Régionales 2010: Michel Moyrand remporte la mairie de Périgueux

Beaucoup de candidats aux régionales, au lendemain du premier tour, ont été tentés d’esquiver les véritables causes de l’abstention en l’expliquant par une méconnaissance des français de l’action des Régions.

Piètre explication, puisqu’elle stigmatise à juste titre l’absence de communication et de pédagogie des exécutifs sortants, tout comme le flou entretenu au niveau national. En somme, les responsables de ces collectivités n’ont que peu à faire de l’abstention, le jeu électoral consistant à gagner ou perdre, non à améliorer la démocratie.

Ombre d’une démocratie en souffrance au lendemain du 1er tour, l’abstention au lendemain des élections est le cadet des soucis. Parce qu’elle a nettement reculé au 2ème tour ? Pas du tout. En Dordogne, passer de 141 328 à 127 450 abstentions sur 308 000 électeurs n’est en rien une satisfaction.

En réalité, l’abstention a effrayé au 1er tour parce qu’elle constituait un dangereux réservoir de voix, imprévisible, potentiellement captable par l’adversaire, intéressant à gratter pour améliorer son propre  score. Le 14 mars, c’était un échec de la démocratie. Le 21 mars, on s’en fout, on a gagné ou perdu.

Il n’y évidement aucune hypocrisie dans ces changements de discours à une semaine d’intervalle.

:: La confusion des enjeux entre scrutins: niveau 1 ::

Pourtant, on peut douter que les discours politiques rendent plus lisibles l’enjeu du scrutin régional. Il suffit d’écouter les candidats.
Michel Moyrand pour le PS, appelait à sanctionner la politique gouvernementale. Du désengagement de l’Etat à la réforme des collectivités territoriales en passant par la protection sociale, il fallait presque davantage voter contre Nicolas Sarkozy (incarné par Xavier Darcos) que pour Alain Rousset, le président PS sortant.

Il fallait comprendre ainsi que les Régions étaient des foyers de résistance quasi guévaristes contre le néo-libéralisme de l’Elysée et la tentative (avortée par la crise) d’adapter le pays au modèle anglo-saxon.

Ceci est le premier niveau de confusion généré par les candidats, la nationalisation du scrutin. Tactiquement, s’appuyant sur un bilan de 3 années et de lourdes difficultés nationales, le jeu a été payant (au moins électoralement).

:: La confusion des enjeux entre scrutins: niveau 2 ::

Le second niveau de confusion fut apporté par le candidat UMP Philippe Cornet. Leader de l’opposition à Périgueux, il voulut donner au vote régional une allure de scrutin municipal, en appelant à sanctionner Michel Moyrand pour sa politique communale. Au point même que Dordogne Libre titrait entre les deux tours : Des Régionales aux allures de Municipales à Périgueux.

Ben voyons. Soucieux de nationaliser le débat mais pas de le municipaliser, le maire Michel Moyrand rétorquait à juste titre sur le terrain de la Région :

Les gens ne votent pas là en fonction des personnes, mais pour un projet ou un bilan. Moi j’ai un bilan de 12 ans positif à la Région.

La tactique était mauvaise et pour cause. Le maire de Périgueux a mis un an à découvrir le « métier », il en est pour la 2ème année à mener des études et à ajuster ses budgets: il n’y a aucun bilan à tirer. De plus les amalgames entre scrutins sont verticaux et à sens unique. On peut élargir l’enjeu d’un scrutin local, bien plus rarement réduire un enjeu électoral à un scrutin plus modeste.

:: La confusion des enjeux entre scrutins: niveau 3 ::

Troisième niveau de confusion au lendemain de la victoire de l’exécutif régional sortant. Alors que l’on attendait le maire de Périgueux se féliciter des résultats de l’ensemble de la gauche pour la Région Aquitaine, il focalise la victoire sur sa personne à Périgueux (DL) :

Rendez-vous compte, j’ai gagné les municipales avec 113 voix et je suis ce soir à 57 %

De ce point de vue, il remet ses partenaires d’Europe Ecologie et du Front de Gauche à leur place, les ramenant à la réalité qui est la leur : des équipes d’amateurs évoluant en CFA.

Partageant un peu de son succès, il pense soudain à citer sa dream team :

C’est une grande victoire pour l’équipe municipale

Plus surprenant, c’est lui, à son tour, qui municipalise le scrutin en comparant les deux élections, concluant que son action municipale est largement confortée par ce score de 57%. A une semaine d’intervalle, alors qu’il ne fallait pas le juger sur son action municipale, voilà cette dernière confortée par les résultats du second tour.

Cette auto satisfaction est d’ailleurs relative. Aux municipales de 2008, Michel Moyrand recueillait 6 741 voix alors qu’il en récolte aujourd’hui 5 405. Au jeu des comparaisons hors-sol il n’y a donc pas lieu de se gargariser.

Hier il ne fallait parler que d’élection régionale, aujourd’hui c’est un scrutin municipal à la limite du plébiscite, mais qui n’en demeure pas moins une sanction pour la droite parlementaire. C’est bien en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui, même maire d’une ville de 30 000 habitants.

:: Responsabilité politique de l’abstention ::

L’instrumentalisation et la confusion des scrutins, couplées à l’absence totale de pédagogie sur les différents niveaux territoriaux entretient sciemment l’ignorance et la confusion. Rien dans la mise en œuvre de cette méthode ne va contre l’abstention, elle la conforte et la nourrit. On fait ainsi passer les abstentionnistes pour des absentéistes des rendez-vous démocratiques. Cela permet à peu de frais d’obérer la réalité en se croyant légitime avec la moitié des électeurs. C’est simplement une rhétorique de faux-cul.

Mais pardon, nous parlions encore de l’abstention alors que les élections sont finies. Désolé.