Le CLAP peut remercier Sud Ouest et sa tentative de diversion

Sud Ouest Dordogne, c’est un peu le magazine de la ville de Périgueux, mais tous les jours. Hier, pour traiter une affaire interne au CLAP, Sud Ouest n’a rien trouvé de mieux que d’interroger un père pour justifier les agissements de son fils (« Couac autour du CLAP » 26/11/11).

Exactement comme si le but de la démarche était de faire diversion, d’étouffer l’affaire, plutôt que la révéler, d’en exposer les faits et de l’analyser. Notre information datait du 24 novembre, ( L’association CLAP Périgueux épinglée ?), Sud Ouest a bien du suivre.

Mais bizarrement, les vraies questions sont éludées pour se contenter d’une bien étrange version officielle. Un hasard?

Pourquoi interviewer Michel Theodorides ?

Apparemment parce que ni le maire, ni le principal intéressé, David Theodorides, n’ont voulu répondre à la journaliste (Anne Marie Siméon). Faute de grives…
Sauf que ce monsieur n’est ni président de Sinfonia, ni directeur du CLAP. Il est totalement étranger à l’affaire et n’intervient qu’en qualité de fondateur du festival en 1990…

Mais comme tout papa, il défend son fiston. Autant la prise de position est compréhensible, autant on comprendra aisément qu’elle est dénuée de toute objectivité. Peu importe, ce sera la base de l’article de Sud Ouest qui aurait pu titrer : « Clap, le père défend le fils ». Ce monsieur n’a rien à voir avec le cœur du problème ? Peu importe pour Anne Marie Siméon qui lui tend le micro en lui disant : « Votre fils est mis en cause dans un possible conflit d’intérêt, qu’en pensez-vous ? »

Anne Marie Siméon, tant qu’à donner dans le « family business », aurait pu interroger la femme de David Theodorides, Jany Theodorides. Pourquoi ?
Parce que Jany Theodorides a participé à cette Assemblée Générale: un témoin direct donc. Mais cela impliquait de dire à quel titre et pour quelle fonction – elle n’apparaît pas dans l’organigramme de l’association.

Est-ce pour éviter de poser cette question que la journaliste n’a pas contacté Jany Theodorides ?

Un article de « diversion » pour éviter le sujet principal

Anne Marie Siméon s’est contentée de bien peu (elle n’avait peut-être pas le choix). Elle nous raconte gentiment que le passif de Sinfonia (18 435 €) est strictement égal à la valeur des actifs immatériels. Quel incroyable hasard ! Peu importe, la journaliste semble vouloir croire à cet incroyable hasard et en convaincre ses lecteurs.

Ces actifs immatériels sont composés nous dit-on :

  • de la valeur de la marque Sinfonia;
  • d’un savoir faire en organisation de festival de musique;
  • et d’un carnet d’adresses de 3 800 contacts, (chiffre que la journaliste s’est gardée de révéler).

La somme de ces trois actifs est parfaitement égale au passif, à l’euro près. Et cela ne suscite aucun étonnement chez la journaliste, aucune question. Elle se contente pour toute explication de citer un passage du compte rendu de l’AG :

ce passif était « largement compensé par le fichier clients et la renommée de ce festival », constituant « des actifs incorporels ».

Et le Père Noël dans la galerie marchande, c’est le vrai c’est ça ?

Des actifs incorporels sortis du chapeau et non évalués

En cas de cession, les actifs incorporels, ça se chiffre, ça s’analyse. Ce n’est pas un truc griffonné sur le coin de table d’une AG trop vite expédiée. Et ça, la journaliste doit bien le savoir…

La valeur de la marque Sinfonia

« Pour comptabiliser un actif au bilan il faut qu’il existe une assurance raisonnable que l’entreprise bénéficie des avantages économiques futurs liés à l’actif, que l’actif soit identifiable et que son coût ou sa valeur puisse être évalué avec une fiabilité suffisante. » ((Méthodes comptables, valeur de l’entreprise et actifs incorporels – Jean-Paul MILOT, ministère de l’économie, des finances et de l’industrie))

Dans un cadre non marchand, celui d’une association à but non lucratif, comment l’expert comptable présent à l’AG, Stéphane Girtanner (Cabinet Gestipro à Trelissac), peut-il détailler et justifier, « avec une fiabilité suffisante », la valeur de ces actifs incorporels ?

Sauf qu’en l’espèce, quelle est la valeur marchande de la marque Sinfonia? C’est une association 1901 qui déclare 2 salariés. Sinfonia n’est pas une marque, l’association ne dégage pas de bénéfices et il n’y aucun avantage économique futur. Et il vaudrait mieux puisque cette marque est cédée à une autre association à but non lucratif.

Comment dans ce cas, faire croire que le nom « Sinfonia » est un actif incorporel ?

Le savoir faire en organisation de festival de musique

Autrement dit, le directeur du CLAP achète au président de Sinfonia (la même personne) son savoir faire en organisation de festival de musique. Pourquoi ? Pour que le directeur du CLAP puisse organiser, à la place du président de Sinfonia, le festival Sinfonia.

L’achat de ce savoir faire doit déjà figurer au contrat de travail du directeur du CLAP, dont une des missions contractuelles est l’organisation d’un festival de musique. Normalement c’est déjà payé.
De fait, ce savoir faire (non évalué) est acheté 2 fois par l’association CLAP. Une fois en valeur incorporelle, une seconde fois dans le salaire du directeur? Bien vu.

« Le transfert d’un fichier clients de plus de 3800 adresses etc. »

Il n’y aucune évaluation de la valeur de ce « fichier clients ». On ignore également ce qui est entendu par « client » pour ce festival de musique. Au bout de 20 ans d’existence, 3 800 contacts, ça parait bien peu.

Mais ce qui compte dans cette phrase, ce n’est pas les adresses, c’est le « etc. ». etcetera quoi ?

Que vient-il s’ajouter à la valeur des actifs incorporels qui ne mérite d’être mentionné ? Etaient pourtant présents à cette assemblée un expert comptable et un commissaire aux comptes.

Cette légèreté comptable frise l’irrégularité. Il ne suffit pas d’allumer des contre feux et de gémir sur l’épaule complaisante de Dordogne Libre. Les réponses à ces questions doivent être précises et techniques.

Entre le conseil général de Dordogne, le conseil régional d’Aquitaine et la ville de Périgueux, c’est déjà plus de 100 000 € de subventions publiques.

Beaucoup d’associations aimeraient en avoir ne serait-ce que le dixième. Donc il va falloir quand même répondre aux questions. Que le passif de Sinfonia corresponde à l’euro près aux actifs incorporels est un résultat exceptionnel. Maintenant il va falloir le justifier.

L’information locale et les conflits d’intérêts

C’est une question récurrente. Dordogne Libre, très impliqué dans l’animation locale, partenaire officiel du CLAP, a déjà pris fait et cause pour le directeur, David Theodorides. Là, c’est Sud Ouest qui organise un contre feux avec un faux sujet pour éviter les vraies questions.

Ces articles de complaisance sont le contraire de leur mission d’information, basée sur la recherche de la vérité et l’indépendance. C’est un poison dans les veines de la démocratie locale.

Dieudonné-Faurisson 1 / Moyrand-Deguilhem 0

Dieudonné, en voulant donner un spectacle à Périgueux, rend un fier service aux médias locaux et aux politiques en mal de marketing électoral.

Dieudonné fait vendre, Sud Ouest sait vendre et il le vend bien. Planant en cercles au-dessus de l’évènement, Michel Moyrand a flairé une bonne carcasse, il fonce, descend en piquet pour verser dans la pire des outrances.

Peu importe, il y a des points à prendre sur l’autel de la démagogie la plus vulgaire. Vieux pots & bonnes recettes.

Le pavé en a marre : http://ow.ly/6YiR9

Orgie d’articles Sud Ouest qui peut remercier Dieudonné

Sud Ouest ne couvre pas l’évènement, il vomit l’évènement. C’est un filon en or pour le journal local Sud Ouest. Pas moins de 7 articles en 3 jours !

Les journalistes locaux ont troqué leur plume pour des pioches et ils creusent, ils creusent, ils creusent. Dieudonné et ses frasques leur rend un sacré service. Il fait générer du trafic, des commentaires, c’est tout bon. Il fait vendre. Et comme ça cause business avant de parler d’information à Sud Ouest, le journal envoie la purée avec plus de 2 articles par jour en moyenne.

Certes l’angle éditorial est restreint, orienté et intéressé. Tout est à charge contre le saltimbanque du Front National. Les titres d’articles sont dignes de la presse poubelle. Dieudonné appelle ses fans à téléphoner aux médias, mairie et conseil général ? Pas de problème, le 14 octobre Chantal Gilbert se lâche : « Dieudonné harcèle les périgourdins ».

L’occasion est trop belle. Quitte à remiser une partie de leur déontologie au placard, ils excitent les trolls en tous genres (241 commentaires au total) ; peu importe de donner dans le ridicule pourvu qu’on ait le trafic. Le trafic est roi, c’est lui qui est vendu aux annonceurs.

Le trouble à l’ordre public, c’est Michel Moyrand

Michel Moyrand ne  voulait pas démonter l’antenne relais au-dessus de la crèche, pour ne pas, disait-il risquer de perdre un procès contre les opérateurs de téléphonie mobile. Un courage tout à coup recouvré contre Dieudonné avec la menace d’un arrêté municipal bidon qui conduirait piteusement la ville devant un tribunal administratif.

Aujourd’hui le maire de Périgueux se torche avec la Constitution :

« Compte tenu de la personnalité de ce provocateur professionnel que d’aucuns qualifient d’humoriste (‘) je tiens à préciser que, si d’aventure ce spectacle devait se tenir dans notre ville, je prendrai un arrêté pour l’interdire en raison des menaces de troubles à l’ordre public qu’il serait susceptible d’entraîner ».

Ca sent bon l’Allemagne de l’Est. Depuis quand un dépositaire d’une autorité publique est-il fondé à apprécier les qualités (humoriste ou non, artiste ou non etc.) d’un individu ?

Depuis quand ce dépositaire d’une autorité publique est-il fondé à entraver les libertés fondamentales d’expression  et de commerce, au nom de son jugement personnel sur la « personnalité » d’un homme ou d’une femme ?

L’arrêté, au nom d’une menace de trouble à l’ordre public, sera illégal et la ville perdra. Et il le sait. L’ordre public, (CGCT L 2212-2), est appréhendé comme suit :

« Le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques »

Volontairement non défini par le Conseil d’Etat, l’ordre public est une acception large, mais pas sans limites. L’ordre public n’englobe pas la moralité publique. Désolé pour les staliniens périgourdins, mais la Constitution française est passée par là.

En tant que personne (seule), ledit Dieudonné représente-t-il une menace réelle pour la paix publique et la quiétude de la cité ?

Où sont les éléments concrets, qui permettent de prouver cette menace et justifier de se prémunir par une interdiction qui déroge aux libertés fondamentales posées par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ?

La privation de liberté d’expression et de commerce est une exception, exception qui n’est en rien justifiée à ce jour à Périgueux dans le cadre d’un spectacle. Pas plus celui de Dieudonné que celui de Michel Sardou.

Le stalinisme rampant des faux démocrates

Michel Moyrand sait qu’il enfreindra les lois de la République et perdra son procès. Au nom de quoi ? De la démocratie ? Et depuis quand on défend les valeurs démocratiques en violant ses lois ? Depuis quand la police administrative est fondée à se muer en police de la morale, des mœurs et des idées ?

Comment des gens se réclamant de la République, dépositaires d’une autorité publique, peuvent-ils justifier de la violer pour empêcher ceux qui sont justement accusés de vouloir eux-mêmes la violer ?

Michel Moyrand rejoint ainsi le camp de ceux qu’il croit combattre. On citera aussi dans cette croisade anti-démocrate son « collègue » Pascal Deguilehm, pourtant député à l’Assemblée Nationale, sur France Bleu Périgord (la grande mêlée) le 14/10/2011 :

« Parce que vous avez présenté Dieudonné comme un comique, moi il ne me fait pas rire, les propos, les thèses abordées, voir Faurisson, négationniste, à ses côtés sur la scène du centre de la communication j’en n’ai pas du tout envie. Trouver tous les arguments pour qu’il ne vienne pas, oui je crois qu’il faut le faire et il est de notre devoir d’empêcher sa venue ».

Qu’un député français appelle à violer les lois de la République (« trouver tous les arguments pour qu’il ne vienne pas » y compris fallacieux en l’espèce) pour interdire d’expression et de commerce un type qui ne le « fait pas rire » et qui ne correspond pas à son « envie », c’est du pur délire.

Quand on prétend défendre les valeurs de la démocratie et de la République, on commence par le faire en respectant et en appliquant ses Lois. Jusqu’à preuve du contraire, Dieudonné, dans le cadre de son spectacle périgourdin, n’a strictement rien commis d’illégal qui justifie la négation de ses droits fondamentaux.

On ne combat pas les fachos en le devenant soi-même

L’attitude de ces deux élus m’amène à la conclusion qu’ils sont aussi dangereux pour la démocratie que ne le sont les thèses portées par celui qu’ils combattent.

Votre « personnalité » dérange le maire de Périgueux ? Alors privation de droits fondamentaux

Votre humour ne plait pas au député périgourdin qui ne vous trouve pas « comique » ? Alors privation de droits fondamentaux

Le député n’aime pas vos fréquentations ? Alors privation de droits fondamentaux

En gros, ils ne partagent pas vos idées? –> Privation de droits fondamentaux

En tant que représentants du peuple, messieurs Moyrand et Deguilhem, vous faites honte à la démocratie, honte à vos mandats, honte à votre charge, honte à votre devoir.

Vous ne défendez pas cette démocratie, vous l’empêchez. Et par ce fait, vous êtes dans le camp d’en face, votre place est avec Dieudonné et ses idées.

Dieudonné a tort ? Démontrez-le !

En tant que citoyen j’exècre les idées auxquelles s’est rangé l’humoriste. Je suis contre ses thèses, je n’aime pas ses « amis » et ce qu’ils représentent, je le considère comme un danger politique, porteurs de haine, de clivages, d’injustice et d’inégalités identitaires. Ils contreviennent ouvertement au socle même des valeurs constitutionnelles.

Mais sauf exception légale ((apologie crime contre l’humanité, incitation à la haine raciale, homophobie, etc.)), ils en ont le droit. Et si Moyrand et Deguilhem avaient le courage nécessaire, ils n’appelleraient pas à violer la loi, mais se porteraient au devant de tous, sur l’agora, pour défaire par le débat, la raison, l’argument, celui qui se fait accompagner de Faurisson.

A contrario, en se montrant aussi délétères que l’adversaire, les élus périgourdins ne font que le renforcer. Avec ce genre de lâcheté qui consiste à violer la démocratie plutôt qu’à convaincre de sa force, Moyrand et Deguilhem donnent raison à Dieudonné et ses partisans. Idem pour Sud Ouest mais plus par cupidité que par idéal politique.

Dieudonné a d’ors et déjà remporté la bataille de la communication. Sud Ouest a garanti « l’effet Flamby ». En voulant l’écraser violement, il y en a maintenant pleins les murs. Ils n’attendent que ça.

Oui, aujourd’hui Dieudonné est victime des élus qui pour le combattre sont prêts à violer les lois. C’est un véritable boulevard sur la victimisation et la répression illégale des idées minoritaires.

Tant que nous subirons ces élus froussards et pleutres, incapables de défendre la démocratie autrement qu’en la souillant, les extrêmes auront beau jeu. L’interdiction de leurs idées est attractive, facile, elle incite à la transgression, au subversif et à la dénonciation du « système ».

La coercition de ces idées est l’aveu d’une faiblesse, là où il faudrait un cerveau et des burnes pour défaire ces idées, les anéantir par les faits, les statistiques, la justesse du raisonnement et la force des idées.

Oui ces gens là ont tort. Encore faut-il être capable de le démontrer sans leur donner raison.

Sinon oui, le Pavé a raison, vous ne serez que des clowns…

La publicité en ligne et la prostitution de l’information

Sudouest.fr, le journal Sud Ouest en ligne, est heureux de vous présenter son nouveau partenaire commercial, le mastodonte de l’industrie agro-alimentaire, Auchan. A Marsac, Auchan lance un nouveau service de commande par internet et fait sa campagne de pub.

A cet effet, la régie publicitaire de Sud Ouest, qui loue indifféremment son audience générée par l’information au privé ou aux collectivités locales, a fait les choses en grand.

Selon la résolution de mon écran et son format, la publicité couvre 50% de la surface totale de la page. Must have, la totalité de l’espace publicitaire est cliquable et conduit vers le site d’agro-alimentaire.

Ironie du sort, cette publicité s’affiche aujourd’hui autour d’un article parlant de la charte commerciale de la CAP et d’une étude sur l’urbanisme commercial.

Une étude douteuse et une charte inutile

Cette étude qui vise à établir un diagnostic et des préconisations pour réguler l’urbanisme commercial, est un cheval de Troie. Avec quelques biftons supplémentaires, elle sert à justifier le projet du maire de Périgueux de vendre la place Montaigne à Eiffage.

Aussi le projet Eiffage a été introduit après le lancement de l’étude. C’est rondement mené. Le journaliste nous apprend qu’il faudrait une « locomotive alimentaire » et que la commercialisation des surfaces soit menée par un spécialiste « présentant des garanties ».

Exactement comme à Angoulême, où suite à la commercialisation des surfaces par un spécialiste, la « locomotive alimentaire » (Monoprix), a mis la clé sous la porte en générant 30 chômeurs, entrainant dans sa chute l’ensemble du complexe commercial [Place Montaigne, les enseignements du Champ de Mars à Angoulême].

Les CDAC et les permis de construire sont octroyés plus facilement qu’un changement de carte grise. Depuis 10 ans les élus, au sein de la CAP, ont démissionné de leur fonction de régulateur d’occupation des sols.

Règne une anarchie urbaine, une fuite en avant, à qui signera le plus de permis de construire pour devancer le voisin. Sur ce point, l’intercommunalité périgourdine est allée droit dans le mur. Elle constate aujourd’hui les dégâts.

A l’heure où l’Etat tape du poing sur la table, ordonnant aux anarchistes gaulois de faire leur boulot, à savoir se mettre au service de l’intérêt général, cette charte a la valeur d’une part de flanc. Depuis 10 ans, le périmètre des intercommunalités est le résultat de querelles entre élus et de calculs politiques. La CAP est un échec de la décentralisation.

A aucun moment, la Communauté d’Agglomération périgourdine et la Communauté de Communes Isle Manoire n’ont été dessinées en fonction du critère d’intérêt général. La preuve encore à l’occasion du regroupement, le maire de Boulazac accuse celui de Périgueux d’avoir fomenté son démantèlement pour un motif d’ambition personnelle.

Derrière les chicayas politiques, la proximité entre élus et grosses enseignes locales fait loi. Le maire ne sert en l’espèce qu’à valider administrativement les intérêts des enseignes (Maire de Périgueux et commercial pour Eiffage). Et quand on s’y prend mal, qu’on n’a pas les bons appuis ni les bons copains, que les autres ont déjà allongé la monnaie, on fait comme Leroy Merlin, on rame. Et ce pendant des années.

Directement ou indirectement, un permis pour une enseigne commerciale, ça s’achète.

Et le journaliste dans tout ça ?

Il valide, c’est son job. L’information qu’il vend ne suffit plus à le nourrir. Alors il génère du trafic en ligne et loue cette visibilité aux annonceurs. Or quand l’annonceur c’est Michel Moyrand, Claude Béri-Debat, Bernad Cazeau ou Auchan, que devient la part d’indépendance nécessaire à l’exercice du métier de journaliste ?

Quand ce dernier est indirectement rémunéré par les annonceurs, que peut-il dire de ces annonceurs ? Peut-il vraiment enquêter ? Peut-il livrer des informations qui vont contre l’intérêt de ses annonceurs ?

Instrumentalisation des documents publics et intérêts journalistiques

Qui plus est, en échange de ses loyaux services, un journaliste local monnaie les infos qu’il obtient par les politiques.
Alors que le maire de Périgueux faisant de la rétention d’information, le jour même du conseil municipal, il envoyait à Sud Ouest le dossier Horizon 2015, document public dont il interdisait l’accès aux élus de Périgueux jusque là; (Le maire de Périgueux en flagrant délit d’excès de pouvoir).

Plus récemment, une élue de la CAP, Nelly Perraud-Dausse se voyait interdire l’accès à l’étude sur l’urbanisme commercial le 18 avril 2011. Mais 18 jours plus tard, l’étude a été envoyée au journaliste de Sud Ouest !

Au mépris des lois, ces informations publiques sont manipulées et servent en réalité à alimenter le besoin en information « exclusive » des journaux locaux qui leur sert à générer de l’audience. C’est cette même audience qu’ils vendent ensuite aux mêmes responsables politiques, la boucle est bouclée.

Même les élus découvrent des informations dans le journal alors qu’ils auraient du être informés avant. Ces conditions interdisent toute production d’une information honnête, indépendante et objective.

La mort de l’information, la fin du journaliste

Ce n’est plus de l’information. Ca doit s’appeler autrement. D’autant qu’en parallèle, les collectivités financent sur les deniers publics des magazines qui se prétendent eux-mêmes informatifs (Communicants et journalistes, un même métier), alors qu’il ne s’agit que de marketing politique et de communication.

Ce n’est plus du journalisme. Le journaliste est transformé en « agent d’ambiance éditoriale » et ne sert qu’à passer les plats au service de ceux qui le nourrissent en informations autant qu’en monnaie sonnante et trébuchante.

Le Groupe Sud Ouest utilise à dessein sa position de monopole de l’information locale. Sans concurrent, il peut se permettre de produire une information bas de gamme, le trafic est acquis d’avance.

Aussi voit-on dans la rédaction bordelaise où tout est centralisé, d’anciens journalistes reconvertis en analystes de trafic web au service stratégique de la régie publicitaire. Il faut « buzzer ». Pour cela, Sud Ouest n’hésite plus à produire des articles « chauds » en pagaille sur un sujet à fort potentiel de trafic.

Peu n’importe plus que ces articles ne contiennent pas une seule information nouvelle par rapport aux précédents. Le dernier exemple en date était « l’attaque-de-la-maison-du-maire-de-Périgueux-au-coktail-Molotov ».

C’est un nouveau métier, une nouvelle profession. Les règles du jeu ont changé. L’information en ligne n’est pas gratuite, elle tue l’information et la remplace par un alibi textuel au service des annonceurs. Sur le plan démocratique, selon le rôle historique de la presse et du journalisme, ça coûte cher; très cher.

Elections régionales en Aquitaine, premières observations

Ce billet servira d’aide mémoire en abordant sans creuser quelques éléments de ce 1er tour des élections régionales en Aquitaine et en Dordogne. Il se décline en quatre zooms thématiques :

– Les sondages
– La particularité Aquitaine
– Les grandes alliances de second tour
– L’abstention

:: Les sondages ::

Le 25 février 2010, Sud Ouest diffusait un sondage SO/Tv7/Ifop donnant les intentions suivantes :

Alain Rousset : 31%
Xavier Darcos : 24%
Jean Lassalle : 12%
Monique de Marco : 11%

Dans cette affaire, le FN était superbement ignoré, erreur classique à partir de laquelle on a beau jeu de s’étonner par la suite, face au résultat toujours trop élevé.

Les résultats du 1er tour, 14 mars (JDD) :

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En moins de 3 semaines, le PS a donc progressé de 6.63%, ce qui marque la différence la plus notable. Alors que les écarts pour les autres partis candidats, 2% pour l’UMP, 1.73% pour le Modem, 1.25% pour EE semblent indiquer la stabilité du sondage.

Certes, Europe Ecologie et le Modem étaient à 1% prêt, induisant sa capacité à négocier pour le premier et à se présenter en finale pour le second. Le FN pour sa part recule depuis les élections de 2004 de 2.73%, ce qui suffit à l’éliminer du second tour, une très bonne nouvelle pour l’Aquitaine.

Au final, l’instantané du 25 février est contradictoire. L’ordre d’arrivée est correct et les chiffres assez fidèles pour 3 formations politiques sur 4, mais il demeure sous-estimé pour le PS. Il faudrait comprendre pourquoi il était erroné à l’instant T ou comment le PS a gagné 6.63% en 3 semaines. L’écart cumulé à la baisse des 3 autres formations atteint 5.98%, c’est peut-être une piste.

:: Les particularités de l’Aquitaine ::

En comparaison des résultats nationaux, l’Aquitaine se fait mutine:

– Europe Ecologie arrive en 4ème position perdant 3.55% sur la moyenne nationale.
– L’UMP et son candidat « malgré lui » accuse un retard de 4.65% par rapport à une moyenne déjà jugée mauvaise.
– Le Modem aura son unique candidat présent au second tour avec +6.43% sur le national avec un score global de 4%.

Le PS s’y montre souverain avec +7.62% sur la moyenne nationale. La niche électorale de l’alternative à la suprématie PS/UMP (près de 60% des voix cumulées) n’est pas occupée par les écologistes mais par le Modem. Ou plutôt par son candidat (Jean Lassalle) à la ruralité claironnée qui a plus convaincu dans les campagnes que des écologistes intrinsèquement citadins. (En particulier dans les Landes, Cf. Carte dynamique de 20minutes.fr).

:: Les grandes alliances de second tour ::

L’UMP se vante de ne pas en avoir, faisant contre mauvaise fortune bon cœur. La négociation sera en revanche toute autre entre le PS et Aquitaine Ecologie.

En 2004 les deux formations s’étaient présentées conjointement. Elles avaient gagné de la même façon et par conséquent partagent en 2010 un bilan commun au terme du mandat, ce que les socialistes ont largement rappelé. C’est le cas aussi pour les mandatures en cours dans les municipalités.

Or après les élections européennes, les écologistes ayant décidé de faire cavalier seul au premier tour, ont du trouver à redire sur le bilan régional, subitement devenu socialiste, comme si les Verts n’avaient fait que de la figuration pendant 6 années.

Il faut donc aujourd’hui recoller les morceaux pour retrouver son fauteuil régional, en expliquant que l’unique objectif est de battre la droite, ce qui est déjà chose faite. N’en demeurent pas moins des divergences, véritables ou de façade.

Au meeting PS du 22 février, les Verts ont été vilipendés au même titre que la droite (SO 23/02/10) :

Bien sûr, la problématique environnementale est très présente, mais cela ne peut pas se faire sans l’économie, sans la démocratie, sans une synthèse. Il faut laïciser cette problématique ; qu’il n’y ait pas de dogme.

Ils ne sont par cette phrase que présentés comme une sorte de secte à grand bonnets pointus, non blancs ici mais verts.

On est pour le TGV à Bègles, mais quand on sort de Bègles, on le combat ! Il ne faut pas s’aimer quand on a des mandats et qu’on abuse autant la population. Les Verts expliquent être contre le TGV ; c’est une imposture ! Même chose pour le terminal gazier. C’est le retour à la grotte primitive !

Ici ils auraient trompé la population et sont affichés comme des rétrogrades, des passéistes anti progrès. Ce n’est ni plus ni moins que l’angle d’attaque de l’UMP sur le plan national avec la décroissance par exemple.

L’attaque fut si vivement ressentie que la candidate Aquitaine Ecologie avait répliqué sur son site :

Le Néandertalien écologiste ne remerciera donc jamais assez Sapiens Savary [candidat PS Ndlruedelachouette] pour lui avoir permis d’apercevoir la lumière de la modernité. Une idée vient à Néandertal : Homo Sapiens serait-il nostalgique du 20ème siècle ? Néandertal, lui, est sur d’une chose : il préfère le 21ème.

C’est ainsi que Monique de Marco a fini par fustiger l’action du PS (SO 06/03/10):

Elle a évoqué hier le ripolinage écolo des propositions du Parti socialiste qui a la même politique de croissance que la droite depuis des années.

Aquitaine Ecologie doit donc maintenant expliquer la fusion avec un Parti Socialiste qui a tant d’accointances avec une gestion de droite. Et cela en sachant qu’ils sont en position de faiblesse pour négocier quoi que ce soit proportionnellement à un score qui demeure un échec en deçà des 10%. Sans le levier de négociation que représente la capacité à se présenter au second tour, cela risque de ressembler à un piteux retour au bercail.

:: L’abstention ::

Le Monde.fr

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En quelques chiffres d’abord : 50.44% en Aquitaine, soit 1  150 340 absents. En Dordogne, 45.85%, soit 141 328 absents. A Périgueux, 47.91%, soit 8 576 personnes.

Nous n’irons pas plus loin aujourd’hui sur l’abstention. Elle mérite du recul et de l’analyse considérant que 23 millions d’inscrits n’ont pas voté. La plupart des réactions politiques sont simplement consternantes, nous en formons un bouquet garni dont nous reparlerons à l’occasion.

En dégustation quand même, il faut connaitre l’analyse de Michèle Delaunay (députée socialiste de Gironde – voir son activité sur Nosdéputés.fr). L’abstention est causée par les sondages. Ces derniers ont pour effet de perturber psychologiquement l’électeur, entrainant un état de confusion mentale entre « réel » et « virtuel ». De fait :

De plus en plus de gens ne perçoivent plus une stricte séparation entre le virtuel et le réel

Ce phénomène psychologique de masse a donc touché cette fois là plus d’un million de personnes en Aquitaine. Une thèse ainsi défendue par une députée semble plus grave encore pour le Parlement que pour les résultats électoraux.

Mais ce n’est pas tout, car les médias aussi livrent leurs explications sur l’abstention. En la matière c’est Sud Ouest Périgueux via Hervé Chassain qui livre aujourd’hui ses conclusions :

Une inquiétude cependant pour tous : le faible niveau de participation. Avec 54,15 %, il est très loin de celui des régionales de 2004 (72,10 %). Il est vrai que les scrutins précédents étaient jumelés à des cantonales, renforçant leur intérêt, surtout en secteur rural. Il est vrai aussi que c’était ce week-end l’ouverture de la pêche à la truite…

Première cause : le jumelage aux élections cantonales
Deuxième cause : la pêche à la truite

Aux dernières élections régionales couplées, l’abstention avait été de 29.69%, soit 89 682 personnes. Sur plus de 140 000 abstentions en Dordogne en 2010, il nous reste donc pour Sud Ouest 51 646 pêcheurs à la truite. Il n’y a jamais en Dordogne qu’un total de 21 000 licenciés à la fédération de pêche… Et par conséquent un niveau de braconnage très inquiétant.

Reste donc la truite comme métaphore de la paresse pour expliquer l’abstention à Sud Ouest. Métaphore que l’on doit retourner au journaliste pour aiguiser ses analyses au regard d’un phénomène grave qui requiert autre chose que légèreté et imprécision.

Confit d’oie, journalisme et corruption

Hasard du calendrier, c’est pendant les élections régionales que le Conseil Général de Dordogne s’est déployé pour la première fois et en direct sur l’internet. Le jeudi 11 février, il était ainsi possible d’assister à la séance du budget 2010, la messe n’avait qu’à bien se tenir.

Jusque là rien qui ne mérite commentaire. L’ADSL a plus de 10 ans, et depuis bien longtemps, dans la contrée éloignée qu’est la France, nombre de collectivités retransmettent les séances publiques sur le réseau. De là à célébrer cette première dans la baronnie périgourdine, c’est une autre paire de manches.

C’est vrai, il eut été de bon aloi de faire honneur au baron et à sa cour, en moult génuflexion high-tech devant son droit de franc-fief numérique. Toc toc toc, plaise à la cour, entre le président !

Prends garde à ta queue Ysengrin il commence à geler…

:: Alors parlons d’un vrai sujet ::

A l’occasion de cette première très péridourdine, vous aurez noté que le quotidien Sud Ouest a ouvert ses colonnes à l’évènement. Et largement même, puisqu’il y fait témoigner des zinternautes, des gens qui vont sur l’internet:

Pour cette première diffusion, nous avons demandé à des citoyens périgordins familiers du Net de donner leur avis.

D’un côté il y a l’avis d’un blogueur, JF Cros et de l’autre François Pelatan, sans autre précision sur son lien avec le réseau. Alors nous y voilà. Le journaliste de Sud Ouest qui a organisé ça, m’a convié le 11 février, à produire un commentaire dans son journal sur ce même sujet.

J’ai évidement refusé. Pourquoi commenter un évènement aussi futile, consistant à rattraper un retard typiquement local, alors que dans le même temps, des sujets bien plus importants errent dans les friches de l’indifférence. En particulier celui du niveau de corruption qui n’est pas anodin mais contre lequel personne ne s’élève. Et surtout pas, surtout pas les médias locaux, qui développent une science toute particulière pour éviter d’aborder ces sujets. Tous les deux ans, le gala organisé par le Club de la Presse local (les plumes d’or), rappelle avec humour aux politiciens, que les médias en savent bien plus qu’ils n’en dévoilent tout au long de l’année. Une piqure de rappel qui ressemble à un pacte de non agression.

La chape de plomb qui pèse aujourd’hui sur l’information périgourdine et qui induit ce sentiment d’impunité dans les malversations politico-financières et les manipulations politiques de tous ordres n’est pas un horizon durable. Le modèle économique de ces journaux consistant à faire de l’abattage sans jamais avoir le temps de l’investigation, n’est pas une excuse valable bien que souvent avancée. C’est au contraire une « circonstance accablante ».

Le journalisme de circonstance, qui par exemple s’obstine à maquiller en rumeur des faits pourtant avérés, est issu pour sa part de longues années de relations et plus si affinité. On ne peut donc compter que sur les jeunes générations pour reconquérir cette indépendance devenue trop relative à l’occasion. A contrario, lorsque la relation n’est pas complaisante ou amicale, les pressions sont multiples. Du coup de boule de Bernard Cazeau aux coups de téléphones colériques, la profession est sous un joug politique exacerbé, mais inévitable dans une région aux traditions féodales persistantes et vivaces.

:: Quelques miettes pour ne pas s’y perdre ::

Souvenons nous que la fraude à la TVA organisée par la Chambre des Métiers de Dordogne pendant 5 ans et dénoncée par la Chambre Régionale des Comptes d’Aquitaine n’intéresse toujours aucun journaliste. Et ce même si le fisc vient de faire valoir ses créances il y a peu. Et ce même si le résultat comptable 2009 fait apparaitre la provision d’’une somme conséquente pour la vente d’un immeuble qui n’a pas encore eu lieu. J’en ai bien parlé avec un journaliste… Mais il m’a répondu qu’il n’avait pas le temps. Que cette actualité n’était plus assez fraîche en somme. Et même que l’URL de la CRC que j’avais envoyé n’était pas bonne et qu’ainsi il n’avait pas pu consulter le site internet de la CHAMBRE REGIONALE DES COMPTES ! (http://www.ccomptes.fr/fr/CRC02/Accueil.html)

C’est vrai, c’est vrai que les Chambres Régionales des Comptes vont disparaitre par le fait du Prince présidentiel. Sarkozy hait la Justice politico-financière, il exècre les magistrats et il le leur fait payer le prix du sang. Mais là on ne les entend plus hurler les barons socialistes du Périgord. La réforme des collectivités territoriales ça les met hors d’eux, c’est une atteinte à la démocratie et à la République, une recentralisation autoritaire. Mais la disparition d’un contrôle public de gestion des collectivités et établissements publics, l’élimination des juridictions financières, ne suscite aucune réaction particulière, comme s’il s’agissait d’une aubaine. Rarement bal de faux cul aura été si luxueux.

Comprenez que ce qu’on nomme ici un « sport local », ailleurs, en République, c’est un délit inscrit au Code pénal passible de 5 ans de prison (pour ce que je vise). Et que quand un cadre important d’une collectivité territoriale utilise régulièrement sur leur temps de travail des jardiniers pour soigner son jardin privé, ce n’est pas drôle, c’est un délit et ça s’appelle de la corruption.

C’est une réalité que la réputation du Périgord résonne jusque dans les ors parisiens. Mais pas pour la bouffe mon ami (on s’en fout de ton canard), parce qu’ici la corruption et les magouilles politiques y sont hors normes. Les préfets et les procureurs, sont formés et s’aguerrissent en Dordogne avant d’être envoyés en Corse ou à la Réunion. Et les hauts fonctionnaires étant des gens méticuleux, ce n’est peut-être pas un hasard.

Quant à l’Etat, il observe. Il y a quelques années, sous la pression commerciale, j’ai vu en réunion, à Condat le Lardin, un préfet autoriser la construction d’une plate forme logistique de 20 000m² sans permis de construire! Plus près de nous, il faudra en reparler, la préfecture a sous son autorité les chambres consulaires, elle en est donc co-responsable.

Voilà parmi quelques exemples donnés en retour de mon invitation à faire l’intéressé dans le journal. Et nous parlons de faits, pas de thèses ; d’affaires graves, qui sont par malice ou par laxisme étouffées au nom du désintérêt du public pour la démocratie et l’Etat de droit. (Hormis bien sur les faits-divers sanglants ou les contentieux sexuels).

Mise à jour – 15 02 2010

Anticor.org vient de mettre en ligne une conférence avec Eric Alt et Renaud Van Ruymbeke, enregistrée aujourd’hui à Sciences Po Paris. Interventions de 88.40 mns à écouter en ligne ou à télécharger avec pour titre: Corruption, paradis fiscaux et suppression du juge d’instruction

:: Et les moutons sont bien gardés ::

Ah en revanche, ne vous inquiétez pas, vous aurez ce lundi tous les résultats sportifs de long en large, on vous dira même qu’il neige au cas où vous ne l’auriez pas vu. Et je ne vous dis rien sur les « Tartes aux pommes, primevères et tourterelles » du village de La Force !

Car à quoi servent les lois sinon à assurer notre démocratie ? Combien de gens savent dans Périgueux mais se taisent aujourd’hui par peur, oui, par peur des pressions et des représailles. Comment se nomme un système dans lequel on s’oblige au silence par la seule crainte ? Alors souvenez-vous de Rousseau disant qu’en démocratie il n’y a que les lois que nous devons craindre et non les hommes. Et qu’en est-il dans cette démocratie locale, de ce quatrième pouvoir que sont les journalistes ? Qu’avez-vous fauté pour être punis aujourd’hui à coups de tartes aux pommes et de basketball en lieu et place de la vérité tout simplement ?

Pour indication, Dordogne Libre, entre le 08 et le 13 février 2010 a publié pas moins de quatre articles sur le club de basket local (BBD). Combien de tournois de pétanque et de lotos dominicaux pour un article (09/02/10) du rédacteur en chef de Sud Ouest sur les incuries de la Semitour? Cela « simplement » pour apprendre que des copies de Lascaux sont traitées comme « un vulgaire tas de gravas » au seul motif qu’elles ont été rentabilisées, ce qui reste à prouver mais demeure une métonymie cynique du tourisme périgourdin.

:: Information et fin d’un monopole ::

En conclusion, j’ai dit au journaliste que j’allais écrire un billet sur son invitation en lui proposant de commenter à son tour le texte. Mais il faut croire que nous n’avons pas les mêmes valeurs, car il me répondit alors qu’il n’avait pas le « goût pour ce genre d’exercice qui mélange trop souvent les genres ».

Aussi compris-je que moi, crétin de blogueur, j’étais voué à commenter des futilités dans son journal. Mais que le journaliste, lui, n’allait quand même pas s’abaisser à écrire sur un blog !

Et c’est très intéressant. A l’heure où l’ensemble de la société est en train de muter avec l’internet, les journalistes sont frappés de plein fouet par cette révolution. Le processus de désintermédiation est implacable et le monopole de l’écrit de l’information dans l’espace public a volé en éclat. Les journalistes sont contraints, parce qu’ils seront toujours nécessaires, de rechercher de nouvelles valeurs ajoutées à l’information et à leur travail. Certes, il demeure quelques niches, notamment pour la presse spécialisée ou la presse locale ; Sud Ouest Périgueux en fait partie. Mais pour combien de temps et sous quelle forme à terme? Combien de temps pour que ce qui change le monde aujourd’hui ne change à son tour Périgueux ?

Et oui, le journaliste qui vous explique qu’il neige et que ça glisse finira par ne plus faire recette. D’ailleurs nos deux quotidiens locaux le sentent. Depuis peu ils se sont mis à communiquer leurs informations sur Twitter et Facebook, un pas important dans leur adaptation et dans leur intégration aux réseaux sociaux, part aujourd’hui essentielle de la circulation et l’échange d’informations.

Comme beaucoup l’expliquent, avec l’imprimerie nous avions conquis la lecture pour tous, avec l’internet nous sommes passés à l’écriture. Ca s’apprivoise. Mais le journaliste qui décide de ce qui deviendra une information ou non, de ce qui méritera d’être communiqué ou masqué, est un archétype obsolète. C’est ailleurs qu’il ajoute aujourd’hui de la valeur. Et ce n’est certainement pas par le mépris et le dédain qu’il survivra à ceux qui, hier encore, étaient dans le silence et qui ont aujourd’hui conquis la parole.

A ce titre on peut retenir cette phrase de Manuel Castel issue d’un article (Naissance des « médias de masse individuels ») publié récemment dans Manière de voir Internet révolution culturelle (février-mars 2010) :

L’influence la plus déterminante que les médias exercent ne procède pas de ce qui est publié, mais de ce qui ne l’est pas.

Cette phrase résonne en Dordogne comme un long cri de douleur.

Pour finir, au lieu de cette propagande misérable servie par Arte le 09 février, nous vous invitons à voir ce documentaire québécois  « On tue la une » (06 février). C’est encore aujourd’hui très loin de la réalité périgourdine, mais cela ira beaucoup plus vite qu’on ne peut probablement l’imaginer.