S3G et Groupe Sud Ouest, la censure dans les veines ?

Le 31 décembre 2010, en forme de vœux au millier de salariés de S3G licenciés par Groupe Sud Ouest, le journal Sud Ouest publiait : « La page S3G est tournée ».

Nous avons laissé alors une opinion dubitative, mais cette dernière a été censurée par Sud Ouest ((Le commentaire a été simultanément édité sur Facebook et Sud Ouest, puis il a disparu du site)) qui a depuis fermé les commentaires, on ne sait jamais.

Nous revenons donc sur cette micro censure, qui fait écho aux liens génétiques qui unissent Sud Ouest à la Petite Gironde.

Hasard des choses, nous étions contactés à quelques jours d’intervalle par la société S3G, nous demandant de supprimer un billet qui dérangeait le service marketing, car en troisième position dans Google sur la recherche « S3G » (merci Google!).

Une censure directe d’un côté, une invitation courtoise à l’autocensure de l’autre : le sujet dérange. Les ingrédients sont donc réunis pour parler de liberté d’expression et rappeler que sa limitation arbitraire, la censure, gangrène toute tentative de démocratie.

Les chômeurs de S3G? La faute à la Crise et à Internet

Le journaliste Bernard Broustet expose selon lui les causes de ce licenciement, dont nous avions parlé en juillet 2010 dans « Groupe Sud Ouest et S3G : discrétion sur un licenciement massif ».

Les 1 150 salariés licenciés de S3G, nous explique le journaliste, n’ont pas eu de chance (qu’il est méchant cet internet alors…) :

« La conjonction de la crise des années 2008-2009 et de la montée en puissance d’Internet a engendré un retournement brutal de situation ».

Sur ce point le journaliste répète avec zèle le message officiel donné par le PDG de Groupe Sud Ouest, Pierre Jeantet (Le Parisien 02/11/10):

« la crise économique et financière a accéléré la mutation vers le net »

En citant son patron au moins, le journaliste était sur de ne pas se tromper.

C’est oublier un peu vite les investissements douteux du Groupe Sud Ouest à hauteur de 140 millions en 2007, dont 50 millions pour la presse d’annonces gratuites H3S. Ces investissements ratés inaugureront en 2010 une ouverture historique du capital (de 30 à 50 millions).

Les banques, (en quête de liquidités après leurs exploits financiers), mirent alors la pression sur leur débiteur pour revoir leurs 100 millions.

Journaliste ou « agent d’ambiance éditorial » ?

Les salariés ne partagent pas l’analyse du journaliste ((Figaro, 29/01/10: « Nous payons au prix fort les mauvais choix stratégiques de l’entreprise »)) et ils n’ont aucun mot à dire. Car tout est là. Quel journaliste de Sud Ouest s’opposerait aux directives éditoriales du Groupe Sud Ouest?

Alors le journaliste de conclure :

Les mesures prises par notre groupe, douloureuses pour de nombreux salariés, lui permettent de garder son indépendance, et de poursuivre dans de bonnes conditions l’incontournable mission d’information (presse écrite, Web, télévision locale) qu’il assume depuis 1944.

Licencier 1 150 salariés pour rembourser les banques à la suite d’investissements fumeux se transformait pour le journaliste en préservation de l’indépendance du Groupe Sud Ouest…

Ce journalisme très « corporate » entrainait donc un commentaire de notre part ((« La question se pose dès lors qu’un communiqué de presse du service de com de GSO se fait passer pour un article de presse… »)), mettant en cause la sincérité de propos manifestement fallacieux.

Soyons clairs, parler de journalisme serait indécent pour l’ensemble de la profession. Il s’agit bien là d’un communiqué du service de communication déguisé en article de presse.

Non content d’imposer un article outrageant pour la déontologie d’un journaliste, Groupe Sud Ouest interdisait dans la foulée toute critique dans les commentaires. Propagande, puis censure, Sud Ouest, à la fois juge et partie, incapable de produire une information loyale, déraille complètement dans sa mission.

Derrière les masques de la com de S3G et Sud Ouest: la censure soft

Le Groupe Sud Ouest n’est visiblement pas à l’aise avec son licenciement massif. Et à travers son journal régional qu’il transforme pour l’occasion en organe de propagande, il tente de parfaire son image d’entreprise humaniste.

Que peuvent en dire les 1 150 familles qui paient aujourd’hui le prix de la déraison financière? Rien, en tout cas Sud Ouest « l’humaniste » ne leur accorde qu’un gracieux mépris.

Quant au service marketing de S3G, il a été à bonne école avec Groupe Sud Ouest. Le service marketing se lance à son tour dans une campagne d’e-réputation, décidé à épurer ce qui nuirait à sa communication dans les moteurs de recherches.

Considérant que notre billet nuisait à l’image de la société d’annonces gratuites, S3G nous a donc demandé de le supprimer. Étonnant réflexe que de vouloir détruire ce qui nous dérange en matière d’information.

Coup sur coup, ces deux micro évènements dénotent dans ce qu’on voudrait être une démocratie de l’information, ouverte et libre.

Sud Ouest se crispe sur ses atavismes et le service de communication S3G évolue dans le monde ancien de la requête en autocensure.

Il s’agit de détails n’est-ce pas ? Oui mais tout commence là.

Groupe Sud Ouest : « la lente mise a mort de la S3G par ses dirigeants »

Vous avez peut-être entendu parler du vaste plan de licenciement organisé par le Groupe Sud Ouest (journaux Sud Ouest et Dordogne Libre entre autre) à l’encontre de sa filiale S3G. Nous en parlions en juillet 2010 en réaction d’une part au cynisme financier, de l’autre au mutisme étrange des journaux du groupe Sud Ouest, oui voilà, ceux qui se disent indépendants.

Sud Ouest (et Dordogne Libre à la marge) sont intarissables sur les grèves et les manifestations contre la réforme des retraites, préférant bien souvent les estimations syndicales. Mais en toute liberté de conscience, le sort de plus d’un millier de chômeurs (et leurs familles) n’est soudainement plus une information pertinente à relater au public.Vieil atavisme de la Petite Gironde peut-être.

Donc rien, pas un mot ((Ah si 3 articles en 52 semaines je crois)). Silencio, silencio, y silencio. Face à cette situation, les journalistes se tournent et regardent en l’air. Leurs employeurs s’adonnent pourtant à une activité qu’on connait bien dans le sud ouest: la tauromachie, mais une tauromachie sociale en l’occurrence.

Nous relayons ici in extenso un communiqué de presse transmis aujourd’hui par les salariés de S3G.

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SAGA SUD OUEST : la lente mise à mort de la S3G par ses dirigeants
ou l’histoire d’une mère qui tue sa propre fille…liale impunément !

Cet été nous apprenions qu’un accord entre les banques régionales et le Groupe Sud Ouest (GSO) menait à sa perte sa filiale S3G.
Le Président du Directoire de GSO, Monsieur Pierre JEANTET, faisait lui-même un constat d’échec dans une interview des Echos (du 09/07/2010) : « l’échec d’une stratégie d’expansion marquée par le rachat pour 50 millions d’euros du Groupe de presse gratuite H3S, puis l’acquisition des Journaux du Midi pour 90 millions d’euros » amenant le Groupe à un endettement tel, qu’il décide de liquider sa filiale S3G.

En réalité, la facture totale supportée par GSO et ses filiales s’élève à près de 160 millions d’euros puisqu’à ces deux erreurs d’investissement dramatiques, s’est ajouté l’investissement dans un nouveau centre d’impression (centre d’impression d’Estillac) en 2007, pour 19 millions d’euros !

Comment un groupe peut-il en pleine explosion de l’internet comme nouveau modèle économique et à la veille de la crise, investir autant dans des sociétés spécialisées dans les supports papiers ?!?
Dans les meilleures années le Groupe Sud Ouest dégageait un bénéfice annuel maximal de 5 millions d’euros. Simple question de bon sens : un bon père de famille dépenserait-il plus de 30 fois son salaire annuel pour acheter un bout de terre sur une zone à risque ?

Mais la facture n’est pas tant économique que sociale ! Les salariés de la filiale S3G en ont largement payé le prix : de 1160 en 2008, il n’en reste pas plus de 100 en 2010, rescapés d’une dizaine de plans sociaux.
Pourtant ces 1 160 salariés aujourd’hui « couteux » ne l’ont pas toujours été : GSO était très fier d’annoncer que sa filiale S3G avec ses 140 M Euros de CA était le 1er pôle de rentabilité du groupe !
Alors que ces mêmes salariés assuraient depuis 30 ans les dividendes de GSO et comblaient les pertes de ses autres filiales, il aura suffit de 2 exercices déficitaires et c’est la trappe sans le moindre soutien de la part des autres activités du groupe !

Qu’en est-il des valeurs mises en avant par ce groupe et largement soutenues par ses actionnaires, la famille Lemoine ?
– Humanisme : 1160 familles dehors
– Qualité et rigueur du traitement de l’information : pas une ligne dans le journal Sud Ouest
– Participation à l’animation économique de sa région : 1160 salariés sans emploi
– Confiance dans la qualité des femmes et des hommes qui le composent : aucun reclassement dans le groupe

Les 100 derniers salariés de la société S3G SA vivent leurs dernières heures dans une atmosphère insupportable entre perspectives de rachats au rabais et licenciements purs et simples.
Ils tentent d’obtenir du Groupe Sud Ouest un accompagnement financier en dédommagement de leurs départs  forcés et à la hauteur de leur implication et de leur fidélité. Malheureusement Monsieur Pierre Jeantet accorde une valeur insignifiante à cet investissement.
C’est dans ce contexte que les salariés S3G SA, floués, abandonnés, trahis par leur société-mère sont aujourd’hui contraints à faire grève comme seul et unique recours pour obtenir leurs droits.

Groupe Sud Ouest et S3G: discrétion sur un licenciement massif

Comme on achète son pain ou son kilogramme de patates, on lit son Sud Ouest. Un journal fondé à la libération en 1944, par Jacques Lemoine. Le journal succède à la Petite Gironde ((Interdit de parution à la libération, ordonnance de l’été 1944)), duquel Henri Amouroux ((Rédacteur en chef de Sud Ouest de 1966 à 1974)) lors du procès Papon (le journaliste fut cité par la défense) déclarera que s’il n’était pas pro nazi, n’en était pas moins « maréchaliste » ((Est-ce que le journal était maréchaliste ?  »  » Oui « .  » Et pour L’allemagne nazie ? « .  » Non « ..))

Epoque trouble et complexe entre amnésie et désir d’avenir (oui déjà), un nouveau journal se justifiait. Tiré initialement à Bordeaux à 76 000 exemplaires, Sud Ouest deviendra le 2° quotidien régional en 1989 avec 400 000 tirages.

1972, 1976 et 1990 sont trois bons crus pour Sud Ouest qui se voit récompensé par le prix Albert Londres, à travers ses grands reporters que sont Jean Claude Guillebaud, Pierre Veilletet et Yves Harté.

Mais la constitution du Groupe Sud Ouest – GSO – en 1986 a changé la donne.

Le prix de 1990 se présentait déjà comme un vestige, la médaille honorable d’un passé révolu. C’est aujourd’hui un groupe de média pesant 450 M€, propriétaire de multiples journaux, comprenant 28 filiales directes et indirectes ((Sud Ouest, Dordogne Libre, République des Pyrénées, L’Eclair,  Midi Libre, l’Indépendant, Centre-Presse, Montpellier Plus, etc)).

Les problématiques y sont donc avant tout financières. L’image du bon petit journal de proximité sculptée à la serpe fait l’ombrelle sur les réalités économiques qui dominent la qualité de l’information et la chaîne de production/ diffusion.

Depuis deux ans, GSO s’est lancé dans un vaste plan de restructuration qui débouche aujourd’hui sur 1150 pertes d’emplois. Le journal Sud Ouest n’a pas été prolixe sur le sujet, c’est le moins que l’on puisse dire. Un seul article à disposition daté du 10 juillet 2010 (2 autres payants).

GSO a choisi de travailler son image plutôt que de relater des faits pourtant sacralisés par son slogan. Sa position régionalement monopolistique lui a garanti l’impunité du silence. Quelques bruits de tambours des syndicats et puis plus rien. 1 150 chômeurs.

Nous allons donc essayer de contextualiser ce plan pas social du tout en le comparant aux enjeux financier du groupe.

L’image de vertu que voudrait se donner GSO

Il suffit d’aller sur le site de GSO pour comprendre, à la rubrique : « Les valeurs du groupe» .

  • Les valeurs fondatrices : humanisme, indépendance et pluralisme
  • La qualité et la rigueur du traitement de l’information, quel que soit le média
  • L’attachement aux valeurs d’une région à laquelle il s’identifie
  • La participation à l’animation économique de sa région
  • L’ouverture aux nouvelles techniques d’information et de communication
  • La confiance dans la qualité des femmes et des hommes qui le composent

1 150 salariés virés comme des malpropres à propos desquels les différents journaux ont slalomé pour éviter le sujet. Voilà une réalité différente, des faits largement désacralisés et des commentaires serviles. C’est ce que nous allons voir dans cette modeste note.

Ces 1 150 salariés aujourd’hui couteux ne l’ont pas toujours été. C’est pourquoi GSO était fier d’annoncer sur son site (non mis à jour) que sa filiale S3G ((Société des Gratuits de Guyenne et Gascogne)) avec ses 140 M€ de CA est « le 1er pôle de rentabilité du groupe ».

Non rentables depuis 2 ans, les salariés de S3G en qui pourtant GSO avait toute confiance, ont été virés avec humanisme, en guise de participation à l’animation économique. Cet évènement touchant 1 150 familles a été relayé comme il se doit par un traitement rigoureux de l’information.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xc7g2z_interview-salarie-s3g-dans-la-manif_news[/dailymotion]

L’explication de Sud Ouest du 10/07/10

Le motif du licenciement en une phrase :

Le groupe va se désengager de l’activité des gratuits d’annonces, devenue déficitaire.

En juillet 2010, GSO dit qu’il va se « désengager progressivement » de la presse gratuite. Autrement dit qu’il coupera la branche S3G, filiale consacrée à cette activité.
L’aspect progressif conjugué au futur est étonnant, puisque depuis 2008, 725 salariés ont déjà été remerciés. GSO explique pourtant que cette activité était la plus rentable depuis une trentaine d’années.

Quelques exercices déficitaires et c’est la trappe, alors que depuis une génération les salariés assuraient de larges dividendes à GSO. Aussi on nous explique que les déficits sont structurels, subissant à la fois La Crise et la concurrence d’internet.

1 150 chômeurs c’est autant de familles dans la merde. Mais là n’est pas le problème. Car GSO nous explique que hormis S3G, les résultats du groupe au début 2010 sont supérieurs aux prévisions.

Le message est clair. Ces 1 150 salariés qui depuis des années rapportaient des bénéfices ne méritaient aucun soutien de la part des autres activités rentables du groupe. Un déficit et c’est la porte. Si tu ne banques pas, tu pointes.

Sur ce point là, GSO a le mérite d’être franc.

« Les faits sont sacrés les commentaires sont libres »

Pourtant en octobre 2009 GSO se défendait de vouloir poursuivre les licenciements. Mieux, la direction s’était engagée à tout mettre en œuvre pour préserver les emplois restants. Aussi un projet a été validé, le budget 2010 voté et les embauches poursuivies jusqu’en juin (et même après).

En novembre 2008, la direction rassurait déjà ceux qui se sentaient visés. Et le 5 décembre 2008, (lettre ouverte de Philippe Maurin [.pdf]), la CGT rappelle déjà aux « preux chevaliers de la godille » que personne n’est dupe de l’objectif final.

Crainte confirmée le 25 juin 2010, la direction annonçait la rupture pure et simple des conventions de trésorerie : au revoir.

725 licenciements en 18 mois plus 425 avant l’été, un total de 1 150 salariés dégagés à un rythme effréné.

C’est rapide. Il y a peu encore, Sud Ouest Eco faisait de la pub pour S3G, rappelant fièrement avoir fondé la société en 1978 avec Havas avant d’être devenu actionnaire unique en 1988. En 2006, GSO se vantait encore d’une rentabilité de 13% et un CA de 125 M pour 2007.

Sud Ouest dans un article du 18 septembre 2009 (en .pdf sur Filpac-CGT.fr), expliquait la situation par un « brutal retournement de tendance » au second trimestre 2008, irréversible selon lui, emporté par une tendance baissière qui condamnait les salariés, apportant des bénéfices à GSO depuis exactement 30 ans.

S3G branche pourrie, branche coupée

S3G est annoncé avec une chute de 50% de son CA entre 2008 et 2009 pour une perte de 10M€. Mais S3G a lui-même plusieurs branches dont certaines sont rentables. Selon que l’on évoque S3G Com, S3G Graph ou autres, les enjeux sont différents car toutes les filiales ne perdent pas d’argent.

Les déclarations des salariés de S3G Graph détonnent avec l’image que GSO tente de se donner à travers son journal Sud Ouest. Indemnités « supra-conventionnelles » pour les boss de S3G d’un côté et refus systématique du Droit Individuel de Formation pour les salariés. Leur conclusion est sans appel:

Une fois le citron pressé, ils vont jeter la peau

On appelle cela « rationaliser« , ça consiste à dire que vous ne valez rien, quoi que vous ayez apporté à l’entreprise durant des années. Dans ce cas votre dieu n’est plus transcendant ou impalpable, mais simplement une calculatrice.

Quant au journal Sud Ouest, si vous trouvez un article qui détaille les faits, hormis son propre satisfecit de juillet 2010, je suis preneur. Car il ne faut pas manquer de culot, en étouffant cette affaire sous les rotatives, pour conclure:

Dans ce contexte, « Sud Ouest » et les autres journaux du Groupe pourront continuer à offrir à leurs lecteurs l’information libre et diversifiée qu’ils sont en droit d’attendre.

Cynique et méprisant pour les 1 150 chômeurs qui réclamaient une information jamais fournie, le journaliste oublie de citer l’implication des banques et leurs manœuvres dans ce qui demeure un scandale financier et social.

GSO endetté avait besoin de cash, donc de chômeurs

Le 25 janvier 2010, Le Figaro sort un article intéressant : « Sud Ouest en quête d’argent frais ». Alors que le groupe licencie à tour de bras, on apprend que Pierre Jeantet, PDG de GSO, cherche à lever entre 30 et 50 M€, ouvrant pour la première fois le capital détenu à 80% par la famille Lemoine.

Le groupe endetté à hauteur d’une centaine de millions d’euros, serait pressé par les banques, en particulier le CIC (filiale du Crédit Mutuel en quête de liquidités après ses exploits bancaires), d’assainir ses finances. Cette levée de fond a été confiée à une autre banque mise en lumière par ses pertes abyssales durant la crise financière : Natixis (4 milliards d’euros de dépréciations d’actifs).

Le 02 février 2010, Challenges nous apprend que cet apport de capital « vise surtout à financer les projets de développement et notamment renforcer le secteur numérique et sa filiale consacrée à internet GSO interactive ». Étonnant puisqu’il est dit par ailleurs que GSO Interactive a été financé à hauteur de 1.5 M€.

Le budget prévisionnel 2010 de GSO prévoit un résultat d’exploitation positif de 1.6 M€ pour un excédent brut d’exploitation de 18.8M€ et un CA de 455 M€. GSO a ainsi baissé son CA, de 525 M€ en 2008 et 480 M€ en 2009.

Autant dire que rien n’a été improvisé et qu’une stratégie apparait clairement. L’hypothèse d’une réaction improvisée et contrainte dans l’urgence semble douteuse, comme en témoigne aussi la suite.

140 millions d’investissements en 2007 (prêtés par les banques? )

Car en 2007, GSO a fait l’acquisition des journaux du Midi ((Une « excellente opération » pour Olivier Faguer, président du directoire de GSO, Nouvel Obs le 04/10/2008)) – 1355 salariés pour un CA de 160 M€ pour 90 M€ et du groupe H3S (rapprochement Offreimmo.fr et Refleximmo) pour 50 M€. Total de l’investissement sur l’année : 140 M€.

Pourtant le 18 novembre 2009, la société H3S déposait ses comptes. Et le 17 octobre 2008, H3S apportait des titres à S3G. Bien vu, le 31 octobre 2008, la CGT faisait remarquer que GSO avait pour objectif de « mutualiser » les activités des deux groupes. Dernier recours ou planification ?

C’est pourquoi le Figaro parle de comptes « plombés » par les investissements de 2007, ce que confirme la CGT comme une erreur grave de la direction. Ça plus le besoin des banques de retrouver du cash après leurs acrobaties financières et la chute de la publicité papier… 1 150 salariés sur le carreau.

Aussi on est tenter de penser, (mais c’est de la spéculation), que l’ouverture « historique » du capital décrite comme un « choc culturel » par la direction de GSO fut une contrainte imposée par les financiers. Dans ce cas l’actionnaire principal se trouvait affaibli après des investissements douteux lancés à contre temps; dans une période vouée à la prudence.

Et comme le dit la CGT, dans ce cas ce n’était pas aux salariés d’en payer le prix. Mais fatalement, à qui d’autre alors? A contrario, si la séquence n’était pas préméditée, le PDG a conservé son poste avec facilité, tout en prenant les rênes de S3G pour le rush de la liquidation finale.

GSO un ogre financier omnivore

En 2007, GSO investissait 50 M€ dans la presse gratuite. Mais en 2009 avec un apport de 1.5 M€ il créer GSO interactive, pour expliquer en 2010 que le groupe se concentre sur l’information, son cœur de métier, (juillet 2010) : « Le groupe Sud Ouest se recentre sur l’information« .

Mais pourquoi dans ce cas GSO est rentré à hauteur de 40% au capital de TVPI en 2008, télévision locale basque ?

Pourquoi alors GSO a-t-il des parts dans la Semitour, société d’économie mixte dans le tourisme dirigée par le Conseil Général de Dordogne?

Ou que fait encore GSO avec sa filiale Aden Grand Sud Ouest (télécharger le communiqué de presse en .pdf) et Adenclassifieds, spécialisé dans l’emploi et l’immobilier?

Télévision, tourisme, emploi, immobilier, autant de secteurs qui séduisent un groupe dont son journal nous annonce qu’il se recentre sur l’information.

Selon les syndicats, GSO a dissimulé jusqu’au bout ses intentions de licenciement massif, laissant croire à des ajustements et un pseudo plan de sauvegarde de l’emploi.

Le comportement n’était erratique qu’en apparence. Le groupe semble avoir suivi une stratégie financière concertée avec les banques. Or on connait ce genre de logique. Et ce qu’il en résulte d’ailleurs, c’est 1 150 dommages collatéraux.

L’information ne s’en sort pas grandie. Un tel plan de licenciement aurait mérité plus qu’un article dégoulinant d’une contrition feinte.

L’info discount pour attirer le chaland et plaire aux annonceurs

Mais qu’à cela ne tienne ! Les étudiants de l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine (09/03/10 « Presse et numérique le devoir d’innover ») pouvaient écouter le directeur de GSO Interactive, Yann Chapellon ((Nommé au comité de direction Groupe depuis mai 2010)), vanter les mérites de la pub en ligne et le carton qu’allait faire Sud Ouest avec le numérique, hyper local et temps réel en star d’un modèle économique attrayant pour les petits annonceurs.

Il suffit de regarder Sud Ouest.fr pour mesurer l’ampleur des dégâts. Sports faits divers et loisirs. Car en dehors de ce que le lecteur consulte goulument, point de salut pour l’annonceur. Le dictat du « visiteur unique » est la victoire du e-commerce sur l’information, une de plus.

Une nouvelle ère commence. En revanche, il est loin le temps où un journaliste de Sud Ouest pouvait espérer le prix Albert Londres. Car contrairement aux bannières de pub, ça ne rapporte pas un kopeck aux actionnaires.

L’indépendance (très relative on l’a vu) que prétend vouloir le groupe face au marché de la finance serait à ce prix là. Pourtant GSO ressemble aujourd’hui à un groupe financier qui contrôle des dizaines de journaux et maîtrise son information quand elle le dérange. C’est étonnant. Même dans les journaux, les publicitaires finissent par remplacer les journalistes, l’AFP faisant office d’information pro bono.

On en oublierait presque pourquoi on s’informe