit la jurisprudence, ce déclassement méconnaîtrait les conditions de fond de la domanialité publique et viserait à une aliénation que celle-ci interdit « .

Eiffage, un promoteur maître des domaines publics périgourdins?

Le promoteur claque des doigts et le maire s’exécute. Aussi Eiffage veut bien s’engager mais veut devenir propriétaire d’un domaine public en plein centre ville?

Pas de problème, le maire est à son service? La mission de défense de l’intérêt général du maire s’arrêterait-elle aux desiderata du promoteur immobilier?

Cette manie de décider dans le secret, de faire croire à des consultations fantoches, de vouloir biaiser la loi et de mettre les citoyens devant le fait accompli, finit par générer des soupçons.

Derrière les apparences d’intérêt général, n’y a-t-il pas, masqués, des intérêts très particuliers? La question d’un conflit d’intérêt finit bien par se poser. Quels sont vraiment les accords passés entre le maire et Eiffage?

Comment réagit Vinci, l’exploitant du parking? A quelle hauteur les périgourdins contribueront-ils à l’indemnisation de la fermeture du parking? Vinci gagnera-t-il en échange l’exploitation du parking Mauvard par exemple?

Il y a un moment où si les citoyens n’apportent pas eux-mêmes la contradiction à ceux qui les infantilisent, alors ils ne pourront prétendre ensuite à être traités autrement que comme de grands enfants.

Aussi devront-ils se contenter d’une réalité simpliste et ludique, où on leur annonce que « pour leur bien« , on a fait un grand et beau bâtiment dans lequel ils trouveront leurs marques préférées.

Quant aux questions compliquées, dont on présume que ce grand enfant n’y entendrait rien et pour ne pas le lasser, quelques bonnes âmes dévouées s’en occupent, comme le maire et le patron d’Eiffage.

Notre démocratie vaut mieux que cela.

Retour en régie municipale de l’eau potable, victoire de la Lyonnaise des Eaux

Ceux qui en 2008 ont voté Michel Moyrand pour sa promesse de gestion publique de l’eau potable vont être déçus.

.Depuis 1986, la Lyonnaise des Eaux, filiale du groupe Suez, gère le traitement et la distribution d’eau potable, l’assainissement et les eaux pluviales à Périgueux. Son contrat sur l’eau potable prend fin en mars 2011. Les enjeux financiers sont lourds: 13  868 abonnés. Il fallait « retourner » le maire socialiste, c’est en très bonne voie.

La reconduction de ce contrat ou le choix de la gestion publique est une décision politique majeure.

Faisant fi de ses engagements, de ses principes politiques et de sa lutte passée dans l’opposition, Michel Moyrand s’apprête à appliquer le programme de Xavier Darcos. Oui oui, les gauchistes qui propulsaient « Périgueux Autrement » en bouffent leurs banderolles.

MICHEL MOYRAND, le 24 mars 2006:

« L’eau est un bien qui se raréfie et nous devons nous assurer de sa qualité, du meilleur traitement, c’est de la responsabilité des pouvoirs publics. Une société privée fait des bénéfices, sur l’eau on ne peut pas, ce n’est pas une marchandise ».

Quand les clivages politiques avaient un sens

Quand les doctrines politiques avaient assez de substance pour impliquer des clivages, la gauche promulguait une gestion publique de l’eau avec pour argument son caractère vital. Un bien universel et non une marchandise soumises aux lois de l’économie.

Contre l’idée qu’un opérateur privé puisse s’enrichir sur l’eau, le cout du m3 pour l’usager pouvait apparaitre comme secondaire et faire l’objet d’une solidarité communale.

Aujourd’hui les parts de marché de la Lyonnaise sur l’agglomération périgourdine montrent que de gauche à droite, néolibéralisme et privatisation des secteurs publics l’ont emporté.

Pour la droite, le principal critère est financier, le cout au m3 pour l’usager. Durant toutes ses mandatures, Xavier Darcos a toujours fait prévaloir ce principe sur celui d’une doctrine publique de l’eau.

Historiquement la droite périgourdine a toujours roulé avec la Lyonnaise, tant pour l’eau potable que l’assainissement et les eaux pluviales. Des intérêts bien compris.

Quelques soient les augmentations de tarifs de la Lyonnaise, Darcos a inlassablement martelé que le retour en régie municipale était plus dispendieux. Les copains de la Lyonnaise dormaient sur leurs deux oreilles.

L’ancien candidat des services publics en 2008: Moyrand

Mais en 2008, le candidat socialiste promettait en toute lettre dans son programme de campagne:

« Afin de mieux maîtriser la qualité de l’eau et réduire les coûts pour les citoyens, nous souhaitons un retour en régie de la concession de l’eau ».

Durant sa campagne électorale le candidat socialiste a martelé cette proposition. Elle est encore en ligne sur Dailymotion 02 :25 mn :

« Notre idée, notre idée directrice dans ce domaine, c’est d’aller vers ça : la reprise en régie municipale de la distribution de l’eau potable ».

Michel Moyrand était ainsi fidèle aux idées qu’il a défendu pendant de nombreuses années dans l’opposition. En 2004, l’opposition de gauche dénonçait alors une augmentation des prix de +13% entre 1996 et 2001 et une explosion de +23.4% entre 2001 et 2004.

En ce temps là, Michel Moyrand condamnait vertement les bénéfices de la Lyonnaise des Eaux, concluant en mars 2006 « la facture d’eau pèse lourdement sur le budget des familles les plus démunies ».

Conséquement, Michel Moyrand et son groupe avaient par exemple voté contre le contrat de délégation de 14 années pour la Lyonnaise des Eaux sur l’assainissement et les eaux pluviales.

Michel Moyrand, le bon élève de Xavier Darcos

Avant, Michel Moyrand condamnait la politique UMP-RPR et sa conception extensive de la marchandisation des biens. Mais depuis juin 2010, il rejoint tranquillement les positions de ses anciens adversaires :

« Philosophiquement, je suis attaché au service public, mais on tiendra compte des éléments économiques ».

Le maire de Périgueux récite mot pour mot la rhétorique de Xavier Darcos pour justifier la pérénité des intérêts non des périgourdins au premier chef, mais ceux de la Lyonnaise des Eaux.

Comme pour les antennes relais, les parkings et l’aéroport, Moyrand suit mimétiquement les pas de son prédécesseur. En mars 2011, le maire de Périgueux reconduira probablement le contrat de délégation de la Lyonnaise des Eaux, qui lui a promis (en échange ?) de financer son festival Art & Eau.

Michel Moyrand utilisera alors exactement les mêmes arguments que Xavier Darcos, arguments qu’il aura pourfendu de longues années durant et contredits par ses engagements de campagne.

Histoire d’eau: un référendum pour la gestion publique

Histoire d’eau

Sans eau pas de vie

.. « L’eau n’est pas une ressource naturelle comme les autres. Elle est une ressource irremplaçable, non-substituable, ce qui en fait plus qu’une ressource, c’est-à-dire un bien vital pour tout être vivant et l’ensemble de l’écosystème Terre. Tout être humain a le droit, individuellement et collectivement, d’avoir accès au bien vital. L’accès à l’eau et l’obligation de sa conservation pour la survie « appartiennent » à l’humanité, collectivement; ils ne sauraient pas faire l’objet d’une appropriation individuelle « privée ». »

Valérie Peugeot, Le contrat de l’eau

L’eau est le bien de tous, est-ce encore vrai ?

Vaste sujet, qui pose le problème du droit de propriété sur l’eau : Est-il normal de posséder une source, voire un puits ? Est-il normal de transformer cette eau en profit ? A quand l’appropriation de nos rivières ? De nos nappes phréatiques ? Des glaciers et des mers ?

L’eau représente 70 % de la surface du globe. 97 % de cette eau est salée, impropre à la consommation sans transformation. Restent 3% d’eau douce, répartis inégalement sur la terre. Ces 3 % attirent bien des convoitises. Devant l’accroissement de la population mondiale, vous imaginez bien ce qui va suivre : l’économie fonctionnant sur le jeu de l’offre et la demande, certains petits malins ont compris qu’il y aura bientôt plus de demande que d’offre… Restera à mettre la main sur les sources… et la boucle sera bouclée.

Une dépossession progressive

Si cette eau est à nous, sa gestion ne l’est plus : 80 % des Français paient leur facture d’eau à des sociétés privées : les trois principales : VEOLIA, SUEZ et la SAUR. En Dordogne, 98 % des périgourdins paient leurs factures à l’une de ces compagnies chargée, par les communes, de prendre soin du réseau et de la potabilité de l’eau.

Ils s’engagent par contrat à maintenir en bon état le réseau de canalisation confié par la commune, à garantir la potabilité de l’eau et à gérer sa distribution.

La dépossession, comment ça marche ?

On confie son enfant à une nourrice

L’eau est notre bien le plus précieux. Mais on n’a guère le temps de s’en occuper. La « nourrice » frappe à votre porte et propose d’en prendre soin, acceptant même de payer un droit -dont le nom évolue mais pas le principe (Redevances d’occupation du domaine public: le nouveau décret). Comment refuser une offre aussi sympathique : non seulement on s’en occupe mais on nous paie le droit de s’en occuper. Soulagé, on dit oui, on signe en bas de la page et on en prend pour 20 ans.

…qui part avec pendant de longues années…

Bien sûr, on va aux infos régulièrement. Chaque année la bonne dame vous transmet un rapport qui vous explique ce qu’elle a dépensé ; un rapport de 20 pages rébarbatif que vous regardez en famille et en diagonale, et ça repart pour un an. On remarque bien que la facture augmente… Mais la nounou est sympa, elle vous fait même des cadeaux, ce qui vous permet de faire du sport et d’aller au spectacle.

…Et ne nous rend l’enfant que contre rançon.

Au bout d’un certain temps, malgré tout, on lui pose des questions … Elle fait la sourde oreille. Alors on demande à des amis qui s’y connaissent un peu de regarder de plus près les comptes et les rapports. Et on s’aperçoit que la bonne dame fait appel à du personnel (il semble parfois bien pléthorique), qu’elle met un temps fou à reverser ses impôts (placement à court terme assaisonné de quelques intérêts), qu’on ne sait pas finalement en quoi consiste les frais d’entretien… Ce qui jette un vieux doute sur sa sincérité. Alors on se dit « basta. J’arrête les frais. Rendez moi l’enfant, je me débrouillerai seul . ». Et là, en bas du contrat, elle pointe une clause parlant de dommages et intérêts exorbitants, et vous menace de reprendre ses petits cadeaux. Alors, il arrive que l’on se batte avec courage mais il arrive aussi, et plus souvent, qu’on baisse les bras.

Après le service, les sources ?

S’étant emparé de la gestion de l’eau et ayant bien ficelé les élus, qu’est-ce qui empêche ces sociétés privées de passer à l’étape suivante ? S’approprier notre bien… Ne nous inquiétant plus de l’état de l’eau (dont les analyses sont faites pour la plupart par les sociétés de gestion elles mêmes), nous nous apercevrons bientôt qu’il nous est impossible de faire face à sa dégradation. Le reversement des boues, du purin , des huiles usagées, de tout ce qui est possible et peu imaginable dans nos cours d’eau précipite le drame.

Combien de ces crimes contre l’environnement sont passés sous silence parce qu’ « on ne veut pas d’histoire ». Et qu’arrivera t’il ? La nounou frappera à nouveau à notre porte pour nous proposer de sauver le bébé et l’eau du bain. Et on signera en bas de la page la vente de nos rivières en compensation de ce sauvetage. La, nous perdrons définitivement la main.

C’est le moment ou jamais

Pourquoi évoquer ce sujet en ce moment ? C’est que la plupart des contrats municipaux sont en renégociation. C’est le cas à Périgueux. Beaucoup de communes en France ont réagi. C’est le cas à Montbéliard, Vierzon, Paris, Rouen, Castres et cela n’a rien à voir avec l’appartenance politique du maire.

Constat : la reprise en main aboutit partout à une baisse des factures. Elle permet aussi de trouver un autre mode de facturation, plus équitable. Elle permet surtout de prendre les dispositions nécessaires pour améliorer la qualité sanitaire de l’eau et pas seulement sa « potabilité » dont les critères sont fort discutables.

La gestion de l’eau, c’est un problème citoyen qui mériterait un référendum…

Certains élus de Périgueux ont réussi à déclencher une étude indépendante. Pas sûr cependant que d’autres
-et non des moindres- aient envie de sauter le pas, de reprendre les salariés en régie, de gérer ainsi ce bien qui nous appartient, à nous, habitants de Périgueux et au-delà, aux habitants de l’agglomération ! Alors si tout simplement on demandait la parole : un référendum.

Vous voulez plus d’information ? Des conférences sont organisées à Périgueux dans les jours qui viennent.

Ce n’est pas qu’une question d’argent,
C’est aussi préserver le bien de nos enfants
En se réappropriant la gestion de l’eau, on garantit l’universalité de sa jouissance.

« Il est souvent difficile de conserver sa foi en la destinée de l’homme, mais ce n’est que lâcheté de désespérer de l’avenir ».

René DUBOS

Un Conseil Municipal sans histoire

Les habitudes sont prises

« Présente ! » je lève la main, vieux réflexe. Un conseil municipal, ça commence comme à l’école, par l’appel. Le Maire égrène consciencieusement les 39 noms et prénoms, note les procurations, puis désigne le secrétaire de séance et rappelle l’ordre du jour.

Il est 6 heures du soir, la nuit tombe, froide et humide. Brrr ! Ce sera un « petit conseil » à ce que je vois, les procurations pleuvent. 2 excusés dans notre groupe et je remarque que l’une d’entre nous siège alors qu’elle sort de l’hôpital. Chapeau ! Nous sommes assis, comme de coutume, dans l’arrondi de la grande table du Conseil, face au Maire.

Les journalistes ont déjà dégainé leurs stylos. Ils sont assis derrière nous et devant quelques personnes venues assister à la séance. Un photographe prend quelques clichés. Peu de monde en vérité… Pourtant, la pression était, semble t’il, montée d’un cran, annonçant des échanges peu amènes, tels que la presse et le public adorent.

15 points à l’ordre du jour et 3 questions

Chaque point fait l’objet d’une lecture par l’adjoint concerné. On aimerait bien connaître la voix des autres conseillers mais il semblerait qu’ils n’aient pas droit à la parole…

Après lecture, le maire demande s’il y a des questions. Parfois l’opposition intervient (jamais les conseillers de la majorité) et le tout donne lieu à un vote inversé « qui est contre ? Qui s’abstient ? ». C’est une méthode beaucoup plus rapide lorsqu’il y a désaccord, étant donné la majorité écrasante «pour » : 30 voix contre 9… Encourageant vous ne trouvez pas ?

On parle de quoi ?

De l’achat d’un aspirateur de feuille à la provision de 1,6 M€ pour l’achat d’un terrain, tout est passé en revue de la 3° décision modificative (DM3 pour les initiés) du budget. Ce qu’on n’a pas dépensé, les transferts de budgets, les affectations. L’adjoint récite consciencieusement la note de synthèse. Le conseil semble suspendu à sa voix douce et monocorde.

Beaucoup de décisions font partie du «train-train » de la gestion d’une commune et les commissions préalables permettent d’anticiper ou même de désamorcer les conflits. Des entrevues « entre 4 zieux » sont également possibles entre les protagonistes.

Ce qui fait que le Conseil Municipal est rarement le « dernier salon où l’on cause ». Ce n’est pas un lieu de débat. On pose une question, le maire est censé y répondre. Si la question l’ennuie, il sait répondre sans répondre…

Les lectures sont rapides, on passe aux questions, pas de question ? On vote et on passe à la suivante. On a beau étudier le document (reçu quelques jours avant le conseil) et se préparer à intervenir, il ne faut pas relâcher un instant son attention !

A suivre

Parmi les sujets abordés, certains méritent, aiguisent mon attention :

  • le projet de construction d’un « drive in » Leclerc . Vous savez ? Les gens pourront commander par internet et viendront charger leurs commandes directement dans leur voiture. Il s’installerait à la place du Privilège. Je suis curieuse de connaître l’impact environnemental de ce projet car il impliquera une circulation accrue sur un axe déjà très fréquenté. Et comment il s’inscrit dans le PDU…
  • Le rafistolage de Mauvard. Aucune approche globale du quartier. Ce site n’est d’abord considéré que comme étant, je cite « le plus important pôle de stationnement gratuit à proximité immédiate du centre-ville » alors qu’il devrait être regardé comme l’écrin du bijou architectural qu’est notre cathédrale en vitrine de la ville.

Je persiste à dire que l’abandon du projet global de restructuration de l’espace autour de la Cathédrale incluant la conception d’un parking souterrain, d’une esplanade plongeant vers les quais, de la réfection de la place de la Clautre et du Greffe est une tragique erreur. Ce renoncement mène à des bricolages indignes de la beauté du site tout en réduisant les places de parkings (et les rendant payants). Dans un paysage non revisité, je crains fort que l’ascenseur ne fasse office de verrue au milieu du Thouin. A suivre de près.

  • La candidature de Périgueux « Label destination pour tous » qui prévoit un effort d’aménagement de la ville pour les personnes handicapées. Bien. J’espère que l’on pensera à réparer les trottoirs et équiper les feux tricolores de bip sonores… je remarque qu’encore une fois les entreprises commerciales sont écartées du sujet. Le FISAC (fonds d’intervention pour la sauvegarde de l’artisanat et du commerce) propose pourtant des aides aux commerçants souhaitant aménager l’accès de leur magasin. Le Maire répond que « mais bien sûr, ces demandes doivent être adressées au nouveau président des commerces@Périgueux. » Qu’on se le dise…

Les 3 questions qui font pchitt !

Vint le temps fatidique des 3 questions orales dont le protocole veut qu’elles soient posées par écrit 5 jours avant la date du conseil.

1. Rien n’est clair concernant la mise en place de la taxe sur la publicité, ni dans la procédure, ni dans l’intention, ni dans la manière d’informer les commerçants.

Réponse : tous les commerçants de la ville ont reçu la visite d’un représentant de la mairie, on maintient les tarifs, on ne prendra pas de délibération.

2. La délinquance augmente, quelques mesures préventives, peut être ?

Réponse : on organisera au printemps des « assises de la tranquillité ».

3° L’étude de la CAP devait porter sur le commerce de centre ville, elle ne s’intéresse qu’à la faisabilité du centre commercial. Vous voyez la différence ?

Réponse : non.

Allez, une bonne nouvelle !

Voilà, c’est tout. La séance est levée à 19 H 30. Je salue les collègues et adresse un clin d’œil aux fantômes des conseillers municipaux des siècles passés ; les murs ont leurs oreilles. Il me semble en entendre certains râler. Qu’ils se dépêchent, ils ne percevront bientôt plus que le silence.

Je rumine en repartant sous la pluie dans la nuit froide. Sans doute de bonnes intentions, mais peu d’efficacité et surtout l’impression d’un grand désordre : des études dans tous les sens et pas de cohérence, des opérations lancées et pas d’évaluation, des projets commerciaux sans consultation des premiers concernés, des investissements « petits bras » quand il nous faudrait un élan musclé et confiant.

I’m a lonesome cow boy far away from home… Je salue la cathédrale au passage. Quelle cité allons nous laisser à nos enfants ?

Le lendemain nous tombait du ciel une petite Mélissa, toute fraîche et rose sous son petit bonnet de laine, petits poings serrés et sommeil vigoureux. Vous savez quoi ? Je crois bien qu’elle aura les beaux yeux de son grand père…

« Les fleurs du printemps sont les rêves de l’hiver racontés, au petit matin, à la table des anges »

Khalil Gibran

Mouvement des Artistes Désobéissants: contre le couvre-feu culturel périgourdin

[Rappel: tout comme Brice Hortefeux est toujours Ministre de l’Intérieur, Gatienne Doat est toujours adjointe au maire de la ville de Périgueux]

Voilà quelques jours la presse locale se faisait l’écho de la création d’un nouveau collectif à Périgueux, le M.A.D , Mouvement des Artistes Désobéissants.

Ce mouvement composé de plusieurs associations a éclos comme en réaction à la pression et au contrôle exercé par les pouvoirs publics locaux (Cf fermeture pléthorique de bars musicaux ).

Impuissants à équilibrer la relation entre des habitants qui réclament un calme antarctique en plein centre ville et des cafetiers, artistes et musiciens qui par définition agitent le réel, Moyrand et Abollivier (elle est mutée, bon débarras) ont opté pour une solution radicale.

Ils se sont décidés pour une ville sous respiration artificielle, comateuse et cadenassée, où par surcroit l’expression culturelle dans l’espace public devient une faveur administrative. La banquise périgourdine s’épaissit, seuls les (manchots) empereurs de la gérontocratie en profitent.

Mais c’est connu, plus l’on oppresse, plus l’on provoque des résistances à l’oppression. C’est dans ce contexte que le M.A.D vient d’apparaitre.

Ce que précise Tony Brown (porte parole) en dénonçant « un système qui devient répressif et militariste ». Ca vient d’une longue histoire entre les besoins de l’Etat et l’aspiration des citoyens.

Brève présentation du Mouvement des Artistes Désobéissants: MAD

On ne va pas s’attarder. Il suffit de lire leur page Facebook. Libre expression, revendications, Zone Autonome Temporaire (TAZ), happening, performances, sont à la base de leur vocabulaire.

Mouvement des Artistes Désobéissants

Ils osent même indiquer que l’art « interpelle, dérange, invite et rappelle ». Quoi l’art dérange ? Et oui, l’art dont le producteur exécutif est une collectivité territoriale, Périgueux en particulier, ne dérange surtout rien ni personne.

Cet art public n’est perçu que pour faire « passer un bon moment », « apporter du rêve » et obtenir le label de « bon gout rétinien ». Il est plus souvent un évitement, un échappement de la réalité, qu’une confrontation directe avec cet art qui démasque et interroge les maquillages existentiels.

Il nous habille plutôt qu’il ne nous dénude.

M.A.D, l’acronyme révélateur d’un malaise périgourdin

On s’étonne du sens derrière l’acronyme, il est révélateur. Car en réalité qu’est-ce qu’un artiste obéissant ? Sur le fond la question interpelle. A quoi ou à qui cet artiste devrait-il obéir ?

Très vite on se demanderait si l’art peut être obéissant et si c’est bien toujours un artiste celui qui demande la permission pour faire de l’art.

L’affiche révèle une autre redondance : « des performances artistiques libres dans les lieux publics ». Là aussi, éprouver le besoin d’indiquer qu’une performance artistique est libre, comme si intrinsèquement elle ne l’était pas, fait passer Fluxus pour un dinosaure d’avant la Grande Météorite.

Plus concrètement, on en connait des artistes obéissants. On songe à ces gens de cour et leurs circonvolutions autour des élus pour obtenir des expo, du fric, un salle, etc. Souvent le pouvoir leur donne ce que jamais ils n’ont obtenu par le public et leurs pairs ((Bien vu par Bernard Cazeau, reconnu par Michel Moyrand, (bref, leur procurer toute la vanité qu’ils attendent de leur fonction), est plus fructueux pour ces lampistes de la culture n’ayant rien à espérer de leur propre créativité)).

Aussi le MAD apparait comme une lapalissade, une redondance et c’est là que se révèle le malaise.

L’espace public, un quartier de haute sécurité culturelle

L’espace public est là où se manifestent les libertés de circuler, de s’exprimer, de se réunir (constitution). A titre d’exception (lois ordinaires), son accès est restreint par la puissance publique.

Cet espace public est aujourd’hui la propriété de l’Etat dont il accorde concession à la collectivité locale. Au nom de l’intérêt général, l’Etat et son rejeton administratif sont les douaniers de cette frontière, rejetant vers le lieu privé tout ce qui ne correspond pas à leurs critères.

Mais que ces douaniers de l’espace public définissent ce qu’est l’intérêt général relève de la chimère. Au mieux, ils opposent une définition juridique aussi imparfaite qu’en évolution permanente. En ce sens, le concept mou de trouble à l’ordre public -comprenant moralité et bonnes mœurs- est à l’espace public ce que le CRS est au gréviste, (qu’on appelle aujourd’hui « bloqueur »).

Au fond, l’autorité qui contrôle l’espace public a pour première mission d’en interdire ou compliquer l’accès à qui la critique ou la remettrait en cause ((Habermas. L’espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise,1962)). (C’est une des raisons pour lesquelles l’art officiel, l’art public doit « faire rêver » et non éveiller le criticisme).

La désobéissance civile, artistique, culturelle, autrement dit la non reconnaissance des pleins pouvoirs de ces douaniers de l’espace public, est aujourd’hui châtiée au nom de l’intérêt général.

L’autorité publique à Périgueux mène une croisade administrative contre les « mauvais élèves ». Son interprétation extensive de la règle conduit à fermer les espaces privés non maîtrisés d’une main, quand de l’autre elle verrouille l’accès à l’espace public sur délivrance d’un passeport.

Ce passeport périgourdin d’accès à l’espace public est l’assurance de correspondre à ce que doit être l’expression publique, artistique ou culturelle selon la gente administrative.

Désobéir pour protéger les libertés publiques

L’existence du M.A.D ne tient qu’à l’échec des libertés publiques.

Malgré les grandes lois libérales de la fin du XIX° siècle (association, presse, réunion, manifestation), aujourd’hui l’espace public se restreint proportionnellement à l’explosion normative de ses restrictions d’accès.

Les politiques préfectorale et municipale de Périgueux font aujourd’hui penser à 1794, lorsque toute réunion publique devait faire l’objet d’une autorisation préalable ((L’article 291 du Code pénal de 1810 stipule notamment que « Nulle association de plus de vingt personnes, dont le but sera de se réunir tous les jours ou certains jours marqués, pour s’occuper d’objets religieux, littéraire, politiques ou autres, ne pourra se former qu’avec l’agrément du Gouvernement, et sous les conditions qu’il plaira à l’autorité publique d’imposer à la société. » )).

Les autorités de Périgueux censées protéger et garantir les libertés publiques se muent sans se dévoiler en un cléricalisme administratif qui fait de l’espace public sa chose et non plus celle du peuple.

Cette res administratio est très différente de la res publica . La première était conçue pour servir et garantir la seconde. C’est aujourd’hui le contraire qui se produit.

C’est sans nul doute un échec brazilien de la représentativité qui, au nom de sa légitimité démocratique, gère et contrôle l’espace public comme sa propriété et dont elle accorde le droit de jouissance aux seuls individus accrédités.

Et comme par hasard, la résistance vient des artistes et de ceux qui les défendent, parce que la conséquence est le sentiment légitime d’une ville sous couvre-feu culturel.