Ô Mac « plug & play »

Le 16 avril dernier, s’est tenue une réunion importante avec les artisans d’art de Périgueux. Nous savons que la première réunion n’avait pas porté ses fruits. Le maire était absent, l’association tant voulue par Jean Pierre Moreau n’avait pas vu le jour, la salle était trop petite pour contenir les artisans qui n’avaient pas été invités et Eric Dosset, adjoint 1er, avait plus bredouillé sa modestie légendaire qu’expliqué et défini les objectifs de l’OMAC.

Ais confiance, crois en moi, que je puisse, veiller sur toi.

Le message envoyé par l’adjoint 1er avait tout l’air de la ritournelle dont usait Khâ pour hypnotiser Mougli dans l’adaptation du Livre de la Jungle. Sauf que les artisans n’étaient pas d’humeur badine et de cœur piéton, plutôt exigeants sur l’avenir de leur profession.

Le 16 avril, en présence du maire, c’était donc un peu le match retour. La première question n’était pas, comme à l’aller :
« On créer une association dont les statuts sont entièrement à définir ».

Mais plutôt, à l’instar d’un café philo se donnant pour thème « qu’est-ce que la Liberté » ou « qu’est-ce que la Justice », les artisans se seraient bien vu répondre, avant tout engagement, à l’existentielle question :

« Qu’est-ce que l’OMAC »

Evidement, savoir que c’est l’Office Municipal de l’Artisanat et du Commerce est un préambule dont la révélation de l’acronyme ne tient pas du miracle.

Le maire a débloqué 30 000 € dans son budget pour la création de cette société d’économie mixte, SEM, qui est censée, en chapotant l’ensemble des commerçants et artisans, via leurs associations respectives, leur procurer subventions, accroissement de la clientèle et sécurisation du chiffre d’affaire, campagne de communication et publicité.

Oui mais comment ?

Autant la question « Pourquoi l’OMAC » se comprend sur un plan métaphysique et politique, (« Parce que vous le valez bien »), et permet à adjoint 1er de compléter sa collection de SEM, après celle de la Semitour. Autant la question du « comment » oblige brusquement à un face à face démaquillé avec le principe de réalité.

Mais comment ?

Une question courte mais essentielle, révélant des trésors de réflexions, inlassablement posée par les artisans pour comprendre tout le bien que leur voulait le maire.
Certes, Jean-Pierre Moreau, en bon sherpa, a bien tenté de faire valider cette association des artisans d’art, mais il fut renvoyé dans ses 22 à juste titre. Pas question de signer un chèque en blanc pour brasser du vent.

On reprend. Qu’y a-t-il dans ce dossier OMAC ?

Oh, l’adjoint 1er, après l’aquaplanning remarqué de la première réunion, avait visiblement été invité au silence. Outre deux phrases, dont nul ne saurait identifier encore le sujet du verbe du complément, le séminal créateur de SEM, s’en tint à un silence prudentiel. Etonnant de la part du probable directeur de la société, tout de même.
C’est dommage. Car il aurait pu s’étendre sur la fonction et les limites d’une société d’économie mixte. Il aurait déjà pu circonscrire quelques éléments propres à clarifier l’objectif municipal. Par exemple (La commune et ses finances, Le Moniteur, 2008) :

Les communes peuvent créer des sociétés d’économie mixte pour toute activité d’intérêt général qui leur incombe, à condition de respecter le principe de la liberté du commerce et de l’industrie : la société d’économie mixte ne doit, en aucun cas, servir d’instrument de concurrence déloyale au secteur privé.

Les sociétés d’économie mixte sont des sociétés anonymes soumises aux règles du droit commercial, dont le capital social est partagé entre les collectivités publiques et le secteur privé (particuliers, entreprises, banques, chambres consulaires…)

Pour autant, ces entités commerciales sont soumises au contrôle de l’Etat et des collectivités concernées, ne serait-ce que parce que les lois des 7 juillet 1983 et 2 janvier 2002, ont du « corriger » des dérives de gestion récurrentes, ainsi qu’une tendance magnétique à s’affranchir de leur mission d’intérêt général…

En outre :

Les rapports des chambres régionales des comptes relèvent toutefois, avec une grande régularité, certaines insuffisances du contrôle de légalité et mettent en évidence, dans certains cas, un trop grand désintérêt des collectivités sur l’activité des SEM, par non respect des procédures d’information prévues et par absence d’analyse des documents élaborés par les SEM.

Les artisans étaient donc en droit d’attendre que le maire, par exemple, leur présente les partenaires privés voulant s’associer au capital de la société, capital dont on peut demander le volume et la répartition prévisionnelle à l’occasion.
Ou encore de demander des précisions sur cette « activité d’intérêt général » qui incombe à la commune dans le cadre du commerce local.
Ils étaient également en droit de consulter les statuts de la société pour prendre connaissance de ses objectifs et des moyens par lesquels elle comptait les atteindre.
Enfin, aurait pu se poser la question des artisans non invités à intégrer la SEM via l’association des artisans d’art, en situation potentielle de subir une « concurrence déloyale ».

Bref, comment ?

A cette question de fond, le maire joua d’un scénario à tiroirs. En substance :

« Vous aurez la réponse si vous adhérez à l’association des artisans d’art ».

Le serpent, dont nous avons évoqué la volonté hautement persuasive, est à deux doigts de se mordre la queue.

Car pour adhérer à l’association qui dépendra de la SEM, il faut quand même connaître le contenu de l’OMAC !

« Oui, vous le connaîtrez si vous adhérez à l’association ».

Ah mais c’est une surpriiiiiiiise !!!
Attention. Des esprits mal tournés pourraient penser que le maire ne veut rien dévoiler du contenu de l’OMAC parce que le contenu, justement, n’existe pas encore.

En somme que le dossier est vide. Ces esprits malins pourraient s’appuyer sur l’incapacité de l’adjoint 1er et probable directeur de la SEM à en définir et détailler la structure, les moyens, les objectifs, les partenaires, le capital, etc., corroborant ainsi un flou municipal qui laisserait pantois quant au niveau d’avancement du projet.

Pas du tout. C’est volontaire. C’est une surprise.

Taquin, cachottier, mais bienveillant, le maire a pensé que ce suspens serait d’un agrément subtil à la constitution de l’association. En effet, les artisans souffrant comme tout le monde de « la crise », (excepté les politiques s’octroyant le maximum autorisé en matière d’indemnités), ont besoin de déconner un peu, de rigoler un bon coup en se faisant offrir des surprises municipales de ce genre.

Transformer ce projet en pochette surprise pour les artisans, il fallait y penser.

Sacré toi !

On gardera à l’esprit que le maire est aussi délégué pour la Région au commerce et à l’artisanat, ainsi que ce mandat fut largement mis en avant durant la campagne électorale, offrant de nombreuses promesses prometteuses sur l’amélioration de la situation.
Il n’est pas envisageable, pour le spécialiste régional en la matière, de rater le coche dans sa propre ville. Pis qu’une peau de banane électorale, il en va de la crédibilité et de la compétence. C’est « all in » ou « game over ».

Qu’à cela ne tienne. Une prochaine réunion est prévue ce soir, jeudi 30 mars. On ne saurait croire que le maire, via son amplificateur (à lampe) JP Moreau, s’entête à vouloir faire adhérer les artisans à une SEM et une association dont ils ignorent tout et qui ne contient rien. Non, pardon, que des bonnes intentions.