La publicité en ligne et la prostitution de l’information

Sudouest.fr, le journal Sud Ouest en ligne, est heureux de vous présenter son nouveau partenaire commercial, le mastodonte de l’industrie agro-alimentaire, Auchan. A Marsac, Auchan lance un nouveau service de commande par internet et fait sa campagne de pub.

A cet effet, la régie publicitaire de Sud Ouest, qui loue indifféremment son audience générée par l’information au privé ou aux collectivités locales, a fait les choses en grand.

Selon la résolution de mon écran et son format, la publicité couvre 50% de la surface totale de la page. Must have, la totalité de l’espace publicitaire est cliquable et conduit vers le site d’agro-alimentaire.

Ironie du sort, cette publicité s’affiche aujourd’hui autour d’un article parlant de la charte commerciale de la CAP et d’une étude sur l’urbanisme commercial.

Une étude douteuse et une charte inutile

Cette étude qui vise à établir un diagnostic et des préconisations pour réguler l’urbanisme commercial, est un cheval de Troie. Avec quelques biftons supplémentaires, elle sert à justifier le projet du maire de Périgueux de vendre la place Montaigne à Eiffage.

Aussi le projet Eiffage a été introduit après le lancement de l’étude. C’est rondement mené. Le journaliste nous apprend qu’il faudrait une « locomotive alimentaire » et que la commercialisation des surfaces soit menée par un spécialiste « présentant des garanties ».

Exactement comme à Angoulême, où suite à la commercialisation des surfaces par un spécialiste, la « locomotive alimentaire » (Monoprix), a mis la clé sous la porte en générant 30 chômeurs, entrainant dans sa chute l’ensemble du complexe commercial [Place Montaigne, les enseignements du Champ de Mars à Angoulême].

Les CDAC et les permis de construire sont octroyés plus facilement qu’un changement de carte grise. Depuis 10 ans les élus, au sein de la CAP, ont démissionné de leur fonction de régulateur d’occupation des sols.

Règne une anarchie urbaine, une fuite en avant, à qui signera le plus de permis de construire pour devancer le voisin. Sur ce point, l’intercommunalité périgourdine est allée droit dans le mur. Elle constate aujourd’hui les dégâts.

A l’heure où l’Etat tape du poing sur la table, ordonnant aux anarchistes gaulois de faire leur boulot, à savoir se mettre au service de l’intérêt général, cette charte a la valeur d’une part de flanc. Depuis 10 ans, le périmètre des intercommunalités est le résultat de querelles entre élus et de calculs politiques. La CAP est un échec de la décentralisation.

A aucun moment, la Communauté d’Agglomération périgourdine et la Communauté de Communes Isle Manoire n’ont été dessinées en fonction du critère d’intérêt général. La preuve encore à l’occasion du regroupement, le maire de Boulazac accuse celui de Périgueux d’avoir fomenté son démantèlement pour un motif d’ambition personnelle.

Derrière les chicayas politiques, la proximité entre élus et grosses enseignes locales fait loi. Le maire ne sert en l’espèce qu’à valider administrativement les intérêts des enseignes (Maire de Périgueux et commercial pour Eiffage). Et quand on s’y prend mal, qu’on n’a pas les bons appuis ni les bons copains, que les autres ont déjà allongé la monnaie, on fait comme Leroy Merlin, on rame. Et ce pendant des années.

Directement ou indirectement, un permis pour une enseigne commerciale, ça s’achète.

Et le journaliste dans tout ça ?

Il valide, c’est son job. L’information qu’il vend ne suffit plus à le nourrir. Alors il génère du trafic en ligne et loue cette visibilité aux annonceurs. Or quand l’annonceur c’est Michel Moyrand, Claude Béri-Debat, Bernad Cazeau ou Auchan, que devient la part d’indépendance nécessaire à l’exercice du métier de journaliste ?

Quand ce dernier est indirectement rémunéré par les annonceurs, que peut-il dire de ces annonceurs ? Peut-il vraiment enquêter ? Peut-il livrer des informations qui vont contre l’intérêt de ses annonceurs ?

Instrumentalisation des documents publics et intérêts journalistiques

Qui plus est, en échange de ses loyaux services, un journaliste local monnaie les infos qu’il obtient par les politiques.
Alors que le maire de Périgueux faisant de la rétention d’information, le jour même du conseil municipal, il envoyait à Sud Ouest le dossier Horizon 2015, document public dont il interdisait l’accès aux élus de Périgueux jusque là; (Le maire de Périgueux en flagrant délit d’excès de pouvoir).

Plus récemment, une élue de la CAP, Nelly Perraud-Dausse se voyait interdire l’accès à l’étude sur l’urbanisme commercial le 18 avril 2011. Mais 18 jours plus tard, l’étude a été envoyée au journaliste de Sud Ouest !

Au mépris des lois, ces informations publiques sont manipulées et servent en réalité à alimenter le besoin en information « exclusive » des journaux locaux qui leur sert à générer de l’audience. C’est cette même audience qu’ils vendent ensuite aux mêmes responsables politiques, la boucle est bouclée.

Même les élus découvrent des informations dans le journal alors qu’ils auraient du être informés avant. Ces conditions interdisent toute production d’une information honnête, indépendante et objective.

La mort de l’information, la fin du journaliste

Ce n’est plus de l’information. Ca doit s’appeler autrement. D’autant qu’en parallèle, les collectivités financent sur les deniers publics des magazines qui se prétendent eux-mêmes informatifs (Communicants et journalistes, un même métier), alors qu’il ne s’agit que de marketing politique et de communication.

Ce n’est plus du journalisme. Le journaliste est transformé en « agent d’ambiance éditoriale » et ne sert qu’à passer les plats au service de ceux qui le nourrissent en informations autant qu’en monnaie sonnante et trébuchante.

Le Groupe Sud Ouest utilise à dessein sa position de monopole de l’information locale. Sans concurrent, il peut se permettre de produire une information bas de gamme, le trafic est acquis d’avance.

Aussi voit-on dans la rédaction bordelaise où tout est centralisé, d’anciens journalistes reconvertis en analystes de trafic web au service stratégique de la régie publicitaire. Il faut « buzzer ». Pour cela, Sud Ouest n’hésite plus à produire des articles « chauds » en pagaille sur un sujet à fort potentiel de trafic.

Peu n’importe plus que ces articles ne contiennent pas une seule information nouvelle par rapport aux précédents. Le dernier exemple en date était « l’attaque-de-la-maison-du-maire-de-Périgueux-au-coktail-Molotov ».

C’est un nouveau métier, une nouvelle profession. Les règles du jeu ont changé. L’information en ligne n’est pas gratuite, elle tue l’information et la remplace par un alibi textuel au service des annonceurs. Sur le plan démocratique, selon le rôle historique de la presse et du journalisme, ça coûte cher; très cher.

Michel Moyrand en flagrant délit d’exces de pouvoir

Comme s’il était encore besoin de souligner que Sud Ouest Dordogne se plaît plus que de raison à jouer les aboyeurs du maire de Périgueux pour soulager les frais de personnel de son service de communication, le journal populiste local vient de faire un gros coup.

A 17h22, Sud Ouest a mis en ligne le rapport Horizon 2015 ((« Gestion de l’eau à Périgueux, le vote c’est ce soir » 24/03/11 17h22)). Et c’est stupéfiant, on va voir pourquoi.

Michel Moyrand promène le journal Sud Ouest

Hier encore, Sud Ouest mentait sur la nature publique du document Horizon 2015

C’est la première fois que le journal met en ligne des documents complets! Vous êtes habitués sur Rue de la chouette depuis des années à cette méthode, elle est inaugurale pour les lecteurs de Sud Ouest. (On verra si c’est un « coup » ou une nouvelle pratique).

L’article de la fin de l’après midi répond à un premier article ((« Eau: pourquoi Moyrand abandonne la régie » 24/03/11 06h00)) où la journaliste relaie les éléments de langages du maire de Périgueux. Il est horodaté à 06h00, autrement dit de la veille.

Or dans cet article, la journaliste (Anne Marie Siméon) répète bêtement ce que lui dit le maire (c’est son gagne pain), à savoir que l’étude Horizon 2015 est confidentielle :

« Celle-ci n’est malheureusement pas publique ». (!!!)

Il n’y a rien de plus faux, puisque ce document administratif est sous le coup de la loi de 1978 [Loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 relative à l’amélioration des relations entre l’administration et le public] qui en autorise non seulement la consultation et la communication mais également la copie.

Hormis une méconnaissance élémentaire des lois de la République ou/et une tentative de manipulation de plus, la routine à Sud Ouest.

Non, ce qui est frappant, c’est l’heure et le jour auxquels Sud Ouest s’est vu remettre le document par la mairie pour faire son scoop. Pile poil le jour du conseil municipal.

Michel Moyrand prend la loi, retourne la loi, et …

Car jusque là qu’en était-il de ce document ? Des adjoints à la mairie de Périgueux ont eu l’autorisation de le consulter en mairie mais se virent interdits de le copier. Oui, des adjoints au maire, vous ne rêvez pas.

Qui plus est, une autre conseillère municipale a demandé la communication de ce document. Le directeur général des services, (Philippe Laporte), lui a sèchement refusé la communication au motif toujours de la confidentialité: un excès de pouvoir.

Bref, la municipalité a organisé, avant la tenue du conseil municipal, une obstruction patente à la communication d’un document public que mêmes les élus ne pouvaient avoir.

Depuis le 15 février 2011 l’étude sur la régie municipale était tenue au secret. Et par enchantement, le jour J, la municipalité décrète qu’elle devient publique et la transmet à Sud Ouest en même temps qu’aux élus.

Là-dessus, le journal (enfin appelez ça comme vous voulez) s’empresse de vibrer avec le maire : « A la lecture de l’étude d’Horizon 2015, on comprend mieux les motivations de Michel Moyrand ». Par ici les pubs de la mairie cet été…

Tout ça pour nous, les crétins censés applaudir

« Lecteur crétin », écoute la journaliste t’expliquer que hier encore ce document était secret, confidentiel, hors de portée.  Mais qu’aujourd’hui il est public, jour du conseil, amen, il est public.

Ecoute la journaliste t’expliquer à quel point le maire a fait les bons choix pour toi… En violant la loi, en méprisant la législation, en manipulant l’opinion, en désinformant les élus, en empêchant les représentants de s’informer a minima avant de prendre leur décision, etc.

Et le Front National rigole, rigole…

Michel Moyrand, Facebook et Twitter: rencontre du troisième type

Une information essentielle a ébranlé la salle de rédaction de Sud Ouest Dordogne le 04 janvier 2011. Dans l’après-midi même (16h19) un article sera mis en ligne avant une pleine page le lendemain.

Rendez-vous compte. Dans la matinée, le maire de Périgueux piquait une crise en apprenant qu’il avait un compte sur Facebook, un faux compte (fake en anglais).

Quelques heures après avoir reçu le communiqué rageur du maire, les rotatives de la feuille de chou s’enflammaient pour titrer le lendemain : « Après Twitter, Michel Moyrand a un usurpateur sur Facebook ».

Bref, on fait de l’info avec ce qu’on peut. Beaucoup croient aujourd’hui que Facebook est un mot magique pour faire de l’audience alors tout y passe.

On revient donc sur tout ça, média, réseaux sociaux et notre pauvre Michel avec Facebook.

Sud Ouest : service de communication officieux des collectivités ?

On ne sait plus à la fin quelle est la fonction du journal Sud Ouest. Sert-il à produire de l’information ou bien cette dernière n’est-elle qu’un prétexte pour afficher de la publicité ?

Il suffit qu’un maire ponde un communiqué de presse pour faire deux articles en 24h00, sans enquête ni aucun regard croisé, et faire croire à de l’information ? Non.

Aujourd’hui, ce genre d’article est un mobile pour afficher de la publicité. Il ne sert qu’à renvoyer l’ascenseur au politicien qui a bien voulu convertir des deniers publics en réclame, nerf de la guerre de Sud Ouest.

Un exemple. A en juger par l’investissement du Conseil Général Dordogne en publicité Sud Ouest, Bernard Cazeau est tranquille pour l’année 2011.

Publicité: CG24 cité 7 fois sur une page sud ouest

Les collectivités territoriales, les chambres consulaires et autres entités publiques, exploitent les faiblesses des média d’information, contraints de faire le trottoir pour se tenir à flot.

En retour, pas de bruit, pas de vagues, pas d’information. Cette fois là, avec son communiqué doublement relayé, le retour sur investissement était pour le maire de Périgueux.

Michel Moyrand découvre internet, Facebook et Twitter

Surpris et furieux, il bombe son petit torse velu et lance un avertissement :

« l’usurpation d’identité est également un délit et, qu’à ce titre, ceux qui la pratiquent peuvent être appelés à répondre de leurs actes devant les tribunaux ».

Aveu d’impuissance de celui qui n’y comprend rien ou esbroufe de basse fosse, va savoir. Ce délit visé par le Code pénal (Article 434-23) ne constitue rien à lui seul :

« Le fait de prendre le nom d’un tiers, dans des circonstances qui ont déterminé ou auraient pu déterminer contre celui-ci des poursuites pénales , est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende».

Il devrait par exemple être le support d’« imputations ou allégations de nature à porter atteinte à l’honneur et à la considération » (article 29, alinéa 1er de la loi du 29 juillet 1881). Il faudrait de la diffamation, de l’injure, un vrai délit pour prospérer en justice.

Et quand bien même, la bataille du maire serait vaine, il doit le savoir.

Le prix d’une victoire que même Pyrhus aurait décliné:

  • Un hypothétique gain de cause devra attendre des années avant la décision d’appel ou pire la Cour de Cassation.
  • Une publicité gratuite et efficace pour le fake, qui n’en demandait surement pas tant pour un microscopique compte Twitter ou Facebook.
  • Une image collante de maire archaïque, qui fera l’objet de toutes les railleries sur le web, (dont la communauté est friande de ses agresseurs les plus ringards [@FLefebvre_UMP ] ). Un must have en communication…

Au final, le seul espoir de Michel Moyrand est Nicolas Sarkozy. Lui seul a vraiment compris le désarroi de Michel, qui attend avec impatience la LOPPSI 2 (Cf. L’usurpation d’identité numérique : un nouveau délit pour rien ?), créant effectivement un nouveau délit : l’usurpation d’identité sur internet.

Le fake Twitter de Michel Moyrand a disparu

Impressionnant. Car avant la menace d’un recours en justice, il suffit de demander au responsable du média social la suppression du fake. Ca a fonctionné en son temps avec celui de Jean Pierre Pernaut, cela ne peut donc que réussir avec Michel Moyrand.

En effet, le fake Twitter de Michel Moyrand vient de disparaitre. Hasard des pressions, suppression de l’éditeur ou repli stratégique ?

Un fake représentait visiblement une menace d’avant-garde 2.0 à Périgueux. Piqué, Sud Ouest se plaignait dans son article du caractère « très ironique » des messages. L’intérêt à agir pour le journal était direct:

Il fallait protéger la poule aux œufs d’or autant qu’agiter un semblant d’indignation. Le vrai fake -si l’on peut dire- en l’occurrence c’est plutôt Sud Ouest en se faisant abusivement passer pour un journal d’informations.

On va donc faire de la pub pour le compte Facebook de Michel Moyrand, sur lequel tout le monde peut se lâcher sans modération, devinez pourquoi…

En somme, entre Sud Ouest, Michel Moyrand et l’incompréhension que suscite les réseaux sociaux, on n’a pas fini de rigoler à  Périgueux!

Sud Ouest Dordogne partenaire officiel de la CAP Périgueux

Jeudi en 20, la rédaction de Sud Ouest s’est dévouée à la Communauté d’Agglomération Périgourdine, la CAP. Interviews ((Le débat est ouvert et Partout, on réduit la place de la voiture)), témoignages (lénifiants) ((Une nécessaire complémentarité, Offrir la gratuité des transports en ville )), tests grandeur nature ((Rien ne sert de rouler il faut partir à point)), article promotionnel ((Le TER joue la navette ferroviaire)) et même article-fiction ((Des trains, des bus, moins de voitures)) sont au rendez-vous pour vous faire aimer vos élus et leur PDU.

Comme en partenariat avec la CAP et la Région Aquitaine, le quotidien s’est démené pour mélanger enjeux réels et communication, vraies infos et slogans publicitaires. Forçant le trait jusqu’à un militantisme décomplexé, aujourd’hui, en plagiant l’Humanité sur le 4 novembre 1956, Sud Ouest aurait pu titrer :

L’agglomération périgourdine retrouve le sourire

Visiblement inquiets des récentes critiques sur la vacuité de cette collectivité locale, ((JF Cros A chacun son film ou ici même La Cap est un échec de la décentralisation)), la CAP et Sud Ouest se sont mobilisés dans une campagne de communication sans précédent pour l’image des élus et l’action de l’agglomération, PDU en tête.

Il fallait employer les grands moyens pour répondre à des critiques fortes. Sont pointés l’incohérence territoriale et politique, l’anarchie régnante en l’absence de planification urbaine et commerciale (cause principale de l’inflation du trafic routier), une politique générale étriquée, sans vision globale, de lourds retards dans le développement économique le long de l’A89, etc.

Les questions-réponses de Claude Bérit-Débat

Sud Ouest commence par une interview du président de la CAP, Claude Berit-Débat, se donnant pour objet de répondre presque point par point aux récentes critiques. Le titre de l’article résume la tonalité générale : « Le débat est ouvert ».

Le community manager de SO offre par des questions calibrées l’occasion de valoriser l’image de l’action intercommunale. Mais sur un fond de sincérité bien sur, face à des éléments que personne ne peut plus dissimuler aujourd’hui. Claude Bérit-Débat tente ainsi d’expliquer tout le bien fondé de son Plan de Déplacements Urbains en l’absence de tout autre document d’urbanisme ou commercial dans un périmètre territorial indigent.

Il présente aussi sa méthode de décision : la quête de l’unanimité. En général dans le régime démocratique en usage, les collectivités territoriales prennent des décisions à la majorité, procédant de la logique électorale. Mais plus soucieux de la vitrine politique que de la cohérence de l’action publique, Bérit-Débat s’échine à préserver l’unanimité pour des communes en totalité socialistes ou communistes (ou les deux bien souvent).

Il accorde ainsi à chaque commune un droit de véto, introduisant une excentricité périgourdine dans le processus démocratique. C’est au nom de cette apparence d’union politique que Champcevinel exerce ce droit de véto contre le contournement nord, Trélissac contre le pont de l’Arsault, ou Coulounieix-Chamiers contre un peu tout à la fois.

Cette méthode de décision se rapproche davantage du Conseil de Sécurité de l’ONU que de notre Code Général des Collectivités Territoriales. Il s’agit moins de communes que d’ambassades, conduisant les maires non à se soumettre à une démocratie par majorité, mais à s’ériger en censeur au nom de leur souveraineté territoriale.

Les projets ne sont donc pas décidés en fonction d’un intérêt général résultant d’un vote à la majorité, mais selon un consensus dont la logique est géopolitique, fondée sur la recherche du plus petit dénominateur commun. Que l’on ne s’étonne donc plus de l’incapacité de la CAP à agir par une politique générale cohérente.

C’est un échec que Bérit-Débat a au moins le courage de reconnaitre, lorsqu’il indique que « l’intérêt général passe au second plan », conséquence directe du refus des élus périgourdins de se soumettre aux principes du régime démocratique au niveau intercommunal.

Résultat, ce n’est pas que le PDU qui est vidé de sa substance comme le demande Sud Ouest, mais l’ensemble de la politique intercommunale. Ici Bérit-Débat fait un autre constat d’échec. Car s’il présente le PDU comme étant « d’abord la promotion des transports en commun », il concède également vouloir ensuite s’attaquer au commerce puis au périmètre intercommunal et à l’urbanisme (SCOT).

Une méthode étonnante et si peu cartésienne. Il va ainsi du particulier au général et du secondaire à l’essentiel. La logique voudrait l’inverse. D’abord la fixation d’un territoire, ensuite des règles générales et enfin des dispositions particulières. Bérit-Débat et ses amis avancent à reculons.
Lorsque le sens de la marche va du décret d’application vers la loi organique, forcément c’est compliqué. Il fait face à un conglomérat d’ambassades municipales sur un escalator monté à l’envers.

Le résultat est là. 10 ans de retard sur le périmètre de l’intercommunalité ((Rapport CRC 15/07/2004 et 02/12/2008)) , 10 ans de retard sur le développement économique le long de l’A89 ((Rapport DRE août 2009)) , aucun document de planification urbaine et commerciale, mais des couloirs de bus pour toute régulation du trafic automobile.

En revanche sur l’accessoire (comparé à l’étalement urbain et aux enjeux environnementaux), la CAP ne boude pas son succès. Une piscine ludique (Aquacap) et une voie pédestre le long de la rivière (Voie Verte) en 10 ans, les périgourdins ne semblaient pas en demander plus.

Evidement, parler de concertation avec les habitants alors que les élus n’y parviennent pas entre eux, c’est risible. Mais face à un tel constat d’échec, il faut savoir se détendre aussi.

Pour Sud Ouest vous en rêviez ; Moyrand l’a fait. C’est formidable !

S’ensuit un article promotionnel comme Sud Ouest en a le secret où le vendeur de tapis se substitue au journaliste. La trame du scénario demeure classique : une situation périlleuse, du suspens et le dénouement avec l’arrivée d’un sauveur.

D’abord la présentation d’une solution inextricable, l’impossibilité de se doter d’une navette ferroviaire malgré des besoins criants. Une fatalité plongeant le bassin de vie dans un désarroi profond et altérant toute idée d’un avenir serein.

Allait-on sombrer dans le néant d’un enclavement impitoyable au prétexte que la navette est chère et nous, malheureux, si pauvres ?

Mais non car le sauveur arrive ! « Finalement, une solution de remplacement est trouvée en 2009 par Michel Moyrand… ». Plus de navette ferroviaire mais des TER au cadencement renforcé. Comme si personne n’y pensait avant, les syndicats de la SNCF par exemple…

Grâce au maire de Périgueux, ce ne sera pas cette navette ferroviaire « rêvée depuis des années », mais tout de même « un formidable moyen de déplacement ». Et le dithyrambe ne serait pas complet sans cette dernière envolée : « … le PDU périgourdin est considéré comme exemplaire. C’est la Région qui le dit ».

Ah ben si la Région le dit alors, c’est que ça doit être vrai !

Région du même bord politique que l’intercommunalité dont le premier vice président et maire de Périgueux se trouve être aussi vice président du Conseil Régional…

Grâce à ce journaliste exemplaire (c’est la Région qui le dit), vous saurez que vos élus sont formidables et font des choses formidables. Que demande le peuple hein ?!

Sud Ouest, les Sims, un acide, un article

En suivant, Sud Ouest se lance dans un article d’anticipation. Difficile de mettre en valeur un produit qui n’existe pas, qu’à cela ne tienne, Sud Ouest l’invente. C’est pourquoi l’auteur a pris un acide (présume-t-on) et imagine pour vous la situation périgourdine en 2020. Attention décollage.

Il s’invente des personnages, leur vie, leur boulot, leurs enfants et va même jusqu’à délirer sur la météo du jour, les prénoms, etc.

Et là, un peu comme avec les Sims, le journaliste anime et occupe son petit monde avec des activités choisies. Ah ben là Mathieu travaille à Boulazac et Juliette à l’hôpital heu… et c’est parti pour le Grand Huit intra muros dans la tête du narrateur.

La fiction se déroule donc en 2020 et notre Philip K. Dick local s’emploie à divaguer sur les transports en communs et la vie quotidienne dans l’agglomération. Et j’te prends le bus et j’te prends le train et tout va bien, c’est merveilleux au pays des Sims.

Les bus sont « quasiment toujours à l’heure », tout est fluide, on active gaiement la billetterie unique depuis son téléphone portable et merveille, le pont de l’Arsault vient d’ouvrir : plus aucun bouchon à déplorer en centre-ville. Wonderfull World.

En pleine montée d’acide, le journaliste s’attaque aux parents de sa famille imaginaire. Le pont des Barris est fermé aux voitures et pépé fonce comme un bolide avec son vélo électrique. La loi sur les retraites est entrée en application, ils ont 65 ans et travaillent encore (sur ce point il pourrait lire le Monde plutôt que de jouer aux Sim’s). Du coup mamie bosse et s’éclate non avec un TER mais carrément avec une navette ferroviaire. On l’imagine volontiers rose à poids jaunes pour l’occasion.

Dernier pic avant la descente, le romancier en herbe s’en prend à la Communauté d’Agglomération toute entière. La CAP est devenue la GCAP, la Grande Communauté d’Agglomération Périgourdine regroupant plus de 50 communes. Et pourquoi pas une Communauté Urbaine de 500 000 habitants. Avec les Sims on peut tout faire et avec Sud Ouest tout imaginer.

Et le journaliste de conclure en annonçant un nouveau PDU pour 2030. Dans de bonnes conditions, sous LSD, l’avenir est radieux, coloré, fluide. De là à supprimer l’investigation pour des fictions narratives, il n’y avait qu’un pas que Sud Ouest franchit avec souplesse et docilité.

Pour les curieux qui seraient tentés d’appuyer leur opinion sur des analyses objectives, nous allons mentionner quelques documents à toute fin utile.

Pourquoi y a-t-il trop de voitures aujourd’hui

Sans politique urbaine cohérente, la CAP a fait exploser l’usage de la voiture dans les années 90 et 2000. Le trafic routier augmente 10 fois plus vite que la population ((PAC DDE- Novembre 2006)) . Il est la conséquence directe de la forme de développement urbain voulu par les élus : anarchique et sauvage.

Si aujourd’hui, en 2010, la CAP s’apprête à réduire ou plutôt réguler le trafic automobile, c’est parce que depuis sa création, cette collectivité s’est développée sur des logements périurbains éloignés, des ZAE loin des quartiers d’habitat, etc., incitant toujours davantage à l’usage de la voiture, nonobstant la tendance macro-environnementale.

Il est donc bien naturel que celui qui vous a rendu malade depuis 20 ans se propose aujourd’hui de vous soigner en vous exhortant à des comportements écologistes et collectifs.

Mais toujours sans aucun document de planification urbaine et commerciale, ce qui amène à la conclusion suivante ((PAC DDE- Novembre 2006)) :

Les tendances à l’œuvre sur le territoire de l’aire d’étude ne sont pas favorables aujourd’hui à une amélioration de la situation que connaît l’agglomération : bien au contraire, du fait de l’absence de document de cadrage, tous les ingrédients sont réunis pour une poursuite de l’étalement urbain et une concentration des commerces.

Que se passe-t-il sans les voies de contournement et les ponts ?

Certains idéologues sophistiques avancent que tout aménagement routier ferait augmenter le trafic automobile. C’est ignorer ce qui est constaté plus haut pour promouvoir un interventionnisme contraignant. La solution du rail est en réalité moins une volonté politique qu’une victoire des lobbyistes syndicaux, qui en retour, ne pourront déroger à un soutien électoral opportun.

Maintenant que l’on vous a construit un logement à l’opposé de votre lieu de travail et en diagonal de votre supermarché, on va vous dégouter de prendre la voiture. On appelle ça une double peine.

En gros ça donne le résultat suivant :

Suite à une politique urbaine déplorable qui a favorisé l’étalement urbain et l’allongement des trajets, nous sommes heureux de vous annoncer que toute future utilisation de la voiture sera pénalisée.

PDU CAP Périgueux - juin 2008

Sans pont ni contournement, voilà ce qu’annonçait pourtant la CAP :

… si rien n’est fait d’ici à 2020, les cabinets spécialisés prévoient une aggravation des embouteillages aux heures de pointe…

La solution pourrait passer par la création de nouvelles infrastructures routières : deux ponts urbains (pont de l’Arsault et du bas Chamiers) et l’amélioration des voies de contournement actuelles…

L’idée est simple. D’ici à 2020, vous serez tellement écœurés à l’idée de prendre votre voiture que les grèves de la SNCF et les retards des bus seront de douces pensées à côté des embouteillages qui vous attendent. Du coup, vous laisserez votre voiture au garage et irez manifester votre joie en sifflotant à bicyclette.

Elle est pas belle la vie ?