A Périgueux, Michel Moyrand poursuit son One Man Show

Michel Moyrand, le maire de Périgueux, est l’homme qui écrivait en 2008 aux périgourdins :

J’ai pour Périgueux une ambition, c’est de donner du sens et de la vie à la démocratie dans notre cité.

Il se présentait alors comme un réformateur de la cité et annonçait sans chichi :

… ce que je veux aussi, c’est vous donner plus de responsabilités dans la gestion de notre quotidien en créant les conditions nécessaires pour l’exercice d’une nouvelle vie.

Dans son discours du 22 mars 2008, il enfonçait le clou avec emphase :

Aussi, en cet instant, je forme le vœu que le génie démocratique, que la démocratie participative à laquelle, vous le savez, je suis tellement attaché guide nos travaux et nous inspire.

Face à de tels ambitions, Moyrand se proposait de rester concret :

Je me suis engagé, nous nous sommes engagés à rendre régulièrement compte de notre travail.

Une fois élu, il fallait espérer que plus personne ne parle de ces engagements. Car deux ans plus tard, l’homme dirige la ville comme une permanence de parti politique et ses engagements ont disparu, il souhaite qu’on le laisse tranquille. Ainsi il déclare pour Sud Ouest début 2010 :

Laissez-nous travailler pour cette ville.

Faire exactement le contraire de qu’il avait annoncé, voilà tout le sens qu’il donne à son action. Saluons l’homme de parole.

:: Le renoncement et la manipulation ::

Ce qui se passe aujourd’hui pour la rénovation des abords de la cathédrale Saint Front est marqué du sceau de ces funestes promesses. Un bref rappel des engagements sera toujours nécessaire. Mais avant, il pourra être utile de revoir ce qu’était le projet d’aménagement de Saint Front.

réalisation: www.neomonde.fr

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=LBgwECgDTYQ[/youtube]

Pendant l’élection municipale, le candidat déclarait lors d’un tchat organisé par Sud Ouest:

Est-il vrai que vous arrêteriez le projet du bas Saint-Front si vous étiez élu ?

Le quartier du Bas Saint Front est, comme d’autres d’ailleurs (Quatre Chemins, la gare…), d’avantage un point noir qu’un grain de beauté pour la ville ! En conséquence, je n’ai nullement l’intention de remettre en cause ce projet d’aménagement, mais je reste fortement préoccupé par la réalisation du parking Mauvard, tant au niveau du coût que de la méthode retenue.

… Nullement l’intention de remettre en cause ce projet d’aménagement. C’est ce qu’il confirma par écrit à l’association Renaissance du Greffe en février 2008 :

Je vous confirme donc que les aménagements prévus sur l’avenue Daumesnil, la rue denfert Rochereau seront réalisés comme ceux de la place de la Clautre au plus tard dans les 3 années qui suivront mon installation à la mairie.

Ca, c’était du vent pour être élu. Aucun de ces engagements n’a été respecté. Le 17 juin 2008, le maire déclarait en conseil municipal qu’il mènerait les études du projet initial jusqu’à leur terme. Foutaises. En conseil municipal du 09 décembre 2008, la décision est prise d’annuler les crédits alloués aux études (projet initial) d’un montant de 280 000 €. Le projet était « différé ». En réalité il allait être remplacé.

Le printemps 2009 allait voir s’ouvrir une nouvelle phase dans le traitement du dossier. Nouvelle ligne de communication : le maire n’abandonne pas le projet, il l’étale sur deux mandatures !

Si nous sommes réélus en 2014 « nous mènerons une autre tranche de travaux » sourit le maire…

Cette déclaration à Dordogne Libre du 17 mars 2009 fera date. Le maire impose alors un calendrier rocambolesque, tout en annonçant un faux budget deux fois inférieur à ce qu’il est aujourd’hui pour la place Mauvard.

Surprise, à l’horizon 2010, le 24 novembre 2009 exactement, le nouveau projet semble se préciser dans les prévisions budgétaires. Le politicard a flairé les complications s’il ne donnait pas du grain à moudre aux périgourdins pour un projet qu’il traîne comme un boulet. Voilà donc le parking temporaire évalué à plus de 400 000 € HT.

Et c’est ainsi que le maire, le 14 avril 2010, présenta son petit projet de rénovation du parking Mauvard. Rénover un parking et y mettre des horodateurs, le tout agrémenté de quelques plantes vertes « pour cacher les voitures ». Voilà par quel bout il entend donner l’illusion de répondre à ses engagements en n’abandonnant pas le projet initial.

:: Les comptes rendus des médias ::

Pour Dordogne Libre, c’est « Un parking Mauvard à petits pas » :

C’est que le sujet est chaud pour avoir alimenté la campagne des municipales et vu le maire de Périgueux sabrer le projet de son prédécesseur. En lieu et place d’un parking (version Darcos) souterrain avec une dalle paysagée desservant via un ascenseur la place de la Clautre, Michel Moyrand préfère réaménager l’espace actuel pour 95 places de stationnements.

Pour France 3 Périgord le problème est aussi très clair :

Exit l’aménagement paysager du Bas Saint Front, la mairie a son projet. En lieu et place de ce parking en 2011, un autre parking, de surface, jusqu’à 95 places sont prévues, quelques plantes et des voitures qui resteront donc visibles.

Pour Sud Ouest la version est officielle : « La rénovation du Bas Saint Front se précise »

L’ambitieux projet de la précédente municipalité avait été suspendu après l’élection de Michel Moyrand. Mais pas abandonné. Il vient d’être présenté aux membres du comité consultatif.

Passer d’un projet global à l’échelle d’un quartier à un aménagement temporaire d’un parking de surface ne pose aucune question à Sud Ouest. Leur crédo semble de s’imposer comme relai officieux de la communication municipale et c’est plutôt réussi. Souvenez-vous du maire : le projet n’est pas abandonné.

En dépit de la réalité décrite par les autres médias, Sud Ouest s’entache d’une partialité de plus en plus voyante.

:: Etat des lieux ::

D’ici quelques semaines, le maire présentera au public son projet de rénovation de parking, avec horodateurs et plantes vertes. Il indiquera que cet aménagement est temporaire. Un aménagement qu’il annonce cependant à 1.8 M€, dont plus de 400 000 € serviront au parking « temporaire ».

Décidément l’argent public est méprisé. Ce saupoudrage ne sert qu’à financer une illusion justifiant des engagements en réalité non tenus. Le projet initial a été réfuté pour des motifs politiques, malgré sa pertinence incontestée : recréer le lien entre la ville et la rivière.

:: La CAP, prétexte de l’immobilisme ::

L’argument avancé par le maire pour justifier son immobilisme, le Plan de Déplacements Urbains de la Communauté d’Agglomération, est un leurre de plus, un lièvre donné aux lévriers. Incapable d’affronter les conséquences de ses décisions (reporter la réalisation du projet), il préfère rejeter la responsabilité de son inaction sur une CAP de laquelle il est pourtant premier vice-président. Quand ça l’arrange, le PDU n’est pas un obstacle, c’est ainsi qu’il a fait valider son Plan Local d’Urbanisme.

Or la CAP étant une usine à gaz d’intérêts politiques et personnels peu convaincue par le concept d’intérêt général. Elle ne peut qu’annoncer sans cesse le report de la mise en œuvre du PDU en affichant l’impuissance qui la caractérise: une collectivité paralysée par l’absence d’unité. C’est encore une manière de gagner du temps en masquant ses responsabilités, comme les gouvernements français ont pris l’habitude de le faire avec l’union européenne. Le bouc émissaire en politique est considéré comme une martingale.

:: Le troubadour de la CCI ::

Contrarié par ses propres engagements et confronté à la volonté des habitants, Michel Moyrand s’enfonce dans une impasse. Faire et ne pas faire à la fois. La rhétorique au secours de cette contradiction échoue lamentablement sur le principe de réalité (même agrémenté de plantes vertes).

Il n’y a plus de projet d’urbanisme, de finalité cohérente et globale. Comme il l’avait annoncé il donne pourtant le meilleur de lui-même. Cette excellence consiste aujourd’hui à rénover un parking en investissant des centaines de milliers d’euros dans une réalisation temporaire et inutile. Voilà tout ce qu’il propose pour alternative au projet initial.

En 2014, lorsque son verbe sera mielleux pour bonifier son bilan, serrant des mains et flattant les caniches,  il affirmera avoir tenu ses engagements. Cela tiendra plus du comique troupier que du responsable politique. On attend maintenant le One Man Show avec impatience, le rire étant tout ce qui reste de ses promesses.

La Communauté d’Agglomération Périgourdine, un échec de la décentralisation

C’est fantastique, la Communauté d’Agglomération Périgourdine (CAP) est fantastique. Voici tombé le énième compte rendu dans le quotidien Sud Ouest (Les sujets qui bloquent). Ils ne sont d’accords sur rien ou presque et le président sénateur Bérit-Débat ne peut imaginer agir dans sa majorité qu’à l’unanimité. Conséquence prévisible, d’indécrottables querelles de clochers.

:: Les manquements à l’action publique ::

Ils devaient se constituer en intercommunalité relativement à la cohérence d’un périmètre correspondant au bassin de vie. Ils se sont fragmentés en 3 petites entités, chacun dans son coin et sans coordination. Les rappels de l’Etat et de la Région n’ont servi à rien.

Ils devaient anticiper l’autoroute A89 et avaient été largement prévenus par les services de l’Etat. Ils ont aujourd’hui 10 ans de retard, impliquant les préjudices que l’on sait pour la collectivité.

Ils devaient agir en concertation pour développer des zones d’activités économiques le long de l’autoroute. Chacun a fait sa tambouille dans son coin pour le bonheur de l’étalement urbain, l’uniformisation des paysages et une pollution galopante.

Ils devaient, conformément à leur obligation, produire un Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT). Incapables de faire un tel document, ils se gargarisent aujourd’hui avec un Plan de Déplacements Urbains (PDU) qu’ils n’arrivent même pas à boucler.

Dans leur PDU, ils devaient « maîtriser le développement urbain » (comme si un PDU remplaçait un SCOT) mais chaque commune agit en solitaire, pour l’une faisant un Plan Local d’Urbanisme, pour l’autre élaborant un projet commercial de plusieurs dizaines d’hectares amenant les responsables à mentir publiquement sur sa réalité. Ils arrivent même à se nier entre eux leurs propres compétences !

Ils devaient enfin rechercher une cohérence du développement économique via une charte qu’ils n’ont jamais été capables de mettre en œuvre. Cela conduisit un maire à menacer l’autre de se pourvoir près le Conseil d’Etat contre l’obtention d’une Commission Départementale d’Aménagement Commercial CDAC.

Pour finir, il faut écouter le maire de la ville de Boulazac qui a quitté la CAP, réagissant à l’idée d’intégrer à nouveau l’intercommunalité (SO 19/02/10) :

Par contre, il faut tendre vers l’efficacité. L’argent va être rare. Dans toutes les collectivités, il sera nécessaire d’avoir des démarches d’excellence : on ne va plus embaucher pour être agréable à X ou Y.

L’argent public au service de la corruption plombant les budgets, une accusation simple.

:: Le bilan de l’incapacité et la négation de l’intérêt général ::

Voilà où nous en sommes. A croire que le conseil communautaire est une assemblée de « barons fainéants » chargée de prendre les décisions les plus importantes pour la communauté. Il n’en est rien. Ces responsables sont simplement incapables d’agir pour l’intérêt général, paralysés par des enjeux particuliers et politiciens.

Alors aujourd’hui, Sud Ouest titre : Les sujets qui bloquent. Les stationnements, les ponts, les voies de contournement, sont au centre de querelles égotiques et politiques. Alors de quoi sont-ils capables ces gens là ? Et bien vous aurez droit à des couloirs de bus et un renforcement du cadençage des TER avec peut-être des gares supplémentaires. Pour mémoire, la maîtrise du déplacement automobile était un des objectifs majeurs présenté aux habitants.

Le premier problème aujourd’hui qui nuit depuis tant d’années au bien commun est simple. Les communes sont en position concurrentielle alors qu’elles font pourtant partie d’une intercommunalité. Résultat, les maires s’opposent à tout projet dont ils ne perçoivent pas un intérêt direct pour leurs affaires. Autrement dit, l’ensemble des 13 maires est depuis l’origine incapable de dégager l’intérêt général de ces communes autour d’un projet commun qui transcende les intérêts municipaux.

La présidence de la CAP est réduite à une animation de monsieur Loyal dans la chimère de l’unanimité ; principe rejeté par le fonctionnement de la démocratie puisqu’il ne conduit qu’au blocage et à l’immobilisme en attribuant un droit de véto. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont confié la présidence à un homme dans l’impuissance de fédérer et de convaincre. Sur ce point il semble que cette anomalie de ressources humaines ruine l’essence même d’un regroupement de communes dépassant les intérêts particuliers, en plaçant un homme inapproprié à la tête de la structure.

Mauvaise gestion des flux automobiles et congestions quotidiennes, étalement urbain, uniformisation des paysages, recul des terres agricoles, augmentation des pollutions, anarchie économique, saupoudrage d’argent public, accusations de corruption par leur « collègue » voilà le véritable bilan. Ajoutez à cela que depuis 10 ans les maires ignorent avec effronterie les recommandations de l’Etat et de la Région et l’on obtient de véritables manquements aux responsabilités publiques.

Mais qu’à cela ne tienne. Vous avez une grande piscine ludique, une voie verte, des sacs jaunes et même une distribution de compost. Ce qui compte est de croire que le principal est là.

« Dans le doute, abstiens toi »

Ah l’abstention ! Comme à chaque élection, mais avec plus de relief pour les régionales, les politiques lèvent les bras au ciel, sans clivage et à l’unisson. L’abstention : métastase du suffrage universel ! Gangrène de la démocratie moderne !

Ne pas voter vous dit-on, c’est voter par substitution pour les extrêmes, pour X ou pour Y, mais toujours pour l’adversaire. En période électorale, le candidat dans un élan compassionnel se porte au chevet de la démocratie, exhortant le peuple à voter (pour lui si possible).

:: Un phénomène complexe ::

A contrario d’un scénario généreusement débilisé par beaucoup de politiques, l’abstention est un phénomène complexe. Ses causes et ses origines sont multiples, variées, comme insaisissables parfois. L’article de David Mongoin sur ce point est intéressant en balayant un champ large: Variations politico-juridiques sur l’abstention électorale.

N’empêche, à l’instar de la montée du chômage, des inégalités et des transferts de souveraineté plus ou moins assumés sans contrepartie démocratique équivalente, l’abstention est en plein essor depuis les années 80. Comme le montrent Jean-Yves Dormagen et Céline Braconnier dans Démocratie de l’abstention :

Le chômage, l’intérim et la précarité de l’emploi expliquent en partie le lien fort entre exclusion sociale et exclusion électorale.

Ces causes sont largement analysées et connues. Elles sont portées à leur paroxysme sur les populations nomades, « les gens du voyage », dont la Halde dénonce l’empêchement à la participation aux scrutins, parallèlement au défaut d’accès à l’éducation. La délibération du 14 septembre 2009 est explicite sur ce point:

En conséquence, le traitement réservé par la loi à cette catégorie de citoyens français, identifiés par leur appartenance à la communauté des gens du voyage, entrave directement et de manière excessive leur accès au droit de vote. Il caractérise une violation des articles 3 de la Constitution de la Ve République et 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, lequel dispose : « la loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. »

Aussi l’Abstention, abstraite et coupable d’un déni de démocratie, revient concrètement et au cas par cas à la face de ceux qui la geignent comme un déficit structurel de suffrages. Elle est largement le fait de l’exclusion et de la pauvreté, du manque d’éducation, de misère parfois et au fond, de désespoir. Un désespoir naît de l’équivalence entre les modes de gestion publique. Une équivalence qui manifeste l’incapacité des pouvoirs publics à changer le monde (LOL Lipdub), à modifier les conditions de vie, tout en promettant perpétuellement le contraire.

:: Une abstention utile ::

Incapacité avons-nous dit ? Pas si sur. Prenons le cas de Michel Moyrand, maire de Périgueux. Conseiller régional sortant, il défend (Sud Ouest 10/03/2010) un bilan « excellent » mais craint un « rejet de la politique ». L’abstention ? Un simple manque de connaissance des citoyens qui n’ont pas encore compris le rôle de la Région. D’autres questions ? Non, c’est torché.

L’homme s’était présenté à Périgueux en 2008, en promoteur de la démocratie participative, il proposait dans son programme une « politique nouvelle », « une vie plus démocratique », offrant « à chaque citoyen la possibilité d’être associé à l’action municipale ». Effectivement, l’ADELS promeut ce genre de dispositif énergique pour lutter contre l’indifférence et le sentiment d’exclusion.

Problème, une fois élu, le maire a délaissé cette partie du programme pour se concentrer sur une politique pyramidale, de réseaux et de clientélisme. Rien de nouveau donc, son adjointe à la démocratie participative a été réaffectée à de tout autres tâches (à la voirie on nous dit dans l’oreillette, c’est à vérifier).

Quant au cumul des mandats, il en est un ardent défenseur, s’étant positionné contre l’initiative du PS d’ouvrir la question lors du référendum interne du 1er octobre 2009; par lequel il s’est trouvé au final sévèrement désavoué. Des apparatchiks fermés à l’évolution de la démocratie, jouissant de petits privilèges au sein de baronnies (collectivités locales) qu’ils tètent sans faim, voilà ceux là mêmes qui s’étonnent publiquement d’un « rejet de la politique » ?

:: L’excellence de l’hypocrisie ::

C’est ce candidat se targuant d’excellence, qui promettait l’amélioration de la démocratie et la lutte contre l’exclusion, qui déplore aujourd’hui le risque d’un fort absentéisme ?
Faudrait-il applaudir au nom de la démocratie de les voir jouer ce vaudeville ? Michel Moyrand était le premier à nationaliser les régionales. Son adversaire entend maintenant municipaliser les régionales, contre l’avis du candidat sortant (Dordogne Libre 09/03/10 : Des régionales aux allures de municipales à Périgueux). C’est là le spectacle par lequel on est censé être motivé pour aller voter ?

En réalité, l’abstention ne dérange nullement le candidat, le principe de « majorité » faisant foi et assurant son bonheur. Elle est au contraire un outil très pratique utilisé en cache-misère de la République. Si elle faisait tant problème sur le plan de la légitimité, on les verrait lutter contre elle avec acharnement et non s’en servir à des fins utilitaristes.

:: Les prédicateurs de la République ::

Auront beau jeu les prédicateurs et les prosélytes. Aujourd’hui même JF Cros se lance dans des incantations républicaines, n’hésitant pas à s’attribuer un point Godwin avec sa comparaison sur le nazisme. Si avec l’ombre de la rafle du Vel’ d’Hiv’ vous n’allez pas voter, c’est que vous êtes ou un crétin, ou un salaud.

L’abstentionniste a toujours tort. Soit il n’a rien compris à ce qui se passe, soit il lézarde, soit il est anti-démocrate. Cette obstination à refuser de regarder la réalité sociologique en face est symptomatique.

Reste une question. A partir de quel taux d’abstention, la légitimité sera-t-elle suffisamment dérisoire pour agir réellement et concrètement contre ses causes ?

Intercommunalités périgourdines : gauloiseries consanguines en milieu tempéré

Les pages du quotidien Sud Ouest servent en ce moment de cour de récréation. C’est à ce niveau de chicanerie que se situe le débat politique. Alors qu’avec un retard d’au moins 10 années, les responsables d’intercommunalités devraient être autour de la table pour dessiner un périmètre rationnel et déterminer les enjeux à long terme, ils s’obstinent dans leur concurrence toxique.

Toxique non pour leur pouvoir, ni pour leurs indemnités, encore moins pour leurs poissons pilotes, mais tout simplement pour le bassin de vie périgourdin, l’environnement et l’économie, les citoyens.

:: Le niveau zéro du débat politique ::

Il y a peu nous expliquions, avec quatre rapports de l’Etat et de la Région à l’appui, comment Claude Bérit-Débat, président de la CAP tournait en bouffonnerie de boulevard la consistance de l’action publique sur sa web TV.

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Ensuite, un point sur l’interview de Jacques Auzou, maire de Boulazac et président de la Communauté de Communes Isle Manoire, expliquant sans détour (SO La méthode sans états d’âme de Jacques Auzou):

La légèreté dans la gestion publique de ses principaux concurrents de la CAP

Une culture de la corruption consistant à pourvoir des postes de complaisance

Voilà qu’aujourd’hui Claude Bérit-Débat (président de la CAP) réplique vertement, accusant à son tour le maire de Boulazac :

Les charges de personnel sont justifiées à la CAP et inférieures à celles de Boulazac

– A la CAP pas de corruption, au contraire de Boulazac bien sur

Citations :

J’ajoute que le pourcentage de la masse salariale de la CAP, même si cela n’a pas de véritable signification, est inférieur de plus de la moitié à celle de Boulazac

Je ne lui ferai pas injure de penser qu’il parlait de ses propres pratiques [Ndlchouette, la corruption]

Voilà. C’est-celui-qui-dit-qui-l’est répond Claude Bérit-Débat sans surprendre. La gageur en conclusion de cette salve, d’appeler Jacques Auzou à la coopération est d’une ironie tordante.

:: Sur la corruption ::

Vous noterez la métaphore en usage. Personne ne parle de corruption. Ici on n’appelle pas un chat un chat. On parle avec discrétion de « plaçou ». Que penser maintenant que les deux protagonistes s’accusent symétriquement de corruption ?

Boulazac c’est fait, la CAP c’est fait, la commune de Périgueux aussi. Il manque le Conseil Général décrit souvent comme une vaste « usine à beaux frères » par certains observateurs. On n’omettra pas de signaler que la plupart des responsables d’intercommunalités sont également vice-présidents de l’assemblée départementale.

Bref, si ces responsables politiques ne sont pas des diffamateurs, alors se lève timidement le voile qui couvre la corruption locale. Timidement encore, parce qu’il faudra un jour rendre des comptes sur le rôle des Bureaux d’Etudes Techniques dans les marchés publics locaux, par exemple.

:: Sur la débilité du périmètre de la CAP ::

Pour Claude Bérit-Débat, la faute revient à Jacques Auzou :

Monsieur Auzou découvre que le sens de l’histoire est d’aller vers un élargissement de la coopération intercommunale. Mais nous, à la CAP, nous le savons depuis longtemps. Là encore, où était « l’utilité sociale » lorsqu’il a quitté le Sivom pour fonder ensuite la Communauté de communes Isle-Manoire, faisant fi de la logique la plus élémentaire ?

Avec 10 ans de retard, Bérit-Débat se dit concerné par ce problème depuis longtemps. Depuis longtemps incapable, ce sera sa confession, de rendre le meilleur des services aux administrés. Les différents rappels des services de l’Etat et de la Région depuis des années sont accablants.

Aujourd’hui Jacques Auzou est sur de sa force. Il a mieux anticipé que les autres l’arrivée de l’A89, ses structures sont opérationnelles et il a les meilleurs résultats économiques du bassin de vie. En revanche, il mène un règne autocratique à l’opposé du concept d’intercommunalité et de coopération dans une forme de communisme fortement centralisé mais économiquement débridé, un peu comme la Chine.

De son côté, Claude Bérit-Débat est président de l’intercommunalité légitime (canal historique), mais dans un consensus mou qui nuit à l’efficacité de l’action publique. Au contraire de Jacques Auzou, il est président précisément parce qu’il n’a aucun leader ship et un déficit profond de vision globale. Ce n’est pas lui faire injure, tant ce n’est pas un scoop).

La majorité de la CAP est majoritairement divisée. Le PCF y mène des push lobbyistes avec les syndicats locaux, les vice-présidents déposent leurs contentieux près le Conseil d’Etat, un autre vice-président renie les compétences de l’intercommunalité en menant dans son coin des projets immobiliers, conduisant un autre vice-président au mensonge public.

Incapables de produire une charte commerciale et un Schéma de Cohérence Territoriale, les élus de la CAP pataugent dans la contradiction de leurs intérêts personnels.

Dans ces conditions, c’est Jacques Auzou qui apparait sans difficulté comme l’homme fort du territoire. Et le pauvre Bérit-Débat n’a guère que la question (restreinte) de la gestion des déchets pour répliquer, en espérant briller sur le traitement des ordures. C’est maigre.

:: Gauloiserie consanguine en milieu tempéré ::

En lieu et place de rattraper leur retard comme l’exige leur responsabilité (ce que rappellent l’Etat et la Région), voilà où en sont les présidents d’intercommunalités: à de belliqueuses déclarations par tribunes interposées.

Il y a quand même un problème. Outre la dégradation de l’environnement, les paysages dévisagés et uniformisés, l’étalement urbain, l’anarchie économique et urbaine, la guerre des Zones d’Activité Economiques le long de l’A89 est perdue d’avance.
Aujourd’hui ces trois intercommunalités produisent toujours plus de surfaces à bâtir, dans l’espoir d’attirer des entreprises et de créer des emplois. D’ici quoi, 10 ans, 15 ans, nous verrons les perdants constater amèrement des friches urbaines, car toutes ne peuvent rencontrer le succès. Mais la défaite de l’un sera celle de tous.

A ce jeu là qui peut dire que celui qui aura gagné aura vraiment gagné ? Est-ce là le sens, le but des intercommunalités ?

Les périmètres d’aujourd’hui sont incohérents car ils découlent d’une logique politicienne. Chacun bombe le torse en brandissant ses autorisations de lotir. Faut-il rappeler que nous sommes sur un territoire minuscule organisé autour de l’Isle et de voies de communication communes ? Que la totalité de la population des ces trois intercommunalités atteint à peine celle d’une grande ville française ?

Mais c’est quoi ces petits villages de gaulois qui passent leur temps à s’envoyer à la gueule leurs poissons pourris !

Chaque petit chef de village, fier, debout sur son bouclier porté par ses sbires, défend son clan comme si celui d’en face était un irréductible adversaire. Et c’est cette décentralisation que ces messieurs promeuvent ?

A l’aune de l’intérêt général en tant que gestion publique, aménagement du territoire, cohérence économique, développement durable et création d’emplois, c’est un spectacle pitoyable. Et c’est exaspérant de voir ces intérêts supérieurs et fondamentaux bafoués systématiquement et rabaissés par des responsables politiques qui placent plus haut que tout le jeu de la politique politicienne.

Et bien merde à la fin. Ce n’est pas grave. Nous resterons des gaulois, avec leurs petits chefs de villages à l’écart du monde, des attardés dont on s’amuse des gesticulations folkloriques.

Et puis il n’y a pas le feu au lac. On peut raconter à peu près n’importe quoi, les critères d’efficacité et de probité sont marginaux dans le choix électoral. En rehaussant le trottoir de madame Michu ou en trouvant du boulot à Machin ça suffit. Les habitudes font le reste et l’alternance est une chimère qui ne porte en projet aucun changement.

Mais vous concevez comment on regarde les périgourdins vu de l’extérieur? Ca ne vous dérange pas de n’être évoqués dans le monde que pour vos pâtés et vos magouilles? Et que dans la Région Aquitaine on ne vous observe que comme des gaulois corrompus qui s’amusent dans leur réserve naturelle, aux statuts différents d’un véritable Etat de droit?

La ruralité ça ne se défend plus en frappant ses sabots.

La licence IV est à Périgueux ce que le Mont est à St Michel

Périgueux est le théâtre d’une série TV grandeur nature dont on suit maintenant les épisodes sur Facebook. Nous allons ici dérouler au ralenti l’épisode du mois de février Saison 2.

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Le rôle titre revient naturellement à Michel Moyrand qui incarne le maire. Dans cet épisode de Plus Belle la ma Mairie, il joue au pompier pyromane avec les débitants de boissons locaux.
Rien de grave vous entends-je grommeler ? Les horaires d’ouverture des bars ne sont pas négociables. Car à Périgueux et dehors d’eux, il n’y aurait tout simplement rien. Ils ont clamé les étudiants pour l’occasion, parqués d’habitude sur les hauteurs de la ville. Ils ont appelé au tourisme, oui, même en hiver: il fait un carton parait-il une fois qu’on a accepté les effets des opiacés sur la conscience. Bref, c’est un enjeu de société.

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Un seul exemple. Il y a peu de temps, le maire, dans un épisode précédent, a autorisé, en dépit du principe de précaution, l’installation d’une antenne relai à moins de 100 mètres d’une crèche. Le groupe de protestation sur Facebook (collectif Anten) totalise, depuis le 17 janvier, 203 amis. Le groupe de défense des bistrots périgourdins, totalise, depuis le 03 février, 892 membres !

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L’antenne relai au-dessus des gamins, à la limite, question santé publique, ce ne serait pas prouvé. Alors que l’effet de la Licence IV, surtout entre 01h00 et 02h00 du matin, est érigé en saint grâle de la bombance rabelaisienne et ça, c’est prouvé tous les samedis soirs.

Alors qu’est-ce qui a entrainé cette valeureuse levée de sous bocks ?

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:: Les pièces du dossier ::

N°1 Lettre du maire de Périgueux adressée au président de l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie de la Dordogne –UMIH– en date du 28 janvier 2010. Cette lettre répond au courrier du destinataire en date du 26 novembre 2009.

N°2Lettre de la préfète de la Dordogne au maire de Périgueux en date du 11 janvier 2010.

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N°3 Arrêté modificatif de la préfecture de Dordogne en date du 17 décembre 2007. Cet arrêté est un acte dérogatoire à l’arrêté jusque là en vigueur en date du 10 février 1999.

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N°4Charte de bonne conduite entre la ville de Périgueux et l’union des métiers de l’industrie hôtelière en date du 20 novembre 2006.

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N°5Arrêté préfectoral du 10 février 1999.
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:: Bref historique et contexte ::

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En échange de la signature de la charte par les débitants, l’arrêté du 17/12/07 impute une modification temporaire à l’article 2 de l’arrêté du 10/02/99, qui règlemente l’ensemble du département. Ce dernier prévoyait la fermeture des établissements à 01h00 du 1er octobre au 30 avril inclus. L’acte de 2007 permet « à titre dérogatoire » d’ouvrir les commerces jusqu’à 02h00, trois jours par semaine, du 1er décembre 2007 au 30 avril 2008 (et non du 1er décembre au 30 avril).
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Et c’est là qu’est la question car cet arrêté n’a jamais été reconduit, (contrairement à ceux qui portent si facilement au-delà de nos frontières). Son effet juridique, d’exception, s’est éteint le 30 avril 2008. Dès lors, tout débitant ouvert de 01h00 à 02h00 dans la période pré citée était en infraction sur l’année 2009.
Nous formons l’hypothèse que le président de l’union se rapprochait du maire dans son courrier pour s’entretenir de l’évolution juridique de la situation afin de la régulariser.

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En période normale, sans élections, le maire aurait vraisemblablement saisi la préfète afin de provoquer une réunion entre les parties intéressées pour justement épurer la situation des scories non règlementaires. Pour mémoire la mairie est signataire de la charte et doit donc jouer son rôle. Ce n’est que très relativement ce qu’il a fait, donnant lieu à quatre échanges :
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Lettre n°1 : Le président de l’UMIH au maire pour lui demander la prolongation de la dérogation.
Lettre n°2 : Le maire transmet la demande à la préfecture sans autre initiative.
Lettre n°3 : La préfecture répond au maire
Lettre n°4 : Le maire envoie en copie la réponse préfectorale au président de l’UMIH.

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Il déplore dans ce dernier courrier que la demande ne « donne pas satisfaction pour l’instant ». Il pose alors sa main compatissante sur l’épaule du président de l’UMIH, lui témoignant son soutien formulé dans l’espoir que sa demande soit entendue un jour.
L’acte fondateur qui mit le feu aux poudres résulte d’une incongruité municipale, comme nous allons le voir. Ceux qui n’imaginent pas une telle association d’idées peuvent s’en tenir là, la suite les décevrait.
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:: Les faits et ce qu’il en reste ::

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Peu avant minuit, le mardi 02 février 2010, quelques débitants se firent remettre, contre décharge, deux plis distribués par le maire de Périgueux. Ce dernier avait mandé la police municipale pour se substituer au rôle de facteur. Les policiers remirent en main propre les lettres n°2 et n°4. Sans les autres et surtout sans aucun complément sur la situation. Comme ça, vers minuit, à quelques uns..

La lettre de la préfète a déclenché l’ire des commerçants, d’où Facebook et les articles de presse. En complément, un billet sur le blog de JF Cros, (un des destinataires), dont l’admiration pour Georges Frêche est réputée.
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De prime abord on peut comprendre. La préfecture rejette la demande de dérogation « dans l’immédiat ». Sa raison est simple. Elle rappelle le sens d’une dérogation en soulignant que l’ensemble de la situation départementale doit être harmonisé au regard de l’ancienneté de l’arrêté de 1999. Qu’en conséquence, produire une nouvelle dérogation sur la base de cet arrêté est économe en rigueur.
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Cette réponse qualifiée d’arbitraire et qui a déclenché l’émoi de la cité comateuse, ne vaut jamais que pour un rappel au règlement, la dérogation de 2007 n’étant plus valable depuis avril 2008. Le fait que ce courrier soit adressé au maire mais remis en mains propres aux commerçants et loin d’être anodin.

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La situation ne posait pas de problème majeur. La dérogation n’avait aucun effet sur l’année 2009 qui aurait du répondre de l’arrêté de 1999 et ce ne fut apparemment pas le cas. Il y avait donc, outre la règlementation en vigueur, une tolérance, une sorte d’entente tacite entre les trois parties intéressées. Car si la préfecture rejette la demande, elle ne stipule nulle part sa volonté de mettre fin à cette période de tolérance. Les prescriptions de l’arrêté de 1999 « demeurent applicables » écrit-elle. Non qu’elles seront appliquées, comme c’est l’usage depuis 2008.

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:: Un autre regard ::

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A la lettre, les débitants étaient déjà dans l’irrégularité. Dans l’esprit, chacun savait, preuve en est l’absence de problème, que la dérogation était d’usage. Je serais le dernier à en faire grief.

Saisi par le demande de régularisation du président de l’UMIH, le maire aurait pu jouer son rôle d’intermédiaire avec la préfecture, ainsi qu’œuvrer à ce que les parties se rencontrent afin de trouver des solutions adéquates au problème juridique. Au lieu de quoi il a provoqué un incident avec l’espoir d’une vive réaction, en partageant son courrier en place publique. Cela partiellement (deux lettres) et avec une méthode de hussard.

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En l’espèce, ce volontariat vaut toujours mieux que du laxisme. Dans son rôle de représentant de la commune auprès de l’Etat, il aurait dû mettre en œuvre les moyens pour parvenir à un compromis acceptable. Qu’il fit exactement le contraire pour aboutir à une situation de crise est caractérisé.
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L’effet de groupe a fonctionné et hurlant à l’unisson pour défendre une dérogation obsolète, le maire a eu beau jeu d’affirmer par la suite que sa police ne ferait pas respecter la loi. Mais cette dernière étant si docile, elle n’a pu s’empêcher, après cet engagement, de faire boucler un établissement, comme non convenu. Et ce tandis que la police nationale n’a pas bougé une oreille, elle.
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Voilà en quoi notre pompier pyromane a exacerbé les tensions, obscurci les discussions, en faisant passer la préfecture pour un tyran, ce qui ne manque pas de sel, sauf pour ceux qui fantasment sur la dictature qui leur sert à s’endormir.
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Je crains qu’il n’y ait qu’une motivation pour ne pas traiter ce genre de dossier avec tact et diplomatie. Car en temps normal, il est de l’intérêt commun et donc du maire, d’apporter des solutions là où se présentent des crispations ou des inquiétudes. Il n’y a guère que les périodes électorales pour bouleverser à ce point cette logique.
Il n’est donc pas évident d’aller hurler avec les loups contre la préfète qui, au passage, a pris une leçon de politique périgourdine. Car croyez-le ou non, celui qui a le rôle principal n’a vraiment rien inventé.

:: Conclusion ::

A ce jour, les débitants communiquent leur cri de victoire, citant un statu quo obtenu par la mobilisation populaire. C’est un brin démagogique. Car la situation passée est la même que la situation présente: en souffrance avec la règlementation et donc en attente de soins. En somme, parce que leur instinct de survie a été manipulé, ils ont cavalé un peu naïvement après les courriers que le maire avait subtilement distillé.

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Les faits sont à corriger, le reste est à débattre.