Ruisseau clair de la rentrée politique

Sur le plan politique c’est une drôle de période. A peine sortis du rat de marais médiatique ayant ensevelis les déclarations supposées racistes du Ministre de l’Intérieur, à la récidive soupçonnée, nous voilà embarqués dans l’affaire Clearstream.

Ou plutôt le règlement de compte entre Président de la République en exercice et ex Premier Ministre. « Du sang sur les murs » nous a-t-on promis par la voix du présidentiel avocat. Mais concernant l’affaire Clearstream au sens large, on n’en saura guère plus par la voie de la justice. Les magistrats ne s’intéressent qu’à une accusation de dénonciation calomnieuse. Pour le reste, show must go on.

En même temps où presque, le Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité Nationale et du Développement Solidaire (Eric Besson) déclare avec aplomb qu’il n’appliquera pas une loi votée par le parlement (Le législateur a émis tellement de contraintes que le décret d’application n’est pas possible en l’état). Une rareté, en tout cas sous une forme aussi cavalière et désinvolte envers la Constitution (art. 21). Déjà de retour ce soir dans le sentier de la légalité, il déclarait à propos de l’opération « La Jungle », avoir « rétabli l’état de droit« .

La constitution ? Idem pour le Ministre du Travail, Xavier Darcos, qui, de son côté, snobe avec maestria un arrêt du 19/02/09 de la Cour de cassation (La Cour de cassation a dit que les hommes devaient bénéficier des mêmes avantages que les femmes. Nous considérons que c’est injuste…). Là encore, c’est une innovation. N’essayez pas ce genre de cascade à la maison, vous en seriez pour vos oranges. Mais pour un Ministre, sous autorité directe de celui qui garantie constitutionnellement (entre autre) le respect de la plus haute autorité judiciaire, cela devient une happy hour.

De son côté, le parlement est en plein rush. Hadopi 2 passe aujourd’hui comme une lettre à la SA la Poste (258 voix pour et 131 contre). La Poste SA, que ces mêmes parlementaires seraient capables de solliciter pour envoyer leurs emails au regard de leur connaissance en réseaux informatiques. On rêve. Tant qu’on y est, pourquoi ne pas demander à un promoteur immobilier de faire de la prospective en urbanisme.

Cela n’empêche pas les parlementaires de se concocter des lois sur mesure (une habitude tenace). Aussi, c’est le député PS Jean-Jacques Urvoas qui porte le projet d’abrogation de l’article 7 du code électoral, pour en finir avec l’inéligibilité automatique. Les finances publiques, vache à lait (bradé) des anciens financements politiques, valent bien aujourd’hui de s’amnistier de ce genre de qualification. Le débat est intéressant entre Eolas, Jules et Authueil: à suivre.

Et comme nous sommes en forfait illimité, cela vaut bien aussi de servir le plat à l’Eglise de Scientologie en « oubliant » un article du code pénal, de façon à exonérer de dissolution toute personne morale en cas de responsabilité pénale (escroquerie). Tom is welcome.

Clearstream réduite à une dénonciation calomnieuse, une décision ministérielle inconstitutionnelle, un déni d’autorité à la cour de Cassation, Hadopi 2 votée par des godillots, l’auto amnistie parlementaire et le soutien « involontaire » à un mouvement sectaire, n’ont rien à voir entre eux. Sauf peut-être le mois de Septembre.

Allez, rajoutons à cela les accusations de fraude électorale du parti socialiste, dont certains (Jean-Luc Mélenchon), contre l’idée d’une anecdote, en rajoute sur le caractère quasi traditionnel, et la boucle est presque bouclée.

Une bonne nouvelle toutefois, dans ce maelstrom d’inventivité politique. Le juge d’instruction va bientôt disparaître alors que le parquet sera toujours sous la tutelle directe de l’exécutif.

Bientôt tranquilles.
Super.

On oubliait un détail. Le maire de Périgueux cravache, de son côté, entre fête de la Rose et inauguration de place publique. C’est presque rassurant non ?